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Bilan de ma "visite" à Bilderberg...

Depuis 1954, le Groupe Bilderberg se réunit une fois par an dans le plus grand secret. Les participants représentent la crème de la crème transatlantique des 4 pouvoirs : militaire, politique, économique, médiatique. La liste des participants des éditions précédentes a largement fuité sur Internet : des ministres, des patrons d’entreprises, de presse, les chefs des armées. On sait qui vient, qui protège la réunion des quelques activistes (les CRS locaux, mais aussi des agents, des avions de l’Otan). On ne sait pas ce qui s’y décide, ni surtout pourquoi les médias de masse n’en parlent jamais. Peu d’articles, aucun communiqué quand en France, n’importe quelle descente de sous-ministre dans une caisse d’allocation familiale est couverte par la presse nationale. Tout ce que j’ai trouvé sur Internet sur le sujet est écrit soit par des partisans des thèses conspirationnistes, soit par une poignées de journalistes freelance. La seule question que je me pose : pourquoi personne n’en parle jamais ? Pourquoi c’est secret ? Ayant écrit - fantasmé - sur le Bilderberg, j’ai eu envie d’aller voir de plus près.

La semaine dernière j’étais à Sitges, à une trentaine de kilomètres de Barcelone. En lieu et place d’une escapade en douce au soleil, j’ai tenté de me rendre à la réunion annuelle du Bilderberg, qui se tenait là du 3 au 6 juin.

Le Bilderberg serait le Grand Raout annuel des élites occidentales, un de ces rassemblements dans lequel on parle Golf, gastronomie et avenir du monde. Depuis sa création en 1954 par le prince Bernard des Pays-Bas et David Rockfeller, chaque année, en mai ou juin, le Bilderberg se réunit dans un endroit tenu secret, à huis clos, pendant trois jours. 

Chefs des armées, capitaines d’industrie, membres de gouvernement, magna de la presse enchainent débats et conférences. La création de l’Europe, la hausse des prix du pétrole de 1973, la démission de Margaret Thatcher, la carrière de Bill Clinton se seraient décidé au cours de l’une de ces réunions. « Se serait » car en 55 ans, très peu de journalistes ont enquêté sur le Bilderberg. Et surtout, aucun participant n’a jamais raconté son expérience.

A minima, le Bilderberg aurait servi au renforcement de l’axe transatlantique pour contrer la poussée soviétique pendant la guerre froide et à l’établissement d’un gouvernement supra national depuis. Il influencerait directement la gouvernance mondiale, en devançant de quelques semaines les G8, G20 et en infiltrant les grandes organisations internationales. Bref il court-circuiterait les démocraties. La culture du secret qui l’entoure ouvre la voie à tous les fantasmes possibles. Les partisans de la théorie du complot s’en donnent d’ailleurs à cœur joie.

Alors, quelle est son influence véritable sur les affaires de notre monde ? Et surtout, pourquoi était-ce si secret ?

Etait car pour la première fois, l’édition 2010 a été couverte par les médias nationaux espagnols, à la télévision notamment. Au moins, trois équipes de télévision et radio publiques et privées espagnoles étaient sur place pour couvrir l’événement, attestant de la mobilisation des médias espagnols. 
 

Les médias n’ont pas pu montrer grand chose  : l’hôtel DOLCE, le Palace qui accueillait l’événement, était un véritable bunker blanc. Perché sur une colline dominant la mer, protégé par un golf, des bois, des policiers et des agents en civil, la bâtisse était imprenable, même au téléobjectif. Impossible d’approcher à moins d’un kilomètre et demi, le premier cordon de sécurité, devant lequel il n’y avait d’ailleurs qu’une poignée de manifestants.
 
Parmi eux, des activistes piercés soutenant des banderoles et des cartons écrits à la main, un Allemand en short qui ne connaissait que deux mots d’anglais et répétait « fucking bastards of bilderberg », des Suisses qui ne croyaient pas à la version officielle du 11 septembre et sortaient des photos du Pentagone assiégé, une femme qui hurlait « Assassin » sans discontinuer. « Si eux représentent le pouvoir, et s’ils se réunissent dans le plus grand secret, c’est qu’il n’y pas plus de démocratie, c’est qu’ils sont des seigneurs et que nous sommes des esclaves. Je ne veux pas être un esclave » me lança un sociologue, « hippy activiste » comme il se définissait lui même. Tous s’étaient donnés rendez-vous sur Facebook. Leur objectif : révéler qui participerait à la réunion, grâce à un safari photo organisé de l’aéroport jusqu’au check point. Ils espéraient reconnaître les passagers. Mais tout ce qu’ils voyaient se résumait à un ballet de fourgons blindés, de camionnettes de fleuristes et de livreurs.
 

