Je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais été un inconditionnel d’Eva Joly. L’expression de cette opinion somme toute admissible va déclencher, j’en suis persuadé, de nombreuses protestations sur ce blog comme si marquer de la distance à son égard revenait à ne plus croire en la morale publique, à douter de la vertu et à dénigrer la justice. C’est le tour de force qu’a réussi cette femme. Instiller dans les têtes qu’elle absente, la justice française a forcément sombré. Qu’elle présente, le combat éthique est gagné et que ses simplismes parfois fulgurants vont faire gagner la République. En effet, il s’agit d’un véritable exploit car à analyser le fond de ses interventions et de ses déclarations, il est facile d’en faire le tour et personne n’a mal à la tête en cherchant à les retenir. C’est fait d’une démagogie subtile où les puissants et les riches ont toujours tort, où leur corruption est évidemment présumée et où la justicière flamboyante qu’elle rêve d’être s’appuie sur son existence contrastée pour tenter de nous démontrer qu’elle a plus de légitimité que tout autre pour gouverner la France.
Parce que le comble, c’est qu’on en est là. Il paraît, selon Daniel Cohn-Bendit, que c’est pratiquement fait pour "Eva" en ce qui concerne l’élection présidentielle de 2012. Elle sera la candidate des Verts et d’Europe Ecologie puisque Cécile Duflot - que j’apprécie mais je n’ai rien à dire dans ce débat - semble accepter une distribution des rôles qui laisserait à notre ancienne collègue la place prédominante (Le Monde, jdd.fr). Quel immense bonheur sans doute pour Eva Joly dont la modestie ostensible et toute récente cache mal le regard flatteur qu’elle porte sur elle !
Je n’aurais pas éprouvé le besoin de mettre un peu d’acidité dans l’eau bénite qui ces dernières semaines, est déversée par les médias en général les plus lucides sur la personnalité d’Eva Joly, si un portrait d’elle par Sylvia Zappi dans le Monde 2 n’avait pas attiré mon attention. Techniquement bien fait par une journaliste de talent, il n’était pourtant qu’un hymne sans aucune fausse note à la gloire d’Eva, parée de qualités dont à l’évidence, pour certaines, elle était dépourvue quand elle foulait le terrain judiciaire. Pour quel motif était-il nécessaire de brosser une image aussi superbement sulpicienne et humainement invraisemblable ? Mon interrogation était d’autant plus vive qu’un petit texte complémentaire de Jacques Follorou - un heureux syndrome de l’investigation sur la "Brise de mer" ? - lui prêtait tout de même des failles minimes mais il allait de soi, au regard de l’esprit de la page, que l’idole n’avait pas à être écornée. Un autre exemple, plus ancien, confirme cette intuition. L’excellent Jean-Michel Thénard nous a offert dans Le Canard enchaîné, pourtant dans "Prise de bec", un portrait à l’eau de rose d’Eva !
Il me semble que trois raisons sont susceptibles d’expliquer ces hyperboles constantes sur Eva Joly "la politique".
La première tient au fait - outre que sa personnalité véritable n’est pas appréhendée, dissimulée qu’elle est par son armure publique - qu’un hiatus a été décrété entre son activité judiciaire et son rôle politique. Les ombres d’hier ont été occultées au profit des superficialités brillantes d’aujourd’hui. On a décidé de nous offrir une Eva Joly qui serait née avec l’écologie, délestée de ce qu’elle était et qui pesait !
La deuxième, c’est que les médias ont une verve, une intelligence et une objectivité sans pareilles quand il s’agit de plonger dans l’anti sarkozysme et de vilipender les ministres qui, il faut l’admettre, pour la plupart, y mettent du leur ! Un millième de cet esprit lucidement critique appliqué à l’opposition et à ses représentants emblématiques rétablirait l’équilibre et Eva Joly, comme d’autres, aurait droit à des éloges plus nuancés et à des descriptions plus plausibles. On porte aux nues ce qui fait feu sur Sarko et au nu ce qui le soutient. La lutte est inégale entre une inconditionnalité de principe et une démolition confortable. Personne ne la voit président de la République mais on fait comme si. On joue avec elle. On lui permet de s’idolâtrer.
La dernière consiste à nous "vendre" Eva Joly. Comme si avant l’heure il fallait nous intoxiquer et nous persuader que la France n’attend qu’elle. Autant la morale publique constitue le point terriblement faible de ces trois années de présidence, autant le recours à Eva Joly comme redresseuse de torts et dispensatrice de bienfaits républicains me paraît aléatoire au regard de sa personnalité. La présidence bling-bling d’hier ne mérite pas d’être remplacée demain par une démocratie tristement puritaine. Je préfère les impurs de bonne foi et de bonne volonté aux purs corsetés, tout armés et autoproclamés (car je n’ose penser que la mise en examen et la mise en détention puissent être une preuve de cette intégrité !).
J’ose à peine soutenir qu’Eva Joly a des défauts. Qui se donne le droit de le dire ?

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Article sympathique mais en définitive peut être un peu inutile. 1 Ce qui est dit ici pourrait (...)
23/08 09:55 - eric"J’ose à peine soutenir qu’Eva Joly a des défauts. Qui se donne le droit de le dire (...)
23/08 00:47 - LeManuAh ! Elle est compétente ? Il ne suffit pas de prétendre quelque chose pour pour que cela soit (...)
22/08 23:44 - GnagnagnaHUMOUR TRES CHUISSE cf Vlad de 16 ans
22/08 22:32 - brieli67@Vilistia, Pas la peine de chercher votre passeport. Marine présidente n’aura jamais une (...)
22/08 22:31 - 65beve
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