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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > En vieillissant, les hommes pleurent…

En vieillissant, les hommes pleurent…

C'est une histoire de taiseux. Qui traite de ceux qui ont du mal à mettre des mots sur les choses, et qui en crèvent. Ceux qui voient le monde tourner autour d'eux et qui restent là, comme une borne, un repère qui sera vite noyé par les eaux. Un homme dont les mains lourdes et gauches se tortillent, sans mot dire ni maudire. Une ode au silence et à la dignité. Fresque pudique, discrète, fondamentale, à mi-chemin entre l'univers de Balzac et celui de Pierre Michon, le dernier roman de J.L Seigle (récent prix RTL et prix des libraires) pèse lourd et parle de la terre, où on finira tous. Parce que « celui qui parle de l'avenir est un coquin. Invoquer sa postérité, c'est faire un discours aux asticots » (Céline).

 J'ai lu ce livre il y a deux semaines, pour deux raisons : une bonne et une mauvaise.

 La mauvaise, c'est le titre. Il m'a bien plu, et j'ai imaginé qu'il traitait d'un phénomène que j'avais constaté il y a quelques années, quand mes parents avaient entamé leur lente descente vers ce rien du tout qu'on appelle la vieillesse. Mon père, qui avait été dur et pudique toute sa vie, avait souvent la larme à l'oeil pour un rien, à présent qu'il était grabataire. Un petit film de rien du tout à la télé, une mort anonyme au JT de 20.00. Ma mère pareil, qui sa vie durant ne s'était apitoyée sur personne- pas même elle- y allait désormais de sa larme pour un oiseau piaillant à sa fenêtre. A l'époque, j'avais des enfants en bas âge, et en passant du change des couches de ma progéniture au nettoyage de l'incontinence parentale, je me disais que les deux bouts de la vie se ressemblent. On a des couches, on ne parle pas -ou presque-, on vous donne la becquée à la petite cuiller et on pleure pour un rien.

Mais non, ce livre ne traite pas de la vieillesse et de son naufrage. Albert Chassaing, le personnage principal, a 53 ans, et ça n'empêche pas qu'il veuille partir.

La bonne raison d'acheter ce roman, c'est qu'il est écrit par Jean-Luc Seigle, qui n'est pas le premier scribouilleur venu, et que j'avais apprécié dans « la nuit dépeuplée ». Et aussi, naturellement, en tant que scénariste du film en noir et blanc « les convoyeurs attendent », du belge Benoît Mariage : une fresque en noir et blanc sur l'absurde, les petites gens, le bêtise ordinaire et l'espoir en berne, la recherche effrénée d’un peu de fric dans les poubelles de la vie. Thèmes qui ressurgissent ici, avec talent.

Bon, alors je vous raconte, car je sens que vous êtes pressé.

Nous sommes à l’été 1961, près de Clermont-Ferrand. Albert Chassaing, un ex-agriculteur dans la cinquantaine, est devenu ouvrier de nuit chez Michelin, dans la chaleur et dans le bruit du caoutchouc en fusion. Il sent son corps usé l’abandonner peu à peu. Il ne bande plus. Sa femme se pomponne au cas où un amant vigoureux à bel appendice caudal viendrait à passer.

En attendant, elle se prosterne devant les premiers signes de la modernité qui se profile : la télé qui arrive, la machine à laver. C’est l’horizon de ses pensées.

Albert a deux fils : un qui a été réquisitionné pour la guerre d’Algérie, et Gilles, le petit, qui se passionne pour les livres et Balzac, dans cette famille peu gâtée par le savoir et la distribution des prix.

Albert comprend que l’époque le dépasse, qu’il du côté du noir et blanc, qu’il n’a plus de rôle à jouer dans cette famille ni dans cette vie moderne en couleurs qui s’annonce. Alors, il veut en finir sans attendre la fin du film.

Son rôle fut de faire deux enfants, dans une vidange de carter séminal, et voilà tout.

Mais il a beau ne pas être instruit, il a conscience qu’un humain ne peut verser dans le fossé comme un simple chien errant. Il faut qu’il trouve un parrain pour son fils. Un qui aimerait les livres. Un père dont il n’aura pas honte. Il le trouve en la personne d’un maître d’école à la retraite qui vient s’installer à côté de sa maison. Albert les pousse l’un contre l’autre, car il sait que la transmission passera par cet homme, que la vie continuera sans lui, et plutôt mieux pour tout le monde.

