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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Longtemps je me suis couché de bonne heure...

Longtemps je me suis couché de bonne heure...

Un bref texte sur la première phrase de A la recherche du temps perdu.

Longtemps je me suis couché de bonne heure. Encore. Longtemps je me suis couché de bonne heure. Qu’est-ce qui rend cette phrase si particulière ? Encore une fois. Longtemps je me suis couché de bonne heure. La phrase la plus célèbre de la littérature française. Qu’est-ce qui fait une phrase ? Longtemps. Une phrase, cet assemblage de presque rien, de quelques mots. Huit mots. Comment ce rien fait de choses simples peut-il tout dire ? Cette phrase peut-elle dire l’intégralité du roman ? Je lis, j’écoute, j’entends cette phrase et je me demande si je dois poursuivre ma lecture ? Ne contient-elle pas tout ? Longtemps. Je me suis couché. De bonne heure. Pas Il y a longtemps. Pas pendant longtemps. Seulement longtemps. C’était quand ? Un temps passé, étendu et révolu, je me couche tard désormais, j’ai vieilli. Avec le temps. Ferré résonne comme Proust. Cette recherche commence là, il y a longtemps, quand je me couchais de bonne heure. Lire cette première phrase sans même lire la deuxième : Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « je m’endors ». D’une phrase rejaillit le temps tout comme pour lui... tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. Les voix, la lumière, l’absence, les invités, la nuit. Quoi d’autre encore ? Que, peut-être, je ne veux pas voir. Longtemps je me suis couché de bonne heure, c’est l’infinie somme de détails d’une vie qui surgit d’une phrase elle-même tirée du néant. Des mots se posent, et les sensations comme des fantômes en errance s’accrochent à mon esprit. ... Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre , à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. Mon odeur, les mots, ma saveur, longtemps je me suis couché de bonne heure. Huit mots et j’ai le vertige. Comment dire autrement les passés, les nôtres, et comment saisir la raison de cette plongée profonde dans les méandres des souvenirs, supposés, racontés, réels ou fabriqués, comment comprendre l’écho que suscite cette phrase ? Première page, premiers mots, et c’est un voyage dans le temps, un voyage interminable, ne cessant de s’allonger, à la recherche du temps perdu...

Du côté de chez Swann (À la recherche du temps perdu), Marcel Proust.

Luc Brou Caen


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22 réactions à cet article    


  • Senatus populusque (Courouve) Courouve 18 mai 2006 13:56

    La phrase exacte est :

    « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »


    • Eric (---.---.12.111) 22 mai 2006 22:29

      La virgule fait toute la différence ! Proust, ça se vit... et au diable les commentaires !


    • Daniel Milan (---.---.168.77) 18 mai 2006 14:06

      Ne le prenez pas mal, mais si vous vous êtes « couché de bonne heure longtemps », c’est que vous étiez fatigué, ou alors que vous n’aviez pas l’électricité ! Vous avez dû vous ennuyer, ou alors, drôlement vous occuper ? Je vous demande ça, parce que le lecteur doit rester sur sa faim, en apprenant que vous vous êtes couché longtemps de bonne heure !


      • Kelsaltan (---.---.178.45) 18 mai 2006 14:47

        J’avoue que l’attente désespérée du point final d’une phrase qui a débuté trois pages avant me gêne considérablement dans la compréhension de ce qui défile sous mes yeux. Ceci n’est bien entendu pas une critique, mais simplement l’aveu d’une incapacité personnelle dont, je l’espère bien, tout le monde se moque éperdument.


      • Marsupilami (---.---.227.94) 18 mai 2006 16:25

        Ouaf !

        A ceux qui ne comprendraient pas, en cliquant sur « nouveaux commentaires », pourquoi ils ne les découvrent pas, sachez, qu’ils ont été arbitrairement censurés par Agoravox parce qu’ils réagissaient au propos « anodin » du nazislamiste Daniel Milan, qui lui même ne réagissait à cet article que parce que Proust était juif.

        Houba houba !


      • Le porc clandestin (---.---.186.86) 18 mai 2006 18:08

        @Marsupilami

        Je le constate sur d’autres fils : les propos haineux et antisémites de ...... ..... (censuré : aparemment, on n’a même plus le droit de le nommer), négationnistes, appelant ouvertement à la destruction d’Israël et faisant l’apologie du terrorisme ne sont jamais supprimés.

        Par contre les posts de ceux qui protestent contre lui ou d’autres nazislamistes sont souvent supprimés.

