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Accueil du site > Tribune Libre > France, question(s) allemande(s). Par Yvonne Bollmann

France, question(s) allemande(s). Par Yvonne Bollmann

Commencé en novembre 2014, cet article consacré à deux cas de propagande ethniciste allemande en France est resté inachevé toute l’année 2015. En regard des attentats islamistes perpétrés sur notre territoire, son objet pouvait sembler de moindre importance. Mais il n’y a plus lieu d’attendre. À l’heure où se répand la crainte d’une dislocation de la société française, voire de la France elle-même, l’ethnicisation n’est pas moins menaçante que l’islamisation. Fondée sur des textes comme la convention cadre pour la protection des minorités nationales et la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, c’est sans drame apparent qu’elle mine la cohésion nationale depuis les années 1990. Par la régression politique et civilisationnelle qu’elle engendre, elle ouvre la voie à plus régressif encore, et plus violent.

Travail de terrain

Vingt ans après la mort de Khaled Kelkal à Vaugneray (Rhône) en septembre 1995, M. Le magazine du Monde a publié un article sur ce « premier djihadiste made in France (…) bien avant Mohamed Merah, Amedy Coulibaly ou les frères Kouachi » [1]. Ses années d’enfance et d’adolescence apparaissent comme un « plaidoyer pour une intégration réussie ». Bon élève en primaire et au collège, le jeune Khaled est admis dans l’un des meilleurs lycées de Lyon. La suite survient telle une fatalité : « C’est pourtant là qu’il ressent ses premières frustrations. Très vite, il décroche. »

On apprend dans cet article qu’ « un sociologue allemand a saisi à l’époque l’état d’esprit du jeune homme » lors d’un entretien réalisé en 1992 [2] : Dietmar Loch, qui prépare alors « une thèse intitulée “Les politiques municipales vis-à-vis des minorités ethniques en France” ». En immersion à Vaulx-en-Velin plusieurs mois de l’année, il est « gentiment surnommé “Deutschmark” par ses sujets d’étude ». Les auteurs notent qu’ « encore aujourd’hui, il suffit de croiser son regard perçant, sans être inquisiteur, pour comprendre comment Kelkal a pu se livrer aussi intensément ».

L’expression « minorités ethniques » ne figure pas dans l’intitulé de la thèse que Dietmar Loch soutiendra en 1998 à Giessen (Allemagne) - « Jugendliche maghrebinischer Herkunft zwischen Stadtpolitik und Lebenswelt. Eine Fallstudie in der französischen Vorstadt Vaulx-en-Velin » - pas non plus dans la traduction française qu’il en donne, d’où a disparu la notion d’entre-deux : « La mise en œuvre de la politique de la ville et le ‘monde vécu’ des jeunes issus de l’immigration maghrébine. Une étude de cas à Vaulx-en-Velin » (traduction littérale : Jeunes d’origine maghrébine entre politique de la ville et “monde vécu”. Une étude de cas à Vaulx-en-Velin). Mais ce travail de recherche a bien été mené dans le cadre d’un programme de formation doctorale consacré, sous la direction du politologue allemand Claus Leggewie, à l’étude comparée des politiques communales « relatives aux minorités » en Europe occidentale [3].

Dietmar Loch n’ignorait pas qu’en France, la catégorie « minorité ethnique » reste hors du champ politique, comme en témoigne entre autres son article de 1993 « Jugend, gesellschaftliche Ausgrenzung und Ethnizität in der Banlieue. Das Beispiel Vaulx-en-Velin » (Jeunes, exclusion sociale et ethnicité dans les banlieues. L’exemple de Vaulx-en-Velin), une première synthèse de son enquête de terrain dans le Grand Lyon [4]. Il y écrit que le « modèle d’intégration » français est fondé sur la conception de la nation comme « plébiscite de tous les jours » (Renan), qu’il trouve sa légitimité, au nom de valeurs universelles, non dans des communautés définies ethniquement, mais dans le citoyen en tant qu’individu. Il n’en affirme pas moins la nécessité d’une politique relative à ces « minorités », et dénonce la « tabouisation de l’ethnicité qui règne dans les institutions ». Lorsqu’il se demande, en 1995, dans son analyse du cas Kelkal (voir note 2), ce que signifie « faire aujourd’hui une étude sur les minorités en France », il répond dans le même registre : « (…) il ne se passe pas de jour où les débats nationaux ne soient marqués par les conflits concernant l’identité nationale et les problèmes ethnico-culturels. Il suffit de lire les journaux : Front national, affaire du foulard islamique, intégrisme, etc. Mais, au sein des institutions, ces thèmes restent tabous. Le représentant des institutions françaises ne connaît que les “jeunes” ».

