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Accueil du site > Tribune Libre > Comment dénommer l’adversaire ?

Comment dénommer l’adversaire ?

Chaque fois qu'un auteur ou un locuteur utilise le mot terroriste, il délaisse une face cachée informationnelle et contribue à laisser chez le lecteur à l'esprit cartésien un goût d'insatisfaction voire de tromperie. En disant d'un assassin de masse qu'il s'agit d'un jihadiste islamique ou salafiste fondamentaliste, non seulement on désigne l'adversaire, mais on nome le « mal ». Si on le qualifie de terroriste, nous omettons des éléments d'information sur son origine et sa nature, c'est comme nous dire qu'un Français a décapité son employeur, nous obligeant ainsi à lire entre les lignes...

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Si nos pensées nous appartiennent, ce n'est pas le cas des faits, il nous faut comme le géomètre borne un terrain, définir le vocable si on veut délimiter l'interprétation que l'auteur nous en propose. Je peux écrire le mot « OR » cela ne donnera aucune once de métal précieux. Aucune transmutation ne peut se faire et seul votre imaginaire est capable de s'enflammer. Un fait, une chose, n'existe que parce que nous pouvons le nommer dans une langue. Les mots renvoient à des concepts et non à la chose même. Le mot arbre n'aura pas la même évocation pour : le bucheron, le poète, le mécanicien ou l'ornithologue. La langue n'est rien d'autre qu'une convention, ce qui nous explique qu'il existe près de 6 000 langues à travers la planète. Un mot dans une langue n'aura pas forcement son équivalent. Le mot laïcité par exemple, ne peut se traduire en arabe puisque l'islam ne connaît pas ce concept. Le mot n'a de sens qu'au sein d'une communauté langagière. « Nous pensons un univers que notre langue a d'abord modelé. » Ferdinand Saussure.

Terrorisme est devenu un mot-valise, on parle de terrorisme : culturel, alimentaire, intellectuel, etc. C'est presque déjà émettre un jugement de valeur au point qu'aucun État n'est parvenu à s'accorder sur une définition commune du terrorisme. Il y a presque autant de définitions que l'on compte de pays, chacun d'invoquer ses intérêts nationaux. Quant aux étymologistes, ils ne parviennent toujours pas à un consensus sur l'origine du mot, pour certains il serait issu de tremorem (secousse) ou de tremere (trembler) dans le sens d'un tremblement involontaire (tressaillement) qui aurait donné terreur vers la fin du XIV° siècle. Le Colonel Larcheroy préférait pour sa part utiliser le mot « terrorisation » pour désigner les actions dirigées contre la population, vocable qui semble plus conforme à l'action et à son intention.

« La peur est souvent un faible de la machine pour le soin de sa conservation, dans l'idée qu'elle a du péril. La frayeur est une épouvante plus grande et plus frappante. La terreur est une passion accablante de l'âme, causée par la présence ou l'idée très-forte de l'effroi. » Louis de Jaucourt (1775 ) un contributeur d'exception de l'Encyclopédie. Pourquoi ne pas placer le suffixe yeur, ce qui donnerait « effroyeur », comme fossoyeur, mot en adéquation avec l'acte et son ressenti.

La grille de lecture que l'on nous propose est figée, celui qualifié de terroriste s'attribue des prérogatives régaliennes avec le droit de haute-justice comme un seigneur féodal d'antan. Il revendique une souveraineté au nom d'un jugement de valeur sociétal. Le terrorisme peut alors s'apparenter à la Vendetta, système dans lequel la justice est rendue par le justiciable au nom du clan ou famille et non par un corps social rendant la justice au nom de la société. Adieu l'image de Saint-Louis rendant la justice sous un chêne.

Le monde du terrorisme est composite, on y trouve des criminels, des malades mentaux, des idéalistes, des « justiciers », des patriotes, etc., qui ont pour ambition de détruire ou de refondre la société et son système. La planète compte plus 1 500 mouvements violents et chacun de ceux-ci a sa spécificité. Le vocable terroriste sous tend généralement un jugement de valeur, des préjugés alors qu'il s'agit d'une forme de lutte, d'une tactique de combat, voire d'une « arme » opérative qui s'inscrit ou non dans une vue stratégique. Le terroriste ou « civil en arme » (Gambetta) opère hors-cadre des armées classiques contraintes à respecter les lois de la guerre.

