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Accueil du site > Tribune Libre > Jusqu’où iront-ils pour sauver les paradis fiscaux ?

Jusqu’où iront-ils pour sauver les paradis fiscaux ?

Dans une émission de « là-bas si j’y suis », Daniel Mermet s’entretenait avec l’auteur d’un livre intitulé « les 600 milliards qui manquent à la France », Antoine Peillon. Cet ouvrage décrit comment les riches de ce pays (qu’ils soient particuliers ou entreprises) sont encouragés (par les commerciaux des banques installées dans des paradis fiscaux) à pratiquer l’évasion fiscale qui leur permet de payer moins (ou pas) d’impôts. Ces sommes, qui auraient dues être taxées en France et investies sur le territoire, représentent en gros selon l’auteur quelques 600 milliards d’euros, ou de 30 à 40 milliards d’euros par an.

Ce scandale des paradis fiscaux, que nombreux dénoncent tout haut sans jamais rien y changer, pourrait permettre de penser qu’en récupérant ces sommes la situation financière de notre pays s’améliorerait considérablement (songez un peu 30 ou 40 milliards par an, tout ce qu’on peut faire avec !), et c’est avec une certaine naïveté toute humaine que certains imaginent déjà le PS (Parti SOCIALISTE) prendre le parti de faire cesser cette fraude immense plutôt que de s’acharner sur les fraudeurs du RSA (calculez un peu combien il faut de fraudeurs pour arriver à 30 milliards…)…

Mais c’est sans compter la deuxième partie de l’explication de cette gigantesque arnaque : car tout en sachant que les pauvres sont déjà exsangues et que les riches cachent leur argent dans des paradis fiscaux (ils savent très bien qui et combien, et où), nos gouvernants semblent tout de même préférer -contre toute logique économique- taxer les pauvres que de faire payer les riches… Et tout cela malgré que les pauvres sont bien plus nombreux que les riches, et que le système électoral fonctionne encore selon le principe « un homme une voix ».

Comment peuvent-ils donc faire à la fois ce choix qu’on pourrait dire politiquement « suicidaire » (faire payer peu beaucoup de pauvres plutôt que de faire payer beaucoup peu de riches) et se faire élire quand même par ce peuple dont ils ne servent pourtant pas les intérêts ?

C’est que les choses ne sont pas simples. Bien que conscients du fait que les riches qu’ils protègent sont effectivement responsables de la misère des pauvres qui les élisent, ils sont contraints pour se faire élire de rechercher le soutien des riches en promettant le leur aux pauvres… Car si le peuple a (encore) le pouvoir d’élire le chef de l’Etat, les riches possèdent celui de le lui conserver. Aujourd’hui propriétaires d’empires commerciaux colossaux, les Français les plus riches du pays qui possèdent l’énergie, le transport, la santé, le commerce, le BTP, et surtout les médias sont en même temps les responsables de la majeure partie de l’évasion fiscale dont souffre le budget national. Mais sans leur soutien (y compris dans le financement des campagnes à ce qu’il semblerait…), un candidat hostile (pour de vrai) à leurs agissements ne saurait gouverner, si par malheur il arrivait au pouvoir.

Mais ce cas de figure n’a que très peu de chances de se produire (ce que nous constatons aujourd’hui en France avec nos deux présidents hier ennemis et aujourd’hui « main dans la main »), car d’une part les riches trouveront toujours un candidat corruptible pour les défendre, et d’une autre le système électoral tel qu’il fonctionne empêche à peu près certainement un tel candidat d’accéder au deuxième tour (voir vote utile). Ainsi il devient pratiquement impossible au peuple de se révolter contre un gouvernement qu’il croit avoir élu démocratiquement (puisqu’on lui dit qu’il l’a choisi librement). Et de plus, le fait que le statut pénal du chef de l’Etat semble prévoir a priori dans la Constitution que les actes commis par lui durant sont mandat bénéficient d’une immunité totale est à souligner : c’est une anticipation de la corruption de ces derniers une fois élus. Avec comme corollaire l’impossibilité pour le peuple de se repentir de son choix autrement qu’en attendant 5 longues années supplémentaires de sacrifices…

