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L’âge d’or du califat

Rached Ghannouchi , le gourou et chef du parti islamiste Ennahdha en Tunisie, qui veut être "calife à la place du calife" a parlé à la TV tunisienne ce 24/7/2013 à l’occasion de la célébration de la fête de la République.

Après avoir mis en question tous les acquis de la République depuis sa naissance le 25 juillet 1957 et insulté ceux qui ont travaillé à sa réussite, dont Habib Bourguiba, Ghannouchi annonce que la prochaine constitution sera islamique, c'est-à-dire basée sur la chariaa.

De plus, Ghannouchi veut se comparer aux quatre premiers califes arabes de l’Islam naissant. Grande inconscience ! Ne sait-il pas qu’il aurait ainsi 75% de « chance » de se faire trucider rapidement ? Voici donc un bref rappel historique.

Le Califat

Le califat a été institué après la mort du Prophète Mahomet. Le Coran n’a institué ni calife ni califat : le califat est une institution humaine.

Le titre de calife (qui veut dire « successeur du Prophète »), a été rapidement attribué au chef de la communauté musulmane, le premier successeur du Prophète. Il s’est doublé à l'origine de ceux d'émir al-mouminin, « commandeur des croyants », et d'imam (celui qui guide la prière). Pour les islamistes d’aujourd’hui, l’abolition du califat est seulement une conjoncture historique et ne peut en aucune façon être considérée comme irréversible. Ils travaillent donc tous (Frères Musulmans, Al-Qaïda, etc…) à sa restauration en plusieurs étapes : d’abord gouverner le monde arabe, ensuite gouverner le monde musulman, et enfin gouverner le monde entier. Naturellement, sous le califat, (1) les Arabes musulmans sunnites seront les maîtres, un peu comme en Arabie Saoudite et dans les autres émirats du Golfe. Ces maîtres gouvernent et ne travaillent pas, le travail manuel étant, dans la mentalité bédouine arabe, l'apanage des esclaves. (2) les autres musulmans (non arabes ou non sunnites) sont les sujets de deuxième zone, (3) les non musulmans doivent ,soit se convertir à l’islam, soit vivre comme dhimmis (qu'on traduit par "protégés"). Ce sont des sujets de troisième zone, ayant peu de droits et surtout de devoirs. Ce sont essentiellement les chrétiens et les juifs. Les esclaves, noirs ou asiatiques, sont traités comme les animaux.

Les 4 premiers califes, archétypes de la « perfection califale » selon les islamistes

L’histoire du premier califat regroupe les quatre premiers califes, Abu Bakr (632-634), Omar (634-644), Othmân (644-656) et Ali (656-661), sous la désignation de califes « Bien guidés » (rachidoun, en arabe, pluriel de rached, comme Rached Ghannouchi !). C’est ce premier califat qui fait le plus fantasmer les islamistes de tous bords.

Pendant les derniers jours de sa vie, lors de sa maladie, le Prophète a désigné Abu Bakr comme imam, c’est à dire « guide de la prière » et n’a jamais dit, ou fait allusion, à une quelconque fonction politique de chef d’État. Alors que le Prophète était sur son lit de mort, la lutte pour le pouvoir politique s’est enflammée à Médine : les « Ansars », c'est-à-dire les Médinois, tenaient des réunions pour désigner l’un des leurs comme chef de la communauté, excluant les « mouhajiryn », c'est-à-dire les « immigrés » Mecquois, ceux qui ont accompagné le Prophète lors de sa fuite de la Mecque, l’Hégire. Omar ibn El-Khattab, l’un des chefs immigrés, eut vent que les « Ansars » s’étaient mis d’accord sur l’un des leurs comme « successeur » politique du Prophète à la tête de la communauté musulmane. Omar accourut, accompagné d’autres chefs mecquois, et s’invitèrent à la réunion des Médinois. Arguant de parenté (beau-père du Prophète) et de tribalisme (même tribu Qoraïch que le Prophète), Abou Bakr fut imposé comme chef de la communauté. C’est le premier dérapage des « Compagnons du Prophète » et le plus important dans l’histoire musulmane, car ce dérapage introduit la primauté du tribalisme et du népotisme pour le califat. Cela durera pratiquement jusqu’à nos jours : qu’on soit émir, roi ou président de la république, les chefs d’État arabes ou musulmans ne pensent qu’à imposer leur fils comme successeur, et trouvent cela tout à fait conforme à leur culture.

