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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les chansonniers du 19ème siècle

Les chansonniers du 19ème siècle

Le célèbre chansonnier Pierre-Jean de Béranger s'exprime ainsi, dans sa chanson "A mes amis devenus ministres" : "En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rien." "Non, mes amis, non je ne veux être rien..." A cette époque, le vedettariat dans la chanson n'existe pas encore. Ni les droits d'auteurs. Les chansons appartiennent au patrimoine commun et passent de bouche en bouche. On réutilise aussi les airs connus pour faire passer ses propres textes. A la fin du 19ème, les interprètes ne sont pas connus. C'est à la Belle Epoque (1895 – 1914) que va se développer le vedettariat.

Mais d'abord, retour sur quelques idées reçues

La chanson "Le temps des cerises" n’a pas été l’emblème de la Commune de Paris, car elle n’a été rattachée à elle qu’après la Commune. Elle en est très vite devenue l’un des symboles dans les années qui ont suivi. Pareillement, c'est à tort que l'on a pu croire que la chanson "Les Canuts" datait de l'époque de la révolte de ces ouvriers de Lyon. Les Canuts est une chanson composée par Bruant bien plus tard.

Pierre-Jean de Béranger (1780 - 1857)

Il est le premier grand chansonnier moderne bien connu. Il est l'auteur de chefs-d'oeuvre comme "Ma grand-mère", 1820 :

Ma grand-mère, un soir à sa fête,
De vin pur ayant bu deux doigts,
Nous disait en branlant la tête :
Que d’amoureux j’eus autrefois !

Combien je regrette
Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu !

Ou encore "Les cinq étages", une chanson qui conte l'ascension fulgurante puis la déchéance sociale d'une grisette, du rez-de-chaussée à la mansarde. Cette chanson fut interprétée par Germaine Montéro en 1955 et Michèle Bernard en 1993.

Table des textes de chansons de Béranger

Eugène Pottier (1816 - 1887)

Il a composé en l'honneur de la Commune la célèbre I'Internationale". Le poème était destiné à être chanté sur l'air de la Marseillaise. La musique de L'Internationale a été composée ultérieurement par Pierre Degeyter, en 1888.

Pottier, qui a participé à la Révolution de 1848, fit aussi la Commune jusqu'aux combats de la Semaine sanglante. C'est caché dans Paris, en juin 1871, qu'il compose son poème "L'Internationale" Mais il doit se réfugier en Angleterre puis aux Etats-Unis. De là, il organise la solidarité pour les communards déportés. Ayant été condamné à mort par contumace en France, il ne peut regagner son pays qu'en 1880, avec l’amnistie.

A écouter :

- L'insurgé, 1887.
- Quand viendra-t-elle ? (la République sociale). 1870. Par Mouloudji. Chantée sur plusieurs airs dont l'air de "En revenant de noces" et sur la musique de Pierre Forrest.

Gustave Nadaud (1820-1893)

Il a vu deux de ses chansons reprises par Georges Brassens :

- Le Roi Boiteux, par Georges Brassens
- Carcassonne, par Georges Brassens. Dans l'esprit de la tradition des airs servant plusieurs textes, Brassens a réutilisé cette mélodie pour...

Gustave Nadaud avait ceci de commun avec Georges Brassens qu'il était irrévérencieux envers la maréchaussée. Ainsi sa chanson "Pandore" ou "Les deux Gendarmes" en 1861. La chanson fut aussitôt interdite. L'interdiction dura tout le temps du Second Empire, ( un couplet très irrévérencieux pour Napoléon III y est parfois ajouté mais il est peu probable qu'il soit de Nadaud. Celui ci était un protégé de la cousine de l'empereur, la princesse Mathilde, qui , dit on, connaissait la chanson par coeur et la chantait avec ses invités dans son fameux salon).

Petite explication lexicale : Les gendarmes étaient appelés des pandores dans le langage populaire. Le choix du nom Pandore viendrait du hollandais : à l'époque, 'pandoer' désignait... un gendarme.

Pandore - extrait -

J'ai toujours servi sans réplique
Ceux qui gouvernèrent jadis ;
Napoléon, la République,
Louis-Philippe et Charles X
J'ai même, il m'en souvient encore
Conduit Bonaparte en prison
Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.

Album de chansons de Gustave Nadaud sur MusicMe

- Si la Garonne avait voulu, 1858. Par Julos Beaucarne

Jean Baptiste Clément (1836 - 1903)

Il est l'auteur du fameux air "La Temps des cerises", 1866.

