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Do Not Resist : un documentaire effarant sur le joug policier

Do Not Resist vient de gagner la palme du meilleur documentaire au Tribeca Film Festival. Réalisé par Craig Atkinson, il analyse le phénomène de la militarisation de la police aux USA et décrit une situation aussi effarante qu’angoissante, une force policière passée du principe de Protect and Serve à celui de Rape and Pillage .

J’ai déjà proposé un premier article sur cette situation (1) en novembre 2015 après la réaction d’Obama suite aux abus policiers et subséquentes émeutes de Camden et Fergusson. L’arrivée massive de matériel militaire aux mains des flics a de fait transformé la police en une force d’occupation, avec toutes les caractéristiques d’une telle force : violence gratuite, immunité judiciaire, pillage, racisme exacerbé et son corollaire, haine et destruction du tissu social.

La promotion de cette violence au sein de l’institution policière est rampante, s’exprimant au cours de grands colloques où des drogués de la poudre à canon tel l’officier en retraite Dave Grossman (2) envoient du lourd : « Avec quoi combattez-vous la violence ? Avec de la violence supérieure. De la violence légitime. La violence est votre outil. Vous êtes des hommes et des femmes de violence« . Les formateurs de Daech et de Boko Haram doivent dire à peu près la même chose à leurs recrues. D’autant que les épisodes violents provoqués par les policiers ont pour effet secondaire de booster leur libido, ce que le réalisateur assimile à la promesse des vierges au paradis d’Allah pour les bombes vivantes islamistes.

Le film suit une équipe policière qui monte des raids destructifs sur des maisons (de noirs ou bronzés le plus souvent) pour ne souvent rien trouver, ou quelques brins d’herbe dont la gravité est sans commune mesure avec le préjudice subit. Pire encore, le film montre comment les policiers réquisitionnent de l’argent et des biens aux personnes ainsi perquisitionnées, pour leur propre usage. Tout a fait comme n’importe quelle force d’occupation. Les cas de viols ne sont pas documentés, mais cela ne saurait tarder.

Le massacre en cours de Noirs par la police américaine s’inscrit parfaitement dans cette spirale de légitimation de principe de la violence et de son corollaire, la jouissance du passage à l’acte contre une force inférieure, la jouissance de la domination et du sang. La pulsion de mort est une réalité qui existe en chacun de nous mais nous sommes civilisés dans la mesure où nous en gardons la maîtrise et sommes capables de la sublimer. Lire à ce sujet l’article dans Libé « La fin du sublime ? » (3), qui se conclut comme suit :

« Le réel n’est pas nié, ni même évité, il est surmonté. Qu’a donc la sublimation de si dangereux pour être dans une si mauvaise passe ? Le couple refoulement-sublimation, qui caractérisait le XXe siècle, est-il en train d’être remplacé par le déni et le passage à l’acte ? Un monde qui parvient à sublimer est un monde qui prend une forme, qui n’est pas informe comme l’actuelle confusion générale destine le nôtre à l’être. »

La transformation de la police américaine en force d’occupation, associée à une droitisation violente de la représentation politique n’hésitant plus à parler d’épuration ethnique est à l’image de la période de la montée du nazisme en Allemagne. C’est déjà très grave en soi, mais cette tendance traîne dans son sillage l’espoir de tous les apprentis dictateurs de ce bas-monde qui voient en la domination policière, ou le tout-sécuritaire, la solution miracle à leurs problèmes. Une police manipulable à des fins politiciennes, une police vénale motivée par les chiffres et les primes, une police dressée à la violence et à l’obéissance envers la main qui la nourrit sont caractéristiques des régimes autoritaires. Ajoutez à cela des moyens militaires et vous créez de facto une situation de guerre où la société civile commence à réagir à la violence par la violence (ce qui s’appelait autrefois la Résistance) justifiant ainsi toujours plus de violence et l’instauration de la dictature. CQFD.

Pour une critique plus exhaustive de ce film je vous renvoie à l’article paru dans le Guardian (4), qui arrive malgré tout à conclure sur une note positive :

« Atkinson (le réalisateur, ndt), qui espère voir ce film projeté dans les académies de police à titre pédagogique, dit qu’il a aussi rencontré des policiers cherchant à se distancer de la philosophie à la Dave Grossman, réalisant qu’une telle approche est en fait aussi plus dangereuse pour eux-mêmes. Il croit que ces policiers cherchent le moyen de revenir vers leur philosophie d’origine : protéger et servir. »

 

Notes :

  1. https://rhubarbe.net/2015/11/18/surarmement-policier-ou-le-risque-de-la-force-doccupation/#more-5432
  2. http://www.grossmanacademy.com/
  3. http://www.liberation.fr/chroniques/2016/06/09/la-fin-du-sublime_1458435
  4. https://www.theguardian.com/film/2016/sep/30/do-not-resist-film-documentary-us-police-militarization

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4 réactions à cet article    


  • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 8 octobre 2016 17:26

    On ne peut pas comparer la façon de faire de la police américaine dans un pays où les armes sont en vente libre, avec celle des pays européens où le citoyen n’a pas le droit de porter une arme. Les risques ne sont pas du tout les mêmes.

    L’article n’en tient aucun compte, il est donc sans valeur.


    • V_Parlier V_Parlier 8 octobre 2016 22:10

      @Gilles Mérivac
      Ca se discute. Mais ça ne m’empêche pas de remarquer que ceux qui donnent des leçons de démocratie au monde entier à coups de bombes et de menaces feraient mieux de la mettre en veilleuse.


    • sls0 sls0 9 octobre 2016 02:11

      @Gilles Mérivac
      En Suisse qui est en Europe il y a un plus grand pourcentage d’armes qu’aux USA, les flics y sont plus corrects quand même.


    • Olivier 10 octobre 2016 10:27

      Article très excessif. Comme le dit G. Mérivac, intervenir dans des milieux où la présence d’armes à feu est presque certaine implique de prendre des précautions. S’agissant de la communauté noire américaine, il est notoire qu’elle est responsable d’une grande partie de la délinquance ; elle n’a donc pas à s’étonner de faire l’objet d’interventions policières.

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