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De Gaulle : Mendès France pour la façade ‒ Jean Monnet pour la réalité

Nommé, par Charles de Gaulle, commissaire aux Finances du Comité Français de la Libération Nationale sis à Alger, en novembre 1943, Pierre Mendès France avait présenté sa démission le 15 mars 1944. Démission refusée par le Général, qui ne change rien dans la mise à l’écart des mesures économiques proposées par son commissaire aux Finances. Et puis, sans transition, dès le 9 septembre 1944, le président du tout nouveau Gouvernement provisoire installé à Paris, Charles de Gaulle, nomme Pierre Mendès France ministre de l’Économie nationale. Celui-ci se trouvera placé sous le contrôle du ministre des Finances, Aimé Lepercq qui, décédé le 9 novembre 1944, serait remplacé par René Pleven.

Lors du Conseil des ministres du 17 novembre 1944, Pierre Mendès France a eu l’occasion de dénombrer, de long en large, tous les éléments permettant de comprendre pourquoi il était, en réalité, démissionnaire depuis le 15 mars 1944, et en attente d’acceptation, par De Gaulle, de cette démission.

Or, l’essentiel des soucis dont le ministre de l’Économie nationale se faisait régulièrement l’interprète portait sur la stabilité monétaire, sur la récupération des profits tirés de la collaboration économique avec les Allemands ou du marché noir, et, enfin, sur la nécessité d’associer les organisations de résistance et les organisations ouvrières aux mesures audacieuses à prendre tout au long du mouvement de libération du territoire et dès les débuts de la reconstruction. Bel affichage que De Gaulle avait décidé de conserver aussi longtemps que cela serait nécessaire…

Il faut en convenir, ce rôle ‒ quoi qu’il en dise ‒ ne déplaisait pas à Pierre Mendès France dont il faut ici rappeler la formule qu’il énonçait dès avril 1929 :
« Pour nous, qui restons fidèles à la charte de la propriété privée et à l’initiative libre en matière économique, le programme doit tendre évidemment à organiser cette propriété et à réglementer cette activité économique, de telle sorte que l’intérêt général ne souffre jamais d’abus ou d’exactions égoïstes. » (Œuvres complètes, I, page 103)

Elle est bien bonne !... Et nous sommes occupé(e)s à en mesurer les effets en 1944… Grâce à Charles de Gaulle qui y aura mis du sien. En effet…

Six jours avant ce Conseil des ministres, Pierre Mendès France s’était adressé au pays à travers sa première émission radiophonique. Parlant du ministre de l’Économie nationale ‒ lui-même ‒ à la troisième personne, il présente l’objectif qu’il poursuit en utilisant ce moyen de communication :
« Il estime qu’il a pour premier devoir d’être véridique et sincère. » (Œuvres complètes, II, page 73)

Et encore :
« Oui, d’abord, nous devrons nous parler en toute franchise. » (page 73)

Et enfin :
« Désormais, chacun de nos efforts ‒ pourvu qu’il soit appliqué là où il doit l’être ‒ sert la France ; et chacune de nos défaillances nuit au pays, donc à nous-mêmes. » (page 74)

Est-ce si vrai ? Que vaut, alors, la défaillance permanente de Pierre Mendès France, alors qu’il occupe un poste dont, au moment où il pérore au micro, toutes les initiatives sont bloquées depuis un an ?

Elle vaut de pouvoir mettre en œuvre, sans le dire aux Françaises et aux Français dont la colère monte, cette "escroquerie" que lui-même dénonce hors micro, le 17 novembre 1944, devant De Gaulle et l’ensemble des ministres :
« Il ne faut pas que ce soit une escroquerie à l’égard de ceux que nous décevons. Ce serait une escroquerie que de leur imposer des privations au bénéfice des profiteurs de guerre et des trusts, sans même que cela évite des accidents monétaires et sociaux que je redoute. » (page 72)

"Accidents" contre quoi Mendès France sait très bien qu’il ne pourra rien faire, tout en restant présent dans la configuration politique entourant un De Gaulle de fiction.

Cependant, Pierre Mendès France s’est lui aussi forgé un personnage de fiction… Voilà en quoi cela consiste. Certains des textes qu’il rédige, pour y prendre appui durant ses émissions, comportent des passages qu’il omettra de dire à l’antenne.

Ainsi, lors de la deuxième émission (18 novembre 1944), il se garde bien de reprendre ceci ‒ avec quoi il n’est absolument pas d’accord, puisque c’est tout bonnement la ligne défendue par René Pleven, ministre des Finances, pour enfoncer celle du ministre de l’Économie nationale :
« Aujourd’hui, pour amorcer l’assainissement financier, condition préalable de la reconstruction et de la rénovation de la France, le gouvernement demande à tous les Français de souscrire à l’emprunt de Libération. Cet emprunt est une préface. » (page 75)

Quant à ce que lui‒même propose, c’est ceci (même émission) :
« En vérité, s’agissant d’une bataille, d’une véritable bataille à livrer, c’est un Plan qu’il faut dresser et qu’il faut suivre pour la gagner. » (Souligné, de même que dans la citation suivante, par la transcription réalisée dans les œuvres complètes, page 76)

Mieux :
« Ensemble, nous allons élaborer ce Plan qui nous permettra de gagner la troisième bataille de France par la mobilisation des énergies françaises au service de la grandeur nationale et du rayonnement de la France. » (page 77)

Mais, comme, dans ces deux derniers petits paragraphes, le ministre de l’Économie nationale s’avançait sans doute un peu trop loin au-delà de la tranchée qui lui était assignée…

…il se gardera bien de les reprendre à l’antenne…

D’où, sans doute, par mesure de rétorsion, la censure mise par lui sur la partie du message qui faisait la part trop belle à l’emprunt Pleven.

Mais son plan à lui… Qu’en sera-t-il advenu ? Aura-t-il fini par l’imposer ?

Michel Margairaz, spécialiste de la politique économique de cette époque, nous rappelle, tout d’abord, de quoi il était fait :
« Réformes de structures (nationalisations) ; assainissement monétaire (taxation des accroissements de fortune, confiscation des profits illicites, donc recensement général des fortunes au moment de l’échange des billets et du blocage des comptes) ; blocage des prix ; orientation de la consommation (déblocage sélectif). »

Tout ce que De Gaulle ne voulait pas.

Le plan ? Mais, bien sûr, ce serait le plan… de Jean Monnet… C’est-à-dire un plan qui permettrait aux États-Uniens de pénétrer immédiatement dans l’économie de la France de la Libération.

Cf. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/3-janvier-1946-de-gaulle-installe-169886


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3 réactions à cet article    


  • Gasty Gasty 7 septembre 2015 12:20

    On se souvient du mot de Charles de Gaulle accueillant la jeune actrice Brigitte Bardot vêtue d’une veste à brandebourgs et lançant : « Chic ! Un militaire ».Par cette exclamation, il reconnaissait ouvertement son attirance pour le corps militaire. Mais ne nous trompons pas car Brigitte Bardot était le symbole sexuel de l’époque, ainsi il nous signifiait de manière involontaire son attirance refoulé d’homosexuel.

    Ce qui explique bien des choses.

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