• lundi 20 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Des mots pour agir, contre les violences faites aux femmes
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(8 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Des mots pour agir, contre les violences faites aux femmes

Rencontrer Eve Ensler, l’auteur américaine de Les Monologues du Vagin, et les femmes qui s’engagent avec elle, c’est marquer un tournant décisif dans sa propre vie. Parler, écrire, quelle que soit d’ailleurs la forme d’expression que nous pratiquons, cela ne peut plus, tout à coup, se concevoir en dehors de l’engagement concret, d’une transmission du réel afin d’engendrer une répercussion sur ce réel pour le meilleur, ou plutôt comme le déclarait sur www.ted.com la romancière militante Isabelle Allende, pour que « le monde ne soit pas meilleur, mais pour qu’il soit bon ».

Un monde bon, ce serait un monde où la violence cesse. Lundi 23 novembre, au théâtre Michel, à Paris, une lecture publique, bénévole, s’est déroulée contre les violences faites aux femmes et aux petites filles partout dans le monde. Cette manifestation mettait en scène des textes extraits du livre « Des mots pour agir », paru aux éditions des Femmes-Antoinette Fouque, le 13 novembre 2009, et dirigé par Eve Ensler.

« Des mots pour agir », c’est un recueil de textes écrits par une cinquantaine d’auteurs américains, auxquels s’ajoutent des inédits français. En introduction, Eve Ensler déclare que nous pouvons aujourd’hui « nous fier aux écrivains », car « plutôt que de chercher à nous dominer, ils nous libèrent ».

Pour avoir assisté à ce spectacle, je lui donne raison. Les lectures ont été incarnées par les comédiennes actuelles, investies, de Les Monologues du Vagin : Stéphanie Bataille (également à la mise en scène), Marie-Christine Barrault, et la dramaturge et comédienne Maïmouna Gueye, également par Aurore Auteuil, Bérangère Bonvoisin, Sylvie Bourgeois-Harel, Fanny Cottençon, Andréa Férréol, Sèverine Ferrer, Marianne James, Christine Orban, Jacques Frantz et Daniel Mesguich. 

Ce soir-là au théâtre Michel, ce que la parole libère en nous, c’est d’abord la conscience, politique, idéologique, celle qu’on a enfermée dans un cadre clos, ronronnant, délimité par les seuls problèmes de notre quotidien. Ce que la parole libère en nous, c’est une quête de justice, même si elle est d’abord un cri de colère avant de se convertir en soin pour autrui.

Puis elle libère le désir d’agir, de mettre son énergie au service de ce qui est non seulement beau mais nécessaire. Si la beauté peut sauver le monde, ce ne sera pas sans intervenir chacun à notre échelle individuelle pour transformer la conscience et les réalités collectives. La beauté, c’est celle de ces mots et de ces voix, ce soir-là, portant de tout leur être les récits des victimes, jouant souvent jusqu’aux larmes, parce qu’il ne s’agit pas tant de jouer que d’accueillir la déchirure vécue par d’autres. Et l’agir, c’est la trace brisée jusqu’en nous de ces voix, parce que ces mots-là agissent jusque dans nos propres chairs et nous rendent capables de combat.

Les textes « des mots pour agir » témoignent, mordent, bousculent, mais ils enchantent aussi, ils nous rappellent que l’écrivain n’est plus cet « enchanteur pourrissant » chanté par Apollinaire, mais un enchanteur renaissant, celui qui peut changer l’horreur en un terreau d’espoir, celui qui proclame le destin que des femmes ont repris en main, leurs libérations volontaires, leur transformation d’une tragédie personnelle en un don pour les autres, pour que plus jamais d’autres ne subissent ce qu’elles ont subi, celui d’hommes aussi qui cherchent à veiller sur elles. L’écrivain est l’enchanteur qui consacre la voix des démunis et la porte jusque dans l’obscurité la plus moite de nos consciences, pointe le moment où l’on aurait pu agir, où on ne l’a pas fait. Mais au lieu de nous engourdir dans la culpabilité, il nous électrifie pour agir, aujourd’hui. Il nous re-connecte au monde tel qu’il est et tel que nous pouvons le changer.  

Eve Ensler est de ces écrivains-là, et tous ceux qui participent au recueil « des mots pour agir » et tous ceux qui portaient ces mots ce soir-là sur scène. Elle a conclu cette manifestation par un discours -en français- pour rappeler les violences continues en France : une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint et ce Lundi-là, une femme est brûlée vive à l’essence par son mari ivre à Meaux. Le mouvement V-day, qu’Eve Ensler a fondé, soutient partout dans le monde des actions contre les violences faites aux femmes. Chacun d’entre nous peut organiser une vente de bienfaisance, ou jouer par exemple localement une représentation de Les Monologues du Vagin et reverser les recettes à une association qui lutte pour les femmes. Ou tout simplement acheter le livre "Des mots pour agir" dont les bénéfices reviennent au V-day.

