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Comment rester vivant ? Le témoignage de nos frères grecs sous austérité

Lorsque Nadine, une amie militante, nous a envoyé le lien de l’émission de radio “la Grèce en souffrance” diffusée sur France Inter, on n’avait pas très envie de l’écouter A gauche pour de vrai ! 53 minutes c’est long. Surtout, nous ne voulions pas entendre ce que nous savions insupportable.

Lorsque Barbara, au marché, entre deux tracts tendus aux passants, nous a convaincu malgré tout de tendre l’oreille en direction de ces témoignages grecs, nous ne nous doutions pas un instant de ce que nous allions écouter.

Surtout, nous n’imaginions pas que notre émotion serait telle que, nous le reconnaissons, nous l’avouons, notre gorge étoufferait, nos oreilles supplieraient pour stopper l’écoute, nos yeux s’empliraient de ce liquide qui quelques fois annonce la joie, mais qui là allait révéler une profonde tristesse, une incroyable révolte aussi.

Témoigner, absolument, sans fausse pudeur mais sans étalage aussi. Simplement, sobrement, pour de vrai. Et dire, naturellement, sans retenu mais sans exubérance qu’avec l’austérité la seule question, l’unique question qui habite chaque Grec désormais est désarmante : COMMENT RESTER VIVANT ?

Comme cette cadre, dès la 2ème minute, à qui on demande de passer ouvrière pour ne pas perdre son job, tout en poursuivant son travail de cadre. Elle ne gagnera plus alors ses 1300 €, elle ne touchera plus que 740€.

Ou cette autre femme, qui, à la 6ème minute, explique cette loi que son gouvernement fait voter au nom de la flexibilité et qui supprime sa convention collective. Le SMIC passera alors de 751 € à 480 en quelques mois. “Evidemment, on ne peut pas vivre avec çà” ajoute-t-elle avec cette pudeur que quelques pigeons n’auront jamais. Elle poursuit et dit, à la 9eme minute, comment ses enfants continuent la musique parce que la solidarité s’est mise en place, parce que quelques amis de France lui envoient chaque mois 300 €. La journaliste ne comprend pas pourquoi cette somme va à la culture de ses enfants plutôt qu’à l’essentiel. Elle crie alors doucement, elle clame alors calmement comment “l’art, la culture nous permettent de nous nourrir l’âme et on comprend mieux à quel point c’est vital”.

Puis, de la 12ème à la 18ème minute, la journaliste énumère toutes les “réformes” de l’austérité. Gel des salaires dans la fonction publique, puis baisse des salaires. Loi instaurant la baisse des salaires dans le secteur privé, qui d’habitude déteste la loi. Non remplacement de 4 fonctionnaires sur 5. Augmentation de la durée de cotisation et relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans. Les accords d’entreprises prévalent sur les conventions collectives, puis gel brutal des conventions collectives. Le seuil de non imposition passe de 12000 à 8000 € puis à 5000 € par an. Démarre une vague de privatisation d’entreprises publiques. Mise au chômage “technique” de 45 000 fonctionnaires. Création d’une grille de salaire unique. Baisse de 32% des salaires des moins de 25 ans. Arrêt des hausses de salaire basées sur l’ancienneté. Baisse de 15% des retraites complémentaires. Suppression de 150 000 postes de fonctionnaires d’ici 2015. Baisse des allocations familiales. Mais cela ne suffit pas. L’Union Européenne suggère que les Grecs passe de la semaine de 5 jours à la semaine de 6 jours de travail. Le FMI et la BCE suggèrent quant à eux une loi pour faciliter les licenciements et réduire les indemnités chômage. Cinq longues minutes, cinq énormes minutes nécessaires pour égrainer toutes les attaques, toutes les agressions, toutes les tentatives d’assassinat. Alors, la question de départ “COMMENT RESTER VIVANT” ? prend son sens véritable et les larmes que nous avions contenus jusque là sortiront finalement à l’écoute des témoignages suivants.

Comme cette Française, habitante du Péloponnèse depuis plus de vingt ans, qui explique, à la 19ème minute, sobrement, pudiquement, sans colère, sans haine, comment son beau père en quête d’une transfusion de plaquettes pour combattre sa leucémie, sera perfusé dans un couloir d’un hôpital qui n’a plus les moyens d’avoir une chambre stérile. Comment cet hôpital demande alors à la famille d’acheter le matériel de perfusion car il n’en a plus. Comment il a fallu se battre pour que le dernier souffle de cet homme ne soit pas poussé dans ce couloir bondé mais dans une chambre moins surpeuplée. Et elle conclut, presque poliment “visiblement, le social n’est pas le souci premier de la politique de la Troïka”.

Elle explique alors, cette Française si sobre, si neutre, comment les enfants de sa ville n’ont pas de manuels scolaires car le papier pour imprimer les livres est trop cher pour le budget communal, comment les enfants de sa ville iront, cet hivers, dans une école non chauffée car aucun crédit n’a été prévu pour cela. Puis elle lance :” on va droit dans le mur, et le mur c’est Aube Dorée qui fait des scores incroyables”.