Une liste approximative des participants est apparue comme par enchantement sur Internet ; deux jours après l’ouverture des débats. Après que des membres de gouvernements européens, lassés par les rumeurs, aient dû démentir leur présence. Parmi les 130 invités confirmés, il y avait :
  • Jose Luis Zapatero, le Roi et la Reine d’Espagne, les présidents de la Banque Mondiale et du PNUD,
  • les patrons de Coca Cola, Shell, Siemens, Google, Novartis, les directeurs du Washington Post, des journalistes de The Economist.
  • les vieux couteaux de la Maison blanche Perle, Kissinger, Holbrooke,
  • et les grands banquiers : les présidents de Goldman Sachs, Barclays, Santander, Banesto ainsi que Lawrence Summers, conseiller économique de Obama.

De quoi ont-ils débattu ? Personne ne sait vraiment : de l’effondrement de l’Euro, de l’intervention en Iran, de l’inefficacité des institutions actuelles pour endiguer la crise, de l’avenir de l’Espagne, à deux doigt de plonger, comme la Grèce.

Les politiques semblent avoir déserté l’événement. Le secret ne serait-il plus suffisamment bien gardé ? Ou alors le Bilderberg ne servirait-il à rien ? Selon Estaban Cabal, Secrétaire Général du parti écologiste espagnol, Groupo Verde, du mouvement vert espagnol, les décisions du Bilderberg ont un impact direct sur le contenu des réunions du G20 puis du G8 qui se tiendront à la fin du mois de Juin au Canada, à un jour d’intervalle. Estaban Cabal était le seul homme politique présent parmi les quelques manifestants, dénonçant la rencontre, inconstitutionnelle selon lui, entre hommes d’Etat et du pouvoir privé.

A Sitges, il régnait une ambiance d’échec : celui des journalistes à trouver la vraie info. Celui des militants anti-bilderberg à se mobiliser. Celui du Bilderberg, qui ne semble être plus qu’une sauterie pour happy few dont la distance au monde, seule, justifierait l’existence.
 
On dit le Bilderberg, bras armé du leadership américain, sur le déclin. Ses membres, des « élites » occidentales uniquement, sont aujourd’hui dépassés par l’ampleur de la crise. Organisent-elles le chaos (c’est l’énième argument des anti-conspirateurs) ? J’ai eu le sentiment d’une organisation agissant SANS les populations plutôt que contre. La culture du secret entretient le fantasme mais le pouvoir, la relève sont ailleurs aujourd’hui, quelque part entre la Chine et les salles de Marchés. Le Bilderberg existe. Face à lui, il est bon de questionner la place et le rôle de la démocratie. Mais c’est un joujou pour puissants. Pour puissants has been. Et, intuitivement, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle.

J’étais venue voir les maitres du monde. J’ai eu la confirmation d’un monde de matrices, entre renoncement populaire et enfermement des élites.
 
 Crédit photo : photo prise par l’auteur à Sitges 
 
par Flore Vasseur (son site) jeudi 10 juin 2010 - 215 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par liberta (xxx.xxx.xxx.67) 10 juin 2010 11:33

    Il est temps de demander à Yves Calvi (C DANS L’AIR) de rendre son tablier de journaliste
    souvenez vous , avec Nicole Bacharan !! et d’autres, ils ignoraient TOUS ce qu’étaient Bilderberg et de conclure que c’était un piège qu’on leur tendait !!!
    SONT ILS JOURNALISTES ?????? ce n’est pas une référence pour la profession

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.254) 10 juin 2010 11:13
    non666

    Moi, j’ai une Thèse.
    Bilderberg, comme la Trilatérale , le CFR , et toute la smala sont nés apres la guerre , en pleine guerre froide.

    Quelle etait l’enjeu ?

    Face à un modele Tout etatique, socialiste et apres avoir pendant la guerre un fonctionnement qui, finalement, ne diffrerait pas vraiment de celui des soviétiques , les elites finacieres se sont trouvés un enjeu.
    Si le conflit est un combat ideologique , pour la conquete des ames, ils ne pouvaient pas gagner contre le communisme ssans faire la preuve qu’un systeme basé sur les initiatives privées triomphait du colbertisme absolu : le communisme.

    Or pour vaincre , comme dans toute guerre, il faut savoir gerer les ressources, les collecter , les investir, les orienter vers l’effort de guerre.
    Il faut aussi convaincre les populations que le mieux etre est de leur coté.

    La stratégiemise en place a donc consisté a prelever la dime sur l’ensemble du monde "occidental" (les alliés et vassaux des etats unis) grace a l’etalon dollar.
    En emettant massivement, sans contrepartie richesse produite, une monnaie qui a cours forcé, on distribue l’ingflation produite localement (aux etats unis) a tous ceux qui participent au commerce mondial.
    Ce n’est ni plus ni moins qu’un systeme d’impot.

    mais pour que cela fonctionne, il faut l’acceptation des eltes, des representants du peuple sinon ce serait l’inssurection.


    Quand DeGaulle a remis ce systeme en cause en exigeant l’appliocation des accords de Bretton Wood en en affichant ouvertement qu’il savait que ce systeme n’etait qu’un systeme d’impot et que le dollar ne valait plus ce qu’il pretendait , il etait l’homme a abattre....