Ce livre n’est pas un roman sur le suicide. Il traite du courage de quitter la vie après avoir accompli son travail, joué son rôle dans le grand lego de la vie. Comme le dit l’auteur :

« Albert ne pensait pas à mourir, il avait juste le désir d’en finir. Mourir ne serait que le moyen ».

Pour finir, il finira. Et voilà tout.

De nos jours, Albert irait sans doute voir un psychanalyste, consulterait une cellule psychologique. Ou bien prendrait son 11.43 et tirerait sur tous ceux qui ont une grosse bite et qui ont lu tous les livres.

Mais nous sommes en 1961. A l’époque, ces choses-là, on n’en faisait pas tout un roman…

 --------------------------------

Extrait :

« Il faisait déjà une chaleur à crever. Nu, écrasé sur son lit, les yeux grands ouverts, Albert Chassaing appuya sur le bouton du ventilo en plastique bleu posé sur la table de nuit. Une impression d'air et de fraîcheur. La sueur se refroidissait sur son visage, sur son torse et sur ses cuisses. Il respirait enfin. Albert travaillait « au noir » chez Michelin, à la gomme des pneus, la gomme en fusion qui venait des hévéas de l'Indochine perdue, qui puait et qui les étouffait les uns après les autres ; l'air brassé par le ventilo venait à son secours, mais, à force de vibrer sur sa peau, il finit par lui rappeler l'existence de son corps. C'était insoutenable. Ce corps que Suzanne ne sollicitait plus depuis longtemps. De toute façon, il n'arrivait même plus à bander. En finir le libérerait de tout ça. Albert ne pensait pas à mourir, il avait juste le désir d'en finir. Mourir ne serait que le moyen.

Ce n'était pas la première fois qu'il se réveillait avec cette idée en tête. Y avait-il plus de raisons de le faire que les autres jours, ou seulement quelque chose de plus apaisant ce matin à se laisser envahir par cette idée ? Quand ça avait-il commencé ? Y avait-il eu un temps dans sa vie où ça n'avait pas été en lui ? Peut-être, après la mort de son père quand il s'était retrouvé seul avec sa mère et sa petite soeur. C'était si loin. Il avait quinze ans. C'était en 1923. Et nous étions en 1961. Des joies, Albert en connaissait encore, des petits bonheurs de rien du tout, des impressions fugaces et impartageables. La rosée qui exhale l'odeur de la terre. Il n'aimait rien plus que cette odeur préhistorique quand il rentrait de l'usine le matin très tôt après une nuit dans l'enfer des pneus. Le chant des oiseaux ressuscités après l'hiver dans le cerisier, ou encore cette façon que le vent a de transformer un champ de blé en houle jaune et sèche. Il aimait tous ces minuscules plaisirs et d'autres encore que Suzanne n'aimait pas, avoir les ongles noirs, transpirer comme un boeuf et sentir l'odeur des vaches et du fumier. C'était la première fois qu'il pensait au bonheur en même temps qu'à l'idée d'en finir. Peut-être parce que ce désir de la fin était ancré en lui depuis très longtemps, comme une balle qui se serait logée dans son corps sans le tuer. Il avait connu un gars, Armand Delpastre, qui avait longtemps vécu avec une balle allemande dans le cerveau et qui disait tout le temps « Moi, le métal, ça me connaît ! », puis il partait d'un grand éclat de rire laissant apparaître toutes ses dents en or. Un marrant, ce Delpastre. Tout alla bien jusqu'au jour où la balle, en temps de paix, acheva sa trajectoire ; un seul millimètre suffit pour le tuer dans son sommeil. Chez Albert, la balle imaginaire s'était logée tout près du coeur. »

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Jean-Luc Seigle, « En vieillissant, les hommes pleurent », Flammarion.


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37 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 11 avril 2012 08:27

    Albert d’hier ou d’aujourd’hui peu importe, comme tout un chacun il se faufile entre les gouttes pour arriver tant bien que mal au bout du parcours avec ce que la vie lui a donné ou refusé. Ce sont ses larmes qui nous humanisent, c’est la ballade infernale des anges déchus devenus hommes. Débrouille toi comme tu pourras m’a dit la nature en me poussant à la vie… Très bel article. Merci 


    • rahsaan 11 avril 2012 10:18

      Bel article, merci :)


      • geo63 11 avril 2012 10:19

        Très bel article.
        En 1961 j’habitais à quelques centaines de mètres des usines évoquées où l’on brassait la gomme de l’hévéa venant d’Indochine...J’ai connu les lieux, lors d’un stage seulement, dans une autre usine.
        Bien sûr je vais lire ce livre, mais la vieillesse je connais et il m’arrive de pleurer sans pouvoir m’en empêcher, comme mon père...Le titre est superbe.


