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Autisme : réponse ouverte à PsychoMedia Magazine… et à d’autres

Dans son numéro 43 (septembre-octobre 2013) PsychoMedia Magazine consacre une double page à un article intitulé « Troisième plan Autisme : des enjeux bien éloignés de la psychanalyse ». Cet article, rédigé la plupart du temps au subjonctif, vise principalement à contester le bien-fondé du 3è Plan Autisme et des recommandations de prise en charge de l’autisme publiées par la Haute Autorité de Santé, Ce qui ne nous surprend pas de la part de ce magazine que nous avons déjà interpellé (sans réponse) sur un sujet similaire.

Pour résumer cet article, en peu de mots, l'auteur affirme :

1- Les recommandations de prise en charge de l’autisme de la HAS seraient issues d’une démarche idéologique, et non scientifique

2- Les orientations de la HAS auraient été dictés par les associations de parents d’enfants autistes

3- La Ministre Déléguée aux Personnes Handicapées Mme Carlotti est elle-même sous la pression des associations de parents. Ses choix pour le Plan Autisme s’en ressentent.

4- Le but de ce Plan est de sortir l’autisme du périmètre de la santé afin de faire des économies sur le budget de la Sécurité Sociale.

On ne peut que déplorer qu’autant d'opinions erronées, d’erreurs flagrantes et d’approximations grossières puissent être véhiculées par un journal professionnel. On peut comprendre que l'auteur se sente mis en cause dans ses convictions profondes par les recommandations de la HAS et le plan autisme. Néanmoins les faits sont têtus et vouloir que la réalité se plie aux croyances et aux dogmes n’a jamais mené qu'à des impasses. Nous nous devions donc de rectifier les erreurs véhiculées par cet article.

En premier lieu, les recommandations de la HAS pour l’autisme s’appuient sur l'ensemble des publications scientifiques mondiales (512 articles sont cités dans le document de synthèse). A partir de leur contenu, un processus de « consensus formalisé » a été recherché par un large groupe de travail pour en synthétiser les principaux résultats.

Ce procédé de consensus formalisé est clairement documenté sur le site de la HAS, transparent et régulièrement utilisé dans les autres domaine de la santé. Il s'est avéré impossible d’obtenir un consensus parfait sur un sujet aussi polémique, en France, que l’autisme : la méthode employée par la HAS vise à s’en rapprocher en se basant sur des données objectives, factuelles.

Il s'avère qu'aucune publication scientifique disponible n’établit une quelconque efficacité des prises en charge psychanalytiques ou psychodynamiques. Pourtant ces prises en charge sont utilisées à grande échelle en France dans les hôpitaux de jour psychiatriques, les CMP, les CAMSP, les CMPP, les IME depuis environ 40 ans. Aucun des grands noms de la pédopsychiatrie française, (pourtant prompts à publier livres et diatribes anti-HAS dans les quotidiens nationaux ces derniers temps), n'a jamais évalué ni documenté l'efficacité et la qualité de leur travail de manière objective, factuelle. La HAS ne peut en être tenue responsable. Il est naturel que la HAS ait conclu qu’aucune donnée scientifique ne montre une quelconque utilité des prises en charge d'inspiration psychanalytique dans l'accompagnement de l'autisme : c'est la simple réalité.

La HAS a ensuite recherché un « accord d’experts » sur les pratiques à mettre en œuvre sur la base des données factuelles synthétisées. La procédure est transparente et pleine de bon sens. Hélas les experts se sont divisés en deux camps : les psychanalystes défendant leurs pratiques, leurs opinions, leurs dogmes, face aux faits établis objectivement et face aux autres scientifiques, professionnels et associations de familles, soucieux de proposer des pratiques d'efficacités avérées. La HAS a donc constaté l’absence de consensus, et a conclu qu’il n’y a pas lieu de recommander les méthodes psychanalytiques ou psychodynamiques.

Cette démarche transparente et saine donne la priorité au bien-être et à la santé des patients, (les "usagers" de la médecine). Il est surprenant, voir honteux que tant de professionnels s’en émeuvent et s'organisent pour la combattre. S’ils ne sont pas d’accord avec les conclusions de la HAS, personne ne les empêche de mener des programmes de recherche objectifs, factuels, pour tenter de démontrer le bien-fondé de leurs idées. L’une des recommandations de la HAS sur l’autisme était d’ailleurs la poursuite et l’intensification des recherches sur l’autisme dans tous les domaines, des sciences « dures » aux sciences humaines. C’était il y a 18 mois et depuis, rien de probant ne vient remettre en cause ses conclusions, au contraire.

