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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Leçon de théâtre et de ténèbres n°3

Leçon de théâtre et de ténèbres n°3

Leçon de théâtre et de ténèbres, Or, troisième spectacle de la série de Yves-Noël Genod, avec Simon Espalieu, Odile Heimburger, Yuika Hokama, Anna Perrin, Marlène Saldana, Gaël Sall, Rémi Studer, Antoine Truchi Lumière : Philippe Gladieux, Gildas Gouget

Théâtre du Point du Jour Lyon 5ème

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Photo Philippe Gladieux

Yves-Noël Genod a débuté en septembre une suite de créations jusqu'à l'année prochaine (dernière à la Saint-Sylvestre) : Manuel de liberté ; Les entreprises tremblées ; Or ; La splendide actrice ; N°5 (masterclass) ; Leçon de ténèbres ; Rester vivant.

Une idée de série. Faut-il connaître les épisodes précédents ? Au moins avoir une petite connaissance des personnages ? On sait que non. Je demande tout de même.

Petit prix, le même pour tous. Pas de réservation.

Le public est accueilli dans l'entrée. Champagne. Journal format A3, plusieurs feuilles pliées, pas de reliure, pas pratique... et Yves-Noël Genod très présent, dans un costume chamarré façon torero décati ; le costume, décati, juste le costume. Lui est plein d'énergie et de drôlerie.

Le théâtre est un lieu autant qu'un art. Dans le théâtre, le public est mis en scène. Claude Régy faisait demander à son public, par les ouvreuses, une entrée et une installation rapides et silencieuses. Vincent Macaigne fait un accueil de fête bruyante, comme un monôme de lycéens. W. David Hancock et Nick Millett font entrer leur public dans un vide-grenier (un garage sale en anglais). En général, le public suit pudiquement le tracé du théâtre-bâtiment et c'est tout.

On monte. La salle est en haut. le metteur en scène vient nous dire qu'il y a dans le spectacle deux noirs et que si des gens ont peur de l'obscurité, il faut qu'ils le disent, car il y a des solutions. Puis il cite Rimbaud : « étincelle d'or de la lumière nature » (je ne me souviens que ces mots de la fin : « or de la lumière nature »). Je pensais en même temps en moi-même : « ô saisons, ô châteaux, quelle âme est sans défauts » mais ce n'était pas ça. C'était « lumière nature ».

Suit un long passage dans l'obscurité. La lumière revient très doucement. La scène est vide, une corde (ne jamais dire ce mot dans un théâtre) pend du plafond, au proscenium une couverture brillante, genre couverture de survie, la lumière lui donne des teintes rouges parfois qui pourraient figurer un feu. Les comédiens en fond de scène discutent entre eux par petits groupes sans se soucier de nous envoyer le moindre message. Puis noir. Aussi long que le premier.

La leçon de ténèbres est passée sans doute. Je suis dans un état inusité. Normal ; c'est si peu et pourtant, je n'ai jamais vécu cette immersion.

Le spectacle commence. Les acteurs sont en ligne et avancent vers nous, par à-coups. C'est un groupe disparate. Les corps se présentent sans crainte dans la dimension érotique des corps. Un homme porte escarpin et robe-tailleur. Une femme et un homme sont torse nu.

Un guitariste lance la habanera (de Carmen) une cantatrice la chante, les comédiens s'animent. Chacun suit son « personnage », sa figure plutôt, et raconte la scène à sa façon. Les grands airs de Carmen vont se succéder. Il me faudra un certain temps pour comprendre qu'il s'agit bien d'une représentation, libertaire disons, de Carmen de Bizet.

Les situations sont jouées dans le multiple de cette interprétation qu'a chacun.Théâtre. Danse. Forte teneur plastique. Une licence calme et déterminée va dérouler dans un désordre amical tout l'opéra. Dans une grande douceur, une adresse franche et quasi-permanente au public, une lenteur picturale. Arrivent des situations incongrues, des traits d'humour hauts en couleur (il ne faut pas trop en dire, même si les représentations sont finies). Respect et liberté de la forme originelle, respiration profonde. L'amour, qui est si rarement ajusté, qui suggère la propriété de l'autre : ça non ! Le bonheur de l'alliance des corps, qui lasse au fil du temps. La passion dans son double sens, « tout pour toi, plus rien ne compte » et la souffrance « tu me manques, je ne suis rien sans toi... » il ne reste qu'à mourir.

Tout cela est porté sans grandiloquence, sans développements textuels, philosophiques, sans rajout de signes, tout cela est porté par la diversité muette de chacun des personnages dans sa solitude et la greffe solide qui le lie à la troupe, à la scène, à Carmen...

La couverture grimpe aux cintres pour devenir rideau. Le rideau tombe. Il monte en fait. Signe de fin ? Silence. Applaudir ? On attend la surprise. On est vraiment avec eux. Et vient de la salle une dernière expression d'une Carmen inconnue, délirante et tonitruante.

Aux saluts, le comédien et la comédienne au torse nu viennent saluer ainsi. Alors que si souvent, les comédiennes ou comédiens déshabillés viennent saluer couverts d'un peignoir, comme si la nudité n'était possible que dans le jeu, tant qu'elle prenait sens dans le spectacle, et qu'elle redevenait problème (avec l'impératif cacher le corps donc) sitôt ce dernier fini.

Dans ce théâtre, beaucoup de choses « qui ne se font pas ». Merci.

Courez-voir les épisodes suivants.

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