    Comme il avait deja marché sur les pieds des anglais :
     (iles normandes , Quebec libre)
    des etats unis
    (refus du controle US sur le nucleaire français) , refus d’etre soumis dans un commandement integré dans l’Otan)
    d’israel
    (embargo sur les ventes d’armes , israel montré du doigt apres 1967)

    son compte etait reglé....
    Les anglais n’ayant que peu d’influence en france (400 années de guerre avec eux : c’est un bon motif !) , les etats unis et leur occupation (ainsi que les viols) ayant été mal vecu il ne restait que les juifs soutient d’israel pour le faire tomber :
    nous avons eu mai 1968 et nous avons bien vu qui etait les leaders etudiants.

    Tous ces leaders, nous les retrouvons auhjourd’hui dans les forces qui organisent, d’un coté ou de l’autre la mondilisation....


    Pour organiser ce systeme d’impot , il ne faut pas que le dollar soit remis en cause.
    L’Euro etait donc depuis le debut un ennemi mortel.
    la fin de l’union sovietique IMPOSAIT qu’on creer un nouvel ennemi pour que lab gouvernance mondiale sous tutelle US se perpetue : il fallait s’inventer un nouvel ennemi : ce sera l’islam-fantomas, insaisissable, mysterieux et caché.... !
    Il faut aussi pour que cela marche controler absolument la seule ressource du commerce mondial qui impose sa devise de compte : le petrole.

    Controler le pétrole est donc un moyen d’en imposer le paiement en dollar et de prelever la dime imperiale dessus.
    Si les hollandais sont dès le depart dans l’affaire c’est a cause de la Shell , des indes neerlandaise et du pétrole qui s’y trouvait....

    L’enjeu est surtout le controle de l’Europe pour l’instant , seule rivale reelle des etats unis au niveau technologique.
    Mais les grand pays emmergeants , les puissances sur le retour (Russie), les puissances du futur (Chine) sont de multiples menaces pour leur gouvernance.

    Ils acclerent la pression en Europe pour presenter aux autres un semblant de visage unifier qui affirmerait leur pouvoir.

    Mais ce pouvoir n’est pas democratique et ils ne representent qu’eux et leurs petits interets egoistes.

    Nous autres europeens, nous aurions beaucoup plus d’interets a nous entendre directement avec russes bresiliens, Venezueliens et iraniens qu’avec les judeo-anglo-saxons.

    Mais bon j’ai une vision tres pessimiste du monde, d’un coté.
    Ceci dit ma thèse colle avec toute l’actualité recente.




  • Par aetius320 (xxx.xxx.xxx.176) 10 juin 2010 10:46

    Ben ça alors, moi qui avait écouté les "zélites" de C dans l’air, je croyais que le groupe de Bilderberg n’existait pas puisqu’ils avaient tous dit qu’ils ne savaient pas ce que c’était. 


    Sinon merci à l’auteur de faire partager au plus grand nombre la connaissance de ces psychopathes qui nous gouvernent.
  • Par ryukin (xxx.xxx.xxx.243) 10 juin 2010 11:35
    ryukin

    excusez moi madame vasseur, pourriez vous m’expliquer ce qui vous fait croire que ces gens sont dépassés ?
    ils ont promu la mondialisation (cad un système ou on produit d’un coté ce qu’on consomme de l’autre), ils ont fait faillite en 2008, ils ont exigés d’être renfloués sur fonds publics, aujourd’hui ils exigent que les déficits (qui ont été creusés pour les sauver) soient réduits ; les prochains budgets des états devront être validées par une instance extra-nationale ce qui mènera vraisemblablement à la privatisation de tout bien public...

    nous sommes à une période charnière ou la technocratie va prendre la releve de la démocratie et ou la gouvernance (cad la gestion des états sur le mode entreprenarial) prend le pas sur le gouvernement. vous pouvez me dire sur quel plan ils sont perdants exactement ??????

    maintenant techniquement : la politique de rigueur à venir, provoquera très probablement une dépression économique grave, qui ne manquera pas de se traduire par une chute de la consommation, ce qui se traduira in fine par une déstabilisation des pays émergents dont la majeure partie de la production est tournée vers l’export... on va voir comment ça va se matérialiser concrètement, mais il me parait probable de voir dans un futur proche l’implosion des BRIC incapables d’écouler leur production sur le marché international et devant faire face a des troubles sociaux grave...
    si on avait voulu faire exprès pour lutter contre la montée des pays non occidentaux, on s’y serait pas pris autrement...

    j’admets assez volontiers le côté ridicule de la plupart des théories conspirationnistes, la parano évidente de certains protagonistes etc. mais en quoi cette approche "organisation du chaos" ne tient pas la route ? ils seront gagnants sur tous les plans et n’auront vraisemblablement même pas à organiser une guerre pour maintenir leur domination....

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