Une fois calife, Abou Bakr, à son tour, va transgresser le texte coranique en désignant comme successeur son principal conseiller Omar par lettre écrite sur son lit de mort. C’est à la troisième année du califat d’Omar qu’on donna à Omar le titre « émir des croyants ». C’est le titre officiel que garderont tous ses successeurs. Donc, c’est le système « émirat » et non « califat » qui fut choisi par Omar. Rappelons aussi qu’Omar est aussi un Mecquois d'un clan puissant. Il est aussi le père d'Hafsa, une épouse du Prophète. Il sera assassiné en 644.

Le troisième calife, Othmân, est lui aussi un très riche Mecquois appartenant à la noble famille des Banou Oumayya et qui a épousé successivement deux des filles du Prophète. D'un âge avancé, il favorise outrageusement les gens de son clan. Il meurt lui aussi assassiné ; sa fin sanglante ouvre une période de discorde et de guerres civiles qui déchirent la communauté musulmane.

Les Médinois portent au pouvoir Ali. Pendant cinq ans, son califat connaît, lui aussi, la guerre civile ; il doit affronter la vengeance tribale de Moawiyya, gouverneur de Damas, l'un des parents du calife assassiné. Ali meurt en 661 d'un coup d'épée empoisonnée porté par un kharéjite, à la sortie de la mosquée de la ville de Koufa.

Ainsi, durant ce premier âge d’or du califat, trois califes sur quatre meurent assassinés (soit 75%). De même, ces quatre califes sont, par leur mariage, de la famille du Prophète : en politique, on appelle cela du népotisme. Ils sont aussi tous qoraïchites : on appelle cela du tribalisme.

L’âge d’or des califats suivants : pas mieux

Muawiya, l’initiateur du second califat, est moins fourbe : il rend le califat héréditaire et forme la dynastie des Omeyyades, copiée sur les modèles byzantin et perse sassanide. Le cœur de l’empire se déplace à Damas.

En 750, Abû al-`Abbâs As-Saffah (c'est-à-dire le sanguinaire), l’initiateur du troisième califat, renverse Marwan II, le dernier calife omeyade à Damas, et massacre la quasi-totalité de la famille du calife. Ainsi, le second califat, comme le premier califat, finit dans le sang. Les survivants du massacre se réfugient en Espagne où ils fondent le califat omeyyade de Cordoue (929-1031).

Le troisième califat, celui des Abbassides (750-1258) se met en place et prend pour capitale Bagdad. C'est ce calife, Abû al-`Abbâs As-Saffah, extrêmement brutal et sanguinaire, qui a créé le drapeau noir, emblème des islamistes radicaux d’aujourd’hui, ces djihadistes sans foi ni loi, qui au nom de leur islam sectaire et sanguinaire, tuent et mangent à l’occasion le cœur ou le foie de leur victime. D’ailleurs, ne dit-on pas, en langage populaire tunisien, « je lui ai mangé le cœur » pour signifier qu’on a battu quelqu’un à plate couture. Cela ne s’invente pas.

Les califes omeyades et abbassides disposaient, au début, lorsqu’ils étaient puissants, d'un pouvoir absolu, de caractère théocratique, inspiré par les modèles des empereurs byzantins et des rois perses sassanides. Le pouvoir se transmet de père en fils, le népotisme l’emporte sur le tribalisme des débuts de l’islam.

Durant ces trois siècles (7ème au 10ème), il y a eu 39 califes (4 rachidoun, 14 omeyades et 21 abbassides), qui ont gouverné durant 308 ans. Durant ces califats, le règne dure en moyenne 7,9 ans. Treize des 39 califes meurent de mort violente ou suspecte, c'est-à-dire qu’un calife a une « chance » sur trois de mourir assassiné. Voilà un âge d’or dont se serait bien passé.

En Espagne musulmane, l’intolérance religieuse du calife al-Mansour, connu par les Occidentaux sous le nom d’Almanzor (981-1002), a plongé le califat de Cordoue dans une grave crise sociale. En effet, toutes les tendances musulmanes espagnoles en sont venues à se combattre les unes les autres, comme c’est le cas aujourd’hui, où les sunnites wahhabites (dont Al-Qaïda) s’attachent à liquider tous les autres courants musulmans. En 1031, le califat de Cordoue est irrémédiablement morcelé en plusieurs principautés, les royaumes de Taïfas. Mille ans plus tard, en l’an de grâce 2013, sous les coups de boutoir des djihadistes islamistes (cornaqués par l’Axe du Mal, USA-Israël-OTAN), et financés par le Qatar et l’Arabie, l’Irak et le Soudan sont démantelés, la Libye est en cours de morcellement, la Syrie se bat pour sa survie en tant qu’État laïque et multiconfessionnel. Comme pour l’Irak et ses armes de destruction massive imaginées par l’Occident pour l’occuper et le détruire, voilà qu’on nous sert la fable des armes chimiques afin de détruire la Syrie.