Cette chanson ne remonte pas à la Commune de Paris mais fut écrite sous Napoléon III avant même la guerre de 1870. Cependant, la chanson figure sur tous les albums consacrés à La Commune parce que Jean Baptiste Clément l’a dédicacée
"à la vaillante ambulancière Louise" dans son recueil de 1885. D'où la confusion fréquente.

Charles Cros (1842 - 1888)

Il est, bien sûr, le célèbre auteur du poème surréaliste "Le hareng saur", 1878.

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

(etc.). Mis en musique par la suite, ici par exemple par Chanson Plus Bifluorée.

Charles Cros, c'est aussi Sidonie ("Sidonie a plus d'un amant...") interprété par Brigitte Bardot dans le film Vie privée de Louis Malle en 1962. La chanson est tirée des "Triolets fantaisistes du Coffret de santal" du poète.

Pour écouter son oeuvre : Liste audio sur Deezer (la liste des interprètes et des compositeurs de ces titres se troue ici).

Jean Richepin (1849 - 1926)

- La glu, de Jean Richepin (1918) : l'histoire de ce pauvre gars qui tue sa mère, lui arrache le cœur pour le donner au chien d'une femme qui ne l'aime pas. "Il y avait une fois un pauv' gars qu'aimait celle qui n'l'aimait pas..."

Avec Cora Laparcerie, il écrit "Mon coeur est un violon". Marie-Caroline dite Cora Laparcerie est une actrice, poétesse et directrice de théâtre française née le 9 novembre 1875 à Morcenx (Landes) et morte à Paris le 20 août 1951. Elle était mariée au poète Jacques Richepin (1880-1946), fils de Jean.

Georges Brassens a mis en musique et interprété deux textes de Richepin : "Les oiseaux de passage" et "Les Philistins" (titre original : "Chanson des cloches de baptême").

Aristide Bruant (1851 - 1925)

Alors lui, c'est comme on dit aujourd'hui un faiseur de 'tubes'". Ses chansons sont encore chantées par les artistes de rue et de cabaret. Les incontournables :

À la Bastille
On aime bien
Nini-Peau-d’chien :
Elle est si bonne et si gentille !
On aime bien
Nini-Peau-d’chien,
À la Bastille

(Nini peau d'chien, 1905)

Je cherche fortune,
Autour du Chat Noir,
Au clair de la lune,
A Montmartre !
Je cherche fortune ;
Autour du Chat Noir,
Au clair de la lune,
A Montmartre, le soir.

(Le chat noir, Aristide Bruant, 1881)

Les paroles de Bruant son aujourd'hui parfois difficiles à décrypter car l'auteur utilisait un argot d'époque. Voici une page où figurent 4 chansons "A la Bastoche" (1904), "A la Roquette" (1889), "A la Villettte" (1884), "Les Canuts" (1894) suivies d'explications de vocabulaire.

10 chansons de Bruant à écouter dans cette playliste (no 1 à 10)

D'autres chansons de Bruant :

- Rue Saint Vincent (Rose blanche), 1911. Par Renaud

- J'suis d'l'avis du gouvernement. 1879.
- Le 113ème de ligne. 1881 - De Bruant. Par lui-même. C'est lorsqu'il est incorporé au 113e de ligne, à Melun, que Bruant écrit la marche militaire "V'la l'cent-treizième qui passe" qui devient non seulement la marche du régiment, mais celle de la plupart des régiments de France.
- Mad'moiselle écoutez-moi donc, 1884.
- A Grenelle, 1885. "Souvenirs et regrets d'une putain" (comme elle s'intitule elle-même) du quartier de Grenelle à la fin du XIXe siècle.
- Dans la rue. 1889 - De Bruant. Par lui-même.
- A la goutte d'or, 1890. Par François Beranger
- A Saint-Lazare, 1887. Par Barbara en 1967.
- Chanson des michetons. 1890 - De Bruant. Par lui-même.
- A Biribi, 1891 à propos du bagne de Biribi. Interprétée par les Quatre Barbus.
- Belleville-Ménilmontant, 1885
- Les Petits Joyeux, 1889

Jules Jouy (1855 - 1897)

Auteur très politisé, il dénonce la la guillotine et la peine de mort avec sa chanson "La veuve" en 1887. En 1924 le poème est, à la demande de la chanteuse Damia, mis en musique par Pierre Larrieu.

Et même très violent. D'avril 1888 à juin 1889 il y écrit 200 articles dont les trois-quarts sont des attaques d'une violence extrême contre le général Boulanger qu'il a baptisé l'infâme à barbe.

