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Crise de l’euro : panique, contradictions et divisions

Même si les médias français font preuve d’un remarquable silence conjugué sur le sujet, la réalité de la crise de l’euro, expression de la crise mondiale, continue à se frayer son chemin dans les faits.

Derrière ce silence inquiétant pour un pays vu comme un élément central de la zone euro, ce qui apparaît est la panique des politiques et les divisions criantes quant aux mesures à prendre.

Aberration supplémentaire : ce qui fait figure d’économistes français, déconsidérés et ridiculisés dans le monde entier, se concentre sur les problèmes de la Grèce, feignant de ne pas voir que, maintenant, la crise a largement débordé le petit cadre de la Grèce et s’attaque à l’ensemble de la zone.

La tragédie n’est pas grecque. Elle est celle de toute la zone euro et derrière elle, de toute l’Union européenne qui en est touchée de plein fouet.

Panique, divisions et contradictions

C’est une évidence majeure que de dire que la panique -pour user d’un terme modéré- a gagné les sphères les plus élevées de l’Union européenne et de la BCE.

L’annonce récente par la BEI (Banque Européenne d’Investissements) indiquant que son rôle est de financer des projets et non de couvrir des déficits publics des Etats est un signe qui ne trompe pas.

Les déclarations solennelles et les articles de presse rassurants ne font plus effet sur personne de réfléchi. Ce qui aujourd’hui est regardé par beaucoup comme une solution possible n’est que le report dans le temps d’une crise aggravé et démultiplié.

Au plus haut niveau de la zone euro et maintenant de l’Union européenne, les affrontements et contradictions sont manifestes. Cette situation est d’autant plus criante que personne n’est en mesure de définir avec clarté et un minimum de certitude une stratégie de sortie de crise apportant une solution durable. Ceci a un motif sérieux : il n’en existe pas !

Les pressions les plus fortes s’exercent pour que, rompant avec les Traités signés et acceptés, une intervention massive soit engagée afin de soutenir les Etats à l’évidence en grande difficulté.

Outre la question de la possibilité technique et juridique, dans le cadre des Traités actuels, de pouvoir s’engager dans cette voie que certains appellent «  la voie fédérale », le problème essentiel est et demeure : cela suffira-t-il à endiguer la crise ou cela va-t-il, au contraire, l’aggraver en l’étendant encore plus largement ?

La zone euro et ses impasses

Il importe ici d’être clair et concret : bien évidemment, les dirigeants de l’UE et de la zone euro sont obligés de dire à leurs opinions publiques qu’ils agissent et vont agir.

La difficulté ici réside dans l’action elle-même et sa nature. Modifier les règles originelles qui ont conduit à la création de l’euro, c’est ouvrir les portes à d’autres problèmes que les concepteurs de l’euro et de la zone euro ont voulu éviter.

En d’autre termes, transformer la zone euro telle qu’elle est à ce jour en « union monétaire fédérée », c’est faire clairement faire porter sur toutes les économies et les budgets des Etats de cette zone les difficultés actuelles, mais aussi celles qui surviendront vite dans un tel cadre modifié.

En un mot, cela revient à propager la crise actuelle de quelques-uns pour le moment...aux 16 pays de la zone euro pour toujours !

Certes, ne rien faire reviendrait à attendre que la crise détruise et disloque la zone euro et achève l’euro.

Mais, agir de manière « fédérale » tend au même résultat à terme. Seuls les délais peuvent être reculés au prix de crises plus fortes et plus dramatiques, car remettre les déficits des budgets des 16 Etats de la zone euro dans la limite des 3% du PIB et ramener leurs dettes publiques en dessous de 60% est socialement explosif, pour chaque Etat, donc concrètement impossible à court terme !

En effet, un autre aspect des évènements nourrit les contradictions les plus violentes au sommet des structures européennes : la crainte- fondée- de véritables crises sociales à caractère insurrectionnel, comme cela se dessine en Grèce avec les récentes émeutes paysannes contre la fin des subventions au monde rural de ce pays.

