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La Dodo lè là

Symbole et plus ça !

La bière Dodo est, à n’en point douter, le symbole le plus prégnant de l’île de la Réunion. Il est impossible d’échapper à son univers graphique : elle occupe l’espace, les murs, les affiches, les stations-services, les épiceries et les innombrables gargotes. Elle est consommée avec délice, bue sans modération parfois et toujours avec une véritable fierté locale. Elle est le porte-drapeau de l’identité réunionnaise.

Pour satisfaire à mon désir de parfaitement m’immerger dans la culture créole j’ai donc sombré corps et biens en me livrant à sa consommation avec une constance qui mérite des éloges. Je ne recule devant aucun sacrifice pour être au plus près des gens qui me font l’honneur de m'accueillir ainsi, avec un tel sourire. Ce breuvage a, du reste, le talent non négligeable de se digérer facilement, d’être une excellente bière de soif, qui plus est, à très bon marché. Ce sont sans doute les clefs de son succès.

Elle évoque le nom de l’animal aujourd’hui disparu : le dodo qui vivait sur l’île Maurice. Cela doit sans doute ajouter à sa popularité ainsi que son fameux slogan créole, « La Dodo lé là », qui se comprend si facilement qu’il n’est même pas besoin de se le faire expliquer, à moins d’être honteusement arc-bouté sur les fondamentaux orthographiques au point de refuser cette aimable facilité.

La Dodo se décline en trois produits mais l’essentiel des ventes réside dans sa version blonde et légère. Mais là n’est pas la raison de ce billet. La Dodo est un formidable exemple d’organisation collective dans le cadre du développement durable. Quand vous débarquez sur l’île, la première chose qui choque le béotien c’est la présence sur les trottoirs, les bancs, les rebords de fenêtre de cette cannette vide. Vous déplorez ainsi une pratique dont la métropole, hélas, se fait une spécialité incontournable.

Puis vous remarquez que jamais ces bouteilles ne verre ne sont cassées. Elles ne sont pas cachées dans un coin mais bien laissées à la vue de tous. Quel est donc ce mystère ? Il vous faut alors vous renseigner ou bien attendre de voir un personnage, ayant souvent le profil d’un homme qui vit dans la rue, passer et ramasser lesdites bouteilles abandonnées. Plus surprenant encore, vous le voyez ouvrir des placards, entrer dans des estaminets et, à chaque fois, en sortir chargé de ces précieux flacons qu’il dépose alors en un autre endroit.

Des questions vous viennent à l’esprit. Que fait donc ce personnage. Pourquoi agit-il ainsi ? Puis vous le voyez pénétrer chez des gens et en ressortir avec un carton plein de Dodo vides. Et le manège continue ainsi tandis qu’un consommateur finit sa bière et la laisse au milieu du trottoir. Elle n’y restera pas longtemps et rejoindra la grosse récolte de celui-ci ou bien d'un autre.

Au petit matin, un camion à plateforme circule dans la ville. Des individus y déposent de gros sacs blancs qui sonnent d’une étrange manière. Ce sont les ramasseurs de Dodo. L’organisation est ramifiée. Chacun apporte sa contribution à la récolte. Les prix ne sont pas des plus attractifs mais suffisent à mettre en mouvement une partie non négligeable de l’économie souterraine. On m’a évoqué des tarifs allant de 5 à 6 euros des lots de 100 à 125 bouteilles. J’avoue ne pas avoir cherché à comprendre plus avant ce tarif.

Toujours est-il que la bouteille est ramassée, lavée, recyclée. C’est donc possible en France ; La Réunion appartenant, me semble-t-il, à cet ensemble où la grande distribution a obtenu des responsables politiques, toujours prompts à satisfaire leurs exigences, de ne pas consigner les bouteilles de verre, contrairement à certaines grandes nations européennes plus enclines à mettre en acte leurs discours sur le recyclage et le développement durable.

Je souhaite vraiment que nous revenions à un comportement plus responsable ,d’autant que jamais la consommation de bière n’a connu un tel développement dans notre métropole et que jamais non plus, nous n’avons eu à déplorer autant de « cadavres » qui jonchent nos quais, nos trottoirs, nos jardins publics. Encore heureux quand les bouteilles vides sont encore intactes ; souvent, c’est brisées qu’elles finissent au fond de la Loire dans ma bonne ville.

Puisque la Dodo l'a fait, les autres grandes marques peuvent suivre l’exemple ou bien nous allons faire campagne pour une consommation exclusive de la bière réunionnaise. Je sais, les appels au boycott sont, eux aussi, interdits ; la France est un pays de liberté à la condition d’être un consommateur aveugle, bâillonné et irresponsable. Un mouton, en somme, que grandes distribution et partis politiques tondent en se donnant la main.

Houblonnement leur.

collecte-de-cannettes-Dodo.JPG


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11 réactions à cet article    


  • Aristide 9 septembre 2016 10:53

    Le dodo vivait aussi à la Réunion.



