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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les mystères de la chanson

Les mystères de la chanson

Festival de Travers

Le Festival de Travers faisait ce soir-là un passage dans une nouvelle salle. La commune de Saint Hilaire Saint Mesmin ouvrait grand sa petite salle des fêtes. Il y avait quelque chose de surprenant à découvrir ainsi un espace désuet mais chaleureux, amusant et quelque peu obsolète. Je m'amusai à noter la curieuse impression qui me faisait ce local en attendant le début des concerts.

Il y a du patronage en ce lieu. Un ensemble aux couleurs froides : parme, rose et violet. La scène est surélevée par rapport aux spectateurs . Des chaises sont alignées. Le long des murs courent de gros fils électriques oranges qui encadrent une plante imposante. Une rampe de quatre projecteurs se dresse de part et d'autre de l'estrade. On s'attend à une remise de récompense, la cérémonie des prix de notre enfance.

C'est dans ce décor quelque peu obsolète que je vais assister à un duel à micro moucheté. Un duel à distance, un combat singulier où nous allons pouvoir toucher du doigt la magie du spectacle, cette étrange alchimie qu'on appelle le talent. Deux chanteurs vont se produire l'un après l'autre, usant d'une économie de moyens presque similaire

En lever de rideau, Pierre Lebelâge, en seconde partie Valérian Renault. Le second a l'avantage de jouer à domicile. Nous retiendrons cette circonstance au moment du verdict. Chacun s'accompagne d'une guitare. Pierre, pour se sentir sans doute un peu moins seul, a demandé à un second guitariste de venir lui faire un léger contrepoint.

Déjà la maîtrise de l'instrument n'est pas la même. Pierre fait de la caisse un complément de percussion qui personnellement m'agace quelque peu. La guitare souligne discrètement la chanson, elle n'apporte rien de plus. Il est même assez difficile de distinguer une variation d'un morceau à l'autre. Valérian passe de l'acoustique à l'électrique avec un brillant éclectisme. Il commente ses changements d'instrument, ses réglages et ses bidouillages. Le courant passe entre lui et la salle quand Pierre s'excuse presque de nous dire deux mots d'explication.

Car c'est là que va se jouer le premier acte de la victoire du local. Il est en communion avec la salle quand l'autre y est en pénitence. Manifestement à l'aise, parfaitement décontracté en apparence, Valérian converse, plaisante, se moque de lui-même, fait du public son complice quand Pierre est engoncé dans une posture qui le met mal à l'aise. Il s'excuse presque d'avoir fait des premières parties d'artistes connus quand son adversaire aime à rappeler son parcours avec le groupe ; « Les vendeurs d'enclume ! ».

Pour que le spectacle soit vivant, il faut que l'artiste demeure en vie, heureux d'être là, fort du désir de faire passer son répertoire. Pierre semble être sous barbituriques. Il aligne ses belles chansons monotones. C'est un souffle de voix au service d'une petite ligne mélodique. Sa prestation achevée, que reste-t-il dans nos mémoires ? Presque rien pour ne pas être contrariant, car il a eu la sagesse de reprendre une chanson de Leprest et une autre de Brassens. Des siennes, tout s'est envolé sans même nous octroyer un petit refrain entêtant !

Valérian nous éclabousse par sa virtuosité vocale. Il y a quelque chose d'un immense artiste belge en lui. La comparaison est si évidente que je ne vais pas lui envoyer des fleurs ; il préfère les bonbons. Le spectateur est saisi par sa présence, par sa faculté à l'emporter dans son monde. Monde pourtant un peu sombre, un peu chaotique aussi (la ressemblance toujours …). Rassurez-vous cependant , il ne joue pas de l'analogie, il explore un univers très personnel ; il ne copie pas, il invente un style qui va exploser un jour ou l'autre, c'est une évidence !

Pierre nous a lassés ; Valérian nous a bluffés. Le spectacle est un univers impitoyable, la chanson plus encore. Comment, en trois petites minutes vous emporter dans un autre monde ? Comment laisser une petite graine dans l'esprit des spectateurs ? Comment impressionner durablement un public qui partira alors avec un souvenir enchanté ?

