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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Nous n’avons jamais directement accès au réel

Nous n’avons jamais directement accès au réel

Où est la copie, où est l’orignal ?

Ils ne se connaissent pas, ou du moins notre regard nous le fait croire. Qu’en est-il ?

Elle s’est bien assise au premier rang, mais ne semble pas vraiment intéressée par la présentation de ce livre. Elle est surtout tirée par le regard de son fils qui lui fait comprendre qu’il a plus faim de nourritures terrestres qu’intellectuelles. L’auteur est debout et parle de l’importance du regard. Où est la limite entre l’original et la copie ? Affaire de point de vue. Elle s’échappe en ayant laissé un numéro de téléphone.

Les voilà un peu plus tard, ensemble en voiture. Jeu de ping-pong verbal brillant. Comme un remake d’une de ces conversations si chères à Rohmer. Sont-ils de vieux amis ? De vieux amants ? Des complices de leurs mots, découverte récente ? Comment savoir.

La conversation se poursuit dans un café. Le temps d’une brève absence, la patronne du café engage une discussion avec la femme et dit son admiration pour ce couple si uni et qui, manifestement, s’aime encore et se désire. En effet, elle qui n’a pas vu le même début que nous, se méprend sur leur relation. Mais se méprend-elle vraiment ou est-ce nous qui avons été trompés ? Comment savoir.

De nouveau en voiture, l’histoire a bifurqué pour entrer dans celle vue par la patronne du café. C’est clairement un couple que nous observons, un couple fatigué, déchiré, elle qui s’accroche à cet homme distant qu’elle aime et qui lui échappe.

Les rebonds et les bifurcations se poursuivent au gré des rencontres et des regards posés sur eux ou qu’ils posent sur les autres. Un rouge à lèvres et des boucles d’oreilles suffisent-ils à se changer, se transformer ? Une nuit de noces peut-elle être revécue ? A-t-elle d’ailleurs eu lieu ?...

Copie Conforme, le dernier film d’Abbas Kiarostami, est un jeu de miroirs qui nous perd dans une succession de reflets formants et déformants. Impossible de savoir ce qui est réel ou ne l’est pas, où est la copie et où est l’original. Nous n’avons accès qu’à ce que nous donne notre regard et jamais à plus. Nous ne pouvons pas passer de l’autre côté pour être sûr de ce qu’il en est.

Comme dans la vie…


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3 réactions à cet article    


  • Radis Call 10 juin 2010 16:51

    @ Vieille Branche : +1 Binoche me fait craquer ! ++1 à cause de Rohmer...


    • Lucien Denfer Lucien Denfer 11 juin 2010 11:08

      Nous n’avons jamais directement accès au réel

      Nous accédons indirectement au réel par des types de perceptions qui nous sont propres et qui empruntent autant à la raison qu’à l’intuition. L’homme vit dans deux mondes, celui de la vie matérielle, dans un milieu social et familial et celui des symboles. Les symboles servent de base à la pensée, qu’ils soient de nature verbale, mathématique, plastique, musicale. Ils sont donc indispensables à une culture et une civilisation mais peuvent néanmoins se révéler néfastes lorsqu’ils deviennent plus réels que les réalités auxquelles ils se rapportent. Lire un menu n’apaisera jamais un homme affamé. 

      Le culte des mots a toujours soulevé des protestations et des querelles d’experts. Les mots n’offrent pourtant aucune aide quand au problème fondamental des rapports qui existent entre l’homme dans sa totalité psychique et ses deux mondes de faits et de symboles

      • Loic 11 juin 2010 12:52

        Nous n’avons accès au réel que par sa représentation, son simulacre, tout comme les hommes enchainés dans leur caverne qui ne peuvent que voir les ombres de la réalité projetées sur leur mur dans la célèbre allégorie de Platon.

        De nos jours les simulacres sont bien plus complexes que les ombres, ils singent si bien le réel, qu’il tendent à le remplacer totalement. On parle donc d’hyper-réel. Les médias informatifs en sont un bon exemple.

        Le réel n’est plus, c’est « le crime parfait » qui cède la place au « désert du réel » comme dirait Baudrillard. Un monde terrible, où les signes prennent le pouvoir.

        Demandez à Sarkozy qui se réclame du gaullisme comme on porte un logo et pour qui la couronne (pardon, la rolex) en tant qu’objet, donne le pouvoir. :)

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