Sur scène sont également intervenues les politiques françaises Michèle André et Nicole Ameline, l’écrivain engagée Taslima Nasreen, et Christine Schuler Deschryver, la représentante de V-day au Congo et directrice d’un centre qui accueille les femmes et filles victimes de violence (http://www.vday.org/meet-vday/activist-spotlights/christine-schuler-deschryver). Son témoignage, que les larmes interrompaient, est un de ces moments qui vous écarquillent l’âme de façon définitive. Au sujet de la guerre civile au Congo, dont l’arme principale est le viol des femmes et des toutes petites filles jusqu’à la mutilation et la mort, je vous invite à lire les deux témoignages de Eve Ensler, traduits en français sur ces adresses : http://sisyphe.org/spip.php?article3329et http://www.alterinfo.net/Congo-l-homme-qui-sauvait-des-femmes-laissees-pour-mortes_a22280.html

Se sont inscrits pour toujours dans ma mémoire les phrases les plus vives de cette soirée, la bienveillance d’Eve Ensler avec qui j’ai échangé avant la représentation, l’intensité renversante du regard de Maïmouna Gueye me tendant son texte en cours de représentation, la force qui nous a reliés, tous, et qui nous a permis de toucher du doigt ce que pourrait être « un nouveau contrat humain » comme l’écrit Antoinette Fouque, la fondatrice des éditions des Femmes et co-fondatrice du M.L.F (Mouvement pour la Libération des Femmes), un contrat dont les impératifs ne sont ni économiques, ni raciaux, ni de l’ordre de l’arraisonnement d’autrui, mais un contrat qui fait triompher en nous, autour de nous, l’universelle capacité de compassion. Et d’agir.

Laureline Amanieux.

Documents joints à cet article

Des mots pour agir, contre les violences faites aux femmes



par Laureline Amanieux (son site) jeudi 26 novembre 2009 - 16 réactions
yahoo
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(8 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Fergus (---.---.---.207) 26 novembre 2009 10:44
    Fergus

    Il est très rare que je sois en accord avec François Fillon. Toute règle souffrant une exception, j’approuve à 100 % son initiative d’ériger en grande cause nationale en 2010 la lutte contre les violences faites aux femmes. A condition qu’il ne s’agisse pas là d’une énième annonce non suivie d’effet.

    Votre article est important parce qu’il touche l’un des problèmes les plus aigus de notre société. Une société qui se prétend pourtant, par la voix de ses élus et souvent avec une insupportable suffisance, au sommet de la civilisation alors qu’elle continue d’engendrer des comportements touchant parfois à la barbarie. Merci pour cet article, et puisse la voix d’Eve Ensler et de toutes celles (et ceux) qui lui emboitent le pas, être entendue.

    A toutes fins utiles, je vous renvoie à l’un de mes récents articles « Violée, humiliée… Détruite  » qui illustrait l’un des aspects les plus sordides de cette inacceptable violence.

  • Par Bardamu (---.---.---.109) 26 novembre 2009 11:29

    « Les Monologues du vagin » !... et pourquoi pas : « Dialogue avec une verge » ?

    On sombre en plein pathos !
    Ou quand le ridicule a depuis belle lurette cesser de tuer !

    La lutte des sexes encouragée par un libéralisme à la dérive n’est là aujourd’hui que pour vouer aux gémonies une lutte des classes qu’elle souhaiterait désuète.

    Nonobstant pareilles manifestations hystériques, je pense que le délire s’essouffle, sentant sa fin venir.

    Et tandis que le vagin aboie, ma bistouquette passe, tranquillou !... insensible à ses vagissements-là !

    Le violence est économique avant d’être uniquement destinée aux femmes.
    Arrêtons cette surenchère grotesque et malsaine dans la concurrence des souffrances, des victimisations !

    Une bourgeoise féministe -formule quasi pléonastique- mérite sa baffe symbolique -réduction de ses revenus financiers !-, quand dans le même temps une caissière gagnerait à être moins malmenée -par le porte-monnaie !

    L’auteurE, il faudrait penser le social !... les coups ne viennent pas forcément d’où l’on croit, et certains vagins gagneraient à se taire, voire à soliloquer tous seuls à la maison.

    Il y a des sex toys pour cela maintenant, si un excès de réel les effraie, ces vagins-là !
    Idéologie à la Brigitte Lahaie que ceci !

    Monologue du Vagin" !... ma bistouquette se marre !

  • Par Fergus (---.---.---.207) 26 novembre 2009 11:39
    Fergus

    Vous avez tort d’en rire, Bardamu. Je n’ai pas vu la pièce, mais j’ai lu le texte d’Eve Ensler, et il est d’une rare pertinence, à la fois drôle et grave. Strictement rien à voir avec la pornographie !

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération