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Bravo Borloo ! (3) : l’alliance des deux centres

Alors que chaque jour, l’UMP se droitise de plus en plus sur des chemins de plus en plus hasardeux, l’initiative des radicaux valoisiens de reprendre leur liberté donne un air frais à la démocratie sociale et aux valeurs républicaines. Une occasion qu’il faut savoir saisir. Troisième et dernière partie.

 

Jean-Louis Borloo a commencé à bouger les lignes politiques en quittant l’UMP (1e partie) et en dirigeant un Parti radical valoisien prêt à être le noyau d’une nouvelle confédération centriste (2e partie). Quel serait le mode d’emploi pour réussir l’essai ?


La sincérité en question

Jean-Louis Borloo a montré qu’il est un homme qui rassemble et qui n’exclut pas. Alors que François Bayrou, paradoxalement, n’a malheureusement cessé d’éloigner toutes les compétences qui se trouvaient autour de lui depuis dix ans.

Évidemment, la question de la crédibilité de Jean-Louis Borloo revient avec raison sur la table : après huit années et demi de gouvernement, tellement discipliné qu’il prévoyait même de diriger le gouvernement l’automne dernier, est-il aujourd’hui sincère ?

On peut imaginer les arrière-pensées : monnayer avec un rapport de forces plus favorable son soutien au candidat de l’UMP en 2012. Ou encore, le divorce ne serait-il que le résultat d’un premier ministrable mauvais joueur qui n’aurait pas accepté de ne pas avoir été nommé ? Cette dernière idée n’est d’ailleurs pas incompatible avec la sincérité : lorsqu’un ego est touché, il peut même aller très loin.

On peut aussi contester sa proximité avec Bernard Tapie qui est "l’ennemi officiel" de François Bayrou ; on répondra : bataille d’ego !


Le courage de partir

Je m’inquiétais du silence assourdissant des responsables de l’UMP face au discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble le 30 juillet 2010. Probablement la montée indéniable du FN et la persistance suicidaire du pouvoir à faire le lit des idées du FN ont convaincu quelques responsables modérés qu’il fallait (enfin) quitter définitivement l’UMP.

Le cheminement est lent, les pressions nombreuses, le courage réel.

Pour que la démarche puisse réussir, il faudra encore plus d’indépendance à la confédération centriste et sans doute était-ce une erreur d’avoir voulu rassurer immédiatement les dirigeants de l’UMP sur les intentions de Jean-Louis Borloo : il est nécessaire de ne pas considérer automatique l’alliance entre l’UMP et la future confédération centriste mais de la conditionner à l’arrêt impératif de la marche antirépublicaine qui vise à concurrencer le FN sur son propre terrain. Il s’agit là du terrain des valeurs et il faut être intransigeant, à l’instar d’un Bernard Stasi en 1983.


Un socle commun

Toutes les formations du centre devraient d’abord débattre d’un projet commun pour 2012, qui, à mon sens, pourrait se résumer à sept axes prioritaires :

1. Social : mieux répartir la richesse, renforcer la solidarité avec les plus faibles (handicapés, malades, personnes âgées, demandeurs d’emploi, sans domicile fixe etc.) et accroître l’accès à tous à la culture ;
2. Économique : favoriser la création de richesse par l’innovation, l’éducation et la recherche ;
3. Fiscal : réduire la dette ;
4. Environnemental : rendre compatible développement économique et protection de l’environnement en particulier dans les deux secteurs clefs, transports et énergie ;
5. Républicain : redonner à la France la confiance en elle-même ;
6. International : redéfinir la diplomatie française au sein d’un monde multipolaire ;
7. Européen : réformer le fonctionnement de l’Union Européenne pour une plus grande solidarité entre les États au lieu d’une compétition interne qui appauvrit l’ensemble.

Le choix du candidat pour 2012 devrait se faire après l’adoption d’une position commune qui serait une base fondatrice pour la décennie des années 2010.


Le candidat du mieux disant

À mon sens, malgré quelques défauts, François Bayrou serait encore le mieux placé pour être ce candidat. Il reste crédible tant sur les valeurs que sur la carrure, et reste le plus expérimenté sur le plan électoral (trois campagnes nationales en 1999, 2002 et 2007). On ne s’improvise pas candidat à l’élection présidentielle et c’est un épisode éprouvant personnellement.

Il y a aussi un avantage essentiel à ce que le MoDem participe à cette confédération centriste : son indépendance financière permettrait d’en finir avec la dépendance financière des radicaux vis-à-vis de l’UMP (une dépendance cependant purement administrative puisque l’UMP ne sert ici que de compte intermédiaire).