Chaque gouvernement, institution, y va de son couplet, aussi je vous propose de commencer par repérer les principales composantes caractéristiques de ce recours à la force qui implique une valeur : morale / amorale - droit : légal / illégal - politique : légitime / illégitime - cible : discriminée / indiscriminée (attentat aveugle) - psychiatrique : responsabilité / irresponsabilité. On peut pour chaque catégorie prendre en compte des critères, par exemple, pour le couplet légitime / illégitime : la gravité de la situation - proportionnalité de la réponse (asymétrie) - absence d'une autre alternative (élections démocratiques).

Le mot terrorisme est devenu le vecteur d'une idéologie jusqu'à créer une pseudo-réalité qu'il entend décrire. Il exclut plus qu'il explique. Les actions ne sauraient se résumer à une somme d’actes violents. La résistance à l'occupation étrangère est un droit reconnu par les Nations-Unies, par contre, « la résistance doit s'inscrire dans le respect de règles d'humanité, ce qui exclut les actions dirigées à l'encontre des populations civiles. » Une faction populaire qui lutte contre un gouvernement légal peut parfaitement être considérée comme légitime par une autre partie de la population et au regard de l'histoire. La parfaite illustration de ce couplet légal / légitime nous en est fournie par l'action de la résistance en France contre les autorités inféodées à un occupant étranger. J'aurais même tendance à y adjoindre l'aspect moral, n'est-il pas amoral de céder à l'occupant et l'acte de résistance légitime ? Cela soulève la question de qui est le traître, le patriote ou le félon qui pactise avec l'occupant ou une puissance étrangère ? Nous voilà en mesure d'affiner notre jugement sur un acte fut-il violent et ne plus se laisser dominer par des affects sociaux, médiatiques ou tout simplement par une sensiblerie outrancière. 

Prononcer le mot terroriste, c'est déjà émettre un jugement de valeur négatif ou préjuger. Le mot terroriste utilisé par les médias est parfois remplacé par celui : d'attaquants ; assaillants ; activistes ; militants ; ennemis ; rebelles, combattants ; bandits ; terro-gangsters, jihadistes, moudjhadines, etc., mots moins connotés et plus objectifs. Le terrorisme est une rupture et une négation du droit international. Tout « civil en arme » doit s'attendre à être traité comme un prisonnier de droit commun. Il ne peut être qualifié de prisonnier de guerre aux termes de la Convention de Genève. Pour qu'un combattant puisse être assimilé à une force irrégulière, il doit être encadré et commandé par un personnel auquel il est subordonné - être porteur de signes distinctifs et reconnaissables à distance - porter les armes ouvertement - conduire les opérations en accord avec les lois et les coutumes de la guerre.

La plupart de nos connaissances sur le terrorisme ou ce que nous croyons en savoir, relèvent presque exclusivement d'un jugement de valeur à l'origine d'une suite de malentendus et d'idées toutes plus fausses les unes que les autres. Le terrorisme reste avant tout une méthode de lutte mise en œuvre par des combattants en civil et qui tire sa spécificité du non-respect des conventions applicables aux armées en zone de guerre, de sa motivation, de son appartenance : terrorisme rouge, noir, d'État, religieux, ethnique, infra-étatique, identitaire, mafieux, affinitaire, fondamentalisme, etc., ou de son mode d'action : bioterrorisme, cyberterrorisme, écoterrorisme, hyperterrorisme, terrorisme maritime, etc. Cette confusion transparaît dans les propos tenus par certains experts et dans des thèses de doctorants. La raison en est simple, l'universitaire qui régurgite des connaissances formatées pense en homme de réflexion, le terroriste qui dispose des forces morales pense en homme d'action (opérateur). 

Le recours au terrorisme est souvent condamné en raison de ses fins ou répercussions. L'élimination de soldats allemands par exemple, a longtemps divisé les réseaux de la résistance en raison des représailles parmi la population. La fin ne saurait justifier les moyens au risque de pervertir la cause. Entre la gloire du vainqueur et l'honneur du vaincu, il faut choisir. Quand bien même l'action terroriste serait-elle justifiée et légitime en réponse à une agression (cadre de la DOT par exemple, le territoire national ou une partie de celui-ci est considéré comme zone de guerre, art 36 de la Constitution), elle reste souvent illégale au regard du pouvoir en place soucieux de maintenir l'ordre. Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement et l'occupant allemand ne qualifiaient-ils pas de « terroristes » les combattants sans uniforme et sans signe distinctif, et pour cause ! Alors qu'une partie de la population bienveillante à leur égard utilisait les substantifs de : maquisards, résistants, patriotes, réfractaires, partisans, martyrs. Au sortir de la guerre, le mot terroriste sera porté comme un honneur. « Nous les terroristes » écrit en lettres couleur sang ornera la couverture d'un livre écrit par Marc Leroux retraçant l'histoire de la Section spéciale du sabotage.

