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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Luc Ferry ou la recherche d’un nouvel humanisme

Luc Ferry ou la recherche d’un nouvel humanisme

Luc Ferry, ex-ministre de l’éducation nationale, professeur, auteur d’une abondante bibliographie cherche à ré-introduire la philosophie dans les affaires de la cité et la conduite des coeurs. Rien que cela ! A ses yeux la philosophie doit redevenir ce qu’elle était à Athènes, il y a deux mille cinq cents ans : un art de vivre et de mourir. Autrement dit une école de sagesse. Pour ce faire, rien n’est plus fécond que de se plonger dans les grands mythes qui sont à la source du " miracle grec ".

Au commencement était les mythes - nous dit-il. Ce sont des histoires littéraires, bien sûr, mais qui tentent toutes de répondre à une question philosophique fondamentale, celle de savoir ce qu’est " une vie bonne" pour les mortels. La mythologie grecque va ainsi préformer l’interrogation philosophique la plus fondamentale, celle qui va de Parménide aux stoïciens, en passant par Platon et Aristote.

L’expression " vie bonne" renvoie à une interrogation qui n’est pas seulement morale, mais qui touche à la question du sens. Il ne s’agit pas tant de respect de l’autre que de chercher le sens de la vie pour des êtres qui vont mourir et qui ont peur de la mort. L’idée qui va dominer la mythologie et que la philosophie va reprendre quasi intégralement, c’est celle qui vient de la Théogonie d’Hésiode. Hésiode raconte la naissance des dieux, puis la guerre que deux générations de dieux vont se livrer. La première, composée par les Titans, dieux violents et guerriers, la seconde qui réunit les Olympiens, fils des Titans, conduite par Zeus. Les Olympiens vont faire la guerre aux Titans pour établir un partage juste et paisible du monde. A Gaïa reviendra la terre, à Ouranos le ciel, à Poséidon la mer etc. Ce qui va naître alors dans l’espace intellectuel, culturel, moral et même métaphysique grec est l’idée de cosmos, c’est-à-dire l’idée que l’univers tout entier n’est plus un chaos, mais qu’il est au contraire harmonieux, juste, beau et bon. C’est cette idée de cosmos qui permet de répondre à l’interrogation sur " la vie bonne". Le sens de la vie va se définir comme la mise en harmonie de soi. C’est le sens de la quête d’Ulysse. Que fait-il, sinon chercher à regagner sa place dans l’ordre cosmique. Il a été déplacé par la guerre de Troie, il va mettre vingt ans à retourner chez lui, dans son lieu d’origine, Ithaque, afin de se réajuster à l’ordre du monde, tout simplement. Car, au fond, que disent les stoïciens ? Qu’une vie réussie, c’est une vie en harmonie avec l’ordre cosmique. D’où les trois pans de leur philosophie. D’abord, la théorie, qui est la contemplation du monde pour déterminer où se trouve notre place. Ensuite, la morale, qui est l’ajustement à cet ordre du monde. Enfin, la question du salut : qu’est-ce qui nous sauve de la mort ? Ce message formulé rationnellement par les stoïciens, c’est celui que l’on retrouve avec des accents encore cultuels et religieux, dans les grands mythes fondateurs grecs que sont l’Odyssée et la Théogonie.

Lorsque Zeus gagne la guerre contre les Titans, il fait apparaître que le monde est un ordre cosmique harmonieux, juste et beau. Ce monde est divin, en ce sens que nous, les humains, ne l’avons pas créé nous-mêmes. Mais ce divin-là n’est pas incarné dans une personne comme dans le Christianisme ; il est la structure anonyme et aveugle du monde. La première rupture, que le Christianisme instaure par rapport au divin grec, réside dans l’incarnation. Cette rupture va tout changer, et la problématique de la morale et la problématique du salut, puisque ce divin, incarné dans la personne du Christ, ne sera plus appréhendé par la raison, d’où la mort de la philosophie, si l’on peut dire, mais par la foi, fides, la confiance.