Un califat hors normes

Les Fatimides ont formé une dynastie califale arabe chiite qui régna, depuis l'Ifrikiya (entre 909 et 969) puis depuis l'Égypte (entre 969 et 1171), sur un empire qui englobait une grande partie de l'Afrique du Nord, la Sicile et une partie du Moyen-Orient. Les Fatimides tracent leurs origines de Fatima (fille du Prophète et épouse d’Ali) et des tribus berbères Koutama d'Algérie. La dynastie a été fondée en 909 par Oubayd Allah al-Mahdi. À la différence des autres califats sunnites, les Fatimides acceptèrent dans leur administration, non sur des critères d'appartenance tribale, ethnique ou même religieuse, mais principalement sur le mérite et la compétence, les membres des autres obédiences de l'islam. Elles étaient admises aux plus hautes fonctions, et cette tolérance était même étendue aux juifs et aux chrétiens. C’est peut être le califat le moins sanguinaire des califats musulmans. Sa politique de bienveillance vis-à-vis des chrétiens ne lui a pas porté chance : ce califat disparaîtra, affaibli par les attaques répétées des Croisés. Bizarrement, ou naturellement, les islamistes et l’historiographie officielle sunnite ne considèrent pas le califat fatimide comme un âge d’or du califat, et pour cause. D’abord, c’est un califat chiite, ce qui déplaît à l’écrasante majorité sunnite des historiens. Ensuite, c’est un califat arabo-berbère, dans lequel le calife est arabe et les chefs militaires sont berbères, ce qui déplaît aux nazislamistes, ces tenants de la pureté arabe, dite arabo-musulmane.

Le califat ottoman : pire encore

Après une vacance califale entre 1453 et 1517 liée à des troubles de succession, le titre de calife est finalement « usurpé » par l’Ottoman Selim Ier, lorsqu’il conquiert les terres arabes. C’est le seul califat non arabe. Le califat ottoman a perpétué, lui aussi, une tradition barbare, le fratricide, inaugurée par le sultan Bayezid premier (ou Bajazet), né en 1347. Dès son arrivée au pouvoir, Bayezid fit étrangler avec une corde d'arc son frère cadet Yaakoûb dont il redoutait l'influence et la popularité. Depuis lors, l'assassinat fratricide devient la règle de succession dans le sérail ottoman. Si l’un des fils du calife veut succéder à son père, il devait commencer par trucider tous ses frères, et si nécessaire, les autres mâles de la famille (oncles, cousins, etc.). C’était l’âge d’or du cinquième califat.

Conclusion

Le califat est finalement aboli par Mustapha Kemal Ataturk le 3 mars 1924, jugeant l’institution dénuée de sens au XXème siècle et responsable de la dégradation des valeurs de l’Islam. En effet, le califat n’est rien d’autre qu’un système impérial absolutiste, rétrograde, et d’exploitation éhontée de l’homme par l’homme. L’empire califal a perduré par l’épée, par le sang et par l’esclavage. Les islamistes qui appellent à sa restauration ne se voient point en esclaves, mais en maîtres exploiteurs, ceux qui font « suer le burnous » aux sous-hommes, les non arabo-musulmans : Berbères, Kurdes, Nègres, Perses, Chrétiens, Juifs, et tutti quanti. C’est cela leur fantasme : les arabo-musulmans, peuple élu, maîtres du monde. On en connaît un autre avec le même fantasme de « peuple élu et dominateur ». Dans un cas comme dans l’autre, ce fantasme aboutit au même résultat : guerres, morts et destructions.

http://numidia-liberum.blogspot.com/2011/11/le-sixieme-califat-et-le-dindon-de-la.html

Hannibal Genséric


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6 réactions à cet article    


  • Christian Labrune Christian Labrune 31 août 2013 15:25

    à l’auteur,

    Votre article est intéressant : on