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On the road

Ce mercredi 23 mai sort l’adaptation du roman de Kerouac, Sur la route, par Walter Salles. L’écrivain s’en retourne dans sa tombe. Analyse.

Jack Kerouac est un artiste de la Beat Generation – il a lui-même forgé ce terme. Le credo de ces beatniks des années 1950 ? Ebranler l’Amérique, introduire de la dissidence, de l’originalité, de la créativité. Lorsqu’il rédige en 1957 Sur la route, livre phare de la beat generation, Kerouac, utilisant des notes prises lors de précédents road-trips, promeut une culture nouvelle : il dit non au conformisme, non à la pudibonderie et aux mœurs trop strictes. Il lance un appel à l’émancipation de l’individu, contre les modes, contre tout ce qui l’enferme. Un appel à la nouveauté.

On pourrait se réjouir de voir une si grande œuvre adaptée au cinéma par des professionnels : Hollywood. Mais la route ne risque-t-elle pas d’y perdre son âme ? Jetons tout d’abord un œil à l’affiche.

Au premier plan, un rétroviseur, dans lequel on voit les trois acteurs principaux –Garrett Hedlund, Kristen Stewart et Sam Riley. Devant, la route, le désert et les cactus. Le tout, vieilli, par un effet digne d’Instragram. On frôle le cliché. Mais usons de sympathie méthodologique et penchons-nous sur la bande annonce. Première phrase : « J’ai rencontré Dean… » Dean ? Un peu d’histoire est nécessaire.

L’homme à qui Kerouac rend hommage dans son œuvre s’appelle Neal Cassady. La censure américaine sévit, l’auteur est obligé de faire quelques modifications au livre, et change les noms des personnages : Neal Cassady devient Dean Moriarty. En 2007, soit 50 ans après la première publication de Sur la route, la censure est levée : ce qu’on appelle le « rouleau original » est enfin publié, les lecteurs ont accès à la version originale de l’histoire. Mais non, Walter Salles, lui, préfère s’en tenir à quelque chose de moins controversé, quitte à piétiner le véritable esprit de l’œuvre.

Hollywood représente tout ce que Kerouac fuit dans Sur la route. Lui qui était mortifié à l’idée d’avoir involontairement fait du bouddhisme une « mode », comment réagirait-il face à ces affiches et bande-annonce stéréotypées ?

Mais là n’est pas tout : ce qui donne son mouvement, son énergie aux héros de Kerouac, c’est une soif de vivre, de quitter tout passé, de créer un nouveau présent. Et ce qui fera les entrées des héros de Walter Salles, c’est la nostalgie, le souvenir des années 1960 que de nombreux spectateurs n’ont pas connues, un sentiment que quelque chose était mieux avant, que l’époque moderne s’est perdue. Ce n’est pas ce que Neal Cassady essaye de nous dire.




par Anso (son site) mercredi 23 mai 2012 - 1 réaction
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