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Psychanalyse du cavalier

L'équitation, noble art, peut être pratiqué comme un art martial qui demande rectitude, ouverture d'esprit, concentration, ce peut être, à mon sens aussi dans une large mesure, une démarche philosophique.

Je ne suis bien sûr pas le premier à faire le parallèle entre les deux domaines, je me bornerai dans cette article à indiquer quelques "pistes" et ouvrir quelques portes notamment en partant du vocabulaire utilisé en équitation.

Le cheval allégorie de la bestialité et des pulsions :

Le cavalier doit maîtriser le cheval, comme il doit maîtriser ses pulsions, maîtriser, cela signifie non pas dompter et soumettre, mais d'abord accepter, reconnaître et composer avec cette source d'énergie, qu'il faut apprivoiser et aimer, pour espérer en obtenir quelquechose.

Monter à cheval devient ainsi une sorte de dialogue entre le cheval et soi même, et si l'on adopte le point de vue psychanalytique, une conversation à trois, (et même plus) entre les différentes instances du cavalier et le cheval.

 Le Moi, la personnalité affichée du cavalier, son ça, sa source pulsionnelle et son surmoi, présence actuelle des influences parentales , paternelle en particulier.

Une condition essentielle de l'évolution psychique est de dompter sa violence interne et originelle : le çà, ce qui signifie également tout d'abord admettre et reconnaître cette violence primordiale, condition nécessaire, étape préliminaire à toute possibilité de la maîtriser.

Le corollaire de cette reconnaissance, c'est prendre conscience de la peur associé à cette violence, celle du cheval, et celle consubstantielle à l'individu, quand on pense au développement psychique.

J'ai toujours été frappé de constater à quel point la monture et son cavalier, (ou sa cavalière), étaient complémentaires, dans la douceur, l'impétuosité ou le goût de plaire, sans être capable de déterminer si c'est la personnalité du cavalier qui déteint sur le cheval ou le contraire.

 En avant :

La première règle d'or du cavalier académique, signifie que le couple cheval cavalier doit veiller à aller de l'avant, être actif, en mouvement ; la traduction psychique est évidente : avoir une personnalité vivante, en éveil, attentive tant à son environnement qu'à ses mouvements intérieurs, ses humeurs et ses désirs, prête à recevoir les stimulations venant des autres et à s'y adapter, prête à évoluer 

Calme :

Deuxième règle d'or, pour le cavalier, installer sa monture et son équitation dans la sérénité, un cavalier qui s'agite, contracté, ou pire, violent transmet son "angoisse au cheval", véritable éponge émotionnelle qui ne manquera pas d'être rétif, réactif, et de mettre en place toutes sortes de "défenses", terme équestre aussi bien que psychanalytique, pour s'opposer, contrer les demandes intempestives du cavalier qui manque de tact et de doigté.

 Droit :

Troisième règle d'or de l'équitation, la rectitude :

Ceux qui ont fréquenté même les "carrières ou les manèges", ont entendu des dizaines de fois cet adjectif, qui encore une fois s'applique autant au cavalier qu'à la monture ; le cavalier doit se tenir droit, "la pointe des omoplates à l'aplomb des talons" nous dit le fameux écuyer portugais Nuno Oliveira, qui prend souvent l'image du "fil à plomb", symbole éminemment évocateur (qu'on trouve également dans la symbolique compagnonnique et franc maçonne).

Ainsi, le cavalier doit être droit autant dans sa posture psychique et morale que dans l'espace, droit cela signifie aussi droit par le regard, qui doit se porter loin vers l'avant et il y aurait un chapitre entier à consacrer au regard du cavalier.

Le cheval aussi doit être droit , droit sur la ligne droite mais encore droit dans les courbes, il ne doit pas "se tortiller", ni on entend par là qu'il doit "se tenir", être "rassemblé", autant que faire se peut, le cheval doit même être droit dans les figures où il se déplace de côté, "épaule en dedans" ou "appuyers".

Dans le langage équestre le rassemblé est avant tout une disposition réelle, où le cheval est dit aussi "tendu", on exprime par là l'impulsion et l'énergie de la monture stimulée par les jambes du cavalier, visuellement cela se traduit par un cheval, non pas contracté, bien au contraire mais tonique, avec son arrière main "engagée" et active," son avant main "relevée", et son encolure "placée dans cette belle attitude en col de cygne.