    • Aristide 9 septembre 2016 10:54

      Hips !!!!


    • C'est Nabum C’est Nabum 9 septembre 2016 11:20

      @Aristide

      J’avoue que je l’ignorais Merci


    • Robert Lavigue Robert Lavigue 9 septembre 2016 11:38

      Posture n°1466 : Vendre des cartes postales durables pour le compte de Heineken

      1) La Dodo est un formidable exemple d’organisation collective dans le cadre du développement durable.
      Ca, c’est le discours bien rodé du service marketing de Heineken, le propriétaire des Brasseries de Bourbon qui produisent la Dodo !
      Libre à chacun d’assurer la promotion de ce philanthrope vert !

      La réalité économique est un peu différente comme on peut le voir à la lecture de cet article paru dans l’Usine Nouvelle, organe de presse qui se présente comme le « leader de l’information professionnelle B2B » !
      http://www.usinenouvelle.com/article/a-la-reunion-la-dodo-fetera-ses-50-ans-en-2012.N164825

      Heineken a mis en place un système qui lui permet de s’exonérer de toute responsabilité sociale, économique et environnementale.
      Pour sauver la planète ou du moins cette île, le brasseur ségoléniste se protège derrière un ensemble de petites sociétés (une dizaine) qui assurent la collecte, le tri, le lavage, le conditionnement et la logistique des bouteilles vides. Ce sont ces sociétés qui sont généreusement payées 0,07 euro le col.
      Je vous laisse imaginer ce que touche le collecteur individuel ! Il est vrai que lorsqu’on vend des cartes postales Heineken, on ne ressent pas le besoin de chercher plus loin... Surtout que la réalité pourrait démentir le discours bien rodé.

      La bière ne représente que 1/3 des volumes produits sur l’île par Heineken, les 2/3 restants sont des sodas (coca, etc).
      Curieusement, pour cette partie de la production il n’y a pas de ramassage. Le business vert de Heineken serait-il à géométrie variable ?

      2) contrairement à certaines grandes nations européennes plus enclines à mettre en acte leurs discours sur le recyclage et le développement durable.

      Encore des effets de manche et du baratin !

      Je vous conseille un séjour en Allemagne, un de ces paradis du développement durable et de la branchouille équitable.
      Allez à la Gay Pride de Berlin ou un carnaval. Laissez passer les chars et regardez ceux qui suivent. Des dizaines de « pfandsammler » qui récupèrent les bouteilles...
      C’est moins folklorique. Il n’y a pas le soleil de la Réunion, la misère est la même !
      Faites une recherche sur google image avec « Pfandsammler », c’est édifiant !

      On peut aussi lire ce qu’écrivent des gens sérieux, comme le sociologue Sebastian Jan Moser par exemple.
      http://www.spiegel.de/lebenundlernen/uni/pfandsammler-studie-erklaert-das-phaenomen-der-flaschensammler-a-971255.html
      Moser schätzt den durchschnittlichen Verdienst eines Sammlers, der täglich auf Tour geht, auf etwa 100 bis 150 Euro im Monat. (Moser estime le gain moyen d’un récupérateur, qui fait sa tournée chaque jour, à 100-150 euros par mois)

      http://mondeacsoc.blog.lemonde.fr/2014/06/19/la-chasse-aux-bouteilles-vides-une-economie-informelle-a-lallemande/
      A l’extrémité du Volkspark berlinois, il désigne un autre homme, flanqué d’un caddie chargé de bouteilles jusqu’à la gueule. « Lui, c’est un Irakien, dit-il. Il ne parle pas un mot d’allemand et fait ça au pas de course, du matin au soir, parfois jusqu’à 2 ou 3 heures du matin.

      Edifiant !


      • C'est Nabum C’est Nabum 9 septembre 2016 13:12

        @Robert Lavigue

        Posture du blogueur harcelé : Ne plus lire les commentaire d’un certain lecteur atrabilaire et l’avertir qu’il est désormais inutile qu’il perde son temps


      • juluch juluch 9 septembre 2016 12:50

        Hips !!! Nabum !!


        A la votre !! 
         smiley

        • Bernie 2 Bernie 2 9 septembre 2016 13:07

          @juluch

          Ahh, ouf juluch est de retour. Je vais pouvoir vaquer à d’autres occupations.

          A la votre !!


        • C'est Nabum C’est Nabum 9 septembre 2016 13:13

          @juluch

          Avec modération mon cher ami


        • C'est Nabum C’est Nabum 9 septembre 2016 13:13

          @Bernie 2

          Vous allez me manquer


        • Rincevent Rincevent 9 septembre 2016 13:36

          La Dodo, j’en trouve chez moi mais, c’est bizarre elle n’a pas le même effet. Il manque sans doute les camions-bar sur le bord de mer, avec une assiette de bouchons…

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