Mais cessons là la retranscription de ces témoignages. L’émission existe. A vous maintenant de l’écouter. Et soyez prévenus. Le principal obstacle ne sera pas la petite heure que dure l’émission. Mais bien plus ces récits de vie qui chaque jour posent cette incroyable question au coeur d’une Europe prix Nobel de la paix : COMMENT RESTER VIVANT ?

Sydne93

 




par sydne93 (son site) lundi 22 octobre 2012 - 95 réactions
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  • Par Stalouk (---.---.---.204) 22 octobre 2012 10:40

    Merci pour cette émission.
    Je suis assez sceptique sur l’intêret de France Inter de nous faire écouter cela, cependant c’est bon à prendre : Il faut que les gens comprennent rapidement que c’est ce qui va nous arriver dans les années à venir.
    Comme le dis cette habitante, la Grèce est un laboratoire et l’expérience est concluante : Pour l’instant les grecs se soumettent à la Troïka, et nul doute que nous ferons de même.

    La colère des gens est détourné sur les étrangers, les petites gens sont montés les uns contre les autres, au lieu de se battre contre leur ennemis.
    En France, c’est la même chose : il n’y a pas un jour qui passe sans qu’on fasse peur au gens avec les musulmans ou étrangers.

    La situation rappelle fortement l’avant guerre des années 30, et si les ravages de la guerre économique se font déjà sentir, je crais que le pire ne soit à venir...

  • Par SEPH (---.---.---.154) 22 octobre 2012 16:01

    La seule SOLUTION est la nationalisation des banques sans indemnité pour les actionnaires.

    Les banques nous ont roulé trois fois :

    - Une première fois : en vendant des produits toxiques ou en prêtant à des taux variables forts élevés au bout de quelques années.

    -Une deuxième fois : en imposant aux peuples (par la voie de nos gouvernants) le remboursement de leurs pertes ou leurs soit-disantes pertes

    - Une troisième fois  : en attaquant l’économie des pays qui les ont sauvé, et en mettant les citoyens dans la misère ( récession, chomage en forte hausse,baisse des salaires et des retraites) par l’application des mesures du FMI.

    Cela suffit  !!!
     

  • Par SEPH (---.---.---.154) 22 octobre 2012 15:42

    LE CONTRE EXEMPLE ISLANDAIS ou CE QU’IL FAUT FAIRE IMPÉRATIVEMENT

    L’Islande et le refus de l’austérité
    par Salim Lamrani

    L’Union européenne fait aujourd’hui le choix de l’austérité face à la crise économique mais se lance en même temps dans le sauvetage — avec des fonds publics — des banques privées qui auraient dû faire faillite à cause de leur mauvaise gestion. Est-ce vraiment la seule solution viable ? Salim Lamrani se penche sur le cas de l’Islande, un exemple que les médias et les apprentis sorciers de la finance européenne préfèrent passer sous silence.

    Réseau Voltaire | Paris (France) | 18 octobre 2012

    Face à la crise économique, alors que l’Union européenne a choisi la voie de l’austérité et a décidé de sauver les banques, l’Islande a au contraire procédé à la nationalisation des institutions financières et a rejeté les politiques de restrictions budgétaires. Avec un taux de croissance de 2,7% en 2012, même le Fonds monétaire international (FMI) salue le redressement économique du pays.

    Lorsqu’en septembre 2008, la crise économique et financière a touché l’Islande, petit archipel du Nord de l’Europe peuplé de 320 000 habitants, l’impact a été désastreux, comme sur le reste du continent. La spéculation financière a conduit les trois principales banques à la faillite, dont les actifs représentaient une somme dix fois supérieure au PIB de la nation, avec une perte nette de 85 milliards de dollars. Le taux de chômage a été multiplié par 9 entre 2008 et 2010, alors que le pays jouissait auparavant du plein emploi. La dette de l’Islande représentait 900% du PIB et la monnaie nationale avait été dévaluée de 80% par rapport à l’euro. Le pays s’est retrouvé plongé dans une profonde récession, avec un recul du PIB de 11% en deux ans [1].

    Face à la crise

    En 2009, lorsque le gouvernement a voulu appliquer les mesures d’austérité exigées par le FMI, en échange d’une aide financière de 2,1 milliards d’euros, une forte mobilisation populaire l’a contraint à la démission. Lors des élections anticipées, la gauche a remporté la majorité absolue au Parlement [2].

    Le nouveau pouvoir a néanmoins fait adopter la loi Icesave – du nom de la banque en ligne privée qui a fait faillite et dont les épargnants étaient en majorité hollandais et britanniques – afin de rembourser les clients étrangers. Cette législation contraignait l’ensemble des Islandais à rembourser une dette de 3,5 milliards d’euros (40% du PIB) – 9000 euros par habitant – sur 15 ans à un taux de 5%. Face aux nouvelles protestations populaires, le Président a refusé de ratifier le texte parlementaire et l’a soumis à référendum. En mars 2010, 93% des Islandais ont rejeté la loi sur le remboursement des pertes causées par Icesave. Soumise une nouvelle fois à référendum en avril 2011, elle a de nouveau été massivement rejetée à 63% [3].