Traduit en langage psychanalytique, on peut aussi souhaiter voir la personne "rassemblée" en un tout harmonieux, où toutes ses dimensions s'accordent et s'associent en cessant la lutte interne où l'individu s'épuise ; dans cette situation de déséquilibre où une instance prend trop de pouvoir sur les autres, on parle aussi des "défenses" que met en place la personne pour lutter contre la stimulation intempestive d'une pulsion ou de sa représentation. 

On le voit à travers ces allers retours du coq à l'âne, le sujet est presqu'inépuisable, donc en conclusion si vous hésitez entre faire du sport ou aller voir un psy, ne tergiversez plus joignez l'utile à l'agréable prenez rendez vous avec votre cheval.


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13 réactions à cet article    


  • Caroline Courson Caroline Courson 13 juin 2012 09:41


    Eh bien Gordon, nous avons eu (presque) la même idée le même jour !
    C’est plutôt drôle - mais les chevaux vont sûrement hennir de plaisir smiley

    Merci aussi pour la vidéo de Zingaro : j’adore inconditionnellement tout ce que fait Bartabas.

    • gordon71 gordon71 13 juin 2012 13:09

      salut (je n’ose dire amazone du coup) , 


      j’espère avoir le temps de m’exprimer sur votre texte ce soir

      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 13 juin 2012 13:20

        J’ ferais du cheval quand ils aurons un guidon !


        • gordon71 gordon71 13 juin 2012 13:30

          salut Aita


          ils n’ont pas de guidon, c’est les « rênes » qui en font office, certains cavaliers (les toreros par exemple) dirigent le cheval uniquement avec « l’assiette » , c’est à dire avec leur fesses, 

          il manque aussi la sonnette sur ce genre de véhicule

          • jef88 jef88 13 juin 2012 14:44

            Il y a 49 ans, j’étais cavalier ! Jamais vu un bourrin !!!!

            Mais j’en avais 850 sous le capot !


            • alinea Alinea 13 juin 2012 21:39

              Danser avec les chevaux, ne trouvez-vous pas que Pignon et Lorenzo dansent ?
              Bartabas éreintent ses chevaux ( espérance de vie ? 5 ou 6 ans avant d’aller à la casse). Pour moi, Bartabas est le prototype de la vanité humaine ; ses spectacles sont magnifiques mais je souffre trop avec le cheval. Il est tellement contraint qu’il en bave !
              Saviez-vous qu’il dressait des rats, avant ?
              Des chevaux libres, c’est autre chose.
              Connaissez-vous Klaus Ferdinand Hempfling ?
              Merci pour cette soirée cheval- ma soupe est cramée- mais demain j’irai danser avec Al !
              Vous remarquerez que les Espagnols - pure fabrication humaine- sont les seuls à se prêter à ce jeu avec l’homme. Oui, l’homme adore ça.


              • gordon71 gordon71 13 juin 2012 22:57

                bonsoit alinéa 


                j’ai lu quelques bouquin de l’allemand Hempfling, il me semble travailler ses chevaux à la manière des chuchoteurs américains dans le style Part Parelli tout en douceur, l’idée c’est d’obtenir l’adhésion du cheval plus que sa soumission, 

                il est vrai que les espagnols sont très doués pour le spectacle , quant à Bartabas, j’ai adoré les spectacles intimistes du début , le cabaret équestre, je suis moins fan de ses superproductions actuelles mais sa démarche est intéressante lorsqu’il crée l’académie équestre de Versailles former des cavaliers (res), danseurs (ses), musiciens (nnes), des artistes complets, travailler avec des chorégraphes des musiciens, il est novateur tout en respectant un certain académisme

              • alinea Alinea 13 juin 2012 23:24

                Non, Gordon, Hempfling dit pis que pendre des chuchoteurs !
                Je n’ai aucun commentaire à faire sur Bartabas ; c’est très compliqué pour moi parce que je ne peux que constater son génie et d’un autre côté j’ai personnellement un tel rejet d’utiliser le vivant pour quelque oeuvre humaine que ce soit, que, non seulement mon plaisir est gâché mais qu’il y a quelque chose qui provoque presque de la haine. Mon rapport aux chevaux n’est pas anodin ; ils font partie de ma vie depuis fort longtemps et de ma profession depuis plus de quinze ans. Je n’ai rien à prouver avec ça et je vois, partout, que ceux qui font quoique ce soit avec les chevaux ont quelque chose à prouver. C’est une douleur pour moi et, hors mon petit contexte, un terrible éloignement, une exclusion volontaire...,
                Merci en tout cas pour l’article dont je n’ai pas parlé mais que je trouve intéressant...