En 2007, dans Intégration et égalité des chances, un glossaire français-allemand-anglais publié par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, Loch écrira de même qu’ « en France, l’idéal républicain du modèle d’intégration ne permet pas le développement d’une politique prenant en compte - au moins d’une manière explicite - les problèmes liés à l’origine ethnique » [5]. Ce que le sociologue allemand attribue à l’influence du tabou n’est que la mise en œuvre du texte de la Constitution, qui assure « l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion ».

Les spécialistes

Parmi les activités plus récentes de Dietmar Loch, il y a eu en 2010 la « co-organisation (avec Virginie Guiraudon) de la première Midterm Conference du Research Network RN32 Political Sociology de l’Association Européenne de Sociologie (ESA) sur le thème : Citizenship and Democracy : Membership, forms of participation, within and across European territories, Université Lille II, 4 - 5 novembre 2010, http://www.europeanpoliticalsociology.eu/Lille-Interim-Conference.php » [6]. Étant coorganisateur de ce colloque « Citoyenneté et démocratie », il ne pouvait ignorer que l’auteur de la communication sur « les revendications des minorités ethniques en Pologne », Joanna Jasiewicz, était chercheur associé à l’European Centre for Minority Issues (ECMI), le Centre européen pour les questions relatives aux minorités créé en 1996 par les gouvernements du Danemark, d’Allemagne et du Schleswig-Holstein [7]. L’ECMI, qui s’est occupé de la Corse dès 1998, travaille jusqu’aujourd’hui main dans la main avec la FUEN/FUEV (Federal Union of European Nationalities/Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen), comme le montre une information du 8 juillet 2016 sur un projet commun dans les Balkans de l'Ouest [8].

UFCE - FUEV - FUEN

La préoccupation ethniciste apparaît également chez Loch en 2015, dans la préparation du colloque franco-canadien « Immigration et diversité ethnoculturelle au Canada et en Europe : l’exemple de la Région Rhône Alpes et du Québec », financé par une subvention de 15 000 € reçue par le programme CMIRA (Coopération et mobilité internationales Rhône Alpes) et organisé par Pacte et l’Université du Québec à Montréal/UQAM (CRIEC/ Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté) [9]. C’est comme si l’évocation répétée d’une place officielle due à l’ethnicité en France se voulait prophétie autoréalisatrice. Notons que la politique linguistique de la Région Rhône Alpes [10] s’est distinguée par l’intervention au Conseil Régional Rhône-Alpes, le 15 octobre 2013, lors du colloque « Quel avenir pour nos langues ? », de Georg Kremnitz, qui a présenté l’ouvrage Histoire sociale des langues de France élaboré sous sa direction (Presses Universitaires de Rennes, 2013). Il sera reçu au Sénat par Jean-Paul Bel le 5 mars 2014, avec les autres membres du collectif auteur [11]. Ce romaniste allemand, spécialiste de philologie romane, héraut en France de l’occitanisme, est l’un des trois membres du comité d’édition de la revue Europa Ethnica, qui a été pendant plusieurs décennies l’organe officiel de la FUEV [12].

L’ethnicisation pour tous, « minorités » issues de l’immigration…

Venons-en à l’entretien de Dietmar Loch avec Khaled Kelkal. Quelques-unes des questions posées par le sociologue sont tendancieuses, relevant de cette obsession de l’ethnicité qui vaut programme politique. Il parle ainsi de « préjugés » pour résumer ce que le jeune homme vient de dire quant à la mentalité partagée par tous au sein du « groupe homogène » qu’était sa classe au collège, et qu’il n’a pas retrouvée au lycée où « c’était un peu froid » malgré la bonne entente avec ses nouveaux camarades. Kelkal se souvient : « Eux, ils n’avaient jamais vu dans leur classe un Arabe, comme ils disent franchement, tu es le seul Arabe et, quand ils m’ont connu, ils m’ont dit : “Tu es l’exception”. » Il n’y a là ni rejet ni critique de sa personne par les autres pour arabité, ni revendication spécifique de sa part à ce sujet, c’est juste la description d’un fait. Loch, pourtant : « Au collège, il n’y avait pas ces préjugés ? » Kelkal : « Non, rien. ». Puis, désormais orienté vers cette piste : « Bon, c’est sûr que les Français n’avaient pas les mêmes principes, mais quand même, ils s’adaptaient, et nous aussi on s’adaptait, on ne voyait pas trop la différence. » Parle-t-il vraiment, s’agissant du lycée, d’une forme de discrimination à son égard pour différence « ethnique », ou est-ce plutôt un comportement de tous envers tous ? : « Aider, au collège, c’était un plaisir, mais au lycée, non. Vous aviez un trou de mémoire, ils vous disent rien, ils cachent. »

Quand Loch demande : « Y a-t-il des regroupements ethniques dans vos quartiers ? », Kelkal semble prendre conscience d’un fait qu’il n’avait pas perçu comme tel et dont il ne parlait pas en ces termes : « C’est vrai que les Noirs sont surtout avec les Noirs. Mais quand le Noir a besoin de quelque chose, il parle super bien avec l’Arabe. Mais sinon, les Noirs traînent ensemble. Les Arabes et les Portugais, ils traînent ensemble aussi. » Lui voit plutôt en rapports de classe, tant parmi ses camarades de lycée - « au lycée, dans ma classe, il y avait que les riches » - que pour les gens de Vaulx-en-Velin « qui n’habitent pas dans des ZUP ». Interrogé ensuite quant à l’importance pour lui de sa « culture d’origine », le jeune homme dit qu’ « il faut différencier culture et religion », et ne retient que le volet religieux, sans se soucier non plus d’origine ethnique : « Je ne suis ni arabe, ni français, je suis musulman. » [13] C’est son sentiment religieux qui semble le rendre insensible aux assignations à résidence dans l’ethnicité, dans l’ethnoculturel. Peut-être était-il, dans cette indifférence, plus français qu’il ne le croyait, lui qui parlait des Français comme s’il n’en avait pas été un lui-même.

Dietmar Loch faisait doublement erreur lorsqu’il disait, en un curieux jeu de miroir : « C’est en tant qu’étranger que j’ai fait des recherches sur les étrangers en France ». Il a qualifié Khaled Kelkal de « Franco-maghrébin », celui-ci ne pouvait donc pas être considéré comme un étranger en France [14]. Et lui, le sociologue, n’était pas non plus un étranger quelconque, mais un Allemand qui posait des questions inspirées par la conception allemande de la nation [15]. Sa situation fait penser à celle de l’émigré-immigré que lui et Jacques Barou ont évoquée dans l’éditorial d’un numéro de la Revue européenne des migrations internationales portant sur « Migrations, transnationalisme et diaspora : théorie et études de cas » [16]. Se référant au sociologue Abdelmalek Sayad, ils écrivent qu’ « il était pour lui impensable de faire abstraction du lien qui rattachait les immigrés au territoire dans lequel ils avaient été socialisés ou d’ignorer les trajectoires qu’ils avaient vécues avant leur installation dans le pays où ils résidaient », que « pour être de nature plus souvent idéelle que réelle, le lien entre les espaces de départ, de transit et d’arrivée n’en influence pas moins le rapport de l’émigré-immigré aux sociétés auxquelles il participe ». Le face-à-face de Loch avec Kelkal témoigne de ces manifestations du transnationalisme.

… et « minorités » autochtones

Un cas semblable d’ingérence allemande pour l’ethnicisation de la France s’est manifesté les 20 et 21 novembre 2014 lors du colloque « Situations de plurilinguisme et politiques du multilinguisme en Europe », qui s’est tenu à la Maison Heinrich Heine de la Cité Universitaire de Paris le premier jour, à l’Université Paris-Ouest Nanterre-La Défense le lendemain [17]. C’était dans la communication de Christian Läpple sur la « promotion du multilinguisme par la participation de minorités linguistiques ». Le long titre initialement annoncé était celui de la thèse [18] qu’il avait soutenue en mai 2014 à l’Université catholique d’Eichstätt-Ingolstadt (Bavière) [19], des « réflexions stratégiques et recommandations pour les actions à entreprendre, à partir de la situation en Espagne et en France » étaient une partie du sujet. Si l’auteur y a traité particulièrement des Catalans et des « Occitans », c’est parce que la situation des premiers« peut être qualifiée d’exemplaire, et est donc un modèle pour de nombreuses autres minorités nationales en Europe », et que, par contraste, les seconds apparaissent comme « l’un des membres les plus faibles parmi les minorités nationales d’Europe », un critère de comparaison étant le « degré de vitalité » des langues dites minoritaires (p. 24 - 25). Comme chez Dietmar Loch, il y a déni de la conception française, non ethnique, de la nation.

La communication de Christian Läpple est un condensé de sa thèse, de même inspiration ethniciste, guidée par la conviction qu’ « on ne peut laisser chaque État décider par lui-même s’il y a ou non sur son territoire national tel groupe de nationalité étrangère, ce qui lui permettrait de nier la présence de cette minorité et de contrevenir ainsi aux obligations de droit international » (p. 90, note 375). Dans la version écrite qu’il en a distribuée aux auditeurs présents, il signale qu’« en France n’existent officiellement ni minorités linguistiques ni langues minoritaires », mais que « ces notions sont d’usage courant dans le discours scientifique ». Il avait expliqué dans la thèse qu’il utilisait la notion de minorité(s) nationale(s) pour désigner des « minorités ethniques, linguistiques et culturelles », « en référence à la terminologie des documents de droit international de la politique européenne relative aux minorités » (p. 13, note 9). Il s’appuyait entre autres sur le « Dictionnaire de la protection des minorités en Europe » [20] de Gabriel N. Toggenburg et Günther Rautz [21], paru en 2010, qu’il mentionne également dans sa communication. Les deux auteurs écrivent qu’ « assimiler la notion de minorité linguistique à “minorité nationale” ou à “groupe ethnique” (Volksgruppe) est justifié dans la plupart des cas », que ces notions tirent leur légitimité d’éléments essentiels de « la communauté de souche (Abstammungsgemeinschaft) vécue consciemment en tant que telle (…) ». Dès sa parution, Toggenburg et Rautz ont présenté leur ouvrage dans le cadre de l’Institut du droit des minorités de l’European Academy of Bozen/Bolzano (EURAC). La vice-présidente de la FUEV a participé à cette manifestation [22].

EURAC, Institut du droit des minorités

Dans le texte de la communication, tout comme dans sa thèse, Läpple emploie le mot Volksgruppe, et se trouve donc à l’unisson avec la FUEV (V, pour Volksgruppe, communauté, groupe ethnique). Le fait que ce mot est utilisé aujourd’hui avec autant de naturel en France, qu’il a eu droit de cité lors de ce colloque à Paris, alors qu’il aurait dû cesser d’exister après 1945, rester relégué dans la LTI, la Lingua Tertii Imperii décrite par Victor Klemperer, révèle une certaine efficacité du prosélytisme ethniciste. Le mot figure également, autre exemple, dans un appel à communications pour un colloque du DAAD (Office allemand d'échanges universitaires) en ligne sur le site du Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne : « États et groupes ethniques (Staaten und Volksgruppen) », aux prises avec les évolutions et événements actuels, y sont mis sur le même plan [23]. Est-ce avec la caution des établissements [24], tous français, membres du CIERA ?

OSCE 2016, année allemande

Cette année, après une première fois en 1991, c’est l’Allemagne qui exerce la présidence tournante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, avec trois priorités : « Renouveler le dialogue, rétablir la confiance, restaurer la sécurité ». La « dimension humaine » est au centre des préoccupations du gouvernement fédéral, en particulier « la situation des minorités en période de crise de même que leur contribution positive à l’intégration sociale et leur potentiel de trait d’union dans les relations interétatiques » [25]. Le ministre des Affaires étrangères en avait déjà parlé le 2 juillet 2015 devant le Conseil permanent de l’OSCE, dans sa présentation des trois « piliers » de la future présidence allemande : « Aujourd’hui, à l’Est comme à l’Ouest, le continent européen est très, très divers.Dans des États modernes, les minorités devraient être protégées, pour qu’elles rassemblent les sociétés plutôt que de les diviser » [26].

Le 26 mars 2015, à Berlin, lors de la cérémonie pour le 60ème anniversaire des Déclarations de Bonn-Copenhague sur le statut des minorités allemande et danoise de part et d’autre de la frontière entre le Danemark et l’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier avait érigé en modèle cette politique des minorités réussie et « ses propositions résonnant bien au-delà de l’Allemagne et du Danemark ». Il avait fait l’éloge de la ville de Flensburg (Schleswig-Holstein), devenue « un lieu central pour la question des minorités à l’échelle internationale », avec le siège de l’European Centre for Minority Issues (ECMI) et celui de la Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen (FUEV), « qui s’investit pour les droits d’environ 300 minorités nationales en Europe », avant d’ajouter : « Nous allons mettre votre expertise au service de notre politique étrangère ! » [27] Un mois auparavant déjà, Ralf Beste, le directeur suppléant de l’état-major de planification du ministère des Affaires étrangères, s’était rendu auprès de la FUEV pour préparer cette collaboration à trois [28].

À gauche de l'image : Hans Heinrich Hansen et Astrid Thors

La FUEV n’est pas qu’un simple figurant dans cette séquence. Lors d’une réunion « à haut niveau » sur la « contribution de l’OSCE à la protection des minorités nationales », les 29 et 30 octobre 2015, elle avait été la seule ONG européenne invitée, en la personne de Hans Heinrich Hansen, son président [29]. Il s’agissait de faire un état des lieux dans les différents États, sous l’angle, entre autres, que proposent les « Recommandations de Bolzano/Bozen » élaborées en 2008 à l’initiative de Gabriel N. Toggenburg [30]. À cette occasion, Astrid Thors, Haut-commissaire de l’OSCE pour les minorités nationales, un poste créé en 1992, a exprimé toute son estime envers Hansen. Le 18 mai 2016, à « Breslau/Wroclaw », c’est elle qui prononcera le discours d’ouverture du Congrès annuel de la FUEV [31]. Hansen : « Nous sommes heureux que le Haut-commissaire Astrid Thors ait accepté, pour partager avec nous ses expériences et ses idées sur la protection des minorités en Europe ». Dans un communiqué du 17 mai 2016 relatif à ce congrès, Hartmut Koschyk, Chargé des questions des rapatriés et des minorités nationales au gouvernement fédéral, a fait savoir que « dans le cadre de la présidence allemande de l’OSCE, le ministère allemand des Affaires étrangères a demandé à la FUEV d’étudier et de définir le rôle des minorités nationales en tant que constructeurs de ponts entre les États, afin d’ouvrir la voie à des solutions internationales en Europe. » [32]

Conclusion

Avec « l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion », la France est sûrement moins désunie que si elle était engagée dans un processus de soumission étranger à sa culture politique et à son histoire. En essayant de nous diviser, pour mettre les citoyens issus de l’immigration d’un côté, les autochtones de l’autre, et tous au service de la dislocation, les ethniciseurs nous font prendre conscience de l’unité nationale, ce bien précieux. L’été 1792, les manifestes de Brunswick, qui voulaient effrayer, ont provoqué l’inverse, et ce fut Valmy.

Yvonne Bollmann, universitaire, auteur de La tentation allemande (1998), La Bataille des langues en Europe (2001), Ce que veut l’Allemagne (2003)

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[1] M Le magazine du Monde, 19 septembre 2015, p. 65 - 70.

[2] Le 3 octobre 1992 à Vaulx-en-Velin. Texte de l’entretien et analyse du cas Kelkal par Dietmar Loch sur https://upvericsoriano.files.wordpress.com/2009/06/dossier-khaled-kelkal.pdf

[3] http://clerse.univ-lille1.fr/IMG/pdf/ausfuhrlicher_lebenslauf_dl.pdf p. 3 et http://clerse.univ-lille1.fr/IMG/pdf/cv_detaille_dl.pdf p. 4.

[4] Dans Frankreich - Jahrbuch 1993 (p. 99 - 115), une publication annuelle du Deutsch-Französisches Institut (dfi, à Ludwigsburg).

[5] http://www.ofaj.org/sites/default/files/OFAJ_Glossar_Internet_0.pdf p. X-XI. Coauteur : le sociologue Didier Lapeyronnie. Copie.

[6] http://clerse.univ-lille1.fr/IMG/pdf/cv_detaille_dl.pdf p.10. Voir le programme de ce colloque sur http://ireenat.univ-lille2.fr/pages-actualites/detail-article/archive/2012/november/article/colloque-du-ceraps-4-et-5-novembre-2010-ceraps-conference-november-4th-5th-2010.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=334cHash=1fb0f356df Plusieurs contributions ont pour thème les minorités ethniques, par exemple « Ethnic Citizenship Regimes. Europeanisation, Post-War Migration and Redressing Past Wrongs in Germany, Hungary and Poland » (Aleksandra Maatsch), « Ethno-cultural boundaries of citizenship. The cases of Ireland and Romania » (Costica Dumbrava).