        • Ensor 11 avril 2012 19:38

          Et un nouveau-né est un futur mort.


        • Zobi Aldo Rifort 11 avril 2012 19:40

          C’est pour ça qu’il y a les capotes Nestor.


        • SATURNE SATURNE 11 avril 2012 10:39

          Merci à ceux qui sont venus dire qu’ils aimaient (ou avaient peur) de ce dont traite ce livre.
          Je n’en suis que le messager.
          Je ne sais si Agoravox bouge encore, comme dit Sabine. Je sais juste qu’il faut bien que certains parlent d’autre chose que de Mélenchon et des élections, qui n’empécheront pas que la terrible phrase de Céline citée en exergue de ce billet soit d’une actualité récurrente et intemporelle.

          PS : pardon pour deux/ trois erreurs de typo dans ce billet, que j’ai écrit bien vite dans un TGV, en regardant le paysage défiler. Comme disait Léo Ferré, « je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches... »


          • cilce92 11 avril 2012 18:12

            Très sincèrement merci pour ce bel article.

            Cécile


            • COVADONGA722 COVADONGA722 11 avril 2012 18:28

              yep in trouve encore des pépites sur ago

              bel article donnant envie du bouquin
              comme disait l’autre "

              Est-ce ainsi que les hommes vivent......"

              Asinus:ne varietur


              • barrere 11 avril 2012 19:55

                bon bien bravo et j’ai les larmes qui pointent. C’est malin...


                • Sonya V... Sonya Vardikula 11 avril 2012 23:36

                   « mais j’assiste également au glissement de mes parents vers ce nouveau paysage de leur vie avec un pincement sourd.  »
                   
                  Quand je pense à ce glissement qui va concerner mes parents dans quelques années, je suis partagée entre la tentation de la fuite, le plus loin possible, et la force des choses qui voudrait que les enfants prennent soin de leurs parents vieillissants. 
                  Peut-être que l’aiguillage se positionnera tout naturellement, sans avoir besoin de se triturer l’âme des années à l’avance... 
                   

                • Sonya V... Sonya Vardikula 12 avril 2012 23:05

                  Fataliste, quand le vieillissement et l’issue s’avèrent fatals...
                  Sauf pour les vampires bien entendu... 
                   

                • SANDRO FERRETTI SANDRO 11 avril 2012 21:38

                  J’avais dans l’idée de faire un billet sur ce roman qui effectivement mérite qu’on y jette un oeil, et même deux.
                  Mais je vois que c’est fait, et bien fait. Rien à ajouter ou à retrancher.
                  Et en plus, vous parvenez un créer un beau fil sous vos mots sur les maux, ce qui est devenu rare, ici ou ailleurs.
                  Merci pour cela.


                  • SATURNE SATURNE 12 avril 2012 09:35

                    Merci, venant de vous (que je considère étre la meilleure plume du site), le compliment a de la valeur.
                    Pour tout dire, en lisant ce livre de J.L Seigle comme en rédigeant ces quelques lignes du billet, j’ai souvent repensé à votre autre histoire de taiseux et de suicide dans la force de l’äge, le fameux « ne raconte pas ta vie » :

                    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ne-raconte-pas-ta-vie-40843

                    Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est à lire.


                  • sparte sparte 11 avril 2012 23:19

                    Devinez quel grand poète pleurait quand il rencontrait quelqu’un pour la première fois et pourquoi il pleurait ?


                    • Sonya V... Sonya Vardikula 12 avril 2012 22:26

                      Je ne sais pas. 
                      Un indice peut-être ?
                       

                    • nofutur 12 avril 2012 08:14

                      Bonjour l’auteur,

                      Votre article est touchant...et je suis touché...étrange les sensations après lecture de votre article. Subitement beaucoup de vécu refait surface, mon père décédé il y a quelques années... comme un légume... papa tu me manque souvent. Puis ma mère descendant inexorablement les marches du temps...et que je garde tant bien que mal auprès de moi.
                      Putain ! des larmes me montent au yeux... que d’interrogations combien de doute m’asseyent ce matin. C’est donc ca ! je suis un simple humain.

                      Merci merci merci.


                      • sisyphe sisyphe 12 avril 2012 09:10

                        Merci pour ce très bel article, magnifiquement écrit, et qui donne vraiment l’envie de lire ce livre : ce que je ne vais pas manquer de faire.