              • gordon71 gordon71 13 juin 2012 23:35

                 d’utiliser le vivant pour quelque oeuvre humaine...


                moi c’est celà qui  m’intéresse c’est ce lien crée paut être quelque part dans le croissant fertile ou dans les steppes d’Asie centrale entre l’homme qui de chasseur devient éleveur 

                bien sûr qu’il y à utilisation mais que sait faire d’autre l’humain si ce n’est « utiliser » le vivant que ce soit les ressources naturelles, les plantes, la mer, etc..

                qu’on le veuille ou non nous sommes des animaux, pas que , mais réellement des animaux à ce tire nous n’échappons pas à l’obligation de participer à la « chaîne du vivant donc manger d’autres êtres vivants, et depuis l’ »invention « de la domestication nous utilisons les animaux pour les faire travailler produire , nos loisirs etc..

                je n’y vois pas de scandale des cas de ce type existe entre des espèces d’anaimaux (pucerons et fourmis) 

                les »vegans" je crois refusent cette exploitation et donc refusent de consommer du lait et même du miel, je comprends la démarche mais j’ai beaucoup de mal à m’y reconnaître







              • alinea Alinea 13 juin 2012 23:55

                non, Gordon, je parlais d’utiliser le vivant pour satisfaire sa vanité. Je suis animale aussi, et je me donne le droit d’être de mon espèce ; je ne suis pas vegan,loin de là. C’est juste, c’est compliqué, parce que, en même temps, quand on est à cheval, émane du cavalier une grande dignité, enfin, un vrai cavalier, pas un m’as-tu-vu ; mais il y a dignité, et vanité.
                Les chevaux sont d’une telle générosité à notre égard, et la plupart des humains sont si brutaux !
                Chaque cavalier doit trouver le lien idéal entre lui et sa monture, mais surtout trouver son humilité, c’est-à-dire, le contraire de la domination...
                Merci de m’avoir répondu


              • COVADONGA722 COVADONGA722 13 juin 2012 23:22

                yep Gordon , je vous ai decouvert fort tard ce soir , cavalier modeste j’ai passé mon enfance
                « agricole plus qu’agreste »au coté des chevaux , j’ai quelques doutes sur leur intélligence ,le plus beau spectacle equestre pour moi reste la tourrada corrida portugaise ,
                pour l’instant paraphrasant L’hotte  : le cheval calme , en avant et droit je regagne mes pénates !

                le bonsoir
                Asinus


                • gordon71 gordon71 13 juin 2012 23:41

                  salut cova 


                  je ne sais pas si le cheval est intelligent, c’est une question que je ne me pose pas , je sais qu’il est hyper sensitif, sensible, émotif , réactif c’est un concentré de puissance et de fragilité , 

                  ce dont je le remercie c’est d’être un miroir de mon état, qui me renvoie immédiatement à mon état du moment : brutal quand je le suis, détendu et complice si je trouve le moyen de me laisser aller et de m’ouvrir 

                • gordon71 gordon71 13 juin 2012 23:25

                  le contact avec les chevaux a quelque chose d’archaïque , personnellement une « séance » qu’elle soit sur le rectangle de sable ou en forêt, me transporte hors du présent, j’y retrouve selon mon état , des souvenirs d’enfance, quand je guidais le cheval de mon grand père dans les rangs de vignes, des rêves de gamin, quand je me prenais pour un cow boy à la poursuite des indiens,


                   un certain contact avec cette puissance brutale et à la fois docile, qui accompagnait déjà, j’aime à le croire les hommes à Solutré, ou les cavaliers perses, ou les chopendoz afghans, bref je considère que le cheval et son contact a quelquechose d’immémorial et profond qui me relie à l’humanité des premiers âges ( bon c’est un peu pompeux mais c’est à peu près çà )

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