[7] http://www.ecmi.de/press/details/ecmi-participates-in-conference-on-citizenship-and-democracy-154/ et http://www.ecmi.de/about/about-ecmi/about-ecmi-german/ Sur l’histoire de l’ECMI, voir http://www.ecmi.de/about/history/

[8] http://www.infoecmi.eu/index.php/from-schleswig-holstein-to-western-balkans-a-new-project-launch/ Sur la Corse : http://www.ecmi.de/about/about-ecmi/starting-ecmi/ et edoc.vifapol.de/opus/volltexte/2009/1428/pdf/report_5.pdf (copie). FUEN/FUEV : Federal Union of European Nationalities/Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen : à la FUEV, un processus d’anglicisation est en cours, nationality est moins parlant que Volksgruppe. Sur son site internet, le français a quasiment disparu. Avant, on y parlait de l’UFCE, pour : Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes, confondant en un seul E « ethnique » et « européen ». Le Conseil de l’Europe travaille en lien étroit avec la FUEV, l’UFCE y reste présente dans les textes, voir par exemple http://www.lecanardrépublicain.net/IMG/pdf/document.pdf, p.1. La langue de travail de l’ECMI est l’anglais.

[9] http://clerse.univ-lille1.fr/IMG/pdf/cv_detaille_dl.pdf p. 8. Pacte [Politiques publiques, ACtion politique, TErritoires] est une unité mixte de recherche du CNRS, de Sciences Po Grenoble et de l’Université Grenoble Alpes.

[10] http://www.ddl.ish-lyon.cnrs.fr/led-tdr/pageweb/sources/RA_LR_RAPPORT_09.11.450.pdf (copie) et http://icar.univ-lyon2.fr/projets/ledra/documents/Deliberation_du_conseil_regional.pdf (copie)

[11] http://languebretonne.canalblog.com/archives/2014/02/16/29227158.html

[12] http://www.europaethnica.at/upload/EE_3-4_2015_iv.pdf (copie) et http://www.europaethnica.at/about/redaktion

[13] https://upvericsoriano.files.wordpress.com/2009/06/dossier-khaled-kelkal.pdf. Parlant de l’Iran, Kelkal met à part les chiites, qui « ne sont pas des musulmans » : « Et même le chiisme a été créé par un juif. Parce qu’à l’époque, les juifs, ils étaient tellement repoussés, ils avaient peur de mourir. Qu’est-ce qu’ils ont créé ? Une sorte de secte, le chiisme, pour pouvoir s’intégrer avec les Arabes. Et à partir de là, eux, ils ne sont plus des musulmans. » (p. 9).

[14] L’écrivain algérien Salim Bachi a rappelé que « ce garçon était français », voir http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20120326.OBS4584/mohamed-merah-ressemble-beaucoup-a-khaled-kelkal.html

[15] Allemand « de naissance », Dietmar Loch est Français depuis le 17 octobre 2012 - http://clerse.univ-lille1.fr/IMG/pdf/ausfuhrlicher_lebenslauf_dl.pdf p. 3.

[16] https://remi.revues.org/5714, 2012, p. 7 - 12.

[17] http://www.maison-heinrich-heine.fr/fr/colloque-plurilinguisme/

[18] https://opus4.kobv.de/opus4-ku-eichstaett/frontdoor/index/index/docId/195 cliquer à droite sur Dissertation Christian Läpple

[19] Cette université est « la seule université catholique de l’espace germanophone ». Elle propose un double cursus intégré franco-allemand en sciences politiques, en partenariat avec l’Institut d’Études Politiques de Rennes. Voir http://www.ku.de/fileadmin/sciencespo/pdf/ueberblick_b_m.pdf

[20] ABC des Minderheitenschutzes in Europa, 2010. Rita Süssmuth (CDU), ancienne présidente du Bundestag et ancien ministre fédéral, en a écrit la préface. Gabriel N. Toggenburg est depuis 2009 responsable de programmes de recherche (droit) à l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne.

[21] Voir par exemple http://www.adz.ro/meinung-und-bericht/artikel-meinung-und-bericht/artikel/diversitaet-verantwortung-und-reichtum-zugleich/, ainsi que http://www.eurac.edu/en/research/autonomies/minrig/publications/Documents/EDAP/Lebenslauf%20Toggenburg%20Gabriel%20N.pdf (p. 1, II. Experience) à propos de l’European Yearbook of Minority Issues, l’une des publications de l’ECMI.

[22] http://www.eurac.edu/en/research/autonomies/minrig/Pages/newsdetails.aspx?entryid=101314

[23] http://www.ciera.fr/ciera/coalescence-or-collapse. Cliquer sur CFP – Langfassung, « Volksgruppe » est employé p. 1, dernière ligne. Dans la version anglaise : « communities ». Le colloque aura lieu à Washington en décembre 2016.

[24] http://www.ciera.fr/ciera/spip.php?page=groupe_mot&id_groupe=19

[25] http://www.osce.org/fr/cio/218171?download=true

[26] http://www.auswaertiges-amt.de/DE/Infoservice/Presse/Reden/2015/150702-BM_OSZE.html?nn=339100. Peut-être une allusion à la France, cet État moderne ouest-européen peuplé de prétendues minorités ethniques ?

[27] http://www.auswaertiges-amt.de/DE/Infoservice/Presse/Reden/2015/150326_BM_Bonn_Kopenhagener_Erklaerung.html

[28] https://www.fuen.org/de/news/einzelansicht/article/german-foreign-affairs-minister-steinmeier-pleads-for-dialogue-trust-and-stronger-participation-of-civil-society-in-the-osce/

[29] http://www.osce.org/odihr/182056?download=true et https://www.fuen.org/de/news/einzelansicht/article/fuen-president-hans-heinrich-hansen-in-vienna-the-basic-principles-for-successful-minority-policy-are-equality-and-genuine-dialogue-among-equals/. Le successeur de H.H.Hansen à la tête de la FUEN a été élu le 22 mai 2016, Loránt Vincze, un « Allemand de Roumanie ».

[30] www.osce.org/hcnm/33633 ?download=true

[31] https://www.fuen.org/de/kongresse/congress-2016/programme/. En pdf. Copie.

[32] https://www.fuen.org/de/kongresse/congress-2016/news-pressemitteilungen/ et http://www.bmi.bund.de/SharedDocs/Kurzmeldungen/AUSB/DE/fuev-kongress-2016-breslau.html


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5 réactions à cet article    


  • Steini 20 août 2016 16:58

    Comme d’habitude, Mme Bollmann confond causes et conséquences, et place son propre nationalisme jacobin (pléonasme) au-dessus de tout, notamment des Droits de l’Homme les plus primordiaux des minorités linguistiques régionales dont elle nie jusqu’à l’existence en France !

    Ce n’est pas le respect scrupuleux de ces droits spécifiques et collectifs des minorités régionales allophones qui « disloque les états », mais le fait qu’ils sont (ou qu’ils ont longtemps été) sauvagement bafoués et piétinés par les dictatures linguistiques. Les peuples heureux ne se rebellent pas. Il n’y a pas de séparatisme en Suisse, car les droits fondamentaux des minorités régionales francophones, italophones et romanches y sont parfaitement respectées, la France par contre est de loin le pays occidental qui a, à très juste titre ! , le plus de mouvements séparatistes sur son sol, et ce n’est pas du tout du fait de son trop grand respect des droits linguistiques de ses propres minorités régionales allophones (Bretons, Corses, Basques, Occitans, Catalans, Flamands, Alsaciens-Mosellans), dont elle nie jusqu’à l’existence, bien au contraire !!!

    Enfin, pourquoi Mme Bollmann ne condamne-t-elle jamais les droits linguistiques, culturels et politiques spécifiques et collectifs des minorités régionales francophones à l’étranger (dialectophones Québécois, patoisants ’Acadiens’, Wallons, Romands, Valdotains) ?

    Ne faudrait-il pas commencer par là !

    Ce qui est valable pour les minorités régionales allophones de France, ne devrait-il pas l’être également poules minorités régionales francophones à l’étranger !

    La France ne peut pas continuer de défendre hypocritement les droits linguistiques, culturels et politiques spécifiques et collectifs des minorités régionales francophones à l’étranger, notamment le « droit inaliénable’ des dialectophones Québécois à, je cite : »une société distincte du reste du Canada anglophone« , basée sur le particularisme régional de »l’exception culturelle francophone« , lorsqu’elle n’y soutient pas carrément le séparatisme ethno-linguistique : »Vive le Québec libre !«  »la Wallonie manque à la France !", tout en niant ces mêmes droits linguistiques et culturels à ses propres minorités régionales allophone, ainsi que tout droit à l’autodétermination. Quelle imposture, quelle duplicité ! 


    • jimilib (---.---.140.249) 23 août 2016 19:25

      Si les promesses de la France pour l’Alsace avait été tenues, mises en pratique et donc respectées dès 1918, il y aurait partout sur le territoire national DEVOIRS ET DROITS à une véritable intégration à tout contexte local !!!
      Toute culture, et outil de communication naturel a ses importances et utilités, et est aussi le prolongement des territoires de nos pays partenaires.
      Chacun, chacune, quelle que soit l’origine, aurait pu jouer de manière naturelle ses rôles de trait d’union SI on avait en pratique les Valeurs que la France dit représenter, mais que sa république, républicaine, empêche !
      Les positions et opinions de cette Dame, Bollmann, sont insoutenables, et indéfendables !
      La seule « intégration », « ... », au national monolinguisme est lui-même un échec historique, car comment expliquer autrement le rejet de cette Etat républicain exclusivement francophone par les anciennes populations sous administration française, le rejet du PAYS dit des Droits de l’Homme ?!

      - Général JOFFRE (le 24 novembre 1914 à Thann) : « la France vous apporte, avec les Libertés qu’elle a toujours représentées, le respect de vos libertés à vous, des libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions, de vos mœurs » (engagement repris par le président de la République Raymond POINCARÉ en 1915)

      - Paul DESCHANEL, président de la Chambre des députés et futur président de la République (le 11 novembre 1918 à Paris) : « C’est toute la France (...) qui, respectueuse de vos traditions, de vos coutumes, de vos libertés, de vos croyances, vous apporte toute sa gloire »


      • Wirsher 25 août 2016 21:52

        Joli pamphlet nationaliste.


        • Wirsher 26 août 2016 09:16

          « L’égalité républicaine » (ou plutôt l’uniformité nationaliste) :

          - Une langue a tous les droits
          - Toutes les autres langues n’en ont aucune (en sachant pertinemment que ça entraine leur extermination)

          - Une région au milieu concentre tous les pouvoirs
          - Toutes les autres régions n’en ont aucun, et ont donc un PIB/hab. 2 fois moins élevé.

          Protégeons cette France héritée du monarchisme, des méchants voisins fédéralistes (qui ont l’outrecuidance d’officialiser la langue française dans la Sarre en ultime provocation).

          Le nationalisme français a le monopole de la bienveillance.

          MDR


          • Steini 27 août 2016 14:04

            on attend toujours encore une réaction de Mme Bollmann contre les Volksgruppen francophones à l’étranger (dialectophones Québécois, patoisants Acadiens, Wallons, Romands, Valdotains) qui s’imaginent qu’ils doivent bénéficier de droits linguistiques, culturels et politiques spécifiques et collectifs, au nom du « droit inaliénable » des minorités régionales francophones à l’étranger à, je cite « une société distincte » du reste de leurs pays respectifs (Canada, Belgique, Suisse, Italie) fondée sur le particularisme régional de « l’exception culturelle francophone ».

            Quelle détestable démonstration de « communautarisme ethno-linguistique » et de « repli identitaire passéiste », selon les critères jacobins de Mme Bollmann !!!

            On pardonnera à Mme Bollmann de ne pas être de l’avis des défenseurs des Droits de l’Homme les plus primordiaux des minorités linguistiques régionales opprimées de France, dont elle nie hypocritement jusqu’à l’existence, mais on ne pardonnera pas à Mme Bollmann de ne pas être de son propre avis lorsqu’il s’agit des minorités régionales francophones à l’étranger !

            Si Mme Bollmann condamne la reconnaissance publique et la coofficialisation des langues régionales en Bretagne, en Corse, au Pays Basque, en Catalogne du Nord, en Occitanie, en Flandre et en Alsace-Moselle, pour être crédible Mme Bollmann doit condamner dans la même phrase la reconnaissance publique et la coofficialisation des langues régionales dans les provinces du Québec, ’d’Acadie’, de Wallonie, de Romandie et du val d’Aoste.

            Tout le reste n’est qu’imposture et double-standard !

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