Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox Mobile

 Accueil du site > Tribune Libre > Chacun chez soi et les vaches seront mieux gardées

Chacun chez soi et les vaches seront mieux gardées

 Comme il était bon le temps des colonies, et si seulement nous pouvions y revenir...

Avant, les contours étaient précis : on savait où on était né, quelles étaient ses racines, quels étaient les territoires où l’on allait habiter. Le dehors était un peu théorique, on était protégé par les distances, les appartenances géographiques avaient un sens. Certes, il y avait bien des échanges, mais ils n’étaient finalement que superficiels, ils venaient apporter les épices qui nous étaient nécessaires. 
Ceci était vrai du moins en Europe, aux États-Unis ou en Chine. Pour ce qui est de l’Afrique, de l’Amérique ou de l’Inde, ils avaient connu les « joies » de la colonisation et avaient contribué à notre richesse. 

Mais pour un Français, ceci restait théorique. Il savait bien que l’on avait des colonies, il se doutait que l’on y était pauvre et sale, mais bon, pour sa vie quotidienne quelle importance ? Assis dans la chaleur de sa mère patrie, conforté par des politiques qui se gardaient bien de lui expliquer que notre prospérité relative n’était possible que grâce à la pauvreté des autres, il était tranquille dans ses frontières. Finalement les brumes de sa pensée lui masquaient la réalité du reste du monde, qui n’était qu’un sujet de reportages ou d’excursions touristiques.

Les frontières étaient alors une réalité, les limites avaient un sens : elles nous protégeaient et servaient à défendre les avantages acquis, elles étaient les remparts de la forteresse de nos privilèges. A l’abri de ces frontières, nous étions cramponnés à la pente pour résister à tout changement. 

Ces frontières n’étaient pas seulement physiques, mais aussi – et peut-être surtout – culturelles : nous avons construit au fil des années un ensemble de certitudes justifiant et expliquant l’existence de nos avantages. Appuyés sur un racisme toujours sous-jacent, soutenus par nos religions – juives et chrétiennes –, par les pensées issues du « Siècle des lumières » – rien que le fait d’avoir appelé ce siècle ainsi montre l’arrogance de notre pensée –, et par la si fameuse « Déclaration des droits de l’homme », sereins, nous dominions le monde, certains que c’était pour le bienfait de tous.

Certes nos frontières locales fluctuaient en fonction des aléas des mariages princiers ou des guerres, certes nous avions droit à notre quantum de morts, certes le siècle dernier a été celui des pires atrocités, mais nous faisions, pour ainsi dire, cela en famille. Et comme tout le monde le sait, les batailles familiales sont les pires. On était entre soi : tout Français savait depuis longtemps qu’un Allemand ou un Anglais n’étaient pas des Français, mais c’étaient quand même des cousins proches. D’ailleurs les Alsaciens pour parler des autres Français ne disaient-ils pas « les Français de l’intérieur »…


Par contre, ceux qui étaient vraiment différents, ceux qui n’étaient pas comme nous, ceux vis-à-vis desquels il fallait se protéger – au moins au cas où… –, c’étaient tous les autres : les Africains, les Asiatiques, les Arabes… Les pensées libérales développaient bien des discours en surface non racistes, mais dans les faits, nous faisions tout, individuellement et collectivement, pour défendre nos avantages si longuement construits, un peu comme un syndicat d’une entreprise, pour défendre les intérêts de salariés qu’il représente, laissera, sans états d’âme, se dégrader les conditions de travail chez les sous-traitants. Égoïsme bien humain, me direz-vous…

Certes, mais aujourd’hui tout est en train de voler en éclat : les brumes de la globalisation et des connexions informationnelles sont venus dissoudre les frontières. Quand je marche dans les rues de Paris, je ne sais plus ce que veut dire être Français : tout se mélange, tout se transforme, tout s’enrichit mutuellement. Les races sont multiples, et bon nombre ne sont plus des immigrés, mais bien des citoyens français ; la langue se transforme, s’hybridant de la richesse venue des banlieues. Les biens, physiques comme culturels, sont « multilocalisés », c’est-à-dire sont le fruit d’un processus de production impliquant plusieurs pays. Il en est ainsi aussi bien de la musique – de plus en plus elle nait du croisement des histoires musicales – que d’une automobile !

 
Certains – et ils sont nombreux ! – ont la nostalgie de ce temps passé, de ce temps où nous pouvions l’esprit tranquille dominer le monde. Ils ont peur de ces changements, de ce flou qui nous habite de plus en plus, de la perte de notre domination. 