                        Si délicat et si « vital » d’évoquer la vieillesse, la vie que l’on sent partir peu à peu, l’apitoiement sur les choses et sur les blessures de la vie, cette fragilité qui s’apparente à celle de l’enfance, mais avec la conscience douloureuse de la fin...

                        Très beau titre, très bel article, merci encore.


                        • Yohan Yohan 12 avril 2012 09:46

                          La larme à l’oeil des vieux, c’est eux qui le disent, c’est une moitié de sécheresse dû à l’âgel, une autre de regrets. On pleure sur soi, sur ceux que l’on va bientôt quitter, sur les beaux moments d’un périple dont on entrevoit déjà l’arrivée.. c’est court une vie, 

                          Merci pour ce billet loin de l’actualité qui nous la pourrit...la vie

                          • franchamont franchamont 12 avril 2012 10:20

                            Quel pessimisme morbide ! Bien sûr qu’on pleure quand on est vieux, puisqu’on pleure à tout âge.

                            L’auteur de ce livre voudrait-il nous encourager à partir plus tôt ? Peut-être pour sauver les caisses de santé publiques. Bill Gates n’a-t-il pas dit qu’en laissant mourir une petite vieille on dégageait assez de fonds pour créer dix postes d’instituteur. Pourtant les petites vieilles et les petits vieux étaient fort utiles à la famille... ah, dans le temps... Dans le temps où on se souciait encore d’eux, sans se débarrasser d’eux dans un mourroir.

                            Ce roman est dans la manie mortelle et cynique de ce début de siècle et de cette fin d’empire. Merci de m’avoir prévenu. Je ne le lirai pas.

                            • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2012 17:53

                              @franchamont,
                              Bien d’accord.
                              Je sortirai un article la semaine prochaine sur le sujet. smiley


                            • Traroth Traroth 12 avril 2012 10:56

                              Pas la peine d’être vieux pour pleurer en écoutant les infos. Je dirais même que c’est difficile à éviter si on est vraiment conscient de ce qu’on entend et qu’on ne se laisse pas prendre au piège des actus-spectacle. Non, ce n’est pas un spectacle, 2 grattes-ciel viennent bien de s’effondrer à New-York broyant 3000 personnes sous leur poids. Non ce n’est pas un spectacle, un tsunami vient bien d’engloutir les côtes de l’océan Indien, tuant 200.000 personnes et faisant de 2 millions d’autres des réfugiés. Non, ce n’est pas un spectacle, un séisme vient bien d’éventrer Port-au-Prince, tuant entre 240.000 et 300.000 personnes, et comme Haïti est l’un des pays les plus pauvres du monde et désormais économiquement sans intérêt, ce malheur va en entrainer d’autres et personne ne fera rien.

                              Ceux qui ne pleurent pas en entendant ces nouvelles n’ont pas vraiment pris conscience de la réalité de l’événement et de la souffrance qu’il entraine.


                              • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2012 12:23

                                Bonjour,
                                 Pour ne plus pleurer, écrire ses mémoires.
                                 Je l’ai fait.
                                 Je viens de publier un article sur quelqu’un qui a écrit ses mémoires qui a formé ma jeunesse.
                                 Non, pleurer c’est pour les pleurnichards.
                                 smiley


                                • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2012 12:28

                                  Un livre à lire « L’homme qui voulait vivre sa vie » de Douglas Kennedy.
                                  C’est quand tout va mal, qu’il faut chercher à sortir de ce « mal ».


                                • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2012 12:38

                                  La sinistrose fait fortune actuellement.
                                  Alors, je vais vous accompagner mais en smiley uniquement  smiley



                                • Traroth Traroth 12 avril 2012 15:37

                                  « pleurer c’est pour les pleurnichards » : voila le genre de phrase définitive qui me fait bien marrer. Le type qui tient absolument à prouver qu’il « en a dans le froc ». Pas besoin de ça !