Ensuite, les insinuations tendant à accuser les associations de familles d’avoir influencé la HAS et la Ministre Mme Carlotti sont risibles. Les associations de familles ont été conviées à participer aux travaux de la HAS en tant qu’usagers du système de soins et de prise en charge. C’est bien normal, et il aurait été inique de les en exclure, de ne pas entendre leurs voix.

Qu’aucune association d’usagers participant à ces travaux n’ait souhaité soutenir les prises en charges psychanalytiques pour les autistes, voilà qui est révélateur. Voila qui devrait conduire les promoteurs de ces méthodes à s’interroger : « Comment donc, voilà des décennies que ces méthodes sont pratiquées. Nous, professionnels du Soin Psychique, les mettons en œuvre avec bienveillance et dévouement. Pourquoi donc les familles les rejettent-elles, pourquoi récusent-elles notre travail ? »

L’auteur de l’article de PsychoMédia ne semble pas s'être posé cette question sérieusement. Il n’aurait pu y apporter que trois réponses :

- Soit les familles récusent la psychanalyse parce qu’elles constatent, depuis des décennies, son inefficacité. Elles veulent aider leurs enfants avec d’autres méthodes, « celles qui marchent » comme l’a dit fort justement Mme Carlotti. Comment le leur reprocher ?

- Soit les familles ne comprennent rien à rien et les professionnels savent mieux qu’elles ce qui est bon pour leur enfant.

- Soit les familles rejettent la psychanalyse parce qu’inconsciemment elles ne souhaitent pas la « guérison » de leur enfant « psychotique » - ce qui prouverait alors que les psychanalystes qui accusent les mères ont raison.

Les deuxième et troisième alternatives ne sont évidemment pas assez "politiquement correctes" pour être écrites publiquement. C'est pourtant ce qui continue à être enseigné dans beaucoup de facultés de Psychologie fidèles aux dogmes de « grands noms » comme Maud Mannoni ou Bruno Bettelheim. De ce fait la prégnance de ces idées dans le milieu du « soin psychique » est encore d’actualité. Les parents sont le plus souvent jugés incompétents voire coupables de l’autisme de leur enfant. De très nombreux cas de culpabilisation des mères, de signalements abusifs aux services sociaux, et de thérapies « mère-enfant » voire carrément de psychanalyse de la mère sont rapportés encore aujourd’hui. On pourra par exemple consulter cette « chronique du scandale ordinaire » en cours de compilation par Autisme France. Tant de dogmatisme a de quoi effrayer.

Quant à Mme Carlotti, elle subit bien des pressions, intenses – mais pas de la part des familles… Mme Carlotti a été effarée de constater, en arrivant en poste, le drame épouvantable vécu par les familles. Ces souffrances auraient pu être évitées, si la France avait suivi la même voie que d’autres pays comme le Canada, l’Espagne, les Etats Unis ou le Royaume Uni. Elle a fait manifestement tout son possible pour faire bouger les choses. Mais elle s’est heurtée à la puissance du milieu sanitaire au Ministère de la Santé, qui a empêché toute "révolution" rapide. Ceci explique par exemple qu’on ne mentionne pas les hôpitaux de jour dans le plan autisme. De même, la volonté initialement déclarée de retirer leur agrément aux établissements n’appliquant pas les recommandations de la HAS est finalement absente du plan. La seule avancée est qu’aucun crédit du plan autisme, aucun nouveau crédit donc, n’ira à de tels établissements (contrairement au plan Autisme précédent). Les autres pourront continuer leur pratiques contestables et contestées, sans avoir à rendre de comptes, jusqu'aux prochaines élections... Les détails peuvent être retrouvés par exemple dans cet article.