Je ne suis pas de ceux-là. Je suis content et fier d’appartenir à ces années qui sont en train de voir la Chine, l’Inde ou le Brésil accéder enfin à un vrai développement industriel et économique. Je suis triste de voir que l’Afrique noire reste encore largement en dehors de ce mouvement. Je suis inquiet de voir mes concitoyens s’enfermer dans une vision issue du passé. Je suis persuadé que de ce flou, de cette incertitude, de cet effondrement des frontières peut naître le meilleur. Je suis furieux de cette classe politique, européenne comme nord-américaine, incapable de penser à partir du futur et qui se comporte comme le pire des syndicats, défenseur de nos privilèges historiques. J’ai souvent honte d’être Français tellement nos politiques font en la matière office de dernier de la classe. 

Mais comme l’a écrit Maxime le Forestier, « on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. On choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher. Être né quelque part. Être né quelque part pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… » 
Alors apprenons à vivre dans les brumes de nos origines et de nos appartenances…

Chez nous, on est compassé, triste, tourné vers le passé. Des pays prennent appui sur leur passé, se souviennent de lui, mais regardent vers le futur et le construisent. J’ai parfois l’impression que nous faisons l’inverse : nous sommes tournés vers notre passé. La façon dont a été pris le débat sur la nationalité française est symptomatique. On est parti de notre passé, et non pas de la mer qui nous attire.

Non, nous ne sommes pas assiégés. Et puis qui assiège qui ? Qui a agressé qui ? Qui a profité de qui ? C’est nous. Aujourd’hui, ces pays veulent simplement que notre agression cesse, avoir juste la restitution de leur travail, ils jouent dans les règles, dans nos règles…

Non « ils ne vont pas nous manger », c’est nous qui, jusqu’à présent les avons mangé ! Regardons la différence de capitaux investis et notre richesse en infrastructures et combien cela va coûter à ces pays pour avoir des routes, des voies ferrées, des lignes électriques et téléphoniques enterrées … sans parler de la distribution d’eau ou de la collecte des déchets.
Si nous arrêtions d’investir dans nos infrastructures (laissons nos routes se dégrader, …), nous pourrions faire des économies, et mieux financer les investissements immatériels (culture, éducation, recherche, justice…) et sociaux.

« Mon père n’a jamais pris la peine de m’apprendre à parler Hindi, cela ne lui était pas venu à l’esprit que l’Inde puisse être importante, un jour ! ». Voilà ce que m’a dit un jeune Indien de vingt-six ans, croisé lors de mon dernier voyage. Né en Allemagne de père indien et de mère allemande, il a grandi pendant de longues années dans l’ignorance de la moitié de ses racines. Car pour son père qui avait fait le choix de l’exil et avait brillamment réussi dans ce qui était devenu son nouveau pays, à quoi cela pourrait bien servir à son fils de connaître un pays sans avenir comme l’Inde ? Étonnant, non ? Quel retournement de situation !

Ce même jeune indien m’a aussi parlé de l’anecdote de son passeport. Il y a une dizaine d’années, il n’avait pas pu obtenir le droit d’avoir à la fois un passeport allemand et indien. Il avait dû choisir et avait gardé son passeport allemand. Depuis trois ans, tout a changé et il a pu avoir les deux. Dans notre bas monde, tout est affaire de rapport de force… Et l’Inde n’est plus ce petit pays sans intérêt !


Sur le même thème

Interview de Poutine du 4 juin 2014, information tronquée par TF1
Regard sur la marche de l'Afrique du Sud
Le Roi Modi des Indes
Narendra Modi : Un Premier ministre indien inquiétant
Gaza, la mort en son jardin


Les réactions les plus appréciées

  • Par Daniel Roux (---.---.---.35) 12 octobre 2010 10:13
    Daniel Roux

    Il y a la vision humaniste du monde, que je partage avec vous et il y a la vision socio-économique du monde que je ne partage pas avec vous.

    Tous les hommes sont égaux en droits et en devoirs et les racistes sont des imbéciles.

    Aucun Français vivant aujourd’hui n’est responsable des fautes de Jules Ferry et de la grande bourgeoisie du 19ème siècle. Sarkozy est certes parti en guerre coloniale en Afghanistan, mais c’est une décision qui n’engage que lui et sa clique, en contradiction avec sa promesse de campagne. L’esclavage et la colonisation font partie d’une histoire passée dont chaque pays et chaque peuple a eu sa part.