Laureline Dupont de "Marianne" avait d'ailleurs cherché à en savoir plus sur le financement actuel des radicaux valoisiens : « Brandie en épouvantail par Jean-François Copé pour dissuader toute volonté de dissension, l'énigme des financements du Parti radical mérite d'être éclaircie. Avec 1,3 millions de budget, le PR [Parti radical] assure ne rien devoir à l'UMP. "Chaque parlementaire radical reverse ses 40 000 euros d'indemnité à l'UMP qui nous les reverse ensuite, explique Gassenbach, ancien trésorier du parti. Une fois sortis de l'UMP, nous continuerons à recevoir ces indemnités". Soit environ 1 million d'euros. Pour le moment, le risque ne vient pas de l'UMP. Dominique Dord, trésorier du parti présidentiel, assurait la semaine passée au Monde.fr que la convention entre le PR [Parti radical] et l'UMP sera "appliquée quelles que soient les vicissitudes de la vie politique". La menace viendrait davantage des députés radicaux. Si le parti quitte l'UMP et perd dans la bataille des parlementaires, il se prive par la même occasion des indemnités de ces déserteurs. De l'importance pécuniaire de fidéliser ses troupes... ».

Rien ne sépare idéologiquement les deux hommes : Jean-Louis Borloo et François Bayrou. Leur union rendrait un fier service au pays. En jetant la rancune. En surmontant les ego.


Une rivalité à transformer en alliance

Le MoDem apporterait l’expérience d’une candidature à l’élection présidentielle, probablement le candidat, et également l’autonomie financière indispensable à la crédibilité politique.

Les partis derrière Jean-Louis Borloo apporteraient la crédibilité gouvernementale, les ressources humaines nombreuses et riches en personnalités de valeur. L’isolement dramatique de Bayrou serait ainsi compensée par le soutien d’un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale, et par l’action d’élus et d’anciens ministres expérimentés et prêts à gouverner immédiatement. Bref, une équipe opérationnelle qui a tant manqué à François Bayrou en 2007.

La réaction à chaud de François Bayrou contre la main tendue est incompréhensible : comment pourrait-il rassembler de Jacques Delors (ou Dominique Strauss-Kahn) à Édouard Balladur et refuser de parler à son ancien ami politique qui lui servait de porte-parole lors de sa première aventure présidentielle ?


Une initiative pour l’après-2012

Ce qui est rassurant, c’est qu’il n’existe aucun homme providentiel. L’élection de 2012 ne sera pas celle d’une personnalité mais d’abord celle des idées.

L’initiative de Jean-Louis Borloo est fondatrice. Elle ne vise pas 2012 mais l’après-2012, quel que soit le résultat de l’élection présidentielle. Elle jette en une première esquisse la base de la renaissance d’un centre politique qui a été réduit à néant durant la derrière décennie.

Ce centre aurait tout intérêt à être mené par François Bayrou en 2012. Il échouerait si ce dernier s’isolait de cette opération.

En 2017, François Bayrou et Jean-Louis Borloo seront déjà âgés pour prétendre à une candidature (ils auront tous les deux autour de 66 ans) alors qu’ailleurs, au PS et à l’UMP, une génération plus jeune piaffe déjà d’impatience. Et sans François Bayrou, le MoDem n’aurait plus beaucoup de raison d’exister.

Seule, cette nouvelle alliance républicaine, sociale, écologiste et européenne, réunissant à la fois Borloo et Bayrou, pourrait conforter ce courant politique puissant dans l’opinion publique et pourtant si peu et si mal représenté aujourd’hui.

Et en le confortant, elle ferait naître, à n’en pas douter, de nouvelles ambitions et de nouveaux leaders à stature nationale.

Pour cela, l’union du centre doit être le maître mot.
C’est (comme dirait Ségolène Royal), du gagnant-gagnant !
La responsabilité de tous les acteurs d’aujourd’hui est donc immense.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

La (vraie) famille centriste.
La trajectoire de François Bayrou.

À qui appartient l’UDF ?

L’éclatement de l’UMP.

Le décentrage de l’UMP.

Sondage IFOP à télécharger sur le leadership du centre (8 avril 2011).