L’autre rupture est l’idée moderne d’égalité que pose le Christianisme. Et aussi d’humanité. On va inventer en même temps l’idée moderne d’humanité et la valorisation du travail. C’est la parabole des talents qui raconte l’histoire d’un maître qui part en voyage et confie des sommes d’argent à ses trois serviteurs. Losqu’il revient il demande des comptes. Que signifie cette parabole ? Simplement une rupture radicale avec le monde aristocratique pour lequel ce qui fait la dignité d’un être, c’est ce qu’il a reçu au départ, à savoir les talents ou les dons naturels. L’aristocrate est bien né, ou bien doué. Il y a une hiérarchie naturelle des êtres. Ce que la parabole des talents introduit est l’idée que ce qui fonde la dignité est non ce que l’on a reçu mais ce que l’on a fait. La liberté plutôt que la nature. Du coup, on invente à la fois l’idée d’humanité, l’idée d’égale dignité des êtres et la valorisation du travail.

Une nouvelle étape est franchie. Mais celle qui est la plus importante selon moi - poursuit Luc Ferry - après la réconciliation des grecs et des chrétiens, c’est la révolution qui a eu lieu au XIIe siècle où se pose l’idée qu’il faut désormais explorer la nature par la raison. Pourquoi : parce que la splendeur de la nature en tant que création divine doit porter les traces de la divinité du créateur. Elle ne peut pas être l’effet du hasard. Il n’y a plus alors de raison pour que raison et foi se contredisent. On trouve déjà là le thème qui sera cher à Pasteur qu’un peu de science éloigne de Dieu, mais que beaucoup nous y ramène. Ce qui sera repris dans l’avant-dernière encyclique de Jean-Paul II - Fides et ratio - foi et raison.

D’une certaine façon, il est visible que la modernité n’est jamais parvenue à saper le christianisme. Il y a aujourd’hui dans le monde à peu près 2 milliards de chrétiens. S’il y a une déchristianisation en Europe, elle est néanmoins à relativiser. Car si la quantité a diminué, la qualité a augmenté. Il y a aujourd’hui plus de chrétiens de conviction que d’habitude. Mais ce qui se passe, tout particulièrement avec la révolution scientifique des XVIIe et XVIIIe siècles, c’est que les dogmes chrétiens, notamment les arguments d’autorité, vont être plongés dans un acide, celui des Lumières et de l’esprit critique auxquels ils ne résisteront pas : du moins pas entièrement.

Cela se fera en deux temps : d’abord de Descartes à Hegel et avec les Lumières, qui sont pour une bonne part, une sécularisation de la religion chrétienne ; puis avec la philosophie contemporaine, de Schopenhauer jusqu’à Heidegger, qui coïncide avec une sécularisation de cette première sécularisation. On peut le voir chez Nietzsche dans ce qu’il appelle la critique du nihilisme.

Mais une fois que l’on a tout déconstruit, que reste-t-il ? Eh bien ce qui va apparaître n’est rien de moins que la sacralisation de l’humain, qui n’est pas pour autant idolâtrie, mais la conviction que les seules raisons qui méritent que l’on risque sa vie ne sont plus Dieu, la Patrie ou la Révolution, mais bien les êtres humains eux-mêmes. Le sacré s’incarne dorénavant dans les proches, et aussi le prochain qui est le contraire du proche, celui qu’on ne connaît pas, comme en témoigne l’humanitaire. Nous assistons à l’émergence d’un sacré à visage humain qui requiert une spiritualité d’un autre type. Lequel ?

La philosophie, disait Hegel, c’est notre temps saisi par la pensée. Notre époque appelle un humanisme d’un genre nouveau. Non plus l’humanisme des Lumières, de Voltaire et de Kant, qui était un humanisme de la raison et des droits, mais un humanisme du coeur et de la transcendance de l’autre. Bref, de l’amour. Nous vivons un tout nouvel âge de l’humanisme. C’est une révolution comme il en arrive peu, peut-être une fois tous les mille ans.

