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Accueil du site > Culture & Loisirs > Voyages > Iles Solovki, haut lieu de la mémoire russe - récit d’un voyage (...)

Iles Solovki, haut lieu de la mémoire russe - récit d’un voyage 1/3

Quelques précisions en guise d’introduction :
Cette année 2010 est baptisée année France-Russie, aussi il me paraissait opportun de livrer le récit que j’avais écrit à l’époque en 2004 il y a maintenant exactement 6 ans ;
J’étais parti dans le Nord de la Russie, cela faisait 2 jours que j’avais atterri à Arkhangelsk en provenance de Saint Pétersbourg et j’avais été attiré sur place par des photographies représentant le monastère des îles Solovki dont je n’avais à présent que vaguement entendu parlé aussi ai-je décidé de m’y rendre, sur l’histoire (tragique) de ce 1er archipel (du Goulag) et de ce monastère vénéré par tous les Russes, je reviendrai un peu plus tard, je livre d’abord le récit de mon départ pour ces îles et de ma prise de connaissance du monastère ;
L’archipel des Solovki est situé sur la mer Blanche tout près du cercle polaire, à l’est de la Carélie, au nord est de Saint Pétersbourg et au sud est de Mourmansk, grande comme Malte en superficie, l’île principale est peuplée de moins de 1000 habitants et une quarantaine de moines y occupent le monastère, c’est un lieu culte de l’église russe orthodoxe et un endroit qui pèse très lourd dans la conscience collective du peuple russe, on peut s’y rendre en toute saison par avion en provenance d’Arkhangelsk ou en bateau à la belle saison en partant de Kem, petit port au nord de Belamorsk, donc je débute le récit ..
 
 
1) le Koukourouznik
  Arkhangelsk le 10 mai, le ciel est gris, le temps est froid, l’avion décolle dans une heure et demie de Vaskovo (1) à 30 kms d’ici, le taxi est là, il faut y aller car il n’y a plus trop de temps. La ville semble quasi déserte ce lundi, qq. feux tricolores semblent être la seule note de gaieté avec les zigzags du taxi qui tente d’éviter les nids de poule de la chaussée. Puis nous abordons le pont de la Dvina (2) ouvrage métallique très long et très sombre pas non plus exempt de creux et de trous, nous franchissons le bras principal puis un autre bras du fleuve, Arkhangelsk est bâti sur un estuaire et les fleuves russes sont à l’échelle du pays, c’est à dire immenses. Puis nous roulons sur une route principale, le chauffeur du taxi est du genre jovial, pas aigri malgré les difficultés de la vie et la bonne cinquantaine qu’il affiche, il parle mais je ne comprends pas tout, un embranchement et je vois un panneau MOCKBA (Moscou) qq. chose comme un peu plus de 1200 kms mais ce n’est pas notre direction, j’ai bien besoin du bagout du chauffeur pour ne pas sombrer dans le spleen car le paysage est sinistre en ce début mai, c’est à peine dans ces contrées septentrionales si certains buissons commencent à verdir, bourgeons encore fermés, le paysage me rappelle la vue de petits bois de tourbières en Normandie en plein hiver, branches mortes d’une existence désuète.
Plus un pays est pauvre plus les gens sont joyeux, la conduite du taxi en témoigne, il fonce dans les virages, négocie les courbes, évite les fosses et en peu de temps nous voici à Vaskovo, le fameux internationalement connu aéroport de Vaskovo, c’est que en fait d’aéroport, c’est une bâtisse qui ferait penser à une école primaire de province, l’avantage c’est qu’il n’y a qu’une porte et qu’on ne risque pas de se tromper, de même à l’intérieur un seul guichet où les gens sont mollement agglutinés, je m’y colle aussi mais avec un léger recul typique de ceux dont l’éducation interdit de frôler les autres, pas grand monde mais ça va lentement très lentement et je commence à m’inquiéter assez rapidement, tout de même je comprends quelques mots et comme les autres ne s’affolent pas, cela me rassure un peu. Tout d’un coup la guichetière se lève, pousse le rideau et sort de son cagibi, car comme dans les petites gares la seule personne active est polyvalente, un avion part avant le nôtre et elle doit enregistrer les passagers. Puis elle revient et explique que notre avion est retardé en raison du mauvais temps de plus d’une heure, ah bon cela me parait interminable, que suis-je venu faire ici dans ce trou paumé parmi les paumés, dans cette salle d’attente où toutes les horloges sont bloquées sur une heure fausse, où un genre de cantine distille un café valant à peine une bonne chicorée au fond d’un godet ?
Bon, bon, cet endroit après tout reste très convenable, les gens y sont paisibles et pas désagréables, suffit d’être calme et notre tour viendra, et en effet il vient, notre groupe s’ébranle, à peine 10 personnes et nous passons derrière une autre palissade en bois, contrôle des bagages enfin ce qui en tient lieu, "Passpooort !" voilà c’est fait, nous nous retrouvons dans une antichambre fermée un temps encore incroyable et puis une porte s’ouvre, un autobus du genre benne tirée par un tracteur est mis à notre disposition pour nous porter jusqu’à l’avion (100 m) et quel avion, digne de Tintin, c’est un Koukourouznik (3) !
 
