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Et pourquoi pas... l’isocratie ?

Utopie d’aujourd’hui, réalité de demain.

Le partage du pouvoir à égalité entre tous, sans que personne ne puisse en abuser, cela semble bien utopique...

Peut-être. Mais, après tout, qu’est-ce qu’une utopie ? Une chose impossible à réaliser, selon l’usage courant de ce mot, ou bien, selon une approche plus historique, une création de l’esprit qui ambitionne d’explorer le champ du possible et d’en extraire des principes nouveaux susceptibles d’améliorer nos conditions de vie ?

A l’évidence, la plupart des systèmes politiques modernes ont été par le passé des utopies qui, à la faveur de circonstances particulières et par la volonté de certains, ont fini par s’imposer.

La démocratie, toujours une utopie ?

La démocratie a été pendant longtemps une utopie. Peut-on pour autant dire qu’il s’agit maintenant d’un système abouti, proche de la perfection et quasiment immuable ?

Création adaptée au fonctionnement des cités grecques au Ve siècle avant J.-C., difficilement applicable telle quelle en d’autres temps et d’autres lieux, la démocratie est redevenue une utopie au sens courant du terme pendant une très longue période.

Elle a fait sa réapparition sous une autre forme au XVIIe siècle en Angleterre, puis à la fin du XVIIIe siècle, aux Etats-Unis et en France.

De nos jours, à y regarder de près, elle s’applique de façon très différente d’un pays à l’autre. Au gré des aléas politiques, certains pays font évoluer leur Constitution ou en font une interprétation variable. Il n’y a donc, à l’évidence, ni stabilité ni universalité dans l’application du principe démocratique.

L’idéal démocratique reste donc bien une utopie qui se traduit de façon partielle dans des "versions" à la fois distinctes les unes des autres et en perpétuelle évolution. La démocratie est donc perfectible, c’est une évidence.

 

Démocratie directe ou représentative ?

Par définition, la démocratie est l’exercice du pouvoir par le peuple. Mais, si à ses débuts elle était bien directement l’affaire des citoyens tels que les Grecs les définissaient, il n’en est plus de même de nos jours.

Partout où elle s’applique, elle n’est en réalité qu’une délégation de pouvoir par représentants interposés.

Deux questions se posent alors : qui détient réellement le pouvoir ? Et quel est le véritable rôle de nos représentants ?

En France, la quasi-totalité des textes législatifs sont préparés par les experts des ministères (non élus) sous la houlette des ministres (non élus) et des conseillers de l’Elysée (non élus).

Nos représentants directs, députés et sénateurs n’ont qu’une très faible capacité d’amendement et sont, pour une part non négligeable d’entre eux, plutôt sensibles aux lobbies, aux réseaux d’influence et de toutes façons soumis à leur parti "majoritaire" par la grâce d’une représentation non proportionnelle aux sensibilités des citoyens.

Un raisonnement similaire peut être appliqué aux autres élus, conseillers généraux, régionaux, maires, etc., qui ne sont, pour une large part, que des représentants de l’Etat sous le contrôle de ses fonctionnaires locaux.

Certes, au sommet, le "chef d’orchestre" est élu directement au suffrage universel et possède une part non négligeable du pouvoir. Reste qu’un président, choisi pratiquement à pile ou face en vue d’exercer un pouvoir personnel sans pratiquement aucun contrôle, symbolise la négation même de la démocratie, quoiqu’en pense une majorité de Français depuis 1962.

Il y a donc une distance énorme entre les citoyens et ceux qui exercent réellement le pouvoir. Cette distance pourrait être beaucoup plus courte si, par exemple, nous élisions directement les experts des ministères ainsi que les ministres et si nous avions les moyens de contrôler tout ce petit monde. Ce serait par ailleurs bien plus simple et bien plus économique.

Au lieu de cela, les "représentants du peuple" n’ayant qu’un rôle et des responsabilités très limités peuvent, sans que cela pose problème, n’être que des arrivistes opportunistes, attirés par un cumul de mandarinats confortables, finalement plus proche d’une "sinécure" dont ils peuvent profiter jusqu’à 80 ans et plus, plutôt que de se comporter en véritables démocrates se donnant à fond dans LA mission que le peuple leur aurait confiée.

 

Liberté ou égalité ?

Autre sujet de questionnement, déjà soulevé notamment par Alexis de Tocqueville au XIXe siècle, comment la démocratie peut résoudre le conflit entre liberté et égalité.