    En France, il y 14% de gens très pauvres et 15 millions de chômeur. La seule classe sociale à profiter de la mondialisation est celle de riches soit environ 5% de la population en comptant très large. La raison principale de l’appauvrissement de la population Française et plus largement européenne est le libre échange et la dérégulation financière qui ne profitent qu’aux gros actionnaires à travers les paradis fiscaux. Ces gens là exploitent tout le monde et détruisent la planète par leur avidité sans borne.

    La mise en concurrence des peuples et le nivellement par le bas que cela entraîne aux niveaux sociaux est ignoble. Elle nous réduit tous au rang d’objet économique au statut indigne de quasi esclaves.

    Une solution, celle que je défends, serait un développement par blocs socio-géographiques séparés par un protectionnisme sélectif et équilibré. Chacun choisit sa voie et respecte celle de ses voisins. Aux peuples de choisir et d’imposer leur volonté.

  • Par Yvance77 (---.---.---.51) 12 octobre 2010 10:30

    Bonjour,

    Bon commentaire Daniel Roux, mais votre conclusion sonne comme une baffe.

    « Aux peuples de choisir et d’imposer leur volonté. »

    En 2005 on a fait un vote, libre, conscient, majeur ... des hollandais et irlandais aussi ... et on a vu comment une élite pro NWO a foulé cela des pieds.

    Même nos choix n’ont et ne seront jamais respectés.

    Une seule solution s’impose ...

    A peluche

  • Par Daniel Roux (---.---.---.35) 12 octobre 2010 11:35
    Daniel Roux

    @Yvance77

    Le problème actuel est la non représentativité des élus. Tout est organisé pour que le peuple n’est pas le choix de ses représentants. L’élection du Président de la République par exemple, est totalement verrouillée par les partis politiques au moyen du système des 500 signatures. Les partis désignent ceux qui se présenteront aux législatives avec des chances d’être élu et ces élus ne doivent de fidélité qu’aux partis.

    C’est en fait un scrutin censitaire qui ne nous laisse qu’un choix fermé. Le PS ou l’UMP, bourgeois de gauche ou bourgeois de droite ? 2 partis qui mènent la même politique de libre échange à tout va et de neutralisation du peuple.

    Des élections à la proportionnelle est un minimum démocratique. Quand au Président, élu au suffrage universel, il faudrait autant de tours que nécessaire. Seuls ceux en dessous d’un seuil qui monterait de 10% chaque tour jusqu’à 50% seraient retenus au tour suivant.

    Ceux qui ont voté pour Sarkozy en 2007, représentaient à peine 25% des Français et l’élu, sans surprise, ne se préoccupe que de 5% de ceux ci.

  • Par Yvance77 (---.---.---.51) 12 octobre 2010 14:44

    Bonjour Monsieur Branche,

    Et content de vous lire à nouveau smiley

    Effectivement « révolution » est ce qui est sous-entendu. Ceci étant elle ne doit pas revétir nécessairement un caractère violent, armes à la mains et tutti quanti. Une révolution pacifiste un peu dans le style Orange me plairait.

    Mais pour cela il faudrait un leader au charisme certain. Une grève générale et durable, une barricade autour de la corbeille, des sittings devant les succurales des banques ... il y a plein de choses à faire sans user de violence.

    Le meilleur exemple Gandhi. Un homme qui a fait plié un empire, et pas n’importe lequel. La marche du sel c’est fort comme symbole n’est-ce pas ? Et on ne pourrait pas y arriver, alors que l’on à des outils de propagation de bonnes idées autres que ce que l’on pouvait avoir à l’aube du XXeme siècle ?

    @ Daniel Roux

    Encore tout bon. Bien sur que la proportionnelle est la seulle solution qui vaille et qui est réellement démocratique. Je vois pourtant des momos qui diront « oui mais le front national ... et patati et patata ».
    Et bien le front national cela peut se combattre ausi avec des idées politiques simples, visant à lutter contre la misère, le chômage, un retour aux valeurs de la famille etc...

    Ceci étant achtung Pipole 1er y pense et pas qu’en se rasant. Mais c’est subtil chez lui. Il veut une proportionnelle à 20% et un scrutin à la majorité à 80%, et banissement des triangulaires. Et quels partis c’est sensé favorisé ... devinez ... si si l’UMP.

    Il s’aperçoit que sa cours passe le premier tour mais pas le second depuis un moment du fait de votr en faveur F.N.
    Inacceptable en l’état. Il souhaite dans un avenir proche modifier les scrutins (surtout pour les régionales) afin que l’UMP ait toutes ses chances de récupérer la mise.

    A peluche

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

ECRIVEZ UN ARTICLE !





Les thématiques de l'article


Palmarès







Partenaires