Une « thérapie de choc  », comme aiment à les appeler les économistes les plus cyniques, serait à la fois très probablement insuffisante afin de redresser durablement les déficits publics abyssaux (pour autant que ceux-ci soient sincères) et abaisser les dettes publiques, mais constitueraient des menaces terribles pour la stabilité sociale et politique même des Etats de la zone.

Gestion de crise à vue et explosions sociales en perspective

Le panorama qui s’offre aux yeux est donc celui d’une crise à étages multiples de la zone euro que la crise actuelle nourrit et développe rapidement.

Toute décision de type «  fédéraliste » qui serait prise dans les jours qui viennent, quelle qu’elle soit, aurait des effets dangereux pour les 16 Etats de la zone euro, tandis qu’elle engendrerait des explosions sociales qui, pourraient, par leur intensité et/ou leur violence, annuler les effets des mesures prises, tout en étendant le rejet populaire massif de l’euro et des politiques économiques qui lui sont intrinsèquement liées.

Trois choses sont déjà acquises au niveau de la zone euro :

1- Le mythe de l’euro protecteur et salvateur, est détruit dans l’opinion publique. Plus encore, son rejet comme monnaie apporteuse de malheurs croissants pourrait s’accentuer fortement dans l’opinion publique des 16 Etats concernés -notamment en Allemagne- si une orientation « fédéraliste » sur le plan financier était mise en œuvre, transformant contre son gré ce pays en « banquier de la zone euro  ».

2- La zone euro et l’Union européenne telles que bâties jusqu’à ce jour sont condamnées : il est possible de retarder encore quelques mois, voire même un an la sentence, mais elle est déjà inscrite dans les faits inévitables qui découlent des processus actuels en cours sous nos yeux.

3- Cette crise de l’euro est bien l’expression particulière de la crise mondiale qui continue son cours : de ce point de vue aussi, toute décision interne à la zone euro aura des conséquences lourdes sur la marche générale de la crise internationale, avec effet boomerang prévisible.

par Philippe Vassé jeudi 11 février 2010 - 167 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par jps (xxx.xxx.xxx.233) 11 février 2010 11:22
    jps

    Il n’a pas de crise de l’Euro. Pour preuve la parité €/$ était de 1.24 il y a un an et est de 1.39 aujourd’hui.

    La raison de la poursuite de la crise est la suivante

    Deux hedge funds, qui tiennent l’essentiel du marché grec des « credit default swap »,  CDS, ont été furieux de n’avoir reçu que 2 % du dernier emprunt grec.  Ces deux hedges funds ont acquis beaucoup de CDS ne peuvent les vendre en nombre au risque de faire baisser le cours de ces derniers. Comme, un CDS n’a de valeur que s’il correspond à des emprunts. Il faut forcer la Grèce à plus emprunter. Un pays a besoin d’emprunter pour honorer ses échéances. Si l’on créait une rumeur d’insolvabilité les taux vont croître et plus les taux croient plus le déficit s’accroît et plus le pays se trouve dans la difficulté pour trouver de nouveaux crédits. C’est la spirale infernale.

    Le Spread ou l’écart de taux d’intérêt entre la Grèce et l’Allemagne, est de 550 points pour les emprunts à deux ans et 370 pour ceux à dix ans. C’est énorme ! Le spread sur les emprunts et les CDS portugais et espagnol suivent aussi une pente ascendante.

    Le CDS c’est l’assurance qu’un prêteur contracte pour se prémunir contre un défaut d’un État à qui il a prêté de l’argent. Ce qui signifie que le CDS correspond à un emprunt remboursable donc en cas d’insolvabilité le CDS ne vaut plus rien, sauf si cela engendre des emprunts supplémentaires à des taux prohibitifs. Il faut accroître ce besoin d’emprunt. Ainsi en créant un vent de panique les crédits accordés à la Grèce seront affectés d’un taux importants qui généreront eux-mêmes des besoins d’emprunt pour l’encourt de la dette, etc .. D’où cette spirale infernale évoquée. C’est la qu’intervient une banque pour accorder des crédits à des coûts importants. Cette banque y gagne et les hedges funs aussi car leur CDS ont pris de la valeur.

    Leur but est de gagner un maximum d’argent en créant une panique !