L’essentiel pour les hommes politiques se résume donc non pas à tenir les promesses qu’ils font au peuple mais simplement de faire en sorte qu’il ne s’aperçoive pas tout de suite qu’on l’a trompé, pour ne pas qu’il se révolte. Pourquoi croyez-vous donc que, d’habitude si prompts à se jeter sur les moindres rumeurs de malversations financières, les ennemis de Nicolas Sarkozy aient été si discrets sur le soupçon (lourdement étayé pourtant) de financement illégal de sa campagne en 2007 ?

Personne dans ce petit monde corrompu n’a intérêt à ce que ces choses-là se sachent, car cela remettrait en cause non seulement les élections de 2007 et la légitimité de son président, mais aussi et sûrement toute la vie politique de droite comme de gauche depuis des décennies…

Mais on ne sait jamais. Les nouvelles technologies de l’information troublent aujourd’hui un peu le jeu monopolistique de leurs médias surpuissants, car elles permettent de transmettre l’information presque sans contrôle, et à une vitesse folle. Maintenant, et grâce à ce genre de révélations qui permettent de mieux comprendre les liens qui unissent la politique et l’argent, les gouvernants vont devoir tomber les masques et faire un choix, car autrement bientôt les Denis Robert et autres Antoine Peillon vont se multiplier jusqu’à faire s’effondrer leur forteresse qui se fissure déjà : il leur faudra supprimer un jour soit les paradis fiscaux, soit… la démocratie !

Car la démocratie, même imparfaite, peut devenir un ennemi dangereux dont il faut se méfier, ou qu’il faudra peut-être éliminer. Imaginez un instant qu’on en arrive un jour à établir publiquement la corruption de nos élites à travers les paradis fiscaux, qu’on s’aperçoive que les chambres de compensation sont le lieu de blanchiment de tous les trafics et de tous les crimes, imaginez que les citoyens se rendent compte que s’ils ne réussissent pas à boucler leurs fins de mois ce n’est pas parce qu’ils sont les victimes de l’immigration ou des fraudeurs à la petite semaine mais parce que tout un système de corruption s’est développé de manière scandaleuse et injuste, sur des sommes colossales, avec la complicité des gouvernants élus par eux et sur le dos des plus faibles et des plus nombreux dont ils font partie. Imaginez un instant qu’on s’aperçoive qu’en France comme ailleurs ceux qui se plaignent d’être trop taxés sont en réalité ceux-là mêmes qui ne payent pas leurs impôts dans leur pays, et que non contents de retirer aux citoyens les fruits de leur labeur ils exigent en plus des peuples qu’ils remboursent une dette dont ils ne sont, en définitive, pas responsables…

Que ferait alors le peuple ? N’exigerait-il pas la fin des paradis fiscaux ?

Mais cela est impossible voyons, car la fin des paradis fiscaux ferait s’écrouler tout le système capitaliste dans son ensemble. Le monde entier sombrerait dans le chaos, il faudrait tout reprendre à zéro… Et si la société ne sait pas vivre sans l’argent, elle sait très bien comment se passer… de la démocratie !

Caleb Irri
http://calebirri.unblog.fr


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14 réactions à cet article    


  • MdeP MdeP 9 mai 2012 13:10

    MdeP @ caleb irri

    MAIS CELA EST POSSIBLE, VOYONS.

    • reprendrelamain reprendrelamain 9 mai 2012 13:13

      « Et si la société ne sait pas vivre sans l’argent, elle sait très bien comment se passer… de la démocratie ! »

      j’ai moi aussi écouter cette émission à la radio, votre article est très intéressant et pose les bonnes questions mais il me tarde de lire celui qui nous dira comment on sort de cette impasse... 


      • xbrossard 9 mai 2012 17:34

        @reprendrelamain


        simple : puisse qu’ils ne veulent plus de la démocratie si elle s’immice dans leur affaire d’argent, c’est qu’elle pose problème : il faut donc forcer la démocratie dans ce domaine, c’est à dire dans l’économie.