Ces deux principes, mis avec la fraternité au frontispice de la République pour faire joli, restent difficilement conciliables. Poser une stricte égalité de traitement sur tous les plans à nos concitoyens anéantirait leur liberté, mais instituer une totale liberté entraînerait forcément des inégalités.

Nos démocraties naviguent à vue entre ces deux concepts et résolvent en général le problème en instaurant une base égalitaire. La loi est, en principe, la même pour tous et les besoins sociaux fondamentaux (école, soins, sécurité, etc.) sont en partie pris en charge par la collectivité.

Reste que cette prise en charge est largement remise en cause par les tenants de la liberté. Leur principal argument, la recherche de la compétitivité dans une activité économique intense, semble être un impératif intangible. Mais, en réalité, il s’agit-là d’une véritable guerre économique que se livrent les Etats, une guerre imposée par les plus riches d’entre eux, persuadés qu’ils sont de toujours gagner.

En théorie, l’opposition entre liberté et égalité pourrait se résoudre en remplaçant tous les acquis sociaux par un salaire confortable accordé à chacun, qu’il travaille ou non.

Utopie ? Tant que les Etats sont dans une concurrence économique impitoyable, c’est une évidence. Sinon, dans un système économique mondial différent, qui reste à inventer dans une époque où le travail est de plus en plus assuré par les machines, pourquoi pas ? La question vaut au moins d’être posée en ces termes.

 

Le suffrage universel, une panacée ?

Supposons que les citoyens au lieu d’élire des représentants, choisissent directement les vrais responsables, votent directement toutes les lois et créent des organismes de contrôle de l’exécutif où il siégent eux-mêmes pour vérifier la bonne application des règles ainsi que leur pertinence.

Apparemment, il semble difficile de concilier cela avec le principe du suffrage universel.

Outre les problèmes organisationnels que cela poserait, on pourrait légitimement mettre en doute la capacité des électeurs à avoir par eux-mêmes un avis éclairé sur chaque sujet.

Mais il n’est pas illégitime de se poser la même question pour la désignation des représentants, ainsi que pour ce qu’il est convenu d’appeler les référendums. Outre que bon nombre d’électeurs connaissent mal le but et les modalités de chaque scrutin (certains parlent à ce sujet d’instituer un "permis de voter"), peu d’entre eux peuvent prétendre connaître vraiment les candidats et les capacités dont ils pourront faire preuve.

De même, pour ce qui est des "sortants", peu de citoyens ont la capacité d’analyser précisément leurs bilans. En dehors d’intérêt personnel à défendre, de problèmes personnels à résoudre, l’électeur courant, bien trop éloigné des lieux de pouvoir, s’intéresse peu aux problèmes d’intérêt général et exerce rarement une activité citoyenne au quotidien.

Cet état de fait rend la tâche aisée aux démagogues, aux arrivistes sans scrupule qui appliquent avec délectation la maxime "plus c’est gros, plus ça passe" et qui n’hésitent pas à flatter chez l’électeur les sentiments les plus bas. Les exemples ne manquent pas. Le suffrage universel, tel qu’il s’applique de nos jours, n’est donc pas une panacée.

Revenons donc à l’idée de choisir directement les responsables, de voter directement toutes les lois et d’en contrôler leur bonne application.

Imaginons que l’ensemble des décisions à prendre soit réparti en des milliers de thèmes différents et que chaque électeur en choisisse librement un seul pour une durée déterminée.

Pendant cette période, il n’aura qu’un domaine à approfondir. Il pourra se prononcer le moment venu en tant qu’expert de la question, qu’il s’agisse de voter un texte, de valider ou non tel ou tel rapport, de reconduire ou non un responsable au poste qu’il occupe.

Dans cette hypothèse, le principe d’universalité du suffrage est sauf : chaque électeur se prononce dans un domaine qu’il choisit librement et au sujet duquel on ne peut douter qu’il ait la compétence ou, à défaut, la volonté de l’acquérir avant les scrutins.

Par ailleurs, le fait de limiter à un petit nombre d’années la spécialisation sur un thème rendrait impossible le lobbying et les manipulations.

 

De la démocratie à l’isocratie

Elire directement les responsables, contrôler l’exécutif, faire en sorte que cela soit toujours l’intérêt général qui prévale, asseoir la société sur des bases justes, voilà un programme alléchant.

Utopique ? Voire ! Il existe déjà dans notre pays des organismes qui font ce travail de façon embryonnaire. A travers eux, le citoyen ordinaire montre déjà l’importance de son potentiel au travers de concessions faites du bout des lèvres par les détenteurs du pouvoir.