 Le terrorisme est un volet de la lutte du faible au fort qui vise la conquête des esprits, certains diront la soumission par la crainte. Il est une variante de la guérilla (petite guerre), qui elle, vise la conquête ou la libération de territoires. Cette tactique de harcèlement et de combats retardateurs reste réservée à de petites unités structurées disposant de bases et d'un soutien logistique tandis que le terrorisme peut tout aussi bien être la méthode opérationnelle de quelques individus isolés (cellule autarcique, cellule fantôme dans le cadre d'une résistance sans chef), voire d'un seul (loup solitaire), qu'une tactique de combat mise en œuvre par des réseaux de cellules dispersées. Le terrorisme se rapproche en cela plus de la guérilla urbaine que de la guerre révolutionnaire, ce qui explique en partie l'échec des intellectuels ayant opté pour cette forme de lutte qui appartient sans conteste à l'art militaire dont l'instruction en fut réservée aux combattants appartenant à certains régiments et aux opérateur des réseaux dits « Stay behind » à propos desquels les chaines ARTE et LCP ont diffusé au mois de janvier 2016 un reportage.

Le terrorisme peut ne pas avoir de cause uniforme et devenir une réaction de ceux qui n'étant rien aspirent à devenir quelqu'un ou à se singulariser. On verra probablement dans les années à venir cette forme de combat se transformer pour s'adapter dans le temps et l'espace à la société à combattre. Les places-fortes de factions intérieures qui rejettent en totalité les valeurs de la société ne revêtent aucun caractère, religieux, culturel, civilisationnel, ou même de valeurs affirmées. Leurs inféodés sont dans la société mais ils refusent d'en faire partie. La menace est d'autant plus pernicieuse que la politique politicienne ne semble attirer que des ambitieux égocentriques chacun pensant réussir là où d'autres ont échoué. Chaque parti de se renvoyer la « patate chaude » et d'user de la trilogie, tension - concessions - « solution », quand ils sont mis à mal, de passer du rôle de sauveteur à celui de persécuteur avant de se présenter en victime. L'un prônant la fermeté, l'autre, la bienveillance, tout en se gardant bien d'agir sur le point le plus en amont de l'arbre causal (la source du mal). Le but de tout parti politique est de conquérir le pouvoir et ensuite de s'y maintenir. L'effroi et l'assassina de masse en deviendraient presque une aubaine pour certains...


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20 réactions à cet article    



    • Taverne Taverne 29 janvier 2016 11:44

      « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ». C’est un principe avec lequel je suis bien d’accord. Il faut mesurer ses mots et bien caractériser les faits. Mais je trouve que le mot « adversaire » est bien trop ingénu pour qualifier ces barbares, ces ennemis de l’Humanité.


      • JL JL 29 janvier 2016 12:13

        Bonjour Desmaretz Gérard,

         
        Cette étude du phénomène est intéressante.

        Oui,terroriste est bien comme vous l’écrivez, un mot valise.

        Vous dites : ’’Prononcer le mot terroriste, c’est déjà émettre un jugement de valeur négatif’’
         
        Si vous avez raison, en revanche il faut dire que l’acte commis est un acte terroriste ou n’est pas un acte terroriste. Et cela, quelles que soient les critères motivations ou idéologies et autres caractéristiques qui caractérisent l’auteur.

        Dans ces caractéristiques toutefois vous avez oublié le critère de nationalité.

        Considérez un acte terroriste commis sur le territoire français. Soit l’auteur est un étranger, soit c’est un Français mono-national, soit Français multinational.

        Dans le premier cas, on a clairement à faire à un ennemi de la France. Si c’est un mono-national, c’est peut-être un résistant, de son point de vue au moins. Mais si c’est un multinational, alors le doute s’installe : est-ce un résistant, est-ce un ennemi de la France ?