Reste le 4è point : la sortie possible, à terme, de l’autisme du champ sanitaire. Cette sortie semble naturelle, puisque les seules « thérapies » réellement efficaces aujourd’hui disponibles sont avant tout éducatives. Elle est souhaitée par les associations de familles, qui en ont assez de la dominance écrasante de la psychiatrie, et qui ne veulent plus voir leur enfant en hôpital psychiatrique au lieu de le mettre à l’école. La Belgique a déjà effectué cette révolution culturelle et statutaire en plaçant son Ministère de l’Education aux commandes des prises en charges pour les autistes. Et quand on compare le coût exorbitant de l’hôpital de jour (de l'ordre de 400€ par journée de prise en charge) à celui d’une prise en charge éducative (1500€ à 3000€… par mois) on se dit qu’en effet il y a des économies faciles à faire, tout en travaillant de manière beaucoup plus efficace et utile pour aider les enfants autistes.

D’autant plus que aux vu des études, un enfant autiste pris en charge selon les recommandations de la HAS progressera (généralement) plus vite et ira plus loin qu’un enfant pris en charge en hôpital de jour avec des méthodes psychanalytiques ou psychodynamiques. Beaucoup seront autonomes à l’âge adulte. Et pour les autres, les moindres progrès obtenus permettront un accompagnement moins lourd et moins coûteux. Seuls des blocages idéologiques dépassés empêchent encore notre pays de prendre ce bon chemin.

Ces blocages idéologiques transparaissent dans cet article de PsychoMedia comme dans d’autres « lettres ouvertes » qui paraissent régulièrement sous la plume de psychiatres et de psychanalystes plus ou moins connus. Nous ne pouvons que le déplorer et espérer que les dinosaures finissent par évoluer ou par s’en aller une fois pour toutes, pour laisser enfin le champ libre à nos enfants et à ceux qui savent les aider.

PS : nous signalons par ailleurs à PsychoMedia une omission dans leur encart « Raid a vélo contre les abus psychiatrique » sur la même double page. Une action menée par la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme y est mise en avant ; or PsychoMedia a omis de préciser que cet organisme est une émanation de l’Eglise de Scientologie, comme mentionné sur leur site internet,


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20 réactions à cet article    


  • Christian Labrune Christian Labrune 30 septembre 2013 11:49

    "Nous ne pouvons que le déplorer et espérer que les dinosaures finissent par évoluer ou par s’en aller une fois pour toutes, pour laisser enfin le champ libre à nos enfants et à ceux qui savent les aider.« 

    à l’auteur
    Votre article est fort pertinent et très bien documenté. Il y a près d’un siècle déjà qu’on ne devrait plus parler de la psychanalyse. Van Rillaer en fait, non sans raison, un équivalent de la phrénologie des premières décennies du XIXe siècle. Cette pseudo-science, ce détestable charlatanisme, a fait des ravages incalculables. La psychanalyse n’a jamais su »guérir« de simples névorses, on sait depuis déjà longtemps qu’elle aggrave considérablement la situation des enfants autistiques, mais ça continue.
    Il y a tous les matins sur France-culture une émission d’une heure consacrée à la philosophie (philosophie »pour les nuls« ). Il est consternant de voir que les théories freudiennes y ont régulièrement droit de cité, comme si l’inventeur auto-proclamé de la psychoanalyse (sic.) pouvait avoir quelque rapport avec les penseurs les plus rigoureux.
    Popper, dès les années 20, a très bien démontré qu’il s’agissait d’une simple idéologie, puisqu’elle était infalsifiable. On sait très bien aujourd’hui que le cerveau est un système complexe, dont on ne peut guère prédire les états, que s’il y existe un déterminisme, il procède nécessairement de cette physique des systèmes chaotiques sensibles aux conditions initiales et dont on ne peut pas calculer l’évolution. Or, toute la théorie freudienne (Freud croyait »dur comme fer" à un déterminisme psychique) repose sur une conception laplacienne et déjà en son temps dépassée du déterminisme physique. La théorie du refoulement, qui est au centre de son idéologie, suppose que le psychisme est comme une machine compliquée mais au fond très comparable à un mécanisme d’automate.
    Les archives de Freud à la bibliothèque du Congrès ne seront pas ouvertes avant le milieu de ce siècle (on comprend que les quelque freudiens qui y ont accès ne tiennent pas à ce que toute la correspondance soit divulguée), mais tous les travaux historiques, ceux par exemple de Borch-Jacobsen & Shamdasani ou de Bénesteau, pour ne citer que les plus pertinents, ont bien fait voir que l’histoire de la psychanalyse était dès le début celle d’une sorte de mafia ou d’une secte autour de son gourou.
    Ca bouge donc encore et ça râle, comme certains agonisants, juste avant de tomber brutalement dans la rigidité cadavérique...