Ses chansons les plus connues :

- Un bal chez le ministre. 1895 - De Jules Jouy. Par Stello en 1932.
- La pierreuse, 1893, créée par Yvette Guilbert.
- Le tombeau des Fusillés, 1887. Chant rendant hommage aux 147 communards fusillés au Père Lachaise le 28 mai 1871

- La soularde, 1894,interprétée par Yvette Guilbert

Textes de Jules Jouy.

Maurice Mac-Nab (1856 - 1889)

Il donnait dans l'incongru. D'ailleurs un de ses recueils s'appelle "Poèmes incongrus". On y trouve "Le Grand Métingue du Métropolitain" (1887, musique de Camille Baron) : Mac-Nab y fait parler un ouvrier révolutionnaire ivre, conduit au poste à l'issue d'une manifestation tumultueuse. C'est avec cette chanson qu'il connaît la célébrité.

Dans un autre recueil, "Poèmes mobiles", on trouve le macabre et très étonnant poème "Les foetus", 1892. Il était récité par Mac Nab au Chat noir dès 1887.

Autres titres-phares :

- La Ballade du pendu, 1890, par Stéphane Branger
- Le Bal de l’Hôtel de Ville  : 1890. Par Charlus.

- L’Expulsion, 1890

Jehan-Rictus (1867 - 1933)

Poète célèbre pour ses œuvres composées en langue populaire. Il fréquenta le Lapin Agile, où il rencontra Guillaume Apollinaire et Max Jacob, Francis Carco.

Liens :

- Complainte des p'tits fanfans morts, texte de Jehan Rictus de 1897, par Ricet Barrier
- La jasante de la vieille, lu par Berthe Bovy
- L'étrangleur, lu par Mouloudji
- On ne sait pas qui l'on est, par Marie Dubas :
- Le revenant, lu par Pierre Brasseur

Lui vint l'idée de composer des poèmes où un clochard s'exprimerait dans le français populaire de l'époque. C'est ainsi qu'en novembre 1895, Gabriel Randon débuta au cabaret montmartrois des Quat'z'Arts sous le pseudonyme de Jehan Rictus. Il remporta un franc succès dans ce métier de chansonnier à partir de février 1896 grâce à son poème le plus connu, "Le Revenant", où un sans-abri croit rencontrer le Christ. Dès lors il fut amené à réciter ses poèmes. Anarchiste dans sa jeunesse, il devint ensuite monarchiste.

La chanteuse Marie Dubas avait fait dans les années 1930 une interprétation de La Charlotte qui eut un grand succès (mais que l'auteur désapprouva).

"Farandole des pauv's P'tits fanfans morts" est extrait de "... le Cœur populaire". Ce poème, toujours d'actualité puisqu'il évoque l'enfance maltraitée, la violence parentale et les assassinats d'enfants, a été mis en musique par Ricet Barrier.

Léon Xanrof (1867 - 1953)

Un fiacre allait trottinant,
Cahin-caha, Hu, dia ! Hop là !
Un fiacre allait trottinant,
Jaune, avec un cocher blanc.

Ecouter "Le Fiacre" par Yvette Guilbert.

- Elle était très bien, 1891, de Léon Xanrof. Créée par Yvette Guilbert
- La complainte des quatres-z-étudiants par Yvette Guilbert.

C'est en 1910 qu'il signe son plus grand succès en adaptant en français, avec son ami Jules Chancel, une opérette d'Oscar Strauss intitulée Rêve de valse. La chanson titre est aussi connue sous le nom de "Oui, c'est une valse de Vienne" et elle allait faire le tour du monde. Elle sera reprise bien plus tard par Tino Rossi.

Théodore Botrel (1868 - 1925).

Il devient célèbre en chantant sa chanson la Paimpolaise. La fille cadette de sa deuxième épouse est la mère du chanteur Renaud Detressan.