        Mettez un système de pouvoir partagé selon les employés par entreprise en fonction de sa valeur économique et vous aurez résolu la plupart des problèmes :

        plus d’évasion « caché » puisque le responsable serait repéré
        plus de complicité avec chantage à l’emploi du comptable (« vous êtes viré si vous ne faite pas ce que je dit ») car le licenciement serait soumis aux votes des employés
        plus de salaire mirobolant des patrons puisque les salaires seront aussi décidé conjointement...et donc plus besoin de mettre des impôts forts qui paraitront injuste puisque l’équilibrage se fera en amont

        cout de cette décision : 0 euro

      • Rensk Rensk 9 mai 2012 17:57

        Surprenant, vous connaissez Bâle III ? Vous devez trouver vers les 7% de fonds propre pour les banques de l’UE, la Suisse a obligé les deux « trop big to fail » de porter ce fond de garantie a 19 %... si ont veux ont peu !


      • Rensk Rensk 9 mai 2012 21:28

        Bon, personne n’a encore remarqué que c’est un truc... très lobbyiste qui s’est passé = L’or pour : Banques ; Argent pour : Assureurs ; Bronze pour : Administrations (multiples exæquo) ...

        La Suisse est en train de préparer « les reins » des plus grandes banques du pays et disons « des quelques »premiers« du monde ; les viennent »en-suite« ...

        Ne venez plus avec le secret bancaire ; un de nos droit viens d’être noyé pour l’étranger, un autre nous taxe pour combattre la chute anormale de l’€... (et vous osez toujours encore prétendre le contraire en France ???)

        J’attends de votre nouvel élu qu’il mette en place des gens connaissant au mois le titre du »résumé« ...

        PS : Ne cherchez pas a traduire »les reins", http://www.vulgaris-medical.com/dossier/rein-et-formation-de-l-urine-15/rein-et-formation-de-l-urine-15.html


      • credohumanisme credohumanisme 9 mai 2012 13:29

        Parlant de la taxe sur les transactions financières, j’avais évoqué (www.credohumanisme.com) la possibilité de pratiquer un taux différentiel de taxation
        - entre pays « zone Tobin »
        - entre « zone Tobin » et « pays normal »
        - entre « zone Tobin » et paradis fiscal.

        Encore faudrait-il que l’on parvienne à une authentique TTF. 
        Yaka ou focon ...


        • alain_àààé 9 mai 2012 16:03

          comme je l ais déja expliqué nous avons un exemple avec le responsable des airbus vu qu il été a lé tete de cette entreprise il a revendu toutes ses actions et mis dans sa poche 1 milliard.IL a bien été entendu par la justice mais relaché.
          je m excuse d avance mais les hauts fonctionnaires qui gérent le pays sont d abord des mémes écoles et pour simplifier je dirais que dans une classe d éléves on pourrait dire qu une partie de la classe prennent une idéologie de droite et le reste de gauche.et je suis d accord avec l auteur il n y a pas de difference tout le monde touche des actons des enrtreprises et surtout des actionnaires trés virulents.et je terminerais par le pourcentaage d enfants surdoues qui est de 90/100 que ces messieurs ne veulent pas que la cerise leurs echappent


          • Brontau 9 mai 2012 16:16

            BJR Calebirri, votre lecture m’a fait penser à ce pauvre Rocard, qui, parfois saisi d’éclairs de lucidité, hélas inintelligibles ce qui fait qu’on comprend juste le contraire de ce qu’il a déclaré, avait bien posé le problème, pour faire passer des mesures d’austérité à ce point excessives ( même pour lui !), il faut une dictature militaire (ou autre). Si même lui le reconnait, alors je ne crois pas qu’on exagère en craignant, à plus ou moins long ou court terme une telle issue. Si la dictature financière (Grèce, Italie) ne suffit pas, alors ?