    • Bernard Pinon Bernard Pinon 30 septembre 2013 16:25

      Popper, dès les années 20, a très bien démontré qu’il s’agissait d’une simple idéologie, puisqu’elle était infalsifiable.


      Vous voulez-dire irréfutable ? Parce que question falsification...

    • Christian Labrune Christian Labrune 30 septembre 2013 22:49

      @Bernard Pinon
      Quand j’écris « infalsifiable », je ne fais qu’utiliser le terme dont se servent en général les traducteurs de Popper et les épistémologues. La science, par opposition à l’idéologie, est falsifiable, c’est-à-dire qu’on peut rendre fausse une théorie en faisant apparaitre les apories qui prétendent la fonder ou des contradictions internes. Beaucoup d’hypothèses scientifiques sont ainsi été menacées de tomber dans les poubelles de l’histoire, et quelquefois, elles y sont restées. Au milieu des années 90 du dernier siècle, Andrew Wiles avait proposé une démonstration du dernier théorème de Fermat. Elle était extrêmement longue, et il était vite apparu qu’elle était incomplète, on venait donc, en la critiquant, de la « falsifier ». Qu’est-ce qu’a fait notre mathématicien ? Il s’est remis au travail et a pu proposer peu après une démonstration complétée qui est aujourd’hui acceptée par tous ses confrères. La psychanalyse, en revanche, ne peut pas être fausse. Si vous la contestez, c’est que votre inconscient « résiste » à une vérité qui le dérange et qui est pourtant incontestable : l’inconscient existe, et Freud l’a rencontré ! Contester la psychanalyse, c’est révéler qu’on a des problèmes névrotiques ; il serait donc très urgent de recourir au divan pour les soigner. De la même manière, lorsque je critiquais le marxisme, il y a quarante ans, un brave collègue du PC avec qui je discutais quelquefois me disait : je ne t’interdis évidemment pas de critiquer Marx, mais si tu critiques, c’est que tu n’as pas encore compris. Relis le Capital. Quand tu auras vraiment compris, tu n’éprouveras plus du tout l’envie de critiquer.
      Bref, le scientifique accepte d’avoir tort, l’idéologue jamais. Il a le même accès à la Vérité que les croyants des religions révélées.


    • Bernard Pinon Bernard Pinon 2 octobre 2013 10:40

      Le terme utilisé par Poppers est non-réfutabilité, cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9futabilit%C3%A9, c’est bien ce terme qui est utilisé dans les traductions. Ma remarque n’était pas une critique envers le fond de votre article (que j’approuve) mais une simple correction, ce qui n’a visiblement pas été bien compris.


    • Rincevent Rincevent 30 septembre 2013 12:00

      Si on appliquait ses propres concepts au milieu psychanalytique, on pourrait lui dire qu’il fait de la résistance : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sistance_%28psychanalyse%29 et que ça n’arrangera pas les problèmes...


      • Patrick Samba Patrick Samba 30 septembre 2013 12:02

        Bonjour,

        article qui, comme à chaque fois, procède du dogme (Seules les méthodes éducatives sont pertinentes. Sortie « naturelle » de l’autisme du champ sanitaire !!!...) de l’approximation, de la généralisation, d’un pré-requis contestable et très contesté (les pratiques psycho-dynamiques devraient être évaluées selon les méthodes « scientifiques » en vigueur, comme on évalue les sciences dures ou les méthodes comportementales...).

        Et puis, heureusement, en conclusion un timide début de reconnaissance d’une absence de suprématie automatique des méthodes qui ne sont pas psycho-dynamiques :
        " un enfant autiste pris en charge selon les recommandations de la HAS progressera (généralement) plus vite et ira plus loin qu’un enfant pris en charge en hôpital de jour avec des méthodes psychanalytiques ou psychodynamiques ".

        C’est un bon début.


