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Agassi : révélations d’un champion ordinaire

Drogué ou dopé ? La confusion persiste dans l’autobiographie du Kid de Las Vegas, « Open ». Gasquet en fera-t-il les frais ?

Des interviews dans le monde entier, un livre confession, un père tyrannique, une perruque et de mystérieuses pilules blanches : voilà le théâtre des récentes révélations de l’enfant terrible du tennis. Agassi n’aimait pas la balle jaune ; il a sacrifié sa vie pour un sport ennemi. Mais au-delà de cet épanchement sur divan médiatique, l’ex joueur parle de drogue. Pour ne pas parler de dopage ?

Drogué ou dopé ?

Le « Kid de Las Vegas » n’aimait pas le tennis. Il le dit texto dans son autobiographie sortie ce lundi 9 novembre aux USA. Pas étonnant, me direz-vous, avec un père tyrannique, obsédé par la réussite tennistique de son fils, au point d’inventer une machine à balle infernale, mise au point à partir d’un calcul implacable : « Mon père me dit que si je frappe 2 500 balles par jour, cela veut dire que j’en frapperai 17 500 chaque semaine et donc près d’un million en une année, raconte-t-il. Et un enfant qui frappe un million de balles en une année deviendra imbattable. » Il y a, aussi, les mystérieuses pilules blanches que son père lui donnait avant les tournois de jeune pour qu’André soit « un peu plus alerte ». Il y a, enfin, la prise de méthamphétamine, ou Chrystal Meth, drogue récréative prise en 1997 alors que le champion traverse une mauvaise passe, notamment à cause de son divorce d’avec Brook Shield : « Slim (son assistant, NDLR) verse un petit monticule de poudre sur la table. Il la coupe, la sniffe. Il la coupe à nouveau. J’en sniffe. Je m’enfonce dans le canapé et je pense au Rubicon que je viens de franchir. Il y a un instant de regret, suivi d’une immense tristesse. Arrive ensuite une énorme vague d’euphorie qui balaie toute pensée négative de ma tête. Je ne me suis jamais senti si vivant, si plein d’espoir. »

Le dopage existe, partout, dans tous les sports. La seule manière d’en parler, pour les sportifs, est d’invoquer la prise de drogues dites récréatives

Evidemment, il ne s’agit pas de dopage, mais de mal être. André se drogue, non pour améliorer sa compétitivité, mais pour échapper à l’enfer d’une vie qu’il n’a pas choisie. Il faut, bien sûr, mentir à l’ATP : « Quelques jours après (avoir été mis au courant du contrôle), me voilà sur une chaise à écrire une lettre à l’ATP. Elle est truffée de mensonges et parsemée de petits passages de vérité. » Evidemment, on pense à l’affaire Gasquet, au baiser mortel avec Pamela, la cokaïnomane de Miami, qui lui coûte ce mardi une convocation devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Gasquet pensait en avoir fini avec cette affaire. Mais la Fédération internationale (ITF) et l’Agence mondiale antidopage (AMA) en ont décidé autrement. Les mêmes instances qui étouffèrent l’affaire Agassi en 1997, arguant aujourd’hui s’être fait dupées par la lettre du joueur. Une lettre dans laquelle il dit avoir été drogué à son insu, par l’introduction de la substance psycho-active dans un de ses sodas. Une excuse lamentable, incroyable. Qui passe tout de même.

Conséquences

Le monde du tennis accueille ces révélations avec des pincettes, ne sachant pas vraiment comment se positionner. Nadal, comme Fédérer, se disent « déçus ». « Notre sport doit rester propre », lâche le Suisses. Etonnante réaction, puisque l’américain n’avoue jamais s’être dopé durant sa carrière professionnelle. Tout comme Gasquet, il s’agit de prise de drogues récréatives, rien de plus... Même son de cloche du Français Julien Benneteau : « Agassi aurait dû vivre avec son secret. » Pour son ancien entraineur, le jugement est encore plus sévère : « Il n’est pas excusable » tranche Bolletieri.

Agaçant, Agassi ?

Ces réactions nous informent sur le message, en filigrane, que le Kid lance à la face du tennis en particulier, et du sport pro en général : le dopage existe, partout, dans tous les sports. La seule manière d’en parler, pour les sportifs, est d’invoquer la prise de drogues dites récréatives. Mais la réalité sous-jacente est toute différente : le dopage n’est pas un choix, c’est une institution. Seulement, les sportifs ne peuvent en parler, directement, même après la fin de leur carrière. Car le risque est de se voir privé de leur respectabilité, titres, compte en banque, bref, de leur vie.

« Tout le monde sait que les tennismen prennent des amphétamines avant les matchs. Personne ne le dit. Noah l’a dit. » Thierry Ardisson après son interview avec le joueur, 28/08/1980

Déjà, en 1980...

Ainsi Yannick Noah, en 1980, soit trois ans avant sa victoire à Roland Garros, confiait au journaliste de "Rock and Folk" de l’époque, un certain Thierry Ardisson, son addiction au cannabis : « Le Hashish, j’aime vachement. De toute façon, on ne fait jamais de contrôles au tennis. Pecci et Borg se dopent avant les matchs sur conseil de leurs médecins. » Une révélation obtenue par le journaliste dans le cadre de sa rubrique - déjà haute en couleur - "Descente de police".