            • doctorix doctorix 9 mai 2012 16:47

              Nous avons, pour modifier cela, au moins deux modèles à suivre :

              Le Venezuela, qui est pour cela tellement calomnié : ce que nous disent les média à ce sujet est totalement faux, c’est un pays qui, grâce au charisme et à la pugnacité de Hugo Chavez a réussi cette utopie, malgré tous les obstacles.
              L’Islande, qui réussit à se sortir du pétrin grâce à une forte mobilisation populaire et une nouvelle constitution.
              Mais il y en d’autres, dont l’évocation vous ferait hurler, intoxiqués que nous sommes par la presse aux ordres : la Libye, et même la Syrie, en font ou faisaient partie : pourquoi croyez-vous qu’ils sont tellement diabolisés ? Si j’osais, j’y ajouterais bien Cuba et l’Iran, mais là, vous allez me tuer. Pourtant, et j’en suis tout surpris moi-même, c’est la conclusion de mon travail objectif de recherches depuis deux ans...Faites ce travail vous-mêmes, et vous aboutirez aux mêmes conclusions. 
              Ou alors, ce n’est pas la peine de protester contre nos dérives actuelles : continuez à croire vos chers média, et qu’il n’y a pas de solution.

              • jesuisunhommelibre jesuisunhommelibre 9 mai 2012 18:53

                S’il fallait choisir d’aller habiter au Venezuela, à Cuba, en Egypte ou en Tunisie avant leur révolution, en Syrie ou en Iran d’un coté.

                Et en Australie, en Suède, au Canada, en Nouvelle-Zélande, au Pays-Bas, en Suisse, en Autriche ou au Chili.

                Pour ma part, je n’hésiterais pas l’ombre d’une seconde. Vous choisiriez les premiers étant de étatiste, et moi les second étant libéral.

                L’important, c’est d’avoir le choix


              • Rensk Rensk 9 mai 2012 18:08

                En raccourci : quand Chavez a nationalisé... les espagnoles ont été très fâché et ont fait « bouger » l’UE pour menacer le Venezuela et son Président élu...

                Dès qu’il s’agissait du Brésil qui a lui aussi nationalisé un truc d’Espagne après Chavez... L’UE dit : Nous ne pouvons rien faire, nous sommes impuissants !!! (Qu’ils trouvent les pilules bleues de Kadhafi smiley )


                • jesuisunhommelibre jesuisunhommelibre 9 mai 2012 18:47

                  L’urgence, c’est d’abord de transformer cet enfer fiscal.

                  Petit rappel de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

                  Article II

                  Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

                  Article XIV

                  Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

                  Cette nécessité n’étant pas démontrée, puisque l’Etat s’arroge le droit d’accorder des subventions à certains (banques, industries ...) financées avec l’argent des autres, d’accorder, selon son bon vouloir, la possibilité à certains d’exercer une profession au détriment d’autres (taxi, pharmacie ...), tenter alors d’échapper à cette spoliation organisé, devient si ce n’est un devoir, tout au moins un droit.

                  Le langage courant l’intègre parfaitement puisque l’on parle de « Paradis » fiscal. Or « paradis » à toujours une connotation positive.

                  Ceux qui sont condamnables, ne sont pas ceux qui cherche à atteindre le paradis, mais à ceux qui créer l’enfer !


                  • iris 10 mai 2012 10:17

                    peut etre faudrait til revoir le droit de propriété d’abord-
                    et savoir comment ce droit est arrivé pour les + riches-


                    • jesuisunhommelibre jesuisunhommelibre 10 mai 2012 18:09

                      Le droit de propriété, c’est le droit de jouir des fruits de votre travail, exactement le contraire de l’esclavagisme.

                      Quand à la richesse, elle est, dans une économie libre, la conséquence de l’apport d’une personne (physique ou morale) à l’ensemble de la communauté.

                      Si, par exemple, Bill Gate est si riche, c’est qu’il à permis à des millions de gens de s’enrichir. Sa richesse n’a été constitué au dépend de personne, au contraire, elle est le signe de son apport à la société.

                      C’est très différent de la richesse d’hommes politiques, ou de certains industriels qui bénéficient de privilèges : Prime à la casse, droits de douane, réglementations contraignantes, subventions en tout genre ...

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