    Une nouvelle Constitution, rédigée par une Assemblée constituante de 25 citoyens élus au suffrage universel parmi 522 candidats et composée de 9 chapitres et de 114 articles, a été adoptée en 2011. Celle-ci prévoit un droit à l’information, avec un accès public pour les documents officiels (Article 15), la création d’un Comité de contrôle de la responsabilité du gouvernement (Article 63), un droit à la consultation directe (Article 65) – 10% des électeurs peuvent demander un référendum sur des lois votées par le Parlement –, ainsi que la nomination du Premier Ministre par le Parlement [4].

    Ainsi, contrairement aux autres nations de l’Union européenne dans la même situation, qui ont appliqué à la lettre les recommandations du FMI exigeant l’application de mesures d’une austérité sévèr – comme en Grèce, en Irlande, en Italie ou en Espagne –, l’Islande a choisi une voie alternative. Lorsqu’en 2008, les trois principales banques du pays, Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing se sont effondrées, l’Etat islandais a refusé d’y injecter des fonds publics, comme dans le reste de l’Europe. Il a au contraire procédé à leur nationalisation [5].

    De la même manière, les banques privées ont été contraintes d’annuler toutes les créances à taux variable dépassant 110% de la valeur des biens immobiliers, évitant ainsi une crise de subprime comme celle des Etats-Unis. Par ailleurs, la Cour Suprême a déclaré illégaux tous les prêts indexés sur des devises étrangères qui ont été octroyés à des particuliers, obligeant ainsi les banques à renoncer à ces créances, au bénéfice de la population [6].



    Quant aux responsables du désastre – les banquiers spéculateurs qui ont provoqué l’effondrement du système financier islandais –, ils n’ont pas bénéficié de la mansuétude en vogue à leur égard dans le reste de l’Europe où ils ont été systématiquement absous. En Islande, ils ont été poursuivis par la justice et mis en prison, par Olafur Thor Hauksson, Procureur spécial nommé par le Parlement. Même le Premier Ministre Geir Haarde, accusé de négligence dans la gestion de la crise, n’a pu éviter un procès [7].

    Une alternative à l’austérité

    Les résultats de la politique économique et sociale islandaise ont été spectaculaires. Alors que l’Union européenne se trouve en pleine récession, l’Islande a bénéficié d’un taux de croissance de 2,1% en 2011 et prévoit un taux de 2,7% pour 2012, et un taux de chômage oscillant autour de 6% [8]. Le pays s’est même offert le luxe de procéder au remboursement anticipé de ses dettes auprès du FMI [9].

    Le président islandais Olafur Grímsson a expliqué ce miracle économique : «  La différence est qu’en Islande, nous avons laissé les banques faire faillite. C’était des institutions privées. Nous n’y avons pas injecté de l’argent pour les maintenir à flot. L’Etat n’a pas à assumer cette responsabilité  » [10].

    Contre toute attente, le FMI a salué la politique du gouvernement islandais – qui a appliqué des mesures aux antipodes de celles qu’il préconise –, une politique qui a permis de préserver « le précieux modèle nordique de protection sociale ». En effet, l’Islande dispose d’un indice de développement humain assez élevé. « Le FMI déclare que le plan de sauvetage à la manière Islandaise fournit des leçons pour les temps de crise ». L’institution ajoute que « le fait que l’Islande soit parvenue à préserver le bien être social des ménages et obtenir une consolidation fiscale de grande ampleur est l’une des plus grandes réussites du programme et du gouvernement islandais ». Le FMI a néanmoins omis de préciser que ces résultats ont été possibles uniquement parce que l’Islande a rejeté sa thérapie de choc néolibérale et a mis en place un plan de relance alternatif et efficace [11].

    Le cas de l’Islande démontre qu’il existe une alternative crédible aux politiques d’austérité appliquées à travers l’Europe. Celles-ci, en plus d’être économiquement inefficaces, sont politiquement coûteuses et socialement insoutenables. En choisissant de placer l’intérêt général au-dessus de celui des marchés, l’Islande montre la voie au reste du continent pour sortir de l’impasse.

    Salim Lamrani

      Enseignant, chargé de cours aux universités Paris-Descartes et Paris-Est Marne-la-Vallée. Dernier ouvrage publié en français : Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Estrella, 2009).

     

    [

  • Par JM (---.---.---.101) 22 octobre 2012 16:37

    D’après le documentaire ARTE « Noir Finance », les revenus des dirigeants des plus grandes banques modiales s’additionnent à 95 Milliards de $, ceux-là même, qui sont responsables de plus de 1000 Milliards de dettes.

    J’ai une solution pour faire au plus vite : Démanteler les paradis fiscaux, car il représenteraient 10 000 Milliards $ (2/3 via les très sympathiques Hedge Funds, véritable Cosa Nostra financière). Il y a de quoi financer 10 crises de subprimes, il y a de quoi renflouer 20 fois le trou de la Grèce, et surtout, il y a de quoi construire suffisamment d’échafauds même en OR MASSIF pour pendre haut et court des salopards de banksters.

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