Qu'on appelle cela talent ou charisme, présence ou virtuosité, il se passa ce soir- là une évidence. L'un allait être oublié bien vite quand l'autre ne demandait qu'à grandir encore plus. Je souhaite que Pierre se réveille un peu, se fasse violence pour défendre ses textes qui valent mieux que la douce somnolence que je leur ai accordée. J'espère sincèrement que Valérian va obtenir la consécration que devrait lui valoir son talent . Il a l'étoffe d'un grand de la chanson, il ne lui reste plus qu'à bénéficier de ce supplément de chance qui est, hélas, une condition bien aléatoire, un impondérable mystérieux !

Enchanteusement leur. 


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21 réactions à cet article    


  • Prudence Gayant Prudence Gayant 19 octobre 2013 14:46

    Mystère et magie étaient de sortie à Travers. Ne manquait que le troisième de la bande, le talent ? 


    • C'est Nabum C’est Nabum 19 octobre 2013 14:56

      Prudence


      J’avoue ne pas comprendre

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 19 octobre 2013 15:04

      Pourquoi donc toujours utiliser dans n’importe quelle occasion les mots « mystère » « magie » ?

      Ces deux personnes étaient venues chanter, où est la magie ? le mystère ?
      Jacques Brel mouillait sa chemise devant son public il n’attendait sûrement pas de magie ni de mystère.
      Ces deux mots ont un sens une signification ils sont tellement usités pour n’importe quoi à présent.
      Deux clampins chantent grattent de la guitare et vous y voyez de la magie !

    • C'est Nabum C’est Nabum 19 octobre 2013 16:07

      Prudence


      Parce que la chanson est alchimie et magie, parce que c’est un curieux mélange entre talent et mystère, que rien n’est prévisible que tout est incompréhensible dans le succès ou l’échec une mélodie et d’un refrain ...

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 19 octobre 2013 17:46

      en 2013, il ne reste plus que l’alchimie ; le mystère et la magie en partage. 




    • norbert gabriel norbert gabriel 19 octobre 2013 15:46

      Mettre en première partie de Valérian Renault, un débutant comme Lebelage est en effet un pari risqué pour le débutant... L’un est une « bête de scène » l’autre est peut-être plus doué pour écrire et composer que pour se montrer sous les sunligths... le malentendu est là ... 


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 octobre 2013 16:09

        norbert gabriel


        Point de malentu, l’un et l’autre ont presque le même âge et le même parcours.
        Il y a des recettes magiques qui dépassent le travail et l’inspiration.

        J’en sais quelque chose moi qui écrit des chansons que personne jamais n’entend

      • norbert gabriel norbert gabriel 19 octobre 2013 16:51

        ah .. Valérian Renault, je l’ai vu apparaitre avec Vendeurs d’enclumes, il y a bien 6 ou 7 ans ; et ils étaient déjà bien rôdés (Tremplin du Festival de Marne, ou des Hauts de Seine) alors que Lebelage c’est il y a un an ou deux, et j’ai l’impression qu’il était vraiment en début de parcours...
        Mais c’est peut-être une fausse impression... Quoi que ; il n’a pas encore fait un album ... 


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 octobre 2013 16:56

        norbert gabriel 


        Vous pouvez avoir raison

        J’ai fait u billet d’impression, il est forcément subjectif et ne prétend nullement détenir la vérité.

      • norbert gabriel norbert gabriel 19 octobre 2013 17:03

        sur le fond je partage vos impressions... La juxtaposition de deux tempéraments aussi différents est hasardeuse, la première fois que j’ai vu Lebelâge, il était annoncé en première partie de Joyet, mais Joyet a eu une bonne idée, il a commence le spectacle, et a fait venir Pierre Lebelage au milieu, et le public a été accueillant, mais c’est aussi un risque, passer après un auteur aussi pointu que Joyet, ça peut mal finir... Mais ce jour là, à l’Européen, c’était bien.


      • C'est Nabum C’est Nabum 19 octobre 2013 17:22

        norbert gabriel 


        De toute manière, chaque prestation et chaque ressenti est différent.