Thierry Ardisson insistait, déjà, sur les motivations de Noah à parler de drogue dans le milieu du tennis : « Tout le monde sait que les tennismen prennent des amphétamines avant les matchs. Personne ne le dit. Noah l’a dit. Son ton était tout à fait clair. Il le dit dans l’article : "Il faut le dire avant qu’il n’y ait des morts comme au cyclisme." »

Une réponse d’Ardisson à la question du journaliste : « Noah pouvait envisager votre question sous deux angles : celui du doping, qui devient malheureusement chose courante en sport, et aussi celui de l’usage de la drogue qui tend à le devenir dans certains milieux sportifs. » Cette fameuse différence entre dopage et usage de drogues récréatives...

L’illusion du sportif sain : un mythe tenace qui empêche une véritable réflexion sur l’état mental et physique des sportifs de haut niveau

Le mythe du sportif sain

Une différence de polichinelle qui tombe lorsque Noah offre, de New York, un démenti à cette interview. Le joueur parle de « second degré » mal interprété : « Je n’ai jamais touché à aucune drogue. Il m’est arrivé comme tous les jeunes en France d’essayer. Il m’est arrivé une fois de fumer une cigarette. J’en ai parlé. » Noah parle évidemment d’un joint, même si le mot serait déjà trop lourd pour la carrière, florissante, du futur numéro 1 Français. Le joueur décale le débat sur la consommation de drogue par les jeunes, sportifs ou non. Tout en ajoutant cette phrase cruciale : « Le sportif doit être quelqu’un de sain. »

Et Noah touche du doigt le fond du problème : le sportif professionnel n’est pas quelqu’un de sain. Ce n’est pas le sportif du dimanche qui entretient son corps et ses artères. C’est au contraire un compétiteur, qui repousse les limites de son corps, avec toute la souffrance physique et psychique qu’une telle exigence suppose. Aucun médecin ne pourra vous dire que le sport pro est bon pour la santé. La philosophie du sport de haut niveau est dans le dépassement de soi, pas dans l’entretien raisonnable de sa constitution physique.

L’illusion du sportif sain : un mythe tenace qui empêche une véritable réflexion sur l’état mental et physique des sportifs de haut niveau.

Gasquet risque gros

On se souvient de McEnroe allias "Big Mac", qui était venu au secours du britannique Greg Rusedski, contrôlé positif à la nandrolone en 2004. Après avoir reconnu, dans une autobiographie récente, qu’il prenait des drogues récréatives, l’homme aux 77 titres reconnaissait avoir pris, pendant six ans et à son insu, « une forme de stéroïdes utilisés légalement pour les chevaux, jusqu’à ce qu’on se rende compte que c’était trop fort, même pour les chevaux. » Rusedski avait été blanchi. Grâce aux révélations de Mc Enroe, ou peut-être encore plus grâce aux menaces qu’il avait proférées de révéler les noms de 43 joueurs parmi les 120 premiers mondiaux dans la même situation que lui.

Les révélations d’Agassi semblent prendre une toute autre tournure. Et pourraient voir Gasquet en pâtir, victime exemplaire qui mettrait fin aux rumeurs de laxisme entourant l’ATP. Car Agassi, contrairement à McEnroe, a commis une faute impardonnable, bien plus grave que le dopage ou la prise de stupéfiants : il n’aimait pas le tennis ! Un second point commun avec Gasquet ?

Un article du site www.animalpolitique.com


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3 réactions à cet article    


  • abdelkader17 11 novembre 2009 11:02

    Voilà te triste spectacle de nos héros modernes,le peuple élu par les médias,soyons sérieux la quasi totalité des sportifs de haut niveau se dopent et quelque soit le sport qu’ils pratiquent,les personnalités les plus fragiles le paient de leur vie Pantani ,franck vandenbroucke, ou encore l’ancien champion cycliste Espagnol José Maria Jimenez.
    Tom Simpson est mort en 1967 dans le mont Ventoux d’un arrêt cardiaque suite à l’absorption d’amphétamines il y plus de 30 ans, le dopage s’est généralisé du fait des sommes colossales qui gravitent autour de ces gladiateurs modernes ,nous nous acheminons à grand pas vers des formes de dopage génétique.
    Il est aisé de venir tout déballer après sa carrière comme le font désormais toute cette bande d’hypocrites pour engranger les royalties de leurs ouvrages « à sensation », ces sombres personnages que nos journalistes complices vendent comme héros à la jeunesse perdue des sociétés occidentales.
    Le sport n’a plus aucun intérêt c’est un monde fait de fric et d’hypocrisie manifeste,un moyen d’occuper les consciences ,reproduisant les schémas de domination avec le culte de l’efficience et le diktat de la performance ,un laboratoire grandeur nature des pratiques de l’entreprise ,un outil d’aliénation des masses et de servitude volontaire.


    • TSS 11 novembre 2009 18:25


      qu’on lui foute la paix !!

      est ce qu’on fait des contrôles anti dopage à l’entrée des usines ?

      pourtant à l’heure actuelle il y a plus de dopés aux tranquillisants que dans le sport ... !!

       


      • Avalon_Girl 11 novembre 2009 23:43

        @TSS :
        oui, c vrai, le salarié moyen & le cadre sup se droguent autant k le sportif de compétition, sauf qu’ils ne gagnent pas tout-à-fait les mêmes sommes ... !

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