        C’est pourquoi, la logique en l’occurrence autorise et même dicte le trois poids trois mesures.

        .


        • MagicBuster 29 janvier 2016 12:27

          De gaulle, comme tous les résistants, était un terroriste (pour les collabo).

          En temps de guerre (comme aujourd’hui), le mot information est toujours synonyme de propagande.
          Anti russe ... blabla ... al nosra qui fait du bon boulot . . .
          Les muslims belgo - franco - irako - algéro - tuniso - etc .....

          C’est une belle histoire .... mais faut y croire quand même !!


          • Christian Labrune Christian Labrune 29 janvier 2016 12:32

            « Le mot terrorisme est devenu le vecteur d’une idéologie jusqu’à créer une pseudo-réalité qu’il entend décrire. »
            ----------------------------------
            Invoquer Ferdinand de Saussure et même la vieille querelle des universaux, c’est très bien, mais ça mène à quoi ? Il y a les mots, certes, mais il y a aussi les choses, et c’est la chose qui nous préoccupe en ce moment, bien plus que le mot, quel que soit par ailleurs celui dont on se servira pour la désigner. Je crains par conséquent que cette belle dissertation ne fonctionne à la manière d’un écran de fumée destiné à nous empêcher de voir la réalité des choses. Les médecins de Molière sont pareillement capables de disserter à perte de vue et d’invoquer mille concepts constitutifs de leur science pour essayer, quand on leur demande des remèdes, de comprendre quelque chose à la pathologie d’un malade... « qui mourut hier ».
            C’est hier que sont morts les spectateurs réunis dans la salle du Bataclan, et pas mal d’autres aux terrasses des bistrots du 11e. Peut-on définir ça comme une « pseudo-réalité » ? Peut-être conviendrait-il d’interroger à ce propos les familles des victimes.
            Et cette « pseudo-réalité » de dizaines de cadavres est-elle le résultat d’une « idéologie » particulière de ceux qui, face à l’innommable, se souvenant des massacres de septembre 1792 qui inaugurent cette période de l’histoire qu’on appelle la Terreur, ne trouvent pas d’autre mot dans l’immédiat et parlent, pour faire vite, de « terrorisme » ?
            On avait déjà excusé les gentils utilisateurs de la kalachikov par le colonialisme : ce n’était au fond qu’une réponse bien légitime du faible au fort, mais maintenant, c’est la langue française elle-même qui sera coupable. Salauds de grammairiens ! Salauds d’académiciens qui, depuis plus de trois siècles qu’ils travaillent à codifier la langue, n’auront pas su faire correctement leur boulot. Les vrais responsables des massacres de 2015, c’était eux et on ne le savait pas encore. Je vois qu’il serait grand temps de niquer enfin la langue française, notre mère à tous.


            • philouie 29 janvier 2016 13:16

              @Christian Labrune
              Plutot que parler de pseudo-réalité, je préfère parler de spectacle en ajoutant que le crime ne vaut que par le spectacle du crime.
              Ce n’est pas pour rien que le terrorisme s’est développé conjointement aux médias de masse, qui sont en quelque sorte le prolongement du terrorisme en cela que ce sont eux qui véhiculent et amplifient la peur et quelque part qui réalise l’acte de terreur.
              On peut voir le spectacle à l’œuvre en particulier dans la mise en scène de la mise à mort du policier Merabet mais également dans la scène de l’altercation avec la police allée verte pour CH, mais aussi, en ce qui concerne les attentats du 13, par la présence, soi-disant fortuite,d’’une équipe de TF1 et d’une équipe de M6 qui arrivent sur le lieu des fusillades cinq minutes après celles-ci alors que les attentats sont toujours en cours.
              Ce n’est pas seulement un spectacle, ça devient un spectacle « comme si vous y étiez » pour une meilleure identification des gens avec les victimes.
              On peut conclure de cela que les grands médias sont les véhicules de la terreur au service du pouvoir et dire qu’ils sont les agents de la terreur.


            • Desmaretz Gérard Desmaretz Gérard 29 janvier 2016 14:14

              @philouie

              Bjr et merci de votre contribution ; c’est là l’origine de la rubrique des faits divers apparue au XIX° siècle avec ses « infos » racoleuses épaulées de la narratologie dont la télévision a su s’emparer avec ses images outrancières qui caractérisent le médium et apeure le « bourgeois ». L’histoire du petit Alan par exemple, qui faisait la Une et l’ouverture du 20 h, est morte avec lui comme si l’histoire ne commençait qu’à la disparition du dernier « acteur ». Combien avons-nous perdu de jeunes hommes dans des conflits sans qu’une frange de la population s’en émeuve plus que ça ? Poignée de main virtuelle.

            • Christian Labrune Christian Labrune 29 janvier 2016 14:20

              @philouie
              L’authentique contempteur que suis de tout l’islam et le pseudo-islamiste que vous êtes ne fonctionnent pas, apparemment, de la même manière.
              Le spectacle des horreurs ne m’a jamais excité. J’ai vu que Finkielkraut s’était fait insulter par une andouille dans une émission de télévision. J’ai entendu des commentaires de l’événement, j’ai vu dix liens qui renvoyaient à la video mais je n’en ai ai ouvert aucun. Ca me dégoûte. J’ai bien vu Vallaud-Belkacem, confrontée à un salafiste qui n’était pas loin de justifier l’Etat coranique adopter une attitude des plus tolérantes et donc parfaitement infecte, mais c’est parce qu’un extrait avait été inséré dans un journal télévisé. L’idée ne me serait pas venue d’aller chercher un lien sur l’Internet. Ca me dégoûte.
              Vous m’apprenez que l’assassinat du policier Merabet était une « mise en scène », sans dire avec précision quelle chaîne en était l’auteur et le commanditaire. C’est dommage. En tout cas, à vous lire, l’islam n’y serait pour rien du tout. Tout cela s’inscrirait dans la logique typiquement occidentale de la société du spectacle, comme les scènes de décapitation filmées par l’EI, lesquelles sortent probablement des studios hollywoodiens.
              Les survivants du Bataclan on bien cru, de fait, dans les secondes qui ont suivi les premières détonations, qu’elles faisaient partie du « spectacle », qu’il s’agissait d’une de ces pseudo-violences qu’affectionnent les amateurs de ce style musical. Leur impression, à entendre ou lire leurs témoignages, n’aura pas duré très longtemps : l’effet de ce qui sort du canon d’une kalachnikov, n’est pas exactement comparable à celui qui résulte d’une piqûre de moustique.
              Je suppose aussi que les auteur du film « Salafistes » qu’on vient d’interdire aux moins de dix-huit ans, sont eux aussi au service de la société du spectacle. Ils auront longuement préparé des pauvres bougres à apprendre par coeur et à débiter des textes préparés par eux d’avance, afin de pouvoir donner de l’islam l’image la plus négative. Mais ce sont de mauvais acteurs et cela se voit. C’est probablement pour cette raison qu’on aura limité la diffusion.
               