Voici la thèse que soutient avec talent un philosophe que je respecte infiniment, mais qui me paraît être trop optimiste, hélas ! Car notre époque ne dessine pas le visage de cet humanisme du coeur et de la transcendance, à l’heure où rarement la violence n’a été aussi présente, ni l’égoïsme si habituel, ni le goût du profit si prononcé. Et l’on sait d’autre part que l’humanitaire, sous des dehors très estimables, n’est pas toujours dénué d’intérêts moins avouables et que le droit d’ingérence conduit le plus souvent à la catastrophe. Finalement, à écouter ce très sympathique philosophe, nous ne ferions rien d’autre que de revenir au vieux précepte chrétien : aimez-vous les uns, les autres. Mais cela fait vingt siècles que l’on s’y emploie sans grand résultat.

De Luc FERRY à lire : 

La sagesse des mythes chez Plon
La tentation du christianisme (avec Lucien Jerphagnon) chez Grasset
Quel avenir pour le christianisme (avec Philippe Barbarin) chez Salvator


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24 réactions à cet article    


  • fouadraiden fouadraiden 6 avril 2009 12:10



    Philosophe à la noix qui rabâche. Christianisme et blablabla


     j’ai eu son frère à l’Univesrité de Bruxelles . soporifique , qd il explique Hegel, qui vaut mieux que ça.


    • ZEN ZEN 6 avril 2009 12:27

      A l’aube d’une crise qui s’annonce terrifiante...il y a autre chose à faire qu’à parler d’humanisme
      Face à la souffrance d’un enfant, la philosophie ne fait pas le poids, disait à peu près Sartre...


      • Voltaire Voltaire 6 avril 2009 12:37

        L’interprétation très libre de l’histoire de Luc Ferry est très contestable ; puisqu’il pense la raison dépassée, il s’autorise cette vision plus littéraire que philosophique, licence poétique dirons-nous, qui ressemble plus à s’écouter parler qu’à approfondir le fondement de l’évolution de notre société.

        Quant à sa suggestion que notre époque n’a plus besoin d’un humanisme de la raison et des droits, je crains hélas que Luc Ferry ne vive pas dans le même monde que le citoyen ordinaire, tant ces notions me semblent plus que jamais d’actualité sur notre planète.


        • Robert Biloute Robert Biloute 6 avril 2009 14:47

          Juste une remarque car je viens de finir un bouquin de Michéa "Impasse Adam Smith" où cette notion de raison issue des lumières est centrale.
          L’argumentation est en (très) gros que la philosophie des lumières a mis la notion de "raison" au dessus de tout (premier axiome) et que la rationalité scientifique fut désigner comme l’unique moyen d’appliquer cette "raison" (deuxième axiome).
          Michéa retrace alors la responsabilité de cette "raison", lorsqu’elle est poussée au paroxysme, dans le désanchantement du monde et la poursuite d’une idéologie considérant l’homme comme rationnel, dans le sens ou il serait motivé par son seul intérêt.

          Avec cette grille de lecture, la "raison" telle qu’on la pratique maintenant (et principalement dans le monde occidental il me semble) n’est pas dépassée, mais le fait qu’elle soit prise uniquement sous l’angle de la rationnalité scientifique et qu’elle prenne tout l’espace de pensée la place en situation de responsabilité face à la déshumanisation qui en ressort logiquement.

          Michéa lui oppose une notion assez floue mais surement a creuser, de "common decency", inspirée par Georges Orwell il y a déjà un bout de temps.

          On tombe donc effectivement sur des notions plus "littéraires" que "philosophiques", ou disons plus "affectives" ou "instinctives" que "rationnelles" mais si l’enjeu est de rendre à l’humain ce qu’il a d’humain, a-t-on vraiment le choix ?