- Dors mon gâs, 1895
- La Fanchette, 1895
- La Paimpolaise, "chanson des pêcheurs d'Islande", 1895
- Le mouchoir rouge de Cholet, 1898. Sa chanson est basée sur un fait réel : en effet, le 17 octobre 1793, lors de la grande bataille de Cholet, Henri de la Rochejacquelein porte à son chapeau, sur sa poitrine, et à son côté, trois mouchoirs blancs de Cholet, afin de mieux se faire reconnaître de ses hommes, mouchoirs qui le désignent tout aussi sûrement aux balles républicaines. C'est cet acte de bravoure que Botrel à voulu immortaliser en l'attribuant, sans doute pour la rime, à Monsieur De Charette. Un fabricant choletais avisé : Léon Maret, profite du succès extraordinaire de la chanson pour créer le mouchoir rouge de Cholet.
- Le Petit Grégoire, 1898.
- Par le petit doigt, 1900.
- Le Couteau 1900
- Le fil cassé, 1900. Par Pierre Daignault 1967
- Fleur de blé noir, 1902
- Lilas-Blanc, 1904. Par Mayol.
- La terre nationale, 1909, de Théodore Botrel qui l'aurait composé en 1909 en réponse à l'Internationale.
- Les mamans 1895 - de Botrel et Paul Delmet.
- 1904 - La cruelle berceuse, de Botrel. Par Stello

- Rosalie, 1914, de Botrel. Chanson à la gloire de la terrible baïonnette française. Sur l'air de "La Fanchette" (1895).
- Ma P'tite Mimi, 1915, paroles de Botrel. Sur l'air de la petite Tonkinoise.

Gaston Couté (1880 - 1911).

Fils d'un meunier de la Beauce. Après quelques années de vaches très maigres, il obtient un certain succès dans les cabarets. Il collabore à la revue La Bonne Chanson de Théodore Botrel. Le chansonnier et poète Jehan-Rictus qui avait fondé sa poésie sur l'usage de la langue argotique, fut sensible à son talent. Il sera fiché comme anarchiste. Il meurt à 30 ans de maladie. Couté et Botrel ne partagent pas les mêmes conceptions. Tandis que Botrel capte l'air du temps qui exalte les valeurs paysannes, Couté exprime sa révolte envers les gros propriétaires terriens et les institutions.

- Le gâs qu'a perdu esprit, 1900. 2ème version par Gérard Pierron (1977).
- Le patois de chez nous. vers 1900. Par Marc Robine
- Les mangeux d'terre, 1905. Par Marc Robine
- Sur la grand' route. Par Marc Robine
- Sur un air de reproche. Par Marc Robine
- Le pauv gars. Par Marc Robine
- La Julie jolie. Par Edith Piaf (1949). Une des chansons préférées du père de la chanteuse.
- Va danser, 1905. Musique Marcel Legay. Par Jacques Douai en 1962.
- Jour de lessive, 1910. Par Loïc Lantoine

 


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8 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 24 octobre 2013 11:24

    Edith Piaf !
    Non rien de rien ......


    • Taverne Taverne 24 octobre 2013 18:58

      Non, rien de rien, je n’serai rien de rien !

      - « Merci !
      - De rien ! »


    • Fergus Fergus 24 octobre 2013 17:03

      Bonjour, Taverne.

      Beau travail d’exploration du riche patrimoine musical de ce 19e siècle aujourd’hui bien oublié.

      Un petit bémol si tu me permets. Tu écris « Les chansons appartiennent au patrimoine commun ». En réalité, elles appartiennent tout d’abord à ceux qui les achètent, imprimées sur des feuilles vendues dans les rues. Ce sont souvent ces acheteurs anonymes qui contribuent à leur diffusion et à leur popularité.

      Un mot sur Jehan Rictus. Je pense à lui à chaque fois que je vais à Montmartre où un square porte son nom près du métro Abbesses. Un square atypique car dominé par le mur des « je t’aime » écrits dans de multiples langues pour le plus grand bonheur des visiteurs étrangers.


      • Richard Schneider Richard Schneider 24 octobre 2013 17:16

        Bonsoir Fergus,

        Bien d’accord avec vous vous pour qualifier ce texte de Taverne de remarquable.
        D’ailleurs, toute la série sur la chanson française jusque dans les cinquante était admirablement documentée.
        Bonne fin de journée,
        RS

      • Taverne Taverne 24 octobre 2013 19:01

        J’espère que la stèle en hommage à Jehan Rictus ne porte pas ces mots :« il est mort dans un dernier rictus ». Pardon, je ne le ferai plus. Promis, juré, craché : riiiiiiiiiiiiic-tus !

        Merci les gars.
        Il y avait de la bonne chanson en ce temps-là.


      • rocla+ rocla+ 24 octobre 2013 18:53

        Zivas l’ artique !!!!


        • Taverne Taverne 24 octobre 2013 19:02

          Yo ! Une tuerie de la mort qui tue sa race !


        • Txotxock Txotxock 24 octobre 2013 19:18

          C’est pas sympa, m’obliger à plusser un article de taverne...

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