            • Christian Labrune Christian Labrune 29 janvier 2016 15:57

              « Mais ce sont de mauvais acteurs et cela se voit. C’est probablement pour cette raison qu’on aura limité la diffusion. »
              ---------------------------------------
              Autre hypothèse : Il serait bien possible aussi qu’on se soit rendu compte que dans le monde musulman, chez les jeunes en particulier, - mais aussi parmi les gens qui occupent la niche idéologique dont procède cet article - , on ne sache pas très clairement qu’il y a une vraie différence entre la PSEUDO-violence des spectacles (rock, cinéma, etc.) et la violence REELLE. Je crois savoir -je n’ai jamais expérimenté !- que dans les jeux video, par exemple, on peut tuer tout ce qui bouge sur l’écran. Ca permet à des psychopathes en pleine addiction de se défouler. Mais derrière la dalle d’écran, est-il besoin de le préciser, il y a un peu d’électronique et rien d’autre. Ca ne peut donc faire de mal à personne, pas même à une mouche.
              Il arrive quand même que ces sortes d’abrutis quittent leur petite chambre et continuent à voir le monde comme un jeu video. La lecture des textes religieux pourrait avoir à peu près le même effet. Pour s’attirer les bonnes grâces de l’aumônier de sa prison, le jeune voyou du film « Orange mécanique » affecte de lire les Evangiles et se fait son petit cinéma intérieur dont on peut voir aussitôt quelques plans : il est à la place des centurions qui fouettent le supplicié ployant sous sa croix. Cette ulra-violence, ça l’excite. Nul doute que la description, dans le Coran des supplices réservés à ces mécréants qu’on fait rôtir ou dont on arrache la peau, ça doive en émoustiller un certain nombre, et les braves musulmans débarquant à Cologne ont probablement cru voir les soixante-douze vierges du paradis d’Allah. Eros après Thanatos !
              Précisons-le donc ici, puisque cela paraît nécessaire : toutes les spéculations sur la réalité du monde sont évidemment permises dans le domaine de la pensée philosophique. Pyrrhon doutait de l’existence du fossé où il était tombé, et doutait même si bien de sa propre existence qu’il serait probablement resté dans cette posture inconfortable si ses disciples ne s’étaient empressés de le tirer de là (relire Diogène Laërce). « La vida es sueño » La vie est un songe, c’est le titre d’une pièce de Calderon. La phénoménologie husserlienne commence par l’épochè (ἐποχ), suspension de la thèse du monde, parce que la notion de réalité n’est pas plus facile à définir que celle de matière à l’époque de la physique quantique. Il n’empêche que lorsque Husserl descendait un escalier, il y allait franchement, sans craindre de se casser la gueule en posant le pied sur une marche inexistante. SI on lui avait mis dans les mains un révolver, il aurait évidemment évité d’appuyer sur la détente. On ne sait pas trop ce que c’est que la mort, qui ne saurait être, comme le souligne très bien Jankélévitch, une « expérience » (difficile d’en parler ensuite !), mais quand on a un minimum de jugement, on évite des comportements dont on sait les conséquences dans le monde empirique.
              Redisons-le pour être sûr d’être compris : la kalachnikov produit de VRAIS cadavres. Il n’y a que dans la fiction qu’on puisse parler de PSEUDO-attentats. Ceux du Bataclan et tous les autres étaient de VRAIS attentats, et il aurait été probablement très difficile à ces VRAIES victimes, de se relever après le départ des télévisions.
              Si quelque lecteur avait besoin d’explications supplémentaires, si on doutait encore qu’il y eût une différence entre la réalité empirique et l’imaginaire, je n’hésiterais guère à sacrifier mon temps pour l’éclairer.


            • philouie 29 janvier 2016 16:12

              @Christian Labrune
              c’est assez ballot de faire de partie d’un spectacle dans lequel on tire à balle réelle.
              je le concède.


            • philouie 29 janvier 2016 16:19

              d’ailleurs, si je parle d’un crime qui n’est rien sans son spectacle, ce n’est pas une façon de nier le crime et de dire qu’il n’y a pas de mort mais pour insister sur l’idée qu’il y a crime pour en faire un spectacle.
              j’invite ceux qui veulent aller plus loin dans la compréhension de ce thème de regarder de guy Debord et de rené Girard.
              Guy Debord pour la société du spectacle et René Girard pour comprendre comment la mise en scène de la violence à toujours été utilisé par les clercs (et le clercs de la République sont laïque) pour assoir leur pouvoir. Voir en particulier « la violence et le sacré »


            • Christian Labrune Christian Labrune 29 janvier 2016 18:45

              "Guy Debord pour la société du spectacle et René Girard pour comprendre comment la mise en scène de la violence à toujours été utilisé par les clercs (et le clercs de la République sont laïque) pour assoir leur pouvoir.« 
              --------------------------------------------------------------

              @philouie

              Et les connards de l’Etat Coranique, ils n’ont jamais eu recours à la mise en scène de la violence, peut-être, pour »asseoir leur pouvoir" ?
              Le monde islamique, il est vrai, depuis les Ottomans, n’aura rien su inventer. Les caméras de l’EI auront donc été nécessairement fabriquées en Extrême Orient.
              Leurs mises en scène atroces sont très visiblement inspirées de la fiction cinématographique américaine.
              Les systèmes et les réseaux informatiques qu’ils utilisent pour leur propagande, qui les aura inventés et mis au point ?
              Les drones qu’ils ne devraient pas tarder à utiliser sont une invention israélienne.

              Disposant de toutes ces excellentes techniques du monde occidental, tout ce qu’ils sont capables d’ajouter de leur propre cru, c’est la violence la plus abjecte. Quel progrès ! Cela ne requiert aucune espèce d’effort de l’intelligence. Il suffit de consentir à régresser, à abdiquer son humanité pour redevenir une bête féroce.

              N’ajoutez donc rien à tant de sottises : je ne suis pas pervers au point de vouloir que vous vous ridiculisiez davantage.