        • Voltaire Voltaire 6 avril 2009 14:58

          Il suffit de relire Voltaire ou Diderot pour constater que la rationalité ou la raison telle que prônée par les philosophes des lumières n’avait pas pour unique principe celui du rationalisme ou positivisme scientifique, mais s’érigeait en contrepoids de l’absolutisme monarchique et religieux. ’L’humanisme", et donc l’humain, tient donc une place prépondérente dans cette relation à la raison, comme l’est le droit, qui donnera naissance au concept de droit de l’homme universel. Imaginer déplacer cet humanisme vers une notion abstraite d’amour me semble à la fois un retour vers le subjectif religieux et un recul, ou disons une dilution de la défense du droit au profit du personnel : la "raison" et le "droit" des lumières avaient cette vocation universelle dont s’éloigne naturellement l’individualisme d’un humanisme diffus tel que défendu par Ferry.


        • Robert Biloute Robert Biloute 6 avril 2009 15:38

          Je n’ai surement pas été assez précis : le fait que la notion de raison soit maintenant monopolisée par la rationalité scientifique n’est peut-être pas expliquée par les sources de la philosophie des lumières, je vous fait confiance sur ce coup car je n’en sais rien à vrai dire.

          En tout cas tel n’était pas mon propos. Pour moi, aujourd’hui, la raison a bien basculée du côté de la rationnalité scientifique, suffit de lire n’importe quelle norme qualité ISOmachin, parfaitement "déraisonnable" dans sa volonté de tout rationnaliser.

          Il me semble qu’un humanisme véritable emprunte obligatoirement une partie de son inspiration à ce qui fait l’homme, donc à l’"irrationnel", au "littéraire", aux "émotions".
          A moins que l’on puisse démontrer philosophiquement qu’il faut respecter l’autres, ce dont je doute.., il faut donc bien faire appel aux affects pour qu’un humanisme émerge.

          Enfin je me soucie relativement peu des idées de Mr Ferry, je voulais juste faire une remarque, pas étayer ses théories.


        • Christophe Christophe 6 avril 2009 16:44

          @Robert Biloute,

          Nous retrouvons l’approche rationnelle - irrationnelle chez nombres de philosophes ; Charles Sanders Peirce exposait que si l’homme peut être rationnel, il peut aussi être irrationnel.

          Dans un monde où le rationnalisme, principalement scientifique, tend à vouloir tout expliquer, il se heurte à la nature humaine, puisque l’homme apprend à être rationnel mais il ne l’est pas naturellement.

          De fait, ne pouvant expliquer l’inexplicable, le rationnalisme a tendance à vouloir tout écraser pour masquer son incomplétude. C’est ce que nous retrouvons dans certaines sciences, la plus frappante étant l’économie puisqu’elle s’applique dans le monde des hommes et qu’elle est la seule "science de l’homme" qui utilise sur l’intégralité de ses approches une vision rationnaliste. Cet écrasement perpétuel pour mettre en exergue le rationnalisme triomphant nous amène, comme le signalait Weber, à un désenchantement du rationnalisme. smiley


        • Robert Biloute Robert Biloute 6 avril 2009 16:52

          Complètement d’accord.
          M’est avis que la tendance est plutôt de chercher à modifier l’homme afin qu’il colle aux modèles, et non l’inverse.. c’est assez pathétique et très dangereux


        • jako jako 6 avril 2009 12:59

          Moué , Michel Onfray me suffit largement.


          • cathy30 cathy30 6 avril 2009 13:07

            J’ai écouté ce monsieur samedi soir télé ardisson. Ferry soutient mordicus la politique de sarkosy notamment sur l’immigration. En soulevant le problème que nous ne pouvons pas recevoir des immigrés dans de bonnes conditions, il omet de dire les guerres que les Etats unis et occident déclenchent dans ces pays exploités, comme l’afghanistan par exemple. Ce monsieur est d’une hypocrisie redoutable, il est complètement en dehors de la réalité, trop de fréquentation d’hotels luxueux peut être. Je t’en foutrais de la sacralisation de l’humain, moi. Bon néamoins, beau broshing.


            • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 6 avril 2009 13:14

              Pourquoi immédiatement récupérer ce philosophe sur un plan politique. Parce qu’il est plutôt de sensibilité de droite, tout ce qu’il dit ou écrit doit être idiot et mis à l’index et, forcément, l’homme est un salaud. C’est un peu simpliste, non ?


