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Métamorphoses urbaines, paysages des franges

Lentement ou brutalement, les villes se transforment ; les lieux, les rues, les atmosphères se font et se défont. La photographie en témoigne.

Pour les pionniers de la photographie, le « paysage » urbain était avant tout l’objet de travaux d’inventaire, dont les images finiront d’ailleurs par constituer une des plus grandes sources de visuels de la ville.

Différents photographes, différentes photographies en couleur, en noir et blanc, évanescentes, claires et concrètes... Des photographies parfois anodines, support idéal pour la rêverie nostalgique, qui évoquent des quartiers, des rues et des lieux qui auront disparu. C’est, parait-il, de la lecture d’un recueil de photographies de Nantes que Gracq a tiré l’inspiration de son Forme d’une ville [1], où il évoque le souvenir de la ville qu’il avait connu lycéen.

Documentaire, la photographie a rendu compte des transformations de la ville, de la révolution permanente de la topologie urbaine qui résulte de la lutte entre l’ancien et le moderne. A partir de la révolution industrielle, ces transformations résultent en grande partie du développement des réseaux de transport et de communication, qui tissent une nouvelle infrastructure de la ville, et contribuent à la formation de grands « noeuds » ou centres urbains. Ainsi la ville est fragmentée, déconcentrée, elle se métamorphose, elle s’étend. Au gré de ces métamorphoses, les espaces se font et se défont. Dans les interstices de la grande mégalopole où circulent en flux les personnes, les voitures, les marchandises, apparaissent des paysages urbains désolés jonchés d’édifices, comme des paquebots échoués, au-delà de toute échelle humaine. Les franges urbaines forment un envers du décor, les coulisses d’une ville et de ses réseaux, transformateurs électriques, échangeurs d’autoroutes, les pylônes abondent, structurant ainsi le paysage. Ces zones péri-urbaines parlent en fait de la ville, comme un négatif, où se retrouve le refoulé : usines, champs de poteaux, rails, échangeurs routiers forment la trame de ces zone de déshérence. Dans son recueil de photographies, Franges, Paul Szarkan rend compte de ces paysages urbains, désertiques, froids, presque inhumains, et de l’esthétique propre de cet envers du décor urbain. Esthétique de ces « paquebots échoués », au milieu des lampadaires ou pylônes, grues ou chantiers. Hostiles et froids, ces paysages urbains n’en marquent pas moins la ville. Des images qui expriment la rapidité, la production, la désolation de ces espaces en rupture d’échelle. La ville, ses industries, fumées et autres pollutions, devient ce faisceau dont les fibres sont les rues, les grues, les cheminées.

Images : Paul Szarkan - Texte : Paul Szarkan, Aleson Bess, Eric Scavennec


Notes

[1] « Le cœur de Nantes battra toujours pour moi avec les coups de timbre métalliques des vieux tramways jaunes virant devant l’aubette de la place du Commerce, dans le soleil du dimanche matin de mes sorties — jaunet et jeune, et râpeux comme le muscadet se souvient Julien Gracq, in Lettrines, in O.C.II, p.242 (c’est l’auteur qui souligne.) Voir aussi, dans le même ouvrage, la notice consacrée à La Forme d’une ville par Bernhild Boie (notamment les pages 1552-1553.)


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1 réactions à cet article    


  • Jacques Jacques 28 avril 2011 16:07

    C’est par où l’exposition ? Bientôt au Vieux Saumur ?

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