Le temps est froid, le vent vif, il semble qu’il neige, mais oui il neige et nous sommes le 10 mai ! Aussi nous nous précipitons de cet "autobus" pour grimper dans ce Coucou pardon c’est un Koukourouznik, pour y monter à peine un marche pied comme pour un wagon, à l’intérieur à peine 15 places soit 3 sièges médiocres sur 5 rangées, les bagages sont posés vers le fond de l’avion et les gens s’assoient devant, il ne fait pas chaud mais au moins il ne neige pas à l’intérieur. Puis le pilote monte, un jeune Russkof (4), il est doux, délicieux, adorable même avec ses épis dans des cheveux très blonds qui le font paraître à la fois romantique et ringard, il me fait penser le bandeau en moins au pilote estonien Szlut de « Coke en stock » (5), il passe entre nous pour aller s’asseoir devant, ça y est, on ferme notre Koukourouznik, chic c’est l’aventure !
Une hélice tourne, puis les deux, le régime augmente et le bruit, le boucan devient vite assommant, un bruit métallique qui donne l’impression que tout vibre, nous nous dirigeons vers la piste unique, 5/5, les gaz à fond, accélération, ça y est on décolle, attention ça secoue et quel boucan mais bon ! J’ai toujours aimé prendre l’avion, c’est comme les manèges à la foire mais en plus grand, peut être suis-je inconscient du danger car les autres passagers se signent en forme de prière, enfin maintenant on est dans les airs et j’espère bientôt voir le ciel bleu et l’éclat du soleil, percer cette mer de nuages. Or l’on monte et monte encore mais nous sommes toujours dans cette soupe laiteuse, rien d’autre que le boucan des hélices et le blanc épais de l’air où nous baignons, rien aucune éclaircie un plafond de nuages puis un autre au-dessus, il semble que la lumière ait abandonné cette contrée, impossible de voir où nous sommes, au-dessus de la mer Blanche ? Il fait un ciel si bas qu’il faut lui pardonner (6), n’est ce point le bout du monde ?
Tout de même après un temps incroyablement long, notre Coucou- rouznik décroche et amorce une courbe, pourtant pas de WTC (7) à l’horizon, ah si maintenant on distingue tout en bas ce qui semble un paysage sans couleur, juste un vert très sombre et des parties brunes, des taches blanches aussi et on descend, on descend comme à pic, c’est encore mieux que les manèges de foire, j’ai l’impression que le Russkof coupe complètement les gaz et dirige le zinc dans une sorte de vol plané à peu près, je dis à peu près contrôle, rien à voir avec des vols de gros porteurs, Solovki pourrait bien être ma dernière destination.
 
à suivre...
 
(1) petit aéroport situé non loin d’Arkhangelsk
(2) Dvina septentrionale, fleuve russe se jetant dans la mer Blanche
(3) Koukourouznik, nom donné à de nombreux petits avions en Russie
(4) surnom argotique mais nullement péjoratif donné aux Russes
(5) Coke en stock, album fétiche des aventures de Tintin
(6) clin d’œil à une chanson de Jacques Brel sur le plat pays : « un ciel si bas ..
(7) WTC = World Trade Center à New York, heureusement l’avion saura atterrir
 

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4 réactions à cet article    


  • Gollum Gollum 10 mai 2010 15:43

    Ben y a pas grand monde dommage.. smiley


    Le vol en coucou me rappelle mes propres vols en continent africain.. ça secoue généralement pas mal, avec trous d’air chauds.. faut pas être trop émotif..

    Sinon assez d’accord avec la phrase : plus les gens sont pauvres, plus ils sont heureux..

    Particulièrement vrai en Afrique où les mômes poussent devant eux de grands cercles en acier à l’aide d’une baguette de bois... toujours souriants (un peu moins vrai dans les grandes villes déjà..) On est loin de nos mômes capricieux sur-saturés en Game-boy et autres consoles et faisant la gueule à longueur de journée..

    Je pense que face à de grandes catastrophes aussi, l’attitude n’est pas la même.. Suffit de voir Haïti et la beauté de ces gens, leur dignité face à l’impensable..

    La même chose en Occident et ce sera tout de suite effondrements psychologiques avec besoin impératif de cellules de crise, soutien psychologique avec psys professionnels, etc..

    Bref, l’argent et les biens matériels pourrissent bien souvent les âmes..

    Bon ça n’a rien à voir avec le texte, désolé.. smiley

    • stef stef 10 mai 2010 17:24

      Très beau récit. Vivement la suite !


      • Arunah Arunah 10 mai 2010 21:30

        Bonjour Hiéronymus !

        Quelle bonne idée de nous amener aux Solovki !
        Quoique le voyage en coucou soit un tantinet dissuasif...
        Ce ne serait pas plus raisonnable par bateau ?
        Sinon, nous attendons avec impatience vos zolis zimages zencouleurs...
        Il faut dire que la première est très émouvante...


        • Hieronymus Hieronymus 10 mai 2010 23:57

          bonsoir
          eh ben voila qui me change des articles polemistes habituels
          j’en remercie d’autant plus chaleureusement les intervenants
          pour moi ces dates 10 11 12 mai correspondent exactement
          aux dates ou il y a 6 ans je foulais le sol des Solovki

          oui l’avion, c’est assez surprenant, en tout cas ca remue
          je pensais qu’a ce sujet Morice nous ferait des commentaires
          mais ce n’est rien a cote de ce que j’ai ensuite ressenti sur l’ile
          (je vais y venir) si vous voulez des zolis zimages, le plus simple
          vous allez sur Google ou mieux google.ru et tapez соловки

          enfin demain et apres demain, j’en remettrais qq unes
          dont le verso de l’actuel billet de 500 roubles (comprendrez)
          simplement je ne voudrais pas que l’article fasse capharnaum
          cordialement

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