        • Christian Labrune Christian Labrune 30 septembre 2013 12:33

          @Patrick Samba

          On ne sait pas traiter l’autisme, mais il y a un grand principe, en médecine, et c’est de ne pas nuire. Autrement dit, quand on n’a pas de traitement dont l’efficacité puisse être prouvée, le mieux est de s’abstenir et de ne pas avoir recours à des méthodes charlatanesques. Relisez « l’histoire de la folie » de Michel Foucault. Certes, les autistes ne sont absolument pas des fous, mais on les traite quelquefois comme on a fait au XIXe siècle avec les aliénés qu’on attachait sur des chaises qu’on faisait tourner, qu’on soumettait à des douches froides. A qui, plus tard, on a injecté de l’alcool dans le cerveau ou qu’on a lobotomisés. Tous ces « traitements », aujourd’hui, font froid dans le dos.
          L’éducation n’est pas une médecine. Elle est indispensable pour tout individu qui vit en société ; elle doit pouvoir s’adapter à tous, et même à ceux qui souffrent d’un handicap, en vue de le réduire autant que possible et de leur permettre de vivre à peu près normalement avec les autres.


        • Christian Labrune Christian Labrune 30 septembre 2013 12:39

          On trouvera, en cliquant sur le lien suivant, un intéressant article de Wikipedia qui fait le point sur les différentes méthodes de prise en charge de l’autisme et les critiques ont elles ont pu faire l’objet :

          http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thodes_de_prise_en_charge_de_l%27autisme


        • EgaliTED EgaliTED 30 septembre 2013 12:51

          Le « généralement » vise à préciser qu’on parle bien « en moyenne ». Il est évident qu’un autiste lourdement atteint pris en charge avec de l’ABA ou du TEACCH progressera moins loin qu’un Asperger faisant de l’orthophonie en hopital de jour. De plus la qaulité professionnelle et humaine des intervenants est très importante quelle que soit la méthode utilisée.


          Mais ce « généralement » vise justement à faire ressortir la part des méthodes sur celle des facteurs humains (ceux de l’autiste comme ceux de l’équipe de prise en charge). Et les conclusions « générales » des études scientifiques sont sans appel, la psychanalyse ne sert à rien pour les autistes et à ce jour les seules méthodes à l’efficacité « généralement » démontrée sont les méthodes d’éducation structurées telles que recensées par la HAS et ses homologues à l’étranger.

          Le dogmatisme est chez ceux qui persistent à nier les études et preuves scientifiques pour tenter de maintenir contre vents et marées des prises en charges totalement dépassées.

        • Christian Labrune Christian Labrune 30 septembre 2013 12:51

          Je parlais plus haut de traitements barbares infligés aux enfants autistes. Cet article de Wikipedia concerne la méthode du « packing », dénoncée par l’Académie de médecine, et qui semble avoir été approuvée par bien des tenants de la théorie psychanalytique :

          http://fr.wikipedia.org/wiki/Packing


        • Patrick Samba Patrick Samba 30 septembre 2013 13:06

          Christian Labrune,

          " On ne sait pas traiter l’autisme, mais il y a un grand principe, en médecine, et c’est de ne pas nuire. Autrement dit, quand on n’a pas de traitement dont l’efficacité puisse être prouvée, le mieux est de s’abstenir... « 

          Tout d’abord quand on »ne sait pas« , cela n’empêche pas »d’essayer« , de »chercher« , et c’est heureux sinon il n’y aurait jamais aucun progrès en médecine, ni ailleurs.

          Il est exact que l’un des principes essentiels de la médecine, on dit même que c’est le premier (primum non nocere), consiste à ne pas nuire. Il consiste à ne pas appliquer des »traitements« dont on sait qu’ils sont nuisibles (c’est une évidence !!), dont le caractère toxique est statistiquement trop élevé (à moins de laisser le choix du risque au patient en toute connaissance de cause), dont les effets secondaires sont plus handicapants que le bénéfice recherché, etc... Mais il ne s’agit aucunement du cas des traitements dont l’efficacité n’a pas été »prouvée". On peut constater l’effet bénéfique d’un traitement, sans pouvoir prouver ou démonter la manière dont il fonctionne.

          Sans l’empirisme la médecine n’existerait pas. La médecine et bien d’autres sciences, sinon toutes les sciences.