                                • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2012 15:56

                                  Traroth,

                                  «  »pleurer c’est pour les pleurnichards" : voila le genre de phrase définitive qui me fait bien marrer. Le type qui tient absolument à prouver qu’il « en a dans le froc ». Pas besoin de ça !« 

                                  Je m’attendais à celle-la. C’était planifié. Cela m’amuse tout autant. parce que si je l’ai dit c’était pour créer ce genre de réponse épidermique de premier niveau. smiley
                                  J’en ai pas plus dans le froc que vous. Les mêmes pendules pour ne rien vous cacher. Comme je le disais, c’est un état d’esprit.
                                  Je vais vous raconter une anecdote.
                                  Dans mon quartier, il ya vait ce que beaucoup appelle un »simple d’esprit« . Quelqu’un qui souriait quand il rencontrait des passants, qui donnait son avis, sans attendre que quelqu’un le lui demande, dans les magasins à la vue des marchandises dans les rayons.
                                  Les gens lui souriaient en retour sans plus.
                                  Je l’ai observé. Je me suis dit, qu’est-ce qui constitue cette envie de contact.
                                  Lui au moins ne se retrouvera pas chez le psy, me suis-je dit.
                                  Puis, je me suis rappelé un très vieux sketch de Fernand Raynaud »Le paysan".
                                  Tout est devenu plus clair. smiley


                                • Traroth Traroth 12 avril 2012 21:21

                                  Je ne vois ni le rapport du sketch bien connu de Fernan Raynaud avec votre « simple d’esprit », ni le rapport de celui-ci avec votre phrase « pleurer c’est pour les pleurnichards ». Mais tant que c’est clair pour vous, tout va bien...


                                • SATURNE SATURNE 12 avril 2012 14:01

                                  Quelques commentaires hors-sujet ou à contresens du livre m’amènent à ajouter, au cas où je n’aurais pas été clair :

                                  -ce livre n’est pas larmoyant ni ne fait appel à la « sensiblerie ». Il est clair, net, cruel comme la vie, dont je ne sais qui disait « le problème dans la vie, c’est qu’on n’en sort pas vivant ».

                                  - il ne traite que marginalement de la vieillesse (le personnage a 53 ans), mais plutôt de l’usure du corps, du mental, etc et de la perspective du déclin et de la vieillesse

                                  -il ne traite qu’incidemment du suicide (dont je rappelle tout de méme que comme par hasard, hormis la période 15/25 ans, la plupart des suicidés ont 60 ans et plus, ce qui signifie bien que le déclin physique et moral n’est pas un long fleuve tranquille, comme certains ici voudraient feindre d’en étre persuadés...)
                                  -Enfin et surtout, il traite des « emmurés » culturels, de la douleur devant l’absence de savoir, l’impuissance face au pouvoir des mots que beaucoup n’ont pas, et surtout n’avaient pas à l’époque. Le pathétique réside justement dans la relève du fils brillant et « intellectuel » qui ne « reconnait » pas son père, ou plutôt du père assez malin pour comprendre qu’il fait honte, et qu’il vaut mieux passer la main à un autre père de substitution, plus conforme à l’époque qui se profile, à l’aube des années 60.
                                  C’est important, la honte.
                                  Pour ceux qui en éprouvent, bien sûr.
                                  Ce livre ne s’adresse donc ni aux éternels satisfaits d’eux-mémes, ni aux optimistes béats, ni non plus aux intellectuels qui croient qu’on peut changer les choses par les mots, méme si, à l’inverse, l’absence de mots pour le dire peut tuer, comme ici.
                                  C’est une sorte de parabole des talents biblique à l’envers.
                                   Ici, Albert ne se demande pas, comme le Christ y invite dans la Bible « qu’as-tu fait de tes talents ? ».
                                  Il se demande : « que faire d’une telle absence de talents, d’une telle non-vie ».
                                  Ben rien, justement.
                                  C’est de cela que ça parle, ce livre.


                                  • L'enfoiré L’enfoiré 12 avril 2012 14:14

                                    Merci, Saturne.
                                    Je l’ai compris ainsi. Je ne parle pas de suicide non plus, mais je parlais d’une ambiance qui se ressent très fort dans l’époque que nous vivons.
                                    Oui, absolument, c’est important la honte et la satisfaction, la récompense, il ne faut pas trop la chercher chez autrui. L’optimisme et le pessimisme sont des états d’esprit que l’on appuie ou que l’on tâche d’oublier et comme vous dites, l’absence de mots pour le dire peut tuer.
                                    Écrire c’est une thérapie aussi.
                                    Si vous avez été lire le lien que je mentionne plus haut, il s’agit d’un homme de 93 ans qui a eu une vie aventureuse comme peu d’hommes l’ont eu.
                                    Et c’est de cela qu’il parle, lui.


                                  • Loatse Loatse 13 avril 2012 01:05

                                    Bonsoir l’auteur

                                    Ce livre que je n’ai pas lu et que je ne lirai pas me parait toutefois bien tentant, ne serait ce que parcequ’il me parle, comme il doit parler à beaucoup d’entre nous... Seul le « dénouement » (si je puis dire ainsi, me retient).