    C’est ainsi que deux hegde funds et  une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) sont à l’initiative de ce vent de panique. Afin d’accroître la panique, ils se sont mis à vendre de l’euro, suivis par des investisseurs apeurés.

    Reste que l’Euros n’est pas mal loti car le déficit budgétaire est de 6 % du PIB en 2010 pour les seize pays de la zone euro. On ne peut en dire autant du Japon et des Etats-Unis qui sont à plus de 10 %.

    Mais ceci prouve encore que le pouvoir financier tente de s’imposer au pouvoir politique pour dégager de très larges profits. Aux politiques de s’affirmer à présent !

    Source : Jean Quatremer sur http://bruxelles.blogs.liberation.fr/

  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 11 février 2010 10:34
    Gabriel

    1°) Cela ne peut et ne pourra jamais fonctionner tant qu’il ni aura pas une politique juridique, fiscale et sociale commune.

     2°) Cela était voué à l’échec. En effet comment fonctionner à 25 lorsque on n’arrivait déjà pas à s’entendre à 10 et je ne parle pas des anglais !

     3°) L’Europe monétaire a été faite uniquement pour les échanges des marchés, pour la spéculation. On voit aujourd’hui les résultats. Les marchés monétaires après avoir pillé les particuliers pillent les états et leurs institutions en créant des bulles spéculatives sur la monnaie.

     4°) Pour résoudre cette crise il faut faire fonctionner la planche à billet, tirer un trait sur tout les actifs pourris, c’est ce que l’on a fait pour ces enfoirés de financiers !

     5°) La banque Européenne doit être sous le contrôle des états membres. Cela évitera l’hégémonie qui est responsable de la faillite de milliers d’entreprises et de ménages suite à sa politique ultra libérale.

     6°) Le FMI doit arrêter d’écraser les pays endettés par une dette colossale avec des taux d’usuriers malhonnête.

     Ouvrez les yeux, ces gens là répandent la misère et prennent en otage les pays et leurs peuples en les endettant pour mieux les asphyxier financièrement afin de mieux les contrôler et créer ainsi un ordre mondial dirigé par les élites financières dont ils rêvent depuis des décennies. 

  • Par BABAYAYA (xxx.xxx.xxx.226) 11 février 2010 10:47
    BABAYAYA

    @ l’auteur :

    Bonjour, je ne remet absolument pas en doute les points que vous soulevez/constatez, en revanche me vient à l’esprit que tous ces artisles (sur avox) et même ceux de journalistes tout azimuth constatent les fait,

    en effet tout va s’écrouler c’est la fin, etc...

    quelqu’un aurait il enfin une solution ou un semblant de solution pour résoudre le problème ?
    parce qu’a part se regarder le nombril on fait pas grand chose pour enfin solutionner la chose,
    voilà le triste constat que je fais...
    je ne suis pas économistepour un sous, c’est le cas de le dire, je suis dans la construction, et justemment dans mon métier quand on est face à des problèmes de cette ampleur on s’attache à résoudre la crise avant de savoir qui est responsable et pourquoi....

    c’est une chose que je ne comprends pas, aucun des politiques ou économistes ne cherche à la résoudre apparemment comme si elle les arrangeait bien cette crise...

    cordialement à vous.

  • Par jps (xxx.xxx.xxx.233) 11 février 2010 12:19
    jps

    @auteur
    je vous invite à utiliser les termes adéquats. la démonstration et la réalité sont apportées dans mon commentaire au risque de vous déplaire.
    Bien sûr que d’autres pays sont visés. Comme en sont temps soros qui commençait à attaquer l’italie puis d’autres et c’est ainsi qu’il a fait fortune.
    A nier l’évidence que l’Euro est pour l’"heure solide vous discrédite (j’ai apporté les chiffres) .
    Je ne tenais pas à vous faire ombrage uniquement rectifier votre propre axiome car vous le présenté comme une vérité admise alors qu’il n’en est rien.

    Ce qui m’importe, c’est de démontrer l’importance du pouvoir financier face aux politiques . Ce qui n’est pas fondamentalement en contradiction avec votre article. Alors, keep cool smiley cordialement

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