Des commissions sont créées ici pour préparer les lois avec des membres de la société civile, des organismes indépendants sont créés là pour contrôler tel ou tel service de l’Etat, ailleurs la nomination des responsables se fait par des organismes en principe séparés de l’Etat.

Les exemples ne manquent pas, même s’il s’agit d’organismes perfectibles, à la portée souvent symbolique et parfois contestable, ils ont au moins le mérite de prouver qu’ils peuvent exister (Observatoire national de la délinquance, Grenelle de l’environnement, CSM...).

Améliorer la démocratie en progressant vers l’isocratie consisterait donc à accroître le nombre de ces organismes, à accroître leur influence, à renforcer l’action citoyenne d’associations existantes ou à créer, jusqu’à ce qu’il devienne inutile d’élire des représentants.

Il ne faut pas s’attendre à ce que ces derniers se fassent hara-kiri dans un éclair de lucidité collective. Inutile d’attendre un coup de baguette magique, une révolution ou un personnage providentiel. Nul besoin d’espérer le grand soir, nous avons les outils et la méthode sous la main, il suffirait de s’en servir dès maintenant.

A propos justement de nos représentants, il est évident qu’il existe une hypertrophie de l’appareil politique. Ajout des échelons régionaux sans allégement des structures départementales, créations des communautés de communes ou d’agglomération sans revoir le fonctionnement politique des communes, les exemples sont nombreux. A l’heure où certains veulent diminuer le nombre de fonctionnaires sous prétexte de faire des économies, les mêmes ne font aucun effort pour être eux-mêmes moins coûteux pour la collectivité.

Voilà un bon exemple de juste réforme qui ne peut être qu’imposée par le bas.

Alors, après "Assez de paroles, des actes" et après "Assez d’actes des paroles" faut-il dire "Assez parlé, réfléchissons" ? Pourquoi pas en effet, partout où c’est possible, réfléchir à la mise en oeuvre des principes évoqués ici.

Bien sûr, ce texte est trop court. Il ne présente pas tous les aspects de la question et demande des développements plus importants et plus argumentés. C’est justement l’objet du paragraphe suivant.

 

Un manifeste isocratique ?

Civilisation de l’image oblige, seuls les messages courts et simplificateurs ont un réel impact sur l’opinion du plus grand nombre.

Cela fait les délices des démagogues et de ceux qui disposent des grands médias, les uns et les autres défendant souvent des intérêts personnels convergents. Cela a surtout transformé bien des pays, à commencer par le nôtre, en simulacres de démocratie.

Aussi, il est peu probable que ce qui est exprimé ici ait un impact direct sur l’opinion publique, a fortiori s’il s’agissait d’un texte plus exhaustif.

Rejoignant l’idée que les utopies sont souvent exprimées dans une fiction, au moyen d’un artifice littéraire consistant à décrire une société idéale dans une époque et un lieu imaginaires, l’auteur de ces lignes a choisi de rédiger un ouvrage de ce type plutôt qu’un manifeste technique et froid.

L’humour y a sa place, un peu à la manière, toute modestie mise à part, de notre grand maître à tous François Rabelais.

Les grandes lignes du principe isocratique y sont exposées, ainsi que la façon dont notre société se l’est petit à petit approprié grâce à l’action obstinée que les citoyens ont su mener à l’intérieur du monde associatif.

Cet ouvrage, qui constitue donc une sorte de "Manifeste isocratique" à la portée de tous, n’a pas trouvé d’éditeur malgré trois ans de démarches. Il sera édité de toutes façons et, dans le but d’en assurer la meilleure diffusion possible, il est d’ores et déjà proposé en souscription.

Cette fiction, dont le titre est A l’Asso. du Bon Sens et dont l’auteur a choisi le nom d’emprunt de Tagor la Pie, vous est présentée ci-dessous.

 

A l’Asso. du Bon Sens

Voici donc cet ouvrage, à la portée de tous et très plaisant à lire, selon ses premiers lecteurs. La lente ascension de l’isocratie, exposée dans les moindres détails, y est mise en parallèle avec celle d’un arriviste sans scrupule bien décidé à utiliser tous les moyens pour obtenir le mandat politique qu’il convoite. Que viennent faire cette boussole et cette langouste dans l’affaire ? Pour en savoir un peu plus, visitez le site isocratie.org

par rush (son site) jeudi 15 mai 2008 - 26 réactions
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  • Par rush (xxx.xxx.xxx.114) 15 mai 2008 13:04

    Naïf est certainement le qualificatif qui aurait servi à moquer quiconque, sous Louis XIV, qui aurait prévu le suffrage universel, non ?

