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Florence Cassez, Française ou condamnée ?

Les coups de menton inopportuns ne font mal qu'à ceux qui en usent.

Depuis plusieurs jours, Florence Cassez est revenue au premier plan de notre actualité. Condamnée à soixante années de prison par les autorités judiciaires mexicaines, pour complicité d'enlèvement et séquestration, elle n'a pas eu gain de cause dans son dernier recours. Immédiatement, un soutien fort s'est manifesté qui a culminé par la réception à l'Elysée des parents de Florence Cassez et de son avocat Me Frank Berton.

Il est difficile pour moi de traiter d'un sujet qui tient terriblement à coeur à mon ami Berton, remarquable et infatigable avocat. Mais je ne vais pas aborder la question de l'innocence de Florence Cassez. Pour parler brutalement, seules trois personnes y croient absolument : ses parents et Me Berton. Pour ma part, en dehors de la confiance que j'accorde à ce dernier - mais défendre c'est aussi noblement s'abuser, non ? -, je ne dispose d'aucun élément qui me permettrait d'être sûr de sa culpabilité ou du contraire (Le Figaro, Le Monde, Mediapart, France 2).

Aussi, ce qui m'importe, c'est de tenter de déterminer les raisons pour lesquelles la diplomatie judiciaire mise en oeuvre au plus haut niveau semble outrancière ou inadaptée. J'ai l'impression qu'avec Florence Cassez, on n'a pas cessé d'être dans la confusion, dans une forme d'ambiguïté qui renvoie d'ailleurs à beaucoup de précédents concernant le sort malheureux de Français à l'étranger. S'agit-il de venir systématiquement en aide aux citoyens français dès lors qu'ils sont accablés par un destin hostile, qu'ils aient été condamnés ou simplement victimes d'aléas malencontreux ? S'agit-il au contraire de s'impliquer dans un combat où sans véritable connaissance on cherche à toute force à démontrer l'injustice d'une condamnation et donc la certitude d'une innocence ? Parce que, selon le registre choisi, la démarche de l'Etat, si ce dernier estime de son devoir de s'engager à ce point, ne peut pas être la même.

La France a-t-elle d'ailleurs privilégié l'une des branches de l'alternative ou bien s'est-elle efforcée, à ses risques et périls diplomatiques, de jouer sur les deux tableaux à la fois ? S'attacher à porter assistance à notre compatriote et, en même temps, battre en brèche la démocratie mexicaine qui l'aurait peu ou prou condamnée de manière inéquitable. Le premier objectif, qui paraissait être le plus légitime et le plus efficace, au fil de l'actualité s'est trouvé réduit au profit du second qui, pourtant, cumulait le double désavantage d'humilier le Mexique et d'être quasiment impossible à atteindre, sauf à espérer un revirement miraculeux de la justice mexicaine.

En effet, comment analyser autrement l'entrée dans un rapport de force, dans une escalade dont la première marche serait déjà excessive, quand Michèle Alliot-Marie d'emblée menace de supprimer l'Année du Mexique en France ? Attitude dénoncée si justement, et il a été l'éclaireur, par Vincent Jauvert (nouvelobs.com). Quoi d'autre qu'une terrible blessure d'amour-propre national pouvait résulter de ce décret extrême, d'ailleurs vite amendé mais le mal était fait. Ensuite, la mise en cause de l'Etat de droit mexicain, comme si nous étions une démocratie parfaite en face d'une justice "en voie de développement", n'a fait qu'aggraver un processus infiniment mal engagé. Evident que pour se situer dans le registre de l'innocence de Florence Cassez, de telles poussées d'hostilité étaient non seulement inutiles mais contre-productives.

J'ose soutenir que l'apothéose dans l'imprudence a été proposée par le président de la République quand il a manifesté l'intention de dédier cette Année du Mexique en France - dont le Mexique, et ce n'était pas inattendu, s'est retiré - à Florence Cassez ! Qu'on songe à la condamnée ou à la Française, aux crimes reprochés ou à la malheureuse enfermée, cette dédicace me semble relever plus d'un élan démagogique, d'un hommage inopportun et dangereux que du coeur qui, républicain, a tout de même le droit d'être lucide. Quoi qu'ils pensent de Florence Cassez, dans leur for intérieur combien de Français sont enthousiasmés d'être ainsi mis à contribution dans cette aventure où la France en fait trop et le Mexique forcément de moins en moins (20 Minutes) !