                                    La honte. un mot utilisé à tort et à travers.. ce sentiment qu’il est naturel de ressentir lorsque volontairement on porte atteinte à autrui..que ce soit physiquement ou moralement jusqu’à réparation du tort causé ; Ce sentiment, on s’est mis à le cultiver, à l’entretenir, à le faire croitre et s’enraciner tel un cancer... pas étonnant qu’il nous bouffe si nous lui laissons le champ libre...

                                    Votre article par ailleurs superbement écrit est aussi l’occasion de nous questionner sur la valeur que nous nous accordons, sur celle également que la société nous accorde.. société qui prône le mérite comme condition unique à notre droit d’exister...

                                    « Il faut qu’il trouve un parrain pour son fils. Un qui aimerait les livres. Un père dont il n’aura pas honte. »

                                     ce père - s’il était de cette génération, n’hésiterait sans doute pas à décrire à celui-ci les mille et un gestes répétés jour après jour afin que son fils puisse, le ventre plein, libre de tout souci, lire Balzac... mais des taiseux, de ceux qui en endossé des rôles (celui de fils, de père, de mari), sans prendre la part qui leur revient, oublieux d’eux même et souvent des leurs, il y en a eu hélàs beaucoup, il y en a encore..

                                    bon, je vais devoir l’acheter ce bouquin (grrr.. :)... mais tout de même, j’aime autant que les personnages principaux vivent, se révoltent, se mettent en colère, vident leur sac plutôt que de se priver de ce qui est précieux, de ce que la vie a de beau, de surprenant parfois, de merveilleux aussi quand on la laisse vous apprivoiser...

                                    Même quand tout est sombre autour de soi... surtout quand tout est sombre...





                                    • COVADONGA722 COVADONGA722 13 avril 2012 07:03

                                      Quel beau fil , qui oblige au questionnement certain affirment ne pas pleurer , meme de rage et de honte ? Non pas pleurer sur soi sur les beaux jours qui ne reviendrons plus sur les « belles passantes que l’on a pas su retenir » sur ce que l’on aurait pu etre : ça c’est larmoyer et inutile c’est oublier les cadeaux que la vie nous as faites .Non in fine ces taiseux sont plus fort plus solides que nous/moi qui restons a pleurer sur nos vrais défaites nos bien humaine défaites nos bien journalieres hontes celle qui font l’humus que nous couvrons de futiles discours pour qu’il ne deborde pas de nos corps .Tiens une de défaite je pars bossser et je vais encore croiser cette mere de famille faisant les poubelles du Lidl yep pleurer .. de honte et de rage.
                                      Asinus


                                      • L'enfoiré L’enfoiré 13 avril 2012 09:17

                                        Merci Asinus, pour avoir résumé. Personne n’est égal devant l’adversité ou même la joie qu’apporte un événement.. smiley
                                         


                                      • SATURNE SATURNE 13 avril 2012 10:01

                                        Merci à Loatse et Asinus.
                                        Comme l’humour est la politesse du désespoir et qu’il faut rester poli, je dirais pour le point de vue de Loatse « Aux larmes, citoyens », et celui d’Asinus « partir avec larmes et bagages ».
                                        Bonne journée.


                                        • L'enfoiré L’enfoiré 13 avril 2012 10:23

                                          Merci aussi à vous, Saturne, pour avoir très bien écrit sur le sujet et qui donnera envie de lire le livre ce qui a ouvert le débat. Jeudi prochain je vous préviendrai de ce que j’en ai fait.
                                          Bonne journée


                                        • Clouz0 Clouz0 14 avril 2012 01:44

                                          Bonsoir Saturne,


                                          Il faut vraiment être un extra-terrestre comme vous pour amener un peu de sagesse, de talent et de retenue sur ce site qui n’en fait pas commerce habituel.
                                          Quand une poussière d’étoile tombe silencieusement, quelques ahuris dont je fais partie, le nez en l’air et bouche bée s’arrêtent pour apprécier le spectacle.
                                          Sur ce, je retourne illico sur ma planète (qui n’est pas Saturne mais pas loin) y observer tranquillement la terre et ses terriens.
                                          Espérant vous croiser un jour prochain sur la voie lactée, ou plus loin.

                                          • SATURNE SATURNE 15 avril 2012 10:30

                                            Pour ceux que cela interesse, une interview de J.L Seigle sur ce livre :

                                            http://www.youtube.com/watch?v=_xPX8_QyXEI

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