        C’est ce qui fait la fragilité de la critique et ses immenses limites

      • Stephanie Charron Stephanie Charron 22 octobre 2013 15:51

        Je ne vois pas l’intérêt de mettre en compétition Valérian Renault et Pierre Lebelâge.
        L’un , qui débute dans le métier, faisait la première partie de l’autre qui a plus de dix ans de scène au compteur.
        Envisager la prestation de ces deux chanteurs à la manière d’un duel en s’amusant à compter les points m’agace un peu.Je trouve ça facile et même un poil malhonnête pour tout vous dire.
        Surtout quand on ne vérifie pas la véracité des informations relayées (Pierre et Valérian n’ont pas le même âge et encore moins le même parcours).
        ça donne un petit côté « celui qui pisse le plus loin » qui n’a pas lieu d’être dans le milieu de la chanson où tout est affaire d’émotion en fin de compte.
        Pierre Lebelâge n’est pas un bavard, et cela ne me dérange pas.
        C’est un auteur qui chante et le fait à sa façon sans se soucier des codes du spectacle.
        Je comprends aussi que cela déplaise à un certain public.
        Quant à dire qu’il ne reste rien de ses chansons après son tour de chant...
        je préfère rejoindre le jugement d’Allain Leprest qui lui reconnaissait « la grâce dans l’écriture ». (DVD Connait-on encore Leprest ?)


      • C'est Nabum C’est Nabum 22 octobre 2013 17:49

        Stephanie Charron


        J’ai sans doute été mauvais. Je ne suis pas à l’abri moi non plus

      • Prudence Gayant Prudence Gayant 22 octobre 2013 18:07

        Stéphanie Charron

        Grand merci à vous de rectifier le tir et de remettre les pendules à l’heure.
        Le lecteur aurait pu croire qu’il s’agissait d’un télé-crochet alors qu’il n’en était rien. D’où l’importance de bien réécrire l’histoire.
        Ce n’était qu’un concert dans lequel un artiste débutait et l’autre faisait sa prestation devant son public.
         

      • Stephanie Charron Stephanie Charron 24 octobre 2013 12:09


        Votre billet est très subjectif en effet.
        S’il s’agit de donner son avis sur tout et surtout son avis comme disait l’autre alors je suis d’accord avec votre démarche mais il faut rester dans le cadre de la discussion de comptoir et avoir la pudeur de ne pas étaler sa prose sur les différents blogs où on a l’impression d’exister...
        Cette même pudeur que vous avez pourtant quand il s’agit de faire entendre vos propres chansons comme vous le dites vous même.
        La critique, elle, n’est pas que subjective ; elle s’appuie sur une connaissance du métier ou de l’art qu’elle prétend éclairer.
        Je n’étais pas à Orléans ce soir là mais j’étais à l’Alhambra à Paris deux jours avant où Lebelâge a conquis le public et les nombreux gens du métier.La communion avec le public a bien eu lieu je vous rassure.C’était un concert magique.Peut-être Celui d’Orléans ne l’était-il pas.Faut-il pour autant qu’il se pose de sérieuses questions comme vous paraissez le suggérer ?
        Je ne crois pas.

        amicalement
        Stéphanie


      • Prudence Gayant Prudence Gayant 19 octobre 2013 17:57

        Je leur souhaite à tous deux beaucoup de chance dans ce monde magique de la chanson.

        Ont-ils l’intention de faire une tournée hors métropole ?

        • C'est Nabum C’est Nabum 19 octobre 2013 19:08

          Prudence


          Il faut s’adresser à leur site officiel

          Je ne suis qu’un témoin neutre

        • Giacometti Giacometti 24 octobre 2013 09:29

          Un artiste qui rate un concert ça arrive, de là à ne lui trouver aucune présence, aucune voix, aucune mélodie et aucune chanson valable en dehors des deux reprises de Leprest et de Brassens ça fait un peu beaucoup non ?j’ai découvert Pierre au festival de Barjac.C’était super !

          http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2012/08/14/barjac-2012-lebelage-en-toute-bienveillance/

          Quand le talent d’un jeune qui débute, qui débarque de nulle part et qui n’a pas encore fait de disque, est déjà salué par les grandes plumes de la chanson que sont Leprest, Joyet et Anne Sylvestre, on est en droit de se demander qui de lui ou de vous devrait se poser le plus de questions.Un artiste qui rate un concert ça arrive. un quidam qui fait une erreur de jugement aussi ! smiley

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