    Quand au reste, il y a beaucoup de réponses dans l’ouvrage cité smiley

  • Par Martin sur AgoraVox (xxx.xxx.xxx.152) 15 mai 2008 19:35
    Martin sur AgoraVox

     

    Cet article parle de la démocratie en affirmant d’une part que la France est un pays démocratique (« [la démocratie] a fait sa réapparition sous une autre forme au XVIIe siècle en Angleterre, puis à la fin du XVIIIe siècle, aux États-Unis et en France. ») et d’autre part que la démocratie ne peut être qu’une utopie (« L’idéal démocratique reste donc bien une utopie »). Les deux affirmations reflètent bien ce qui est constamment véhiculé à propos de la démocratie, mais qui est faux.

     

     

    A propos de la « démocratie » il y a en France une désinformation systématique (médias, enseignement public etc.) qui d’une part martelle sans cesse « nous sommes en démocratie » et qui d’autre part, lorsqu’il se trouve des citoyens pour réclamer la mise en place réelle de la démocratie, martelle que « la démocratie n’est qu’une utopie ».

     

     

     

    Les citoyens français, et en général les citoyens de l’Union européenne, sont victimes du lavage permanent des cerveaux de la part des politiques, qui parsèment constamment leurs discours du mot « démocratie », mais ne la mettent pas en pratique, et pour brouiller les pistes inventent des nouvelles définitions du mot « démocratie » pour se maintenir au pouvoir sous des déguisements de démocratie, eux et les cercles de pression qui les entourent. Pour ces raisons les citoyens n’y voient en effet souvent plus très clair dans ces discours à propos de « qu’est-ce que la démocratie ». 

     

     

    Il serait souhaitable que dans les écoles les cours commencent chaque jour par la définition de ce qu’est vraiment « la démocratie ». Mais les politiques ne voudront jamais que les citoyens s’éveillent en constatant que dans un pays, dont les cercles qui alternent au pouvoir prétendent qu’il est démocratique, le système mis en place est en vérité anti-démocratique.

     

     

     

    La démocratie est dans le contrôle du pouvoir par les citoyens, puisqu’en démocratie le pouvoir doit en permanence, dans ses actions, refléter la volonté de la majorité des citoyens.

     

     

    Il ne faut pas, comme c’est très souvent le cas, confondre la démocratie avec le fait de pouvoir élire les représentants. Être représentés par des députés élus selon les règles de la majorité des citoyens s’exprimant dans le secret ne signifie pas qu’on est en démocratie.

     

     

    Le concept de démocratie est ancien. La définition en a été donnée en Grèce il y a des millénaires.

     

     

    Toutes les redéfinitions, des variantes de sens, qui ont depuis été attachées au mot « démocratie » ne sont donc que des falsifications. La démocratie technocratique, la démocratie des élites, la démocratie des oligarques, la démocratie parlementaire, la démocratie participative, la démocratie représentative - tout cela sont des tentatives de masquer les diverses formes de l’oligarchie technocratique sous des dénominations « démocratie quelque chose ».

     

     

    La définition qui répond exactement et entièrement à la question « qu’est-ce que la démocratie ? » a été donnée par Aristote (384 à 322 avant JC) :

     

     

    « Le principe de base de la constitution démocratique c’est la liberté (c’est, en effet, ce qu’on a coutume de dire parce que c’est seulement dans une telle constitution que les citoyens ont la liberté en partage ; c’est à cela, en effet, que tend, dit-on, toute démocratie). Et l’une des formes de la liberté, c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant. En effet, le juste selon la conception démocratique, c’est que chacun ait une part égale numériquement et non selon son mérite, et avec une telle conception du juste il est nécessaire que la masse soit souveraine, et ce qui semble bon à la majorité sera quelque chose d’indépassable [...] De sorte que dans les démocraties, il se trouve que les gens modestes ont la souveraineté sur les gens aisés ; ils sont en effet plus nombreux, et c’est l’opinion de la majorité qui est souveraine. [...] ».

     

     

    Voici donc ce que disait cet Athénien il y a plus de 2000 ans, bien avant la Révolution française, laquelle quoi qu’on en dise n’a pas mis en place la démocratie véritable.