En réalité, à l'encontre de ce tintamarre, de cette diplomatie de "la mentonnière", pour satisfaire la seule finalité plausible - faire exécuter la peine par Florence Cassez en France, quelles que soient les disparités, non insurmontables, entre les deux pays pour la nature des sanctions -, il aurait convenu de faire preuve de modestie et de retenue. La moindre des choses aurait été de ne pas venir avec une parole ostensiblement conquérante pour persuader un pays, qui la détient, de nous faire retour d'une Française. Florence Cassez l'a bien saisi qui en exprimant son angoisse a dissuadé les arrogants et les imprudents qui voulaient encore plus "se payer" le Mexique et donc l'accabler, elle, encore davantage. Me Berton aussi qui, malgré l'intensité de ses répliques judiciaires, n'a jamais rendu tout compromis impossible sur ce plan.

Il est encore temps de choisir clairement. Dans le silence et la discrétion, parvenir à faire revenir Florence Cassez en France. Ou continuer, dans le bruit et la fureur, à prétendre faire disculper une condamnée au Mexique.




par Philippe Bilger (son site) mercredi 16 février 2011 - 88 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Fergus (---.---.117.126) 16 février 2011 10:12
    Fergus

    Bonjour, Philippe.

    Comme vous l’avez souligné, personne ne sait véritablement si Florence Cassez est coupable ou innocente des faits qui lui sont reprochés. Une chose semble pourtant établie : elle n’a pas bénéficié de procès équitable et la peine à laquelle elle a été condamnée semble disproportionnée.

    Pour autant, rien ne justifiait l’emballement médiatique de ces derniers jours et l’incroyable arrogance dont on fait preuve Alliot-Marie puis Sarkozy vis-à-vis d’un pays souverain. Une attitude totalement irrresponsable et à l’évidence contreproductive, Calderon ayant, grâce aux rodomontades françaises, réussi à ressouder l’opinion mexicaine derrière lui alors qu’il était en grande difficulté politique.

    Dans cette affaire, seule Florence Cassez a eu raison : il fallait à l’évidence ne pas braquer le Mexique et travailler dans l’ombre diplomatique à son transfert en France. Mais de cela, Sarkozy n’a cure car ce qu’il cherchait, dans cette affaire comme dans l’affaire Laetitia, c’est bel et bien jouer sur l’émotion pour en tirer un avantage personnel dans l’opinion publique.

    Ce type est une plaie pour notre pays, et une plaie chaque jour un peu plus douloureuse !

  • Par impertinent3 (---.---.37.185) 16 février 2011 10:55
    impertinent3

    J’ai quand même un peu de mal à comprendre comment F. Cassez a pu vivre plusieurs mois en intimité avec le chef d’un gang de kidnappeurs, dans une ferme isolée dans laquelle sont détenues près d’une dizaine de personnes sans s’apercevoir de rien.

    Soit elle est d’une bêtise à bouffer de la paille, soit ...

    Maintenant, que Sarko fasse le pitre à ce propos, rien d’étonnant, c’est son attitude habituelle.

    À cause de ses pitreries, maintenant il est devenu impossible que F. Cassez soit transférée en France.

    Une solution avait été évoquée, une grâce présidentielle mexicaine. Le président mexicain considérant qu’avec 5 ans de prisons elle a payé sa dette (si tant est qu’elle a une dette à payer, ce que, ne connaissant pas le dossier en détail, j’ignore). À cause à cause des rodomontades de Sarko, cette grâce est devenue totalement impossible.

    Si F. Cassez passe les 55 prochaines années de sa vie en taule au Mexique, elle le devra en bonne partie au pantin qui occupe l’Élysée.

  • Par cedric11 (---.---.180.97) 16 février 2011 10:19

    Sinon pour réagir, je reste EBAHI (et le mot est faible) que Nicolas Sarkozy ne réalise pas qu’en se montrant aggressif, ça ne peut que braquer le Mexique. Même un gosse de 5 ans le comprendrait ! C’est fou ! On ne vient pas donner des leçons à un pays et le lendemain demander le transfèrement, ça n’a aucune chance d’aboutir, c’est même exactement ce qu’il faut faire pour obtenir un refus.

  • Par Imhotep (---.---.42.113) 16 février 2011 10:58
    Imhotep

    écrire ceci Les coups de menton inopportuns ne font mal qu’à ceux qui en usent est très mal venu car en l’occurrence ces coups de menton ne font pas de mal qu’à ceux qui en usent mais aussi à Florence Cassez en particulier et à la France en général. Voilà à quoi amène la volonté de faire un éclat par une phrase quand bien même le reste de l’article est juste.


    N’oublions pas non plus qu’à propos du silence concernant Nicolas Sarkozy sur la révolte tunisienne, celui-ci déclarait qu’il n’intervenait jamais dans les affaires intérieures d’un pays souverain (voici donc la preuve que c’est faux, et lorsqu’il le fait c’est une catastrophe) et que toute honte bue et tout cynisme en pleine voile, il demande à tous de se calmer quand lui-même a jeté de l’huile sur le feu.

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