        Que devons-nous en conclure ?

        J’ai aussi constaté, vu les heures des posts, qu’il travaille à cela au moins douze heures par jour ; payées par qui ?

        Et cela rien que sur Agoravox car il pollue d’autres forums.


      • (---.---.215.93) 18 mai 2006 18:33

        vous parlez de marsupiani ou de galilée ? vous devez vous tromper, eux ils sont anti musulmans anti islam, anti arabes, et puisque vous aimez et pratiquez les mots gentils, disons le tout net,des vrais nazisionistes quoi


      • Kelsaltan (---.---.178.45) 19 mai 2006 09:28

        Curieux, j’ai été censuré alors que mon post ne faisait allusion qu’à la longueur des phrases de Proust et de la gymnastique intellectuelle nécessaire pour le suivre, en contradiction de style avec la simplicité de celle qui fait l’objet de cet article.

        Je crois que c’est le titre de ce post, où il était exprimé que moi aussi je pouvais, tout comme le bénéficiaire de cette censure, écrire pour ne rien signifier, qui a été l’objet de cette censure. Pourtant il ne contenait aucun caractère injurieux, si ce n’est une vague allusion au plumage éparse de notre oiseau, dont les interventions jour après jour expriment de bien curieures orientations... politiques.


      • Jojo2 (---.---.195.200) 19 mai 2006 09:52

        Petit rappel ornithologique.

        Il y a deux Milans. Le Milan noir et le Milan Royal.

        Les deux se nourissent de charognes.


      • brigetoun (---.---.68.6) 18 mai 2006 20:50

        je reste sur ma faim. Une jolie dissertation sur ce qu’apporte la virgule


        • brigetoun (---.---.68.6) 18 mai 2006 20:51

          je reste sur ma faim. Une jolie dissertation sur ce qu’apporte la virgule


          • Zam (---.---.52.196) 18 mai 2006 22:17

            « Qu’est-ce qui rend cette phrase si particulière ? » pourquoi ? elle est particulière ? Non franchement je ne vois pas, à part le snobisme je ne vois pas d’autre explication.


            • Luc Brou 19 mai 2006 11:49

              Du snobisme dans la littérature ?! Ou dans le choix d’un livre ou d’un auteur ! Je n’oblige personne à aimer Proust ou n’importe quel autre auteur mais du snobisme, c’est être à côté de ce que peut apporter la littérature ou tout autre forme de création. Pas du snobisme, du plaisir. C’est tout. Luc


            • Eric (---.---.12.111) 22 mai 2006 22:35

              D’accord avec vous, Jean-Luc. Ce n’est pas par snobisme qu’on aime Proust (mais c’est peut-être par snobisme qu’on le lit). Proust, c’est tout simplement le maître, le sommum d’un art qui s’appelle (ou s’appelait ?) littérature et qui a trouvé en la langue française un de ses outils les plus parfaits.


            • Jojo2 (---.---.200.232) 18 mai 2006 22:52

              ZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ


              • Jojo2 (---.---.200.232) 19 mai 2006 00:16

                On pourrait croire que je suis ignare...

                Non point. Ma phrase à moi c’est du Blaise :

                « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »


              • Daniel Milan (---.---.168.77) 18 mai 2006 23:50

                Il m’arrive également de me coucher de bonne heure, vers les 5 heures du matin et pourtant je n’en fais pas un bouquin !


                • beos (---.---.82.249) 19 mai 2006 01:36

                  « Longtemps je me suis couché de bonne heure » ne fait-il pas la liaison, tout en le résumant admirablement, avec l’« essai », précèdant de loin La Recherche : Jean Santeuil ?


                  • Retorix Retorix 19 mai 2006 10:13

                    Merci pour cet article. Très bon ! Oui cette phrase est bien magique pour moi aussi. Et j’ai l’électricté ! (le commentaire de Jopjo est très drôle :) )


                    • Retorix Retorix 19 mai 2006 10:16

                      Jojo2 remplace « Jopjo » ... sorry


                    • Luc Brou 19 mai 2006 11:53

                      Moi aussi j’ai beaucoup aimé snoopy, ça me rassure au regard de certaines réactions, je suis très étonné parfois quand on ne fait partager qu’un plaisir un peu perso. Rien de grave.

                      Luc


                    • le K (---.---.138.80) 24 janvier 2007 21:15

                      bravo Luc !!! j’ai aimé te lire. Continue a nous faire partager cela.

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