            • philouie 29 janvier 2016 23:04

              @Christian Labrune
              Leurs mises en scène atroces sont très visiblement inspirées de la fiction cinématographique américaine.

              ah vous avez remarqué vous aussi.
              Et le scénario est probablement écrit à tel aviv.
              ce n’est pas pour rien que vos amis de l’Etat Islamique n’attaque pas Israël.


            • Christian Labrune Christian Labrune 29 janvier 2016 23:19

              « Et le scénario est probablement écrit à tel aviv. »
              @philouie

              Cette grasse bêtise, je n’aurais jamais osé espérer qu’elle puisse fleurir si opportunément au terme de ces échanges. Il y aurait donc un dIeu qui veillerait à illustrer et parfaire mes démonstrations ? Eh bien, c’est vraiment le moment de le reconnaître : Allah akbar !


            • philouie 30 janvier 2016 00:06

              @Christian Labrune
              une bétise ?
              Israël derrière le démembrement du proche orient ?
              une bétise ??????
              Vous allez soutenir qu’Israêl n’a auycun intéret à voir Bashr Al assd disparaitre de la carte du proche orient ?
              Il faut être naïf. Vous croyez que les guerres se font comme ça, juste parce qu’il y a quelques illuminés qui veulent conquérir le monde ? Vous croyez ça ?
              Non, les guerres répondent à des intérets stratégiques des puissances. et la couple américano-sionistes est la puissance local qui a le plus intéret dans la petite entreprise état islamique.
              Donc que la mise ne scène soit sionisto-hollywodienne, il n’y a rien pour nous étonner.
              le crime n’est rien sans son spectacle, les assassinats de journalistes par l’état islamique sont fait par les ennemis de l’Islam.
              Et qui est l’ennemi de l’islam ?
              vous ne savez pas. demandez à Finkelkraut.
              « On nous accuse parce que nous sommes juifs »
              et oui.
              Mais si Israël et ses affidés ne se comportaient pas en ennemi de l’Islam, il n’y aurait personne pour les accuser.


            • Taverne Taverne 29 janvier 2016 12:57

              Il y a pire que les terroristes : ce sont les théoristes  ! Ce sont eux qui arment les bras des « adversaires ».


              • Jason Jason 30 janvier 2016 15:33

                Est-ce que vous ne noyez pas un peu le poisson, là ?

                Explications, lexiques, genèse des termes, clins d’oeil à la linguistique, tout cela est (assez) bien dit.

                Mais appelons un chat un chat (et Rollin un fripon, disait l’auteur) et faisons face aux faits. Laissons aux savants le soin de discuter de la nature du feu, et aux pompiers la tâche de l’éteindre. Ou, quand le Titanic coule, il est oiseux de discuter du principe d’Archimède !


                • Desmaretz Gérard Desmaretz Gérard 30 janvier 2016 16:39

                  @Jason Bjr et merci de votre participation. Certes, ’’ c’est l’heure des grands brasiers et il n faut voir que leur lumière’’, mais les sapeurs-pompiers sélectionnent l’agent d’extinction selon la catégorie du feu (A, B, etc.), sinon cela reviendrai à jeter de l’huile sur un feu gras. Le terrorisme rest une méthode de combat et n’est ce pas leur faire honneur de les en qualifier ? Le terroriste, cela n’engage que moi et chacun reste libre de penser différemment, est un combattant en civil, ce qu’il n sont assurément pas à mes yeux. D’accord avec Archimede, eurêka, mais quand ? Poignée de main virtuelle.


                • Chamiot 30 janvier 2016 23:26

                  Le terroriste est toujours lourdement armé, mais il est néanmoins neutralisé.
                  Les victimes bénéficient d’un soutien psychologique (une cellule est mise en place)
                  Le Ministre se rend sur les lieux et dénonce un acte lâche et odieux.
                  Le Premier Ministre réaffirme que la République ne transigera pas avec ses valeurs
                  Le Président est là pour nous défendre.
                  75% des Français sont satisfaits de l’état d’urgence...


                  • Crab2 1er février 2016 15:50

                    pour les uns est noire-noire, pour les autres c’est une blanche colombe, je me plais à penser qu’elle n’est ni l’une ni l’autre, suites :

                    http://laicite-moderne.blogspot.fr/2016/02/taubira-suite.html

                    .

                    http://laiciteetsociete.hautetfort.com/archive/2016/02/01/taubira-suite-5753538.html

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