 

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Les réactions les plus appréciées

  • Par foufouille (xxx.xxx.xxx.201) 19 avril 2011 10:20
    foufouille

    "On peut aussi contester sa proximité avec Bernard Tapie qui est "l’ennemi officiel" de François"
    ca veut tout dire !
    etre ami avec un escroc

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.176) 19 avril 2011 11:21
    non666

    Sincérité ?

    Si cela etait vrai, Borloo aurait quitté l’UMP dès qu’il aurait compris qui etait reelement Sarkozy et cela s’est vu dans les tous premiers mois de son quinquenat.
    Quitter le navire au dernier moment, quand il n’est pas désigné comme premier ministre alors que cela semblait assuré, quand Sarkozy s’effondre dans les sondages ressemble plus à l’attitude d’un rat qui quitte le navire qui sombre, d’un médiocre qui se venge qu’a de la sincerité ou du courage.

    Indépendance ?
    Tous les anciens UDF qui ont fondé ou pas le nouveau centre, ont signé avec l’UMP le pacte du sang. L’information etait dfisponible dès 2007.
    Meme si le rejet de Borloo par Sarkozy est authentique, et ne fait pas parti du storytelling pour nous expliquer la "rupture" entre les deux hommes, les liens existent toujours.
    L’operation est tellement previsivible que je l’avais souvent annoncé dans mes commentaires en expliquant qu’apres avoir été TOUTES les droites(en discours et en posture), Sarkozy n’aurait pas d’autre choix que de faire mentir les autres à sa place le prochain coup...
    Borloo est aussi authentique que son Grenelle de l’envirronement...(ex priorité numero un ! )

  • Par BOBW (xxx.xxx.xxx.43) 19 avril 2011 09:54
    BOBW

    Euro libéralisme Sarko-Borlo-DSK- = Saint Bonnet Blanc , Blanc Bonnet Saint et Saint Blanc Bonnet

    Ou comment prendre les enfants du "Bon Dieu pour des canards sauvages" ?
    De toutes manières tous les 3, ils sont en train de nous faire le coup de la grenouille dans la Marmite qu’ils réchauffent à feu doux pour nous ébouillanter bientôt. smiley

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 19 avril 2011 10:55
    Voltaire

    Je partage assez largement cette analyse qui comporte de nombreux points communs avec la lettre ouverte que j’ai publié jeudi dernier (http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/lettre-ouverte-a-mrs-arthuis-92291).

    Néanmoins, il me semble utile de suggérer que, bien qu’indispensable, cette alliance entres centristes ne me parait pas suffisante. Pour avoir des chances réelles de l’emporter en 2012, une candidature et un projet alternatifs doivent apparaitre comme une réelle solution de rechange vis-à-vis de l’UMP et du PS. Mais sans imaginer de fusion, un partenariat avec des familles de pensées assez proches, que sont les écologistes modérés et les gaullistes républicains me semble nécessaire pour pouvoir figurer au second tour. Ce qui nécessiterait un sacré travail relationnel, vu les relations assez détériorés de tous ces anciens partenaires.

    Je partage aussi l’idée que pour Bayrou et Borloo, c’est 2012 ou rien. 2017 sera l’occasion d’un autre combat, d’une autre génération. En revanche, vous avez aussi raison de souligner que d’un point de vue plus politique, un tel rapprochement s’inscrit dans le long termes, dans le durable. En cas d’échec en 2012, l’influence nécessaire de cette grande famille politique ne peut exister que par l’intermédiaire d’une représentation parlementaire incontournable (40 à 50 députés et autant de sénateurs dans le cadre d’une opposition, le double dans le cas d’une majorité). Les élections sénatoriales de 2011 devraient nous donner un avant-goût de la faisabilité d’un tel rapprochement, politiquement indispensable pour compter.

    Ni Bayrou ni Borloo ne sont des hommes providentiels. Ils ont leur passé, leur passif. Mais aussi leurs qualités, leurs convictions. A juste titre, de nombreux détracteurs pourront pointer leurs erreurs passées, pour certains, leur compromission, pour d’autres, leur entêtement. On peut en dire de tous les politiques, sans exception. Personne n’arrive à une élection présidentielle en étant une oie blanche. Ce que les électerus doivent se poser comme question principale, c’est le type de politique qui serait mise en place par tel ou telle, les grandes orientations, la vision qui les gouverne. Et ne pas oublier qu’avoir les mains libres en étant président de la république et/ou chef d’une majorité n’est pas la même chose qu’être ministre et dépendant du pouvoir suprème en cinquième république. Comme Bayrou l’a toujours soutenu, dans notre système présidentiel, c’est le président qui donne le ton.

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