        • EgaliTED EgaliTED 30 septembre 2013 13:11

          Mais bien sûr qu’on a le droit de chercher. Mais quand ça fait 50 ans qu’on cherche sans rien trouver ni publier de probant alors que d’autres cherchent, trouvent, et publient leurs résultats, on peut se demander pourquoi s’obstiner ainsi.


          Continuez de chercher en rond si ça vous chante mais pas aux frais du cotisant à la Sécurité Sociale et surtout pas en infligeant des pratiques inutiles aux autistes ! Les autistes ont le droit aux prises en charges reconnues utiles et efficaces, et les en priver constitue une maltraitance par défaut. Si vous voulez chercher, montez des programmes de recherche dans les règles, avec financement ad hoc, et informez les familles enrolées dans ces programmes comme c’est légalement obligatoire. On ne fait pas participer des patients à des recherches expérimentales à leur insu.

        • chanel 30 septembre 2013 13:42

          Et puis, heureusement, en conclusion un timide début de reconnaissance d’une absence de suprématie automatique des méthodes qui ne sont pas psycho-dynamiques : " un enfant autiste pris en charge selon les recommandations de la HAS progressera (généralement) plus vite et ira plus loin qu’un enfant pris en charge en hôpital de jour avec des méthodes psychanalytiques ou psychodynamiques « . C’est un bon début.

          vos certtitudes vous aveuglent (comme » à chaque fois" ....)
          si les méthode psycho-édicatives ne font pas de miracles et ont des résultats inégaux, c’est que chaque enfant est unique. Les troubles et symptômes tellement variables ainsi que les co-morbidités (déficience intellectuelle, épilepsie, notamment) font que les résultats sont parfois en-deça de ce qu’on espérait.
          Si vous en déduisez, vous, que la psychothérapie institutionnelle et la psychanalyse auraient fait mieux, vous êtes le seul.


        • Christian Labrune Christian Labrune 30 septembre 2013 23:22

          " Il consiste à ne pas appliquer des »traitements« dont on sait qu’ils sont nuisibles (c’est une évidence !!), dont le caractère toxique est statistiquement trop élevé (à moins de laisser le choix du risque au patient en toute connaissance de cause), dont les effets secondaires sont plus handicapants que le bénéfice recherché, etc..."

          @Patrick Samba
          Ce que vous écrivez, c’est très exactement ce que dit aussi l’auteur de l’article lorsqu’il évoque l’utilisation des théories psychanalytiques. On sait qu’elles sont fausses, qu’elles n’ont jamais guéri personne. Il y en a, certes, qui sont persuadés de s’en être trouvés mieux, mais la même chose leur serait arrivée s’ils étaient entrés dans une secte, s’étaient pris de passion pour la pêche à la ligne ou étaient tombés amoureux, toutes choses qui, dans l’existence, à un moment ou à un autre, peuvent faire diversion et donner au sujet un peu instable de nouvelles raisons de vivre. Il reste que lorsqu’on regarde une brochette d’analystes et d’analysants, on voit bien qu’on n’a plus affaire à des sujets libres, mais à des sortes de pantins atrocement ridicules.
          Que des adultes choisissent cette forme de suicide de l’intellect, passe encore. C’est leur affaire et ils n’ont que ce qu’ils méritent. Mais on ne peut pas imposer ça à des enfants, ce serait criminel.


        • Deneb Deneb 30 septembre 2013 23:38

          Christian, je n’aime pas tout Houellebecq, mais ça, c’est poilant :

          "« Une femme tombée entre les mains des psychanalystes devient définitivement impropre à tout usage, je l’ai maintes fois constaté. Ce phénomène ne doit pas être considéré comme un effet secondaire de la psychanalyse, mais bel et bien comme son but principal. Sous couvert de reconstruction du moi, les psychanalystes procèdent en réalité à une scandaleuse destruction de l’être humain. Innocence, générosité, pureté… tout cela est rapidement broyé entre leurs mains grossières. Les psychanalystes, grassement rémunérés, prétentieux et stupides, anéantissent définitivement chez leurs soi-disant patientes toute aptitude à l’amour, aussi bien mental que physique ; ils se comportent en fait en véritables ennemis de l’humanité. Impitoyable école d’égoïsme, la psychanalyse s’attaque avec le plus grand cynisme à de braves filles un peu paumées pour les transformer en d’ignobles pétasses, d’un égocentrisme délirant, qui ne peuvent plus susciter qu’un légitime dégoût. Il ne faut accorder aucune confiance, en aucun cas, à une femme passé entre les mains des psychanalystes. Mesquinerie, égoïsme, sottise arrogante, absence complète de sens moral, incapacité chronique d’aimer : voilà le portrait exhaustif d’une femme analysée. »
          Michel Houellebecq,
          Extension du Domaine de la Lutte