     

     

    Exprimées en des termes modernes, le concept de démocratie est donc simple ; les deux conditions nécessaires et suffisantes qui définissent la démocratie véritable sont :

     

    * La liberté d’opinion doit être garantie : cela signifie que les citoyens sont libres d’exprimer et de propager toutes les opinions quelles qu’elles soient.

     

    * Chaque décision politique doit être conforme aux désirs de la majorité des citoyens qui désirent prendre part à la décision.

     

     

    Il est certain qu’aucune des deux conditions n’est respectée ni en France ni dans l’Union européenne.

     

     

    Cependant, la démocratie véritable n’est à présent plus une théorie utopique mais est depuis plus d’un siècle devenue une réalité. Certes pas en France, ni dans aucun des États membres de l’Union européenne. Mais il existe pourtant un État européen qui poursuit l’idéal de se rapprocher le plus possible de la démocratie véritable.

     

     

    Donc le modèle démocratique à suivre existe et a été rodé et amélioré depuis longtemps.

     

     

    Avec son système politique basé sur la démocratie directe et avec son organisation fédérale, la Confédération Helvétique pourrait être un modèle pour les États membres de l’Union européenne et pour les instances de l’Union européenne (Commission européenne, Conseil de l’Union européenne) qui ont pris l’habitude de prendre des décisions non conformes à la volonté de la majorité des Européens.

     

     

    Sur les questions fondamentales - la constitution etc. - les citoyens suisses ont la garantie que toute décision sera prise uniquement et obligatoirement après le vote direct des citoyens. Sur les questions qui ne sont pas fondamentales, les citoyens suisses ont la garantie que sur leur demande, donc suite à une initiative des simples citoyens, toute loi peut être soumise à la votation directe de tous les citoyens.

     

     

    La démocratie véritable, qui est donc dans la pratique basée sur la démocratie directe - avec la possibilité donnée aux citoyens de déclencher les référendums - n’élimine pas les éléments de « démocratie représentative » ni les éléments de « démocratie participative ». La démocratie directe laisse aux uns et aux autres la possibilité de faire des propositions et laisse aux politiques la responsabilité de gérer les affaires de la communauté au quotidien. Mais elle exerce sur les politiques et sur les lobbies (c’est à dire sur les groupes de pression) le contrôle permanent du respect de la règle démocratique : « pour toutes les questions qui touchent la communauté c’est la volonté de la majorité des citoyens qui décide ».

     

     

    La démocratie véritable, la démocratie directe, cela ne signifie pas une société qui est gérée uniquement par référendums. Le droit aux référendums d’initiative citoyenne est le droit donné aux citoyens d’intervenir lorsqu’ils estiment que la règle fondamentale de la démocratie n’est pas respectée, la règle qui est la suivante : « pour toutes les questions qui touchent la communauté c’est la volonté de la majorité des citoyens qui décide ». Lorsqu’il y a un doute, toute décision politique doit POUVOIR être soumise à la validation. Mais cela NE signifie PAS que toutes les lois sont OBLIGATOIREMENT rédigées d’après les référendums. Il suffit d’observer le système politique suisse pour comprendre les mécanismes de prise de décision : les politiques professionnels (exécutif/législatif, gouvernement/ parlement) et leurs décisions y ont leur place et les votes directs (« référendums ») d’initiative citoyenne n’interviennent que lorsque les citoyens ont un doute et veulent vérifier concernant certaines décisions politiques quelle est la volonté démocratique de la majorité des citoyens.

     

     

    Dans le contexte de démocratie directe, dont un dispositif important est la garantie de référendums, y compris les référendums d’initiative citoyenne, les politiques ne s’aventurent pas à prendre des décisions qui sont manifestement contraires à la volonté démocratique de la majorité des citoyens. Les politiques sont ainsi obligés d’agir en respectant la démocratie. Et quand ils ne la respectent pas ils s’exposent au risque d’être rappelés à l’ordre au moyen de référendum déclenché suite à l’initiative des citoyens.

     

     

    La véritable démocratie ne se situe ni à droite, ni à gauche, ni à l’extrême droite, ni à l’extrême gauche. La véritable démocratie ne cherche pas à favoriser telle ou telle autre idéologie économique, la véritable démocratie met en application de façon impartiale uniquement les décisions voulues par la majorité des citoyens, quelles qu’elles soient, ainsi en Suisse certaines décisions peuvent d’après les critères français être qualifiées de gauche, d’autres de droite.

