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Eleveur laitier : un métier a multiples facettes

A l’heure de l’ouverture des EGA, après plus de 2 ans de crise dans les exploitations laitières française, on parle beaucoup des attentes des producteurs de lait et certains pensent même que ces états généraux n’ont été ouverts que pour eux.

Mais posons-nous un instant, connaissez-vous vraiment le métier de producteur de lait ? Il a multiples facettes.

D’où vient le lait ? La vache est un mammifère donc il faut qu’elle donne naissance à un veau pour commencer à produire du lait. L’éleveur est donc d’abord une sage-femme qui accompagne parfois seulement par sa présence parfois en aidant la vache, la naissance d’un veau.

L’éleveur doit ensuite être nutritionniste pour accompagner la croissance de ce veau de la naissance jusqu’à 2 ou 3 ans selon les choix de conduite du troupeau pour que ce veau femelle devienne une vache à son tour. Il doit doser et fournir les aliments nécessaires à sa croissance et son entretien tout au long de sa vie de vache

Ce veau comme sa mère a besoin de soins quotidiens : alimentation, logement dans de bonnes conditions sanitaires et de bien-être animal, soins infirmier ou vétérinaire si nécessaire.

L’éleveur doit donc être infirmier pour appliquer les soins prescrits par le vétérinaire.

L’éleveur doit être gestionnaire de stocks, organiser son assolement pour produire suffisamment de fourrage (herbe pâturée ensilée ou en foin, maïs, betterave, paille etc.) sur ses terres pour pouvoir nourrir ses animaux 365 jours de l’année.

L’éleveur doit être agronome pour travailler ses terres dans les meilleures conditions pour obtenir les rendements nécessaires.

L’éleveur doit être technicien culture pour connaitre les maladies des végétaux et intervenir si nécessaire, connaître les mauvaises herbes qui vont concurrencer ses cultures pour les détruire, apporter les nutriments (engrais minéraux et organiques : fumier ou lisier) au bon moment pour nourrir ses plantes. Il doit calculer les doses d’engrais apportées pour que la plante soit nourrie mais qu’il respecte les règles fixées par la loi.

L’éleveur doit être comptable pour gérer sa trésorerie.

L’éleveur doit être secrétaire pour écrire tous les jours ; écrire les traitements médicamenteux à ces animaux, écrire quel dose d’engrais de fumier de produits phytosanitaires il a utilisé dans son champ, déclarer les naissances, ventes d’animaux, déclarer la PAC, remplir tous les formulaires administratifs obligatoires. Tous ces écrits permettent d’assurer la traçabilité des produits achetés et vendus.

L’éleveur doit être employeur de main d'œuvre pour se faire remplacer occasionnellement ou pour avoir un complément de main d'œuvre à long terme.

L’éleveur doit être maitre d’œuvre pour concevoir des bâtiments fonctionnels pour les hommes et pour les animaux et qui respectent le bien-être des uns et des autres.

L’éleveur doit être mécanicien, plombier, électricien pour se dépanner (surtout le dimanche matin).

L’éleveur doit être gestionnaire pour programmer ses achats au meilleur prix.

L’éleveur doit être chef d'entreprise et prendre les décisions stratégiques à court moyen et long terme : programmer des investissements, embaucher à temps complet ou partiel, prendre un associé, modifier son système de production et en visualiser les atouts et le contraintes.

Et l’éleveur laitier assure la traite tous les jours de l’année, même si elle est robotisée la présence de l’éleveur est indispensable pour produire du lait de qualité tant sanitaire qu’organoleptique, qualité française reconnue par les transformateurs et les consommateurs.

Tout ceci peut sembler un inventaire à la Prévert tellement le métier d’éleveur est vaste et divers.

Malgré tout, il y a une chose qu’on ne demande pas à l’éleveur laitier : fixer ses prix de ventes. On ne lui demande pas d’être négociateur ou commercial. On ne lui demande pas d’exister au sein de la filière laitière. On ne lui demande pas d’influer sur la fixation du prix du lait. En un sens : on ne lui demande pas son avis. L’éleveur livre son lait collecté tous les 2 ou 3 jours mais ne fixe pas le prix auquel il sera payé.

Alors comment négocier quand on est seul face à de grands groupes ?

C’est la question à laquelle a voulu répondre l’AOP Sunlait. Créée en 2011, Sunlait a anticipé la loi permettant le regroupement des producteurs de lait en organisation de producteurs les OP afin de peser dans les négociations sur la fixation du prix du lait. Aujourd’hui l’AOP regroupe 12 OP réparties sur tout le territoire français. Quel est le point commun entre les 2400 adhérents de Sunlait ? Nous voulons vivre de notre métier comme tout chef d’entreprise. Alors nous nous prenons en main, et ajoutons une autre corde à nos arcs : la négociation collective.

Pour assurer la pérennité de la filière laitière française il faut que tous les maillons de la chaine puissent vivre de leur métier. C’est le cas pour les transformateurs et les GMS mais ce n’est pas le cas des producteurs de lait : ce n’est donc plus rentable de produire du lait en France. C’est pourquoi nous pensons qu’il est grand temps que la filière accepte de répartir la valeur créée à partir du lait de qualité produit dans les fermes françaises. Nous les éleveurs, sommes le premier maillon de cette filière laitière. Il faut que chacun comprenne que cette filière a besoin d’éleveurs qui vivent de leur métier et qu’elle accepte ainsi de payer à sa juste valeur le lait que nous produisons chaque jour.

C’est le travail collectif que nous effectuons dans nos OP qui nous permet d’être plus représentatifs des producteurs ; en effet en se regroupant, nous massifions l’offre de lait. Les OP permettent de co-construire des filières agro-alimentaires intelligentes ou chaque acteur s’y retrouvera économiquement et ainsi pourra restaurer un lien de confiance avec le consommateur.

Marie-Laure BECHEPOIS, membre de l'AOP Sunlait, éleveuse en Mayenne.


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1 réactions à cet article    


  • jjwaDal jjwaDal 5 août 08:41

    Je ne sais plus qui a pondu l’aphorisme disant que « Beaucoup de gens vivent de l’agriculture. Peu sont agriculteurs ». Mais je pense que ça reste d’actualité.L’essentiel du travail est en amont mais c’est la filière aval (distribution déjà) qui récolte le plus gros. Si vous pouvez réussir à vivre de ce métier tant mieux, mais bonne chance. Les dés sont pipés et vous devez le savoir.

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