        • Deneb Deneb 30 septembre 2013 13:16

          L’intelligence consiste à la capacité de tirer profit de ses propres défauts. L’histoire de l’autiste americaine Temple Grandin, qui a révolutionné l’élevage industriel est édifiante. Un superbe film a été fait de sa biographie. Sa profondeur ne gâche en rien son côté divertissant. A voir absolument.

          Primum non nocere. Le traitement de l’autisme n’a vraisemblablement pas encore atteint l’élévation spirituelle conforme à cette règle fondamentale de la médicine. Nettoyer cette pratique de la pensée magique : vaste programme.


          • Christian Labrune Christian Labrune 30 septembre 2013 23:04

            @Deneb
            Certains disent que Glenn Gould était autiste (syndrome d’Asperger). Et de fait, sa manière de se tenir devant un piano paraissait un peu étrange. Je ne suis pas un fanatique de Gould, ses interprétations de Bach me fatiguent de plus en plus, mais il faut reconnaître qu’il y a quand même quelque chose de proprement génial dans sa manière de jouer de la musique, et on chercherait en vain une originalité équivalente parmi la majorité des grands pianistes. Cela devrait pouvoir rassurer tous ceux qui ont des enfants autistes, même s’il n’est pas certain, évidemment, que tous puissent connaître une semblable réussite.


          • Deneb Deneb 30 septembre 2013 23:31

            @Christian : J’ai deux cousins Asperger. Un est programmeur chez Google, en Californie, l’autre est mathématicien, il enseigne à la fac à Londres. Mon oncle et ma tante se sont battus pour qu’ils puissent fréquenter une école normale qui voulait s’en débarrasser. Il a fallu un sacré piston.

            Glen Gould, c’est vrai qu’il avait quelque chose d’étrange. Un peu bossu, non ? Je n’aime pas tout, ses staccatos trop académiques m’incommodent parfois. Pour Bach au piano, la référence c’est Sviatoslav Richter. Mais en ce moment, ma drogue, c’est elle.


          • Epistoliere 30 septembre 2013 14:28

            Merci à votre article, aux recommandations pour la prise en charge de l’autisme par la Haute Autorité de Santé et à Mme Carlotti. Ces recommandations nous protègent, nous parents d’enfants autistes et nous permettent d’enfin mettre en place les accompagnements adaptés pour nos enfants.

            Il y a un an, on nous disait de faire le deuil de l’évolution de nos deux petits garçons, qu’ils ne parleraient jamais et n’iraient jamais à l’école, que leur seule perspective serait de faire leur vie dans les institutions sans réelle marge de progression. Nous avons claqué la porte de ces établissements qui condamnaient nos enfants.

            Un an plus tard, grâce à des prises en charge intensives et adaptées, nos enfants commencent à parler et débutent leur scolarité en milieu ordinaire. Aujourd’hui ils progressent et s’ouvrent, ils sont dans l’interaction et une amorce de communication. Comment aurait-on pu les en priver en acceptant de les condamner par avance ?

            Nous aimons nos enfants et comme tous les parents nous ne désirons qu’une vie la plus autonome et enrichissante possible pour eux. Qu’est-ce qu’avaient ces grands pontes de la psychiatrie, ceux qui se répendent partout du haut de leur superbe, à leur proposer ? Le surhandicap et la chimie ? Soyons sérieux, comment voulez-vous que les parents d’enfants autistes puissent encore accepter cela ??

            Alors oui, merci EgaliTED, merci la HAS, merci Mme Carlotti ! Vous nous aidez à sauver nos enfants.


            • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 30 septembre 2013 19:52

              Merci pour ce témoignage.

              Il me semble que des pronostics négatifs comme celui que vous évoquez constituent une violence psychologique complètement illégitime, cad, sans fondement, qui, en tant que telle, devrait être sanctionnée par la loi.

              Le principe d’éducabilité est valable pour tous, y compris les autistes !

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