     

     

    Mais les politiques qui nous gouvernent, en France et dans l’Union européenne, ne veulent pas de démocratie. Dans le système politique actuel en France et dans l’Union européenne les politiques sont élus, ensuite ils prennent des décisions, écrivent des lois, signent les traités internationaux, engagent des dépenses que des générations futures devront rembourser etc., sans vérifier si la majorité de la population est d’accord avec chacun de leurs actes, et même souvent en sachant que la majorité de la population n’est certainement pas d’accord avec certains de leurs actes.

     

     

     

    Ce commentaire risque par sa longueur d’avoir l’ampleur de certains articles, mais je souhaite encore répondre à la question suivante posée par un commentateur : la majorité a-t-elle toujours raison ?

     

    De façon collective, la masse des citoyens n’est pas souvent génératrice d’idées constructives. Certaines grandes idées qui apportent le progrès à la communauté viennent d’individus qui sont capables d’exposer leur vision, de l’argumenter et de convaincre les citoyens. Ces individus font progresser l’humanité parfois en étant au départ contre l’opinion du plus grand nombre. Mais il est important que ces individus n’imposent pas leurs idées contre la volonté de la majorité des citoyens : ils doivent convaincre les citoyens et c’est toujours l’opinion du plus grand nombre qui doit décider. Car si c’est une minorité, qui s’octroie le nom de « l’élite », qui décide, alors nous sommes dans une dictature.

     

     

     

    La démocratie véritable est gage de stabilité sociale. Là où la véritable démocratie est déjà en place, avec les référendums garantis aux citoyens, comme c’est le cas depuis longtemps en Suisse, existent la stabilité politique et la paix civile. En Suisse existent historiquement deux religions chrétiennes et quatre langues officielles. Les cantons suisses appliquent certaines lois ou règlements locaux, mais la plupart des lois et les orientations de politique générale sont décidées et appliquées au niveau fédéral. Le dispositif politique suisse doit sa stabilité et sa légitimité, et le peuple suisse doit sa bonne entente, à la garantie offerte aux citoyens de disposer de référendums d’initiative populaire au niveau des cantons comme au niveau fédéral. Quel autre État avec plusieurs religions et plusieurs langues se permettrait-il de demander à tous les citoyens conscrits et réservistes de conserver chacun chez soi son arme de guerre avec munitions de combat ? La Suisse se le permet, elle ne craint pas les émeutes, parce que son système politique a depuis longtemps éliminé les tensions sociales par la voie de la démocratie directe, par les référendums.

     

     

    Concernant ce sujet comme concernant les autres questions qui relèvent des décisions politiques, les articles que l’on peut écrire, sur AgoraVox ou ailleurs, peuvent-ils amener les politiques qui sont au pouvoir à respecter les règles fondamentales de la démocratie véritable ? Cette question est analysée dans l’article « La France et l’Union européenne face aux citoyens : comment obtenir la démocratie ? » qui a été publié sur AgoraVox.

     

     

    Quelles actions faut-il entreprendre pour obliger enfin les politiques au pouvoir à mettre en application la démocratie véritable, la démocratie dans laquelle chaque décision politique répond aux souhaits de la majorité des citoyens qui se sentent concernés par la décision ?

     

     

  • Par Traroth (xxx.xxx.xxx.129) 15 mai 2008 14:22
    Traroth

    "Reste qu’un président, choisi pratiquement à pile ou face en vue d’exercer un pouvoir personnel sans pratiquement aucun contrôle, symbolise la négation même de la démocratie" : Je ne suis pas d’accord avec ça. C’est uniquement un problème parce que les citoyens ne s’informent pas, mais votent malgré tout. On ne le répétera jamais assez : si la politique ne vous intéresse pas et que vous refusez de vous informer, ne votez pas ! Tous les spots appellant au civisme en votant sont de la poudre aux yeux : ils poussent à voter des gens qui ne comprennent rien, ce qui provoque un étalement théoriquement aléatoire des votes, mais en réalité biaisé par les budgets communication des différents partis/candidats. Bref, dire aux gens "voter est un devoir civique" est une escroquerie qui permet de doper les partis ayant le plus gros budget communication. C’est une escroquerie, car le devoir civique, c’est de voter en s’étant suffisamment informé auparavant, en comprenant pour quoi on vote.

  • Par Traroth (xxx.xxx.xxx.129) 15 mai 2008 18:34
    Traroth

    Une déclaration des dévoirs de l’Homme... C’est une idée intéressante.

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