              • fouadraiden fouadraiden 6 avril 2009 13:28

                à propos, BHL a créé quelque-chose d’ authentiquement inédit, son personnage sentencieux cheveux au vent , ridicule certes, mais véritable création philosophique , que l’on trouvera nulle part chez un Ferry ou autres thuriféraires de l’ humanisme chrétien démocratique et libéral


              • abdelkader17 6 avril 2009 14:11

                la nouvelle philosophie n’est qu’un club de petits réactionnaires reconvertis dans la défense des interêts du capitalisme.


                • Christophe Christophe 6 avril 2009 16:25
                  @L’auteur,
                   
                  Il ne s’agit pas tant de respect de l’autre que de chercher le sens de la vie pour des êtres qui vont mourir et qui ont peur de la mort
                   
                  Postulat qui me semble assez raccourci. Certes les êtres vont mourir, mais la mort ne fait pas peur de façon aussi générale que le laisse penser Ferry.
                   
                  A Gaïa reviendra la terre, à Ouranos le ciel, à Poséidon la mer.
                   
                  Ceci est tout autant la continuité de l’approche éléatique à laquelle s’ajoute le ciel ; voir ou revoir Xénophane de Colophon (créateur de l’école éléatique) qui instruisit Parménide à Elée. Ce qui explique la suite de votre phrase par ailleurs. De Xénophane, il ne reste qu’un savoir épars, Aristote aborde ce philosophe dans De Xénophane, Zenone et Gorgia (édité en 1878). Pour le reste, il faut se plonger dans les écrits de Brandis (Commentationes eleaticæ, 1813) et Karsten (Philosophorum græc. Reliquiæ, 1830). L’histoire de la philosophie grecque ne débute pas avec Parménide, la période présocratique fût longue et les idées ne sont pas nées du jour au lendemain. La seule problématique était qu’il n’y avait que peu d’écrits et beaucoup de connaissances se propageaient par la tradition orale.
                   
                  Cette rupture va tout changer, et la problématique de la morale et la problématique du salut, puisque ce divin, incarné dans la personne du Christ, ne sera plus appréhendé par la raison, d’où la mort de la philosophie, si l’on peut dire, mais par la foi, fides, la confiance.
                   
                  Ce ne sera pas la mort de la philosophie, ce sera une transformation par une fusion de deux courants. Le christianisme reprendra principalement et très fortement la métaphysique platonicienne mais conservera du stoïcisme sa capacité à construire les discours moraux (logique dialectique oblige) ; par exemple, la caritas generis humani est caractéristique du stoïcisme.
                   
                  tout particulièrement avec la révolution scientifique des XVIIe et XVIIIe siècles, c’est que les dogmes chrétiens, notamment les arguments d’autorité, vont être plongés dans un acide, celui des Lumières et de l’esprit critique auxquels ils ne résisteront pas : du moins pas entièrement.
                   
                  La révolution intellectuelle du XVIIème et XVIIIème siècle, et principalement les idées amenées par les Lumières, ont consistées à introduire un élément déterminant : un changement de relation entre l’homme et sa temporalité, sa relation avec le temps. C’est ce que levait Hegel en exprimant que l’homme pense à l’inverse de l’écoulement du temps, introduisant de fait la notion de perspective dans la pensée ; perspective qui pousse par certains aspects à l’abstraction. La perspective avait traversée les arts, elle fût initiée par Filippo Brunelleschi lors de la construction du dôme de la cathédrale de Florence ; elle est née pour un besoin religieux et elle a mis à mal, 300 ans plus tard, cette même religion.
                   
                  ce qui va apparaître n’est rien de moins que la sacralisation de l’humain, qui n’est pas pour autant idolâtrie, mais la conviction que les seules raisons qui méritent que l’on risque sa vie ne sont plus Dieu, la Patrie ou la Révolution, mais bien les êtres humains eux-mêmes.
                   
                  Je ne pense pas un seul instant à la sacralisation de l’humain ; il faudra autrement m’expliquer la situation réelle actuelle. La sacralisation a été avant tout déterminée par un changement radical qui intervient avec la révolution industrielle et la mise en œuvre du mode de production capitaliste au XIXème siècle (voir les servitudes de la puissance, une histoire de l’énergie de Debeir, Deleage et Hemery (1986) et Histoire de l’écologie, une science de l’homme et de la nature de Deleage (1991)) ; ce n’est pas l’homme qui est sacralisé, mais le pouvoir de l’homme et les outils de la production qui lui permettent d’assoir sa suprématie sur la nature, la science et la technique en premier lieu.
                   
                  Car notre époque ne dessine pas le visage de cet humanisme du coeur et de la transcendance, à l’heure où rarement la violence n’a été aussi présente, ni l’égoïsme si habituel, ni le goût du profit si prononcé.
                   
                  Votre conclusion devrait bien, en effet, ne pas abonder dans le sens de la sacralisation de l’humain.
                   
                  Et l’on sait d’autre part que l’humanitaire, sous des dehors très estimables, n’est pas toujours dénué d’intérêts moins avouables
                   
                  En effet, et cette tendance n’est pas nouvelle, pour preuve, les propos de Marat dans Les chaînes de l’esclavage (1774) en page 116 : Abusé par les mots, les hommes n’ont pas horreur des choses les plus infâmes, décorées de beaux noms ; et ils ont horreur des choses les plus louables, décriées par des noms odieux. Aussi l’artifice ordinaire des cabinets est il d’égarer les peuples en pervertissant le sens des mots ; et souvent des hommes de lettres avilis ont l’infamie de se charger de ce coupable emploi.

                  • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 6 avril 2009 16:33

                    Merci de ce résumé de la thèse de L. Ferry.
                    Votre pessimisme terminal, en forme de critique partielle, me semble trouver sa source dans la thèse de l’auteur : l’optimisme de Luc Férry relève, à mon sens, d’une double difficulté  :

                    1) celle qui prétend fonder l’amour universel de l’homme-dieu, le prochain, sur un sentiment qui ne relèverait d’aucune révélation divine transcendante, d’aucune foi dans un principe sur-humain, alors même que cet amour n’a de sens précisément humain que dans la particularité : personne ne peut humainement aimer identiquement tous les hommes, sans distinction : aimer c’est toujours distinguer les amis des non-amis. Kant le savait qui distinguer une amour idéalement purement rationnel (universel) d’un amour réellement toujours pathologoqie (affectif) et particularisant

                    2) Or cette distinction pour Kant, est au fondement de la justice et du droit. Etre juste ce n’est pas aimer, mais c’est reconnaître et respecter des droits identiques chez qui on aime et chez qui on n’aime pas, voire chez qui, affectivement, on déteste ! Il est curieux de constater que L. Ferry, grand lecteur de Kant, semble en oublier cette distinction et prétende fonder la politique c’est à dire la justice sur l’amour pathologique, sans même avoir recours au surhumain pour cela, comme si tout homme pouvait sans la grâce divine accéder à la sainteté.

                    La position de Benoit XVI à propos du préservatif et de l’abstinence est moins irrationnelle, car lui croit pouvoir affirmer, au contraire d’Augustin, que tous les hommes peuvent recevoir la capacité par la grâce divine d’ advenir à la sainteté, au point de ne plus pécher ici-bas, à condition de croire suffisament dans le cadre d’une raison éclairée par la foi en Dieu et non pas seulement en l’homme, fusse-t-il appelé homme-dieu !

                    De deux chose l’une :

                    - soit on croit en un dieu surhumain, voire inhumain, et on peut croire en la possibilité d’un amour universel et donc juste ici-bas (et encore cette position peut être chrétiennement discutée, cf Pascal)

                    - soit on refuse ce recours à un Dieu surhumain et alors il faut distinguer, voire opposer, amour et justice.
                    Lire Amour et justice
                    Relire le texte de Kant : "La religion dans les limites de la simple raison."


                    • Bois-Guisbert 6 avril 2009 16:56

                       A ses yeux la philosophie doit redevenir ce qu’elle était à Athènes, il y a deux mille cinq cents ans : un art de vivre et de mourir

                      Malheureusement, pour que la philosophie soit à Athènes ce qu’elle était à Athènes, il fallait qu’Athènes soit Athènes, avec ses Athéniens, ses métèques, ses esclaves, sa "maturation", ses valeurs et ses institutions.

                      Si Athènes est devenue Athènes, c’est parce qu’elle était vouée à devenir Athènes. Un tel aboutissement ne saurait être le résultat d’une démarche intellectuelle délibérée et "planifiée" comme le ministre-philosophe l’imagine aujourd’hui.

                      C’est quand même tragique qu’on puisse être à la fois si instruit, si cultivé, si intelligent et aussi redoutablement utopique. Il faudrait lui expliquer que les peuples, comme les gens, ne deviennent que ce qu’ils sont et non pas ce que des théoriciens, du haut de leurs théories, voudraient.

                      Alors, laissons rêver les rêveurs, il paraît que réveiller un somnambule peut avoir des conséquences très dommageables pour le sujet...


                      • TSS 6 avril 2009 18:09

                        Ferry ;philosophe en peau de lapin... !!


                        • hans 6 avril 2009 20:09

                          Moi aussi j’apprécie les idées de M Onfray, caresser les mêmes idées siecles après siècles est stérile
                          il faut trouver la fissure et démontrer (désolé voltaire) que celui ci était une ordure (vue de notre siècle)
                          et aussi une pensée formidable.
                          Merci à Michel Onfray


                          • nightflight nightflight 6 avril 2009 21:49

                            Nous étions tous égarés, mais nous ne le savions pas.


                            • moebius 6 avril 2009 22:33

                              ça m’étonnerez que ce soit un nouvel humanime que recherche cet émminent philosophe ?....bon mais admettons que ce soit un nouvel humanisme et que ça s’apelle comme ça.. . Onfray c’est vieux comme idée, la critique de la sociéte judéo chrétienne, dans les années 70 on ne jurait que par ça . La philosophie petite bourgeoise et confortable de Ferry vaut bien a philosophie petite bourgeoise et confortable de Onfray. C’est une philo qui nous conforte dans nos idées reçus. Ces deux la c’est les Bouvard et Pécuchet de la philo


                              • moebius 6 avril 2009 22:42

                                ..personne n’est égaré, tu a tout simplement accepté l’ideé de te faire mener par le bout du nez, ça s’apelle de l’aliénation, Tu l’acceptes parce qu’il y’ a une promesse de libération par rapport a des shémas qui ne sont peut etre méme pas les tiens bref tu t’aliéne. Tu t’égare alors que tu ne le sais pas mais tu ne t’ égarais pas parce que tu ne le savais pas ; tu te trompes la maintenant, c’est pas la méme temporalité, toi y’en a pas comprendre ?


                                • moebius 6 avril 2009 22:46

                                   moi j’ai pas bessoin d’un eniéme humanisme ou d’une énieme critique de la religion...ça suffit, je suis libre


                                  • Bois-Guisbert 7 avril 2009 11:16

                                    ça suffit, je suis libre

                                    Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on est, c’est ce qu’on croit être  smiley


                                  • L'enfoiré L’enfoiré 8 avril 2009 20:59

                                    @ l’auteur,

                                    La philosophie, je n’en avais pas approché beaucoup avant récemment. Elle demande beaucoup d’expérience pour en saisir les réalités et l’utilité. Alors, un jour je me suis lancé et j’ai commencé par Luc Ferry avec l’ « Apprendre à vivre ». J’en ai extrait deux articles en mélangeant, heureusement, avec d’autres sources. Je constate au vu de ce que vous dites Actias, qu’un philosophe, comme les autres, ne respecte que les principes qu’il se reconnait pour soi même. Faites ce que je dis pas ce que je fais, encore une fois. La pratique personnelle ne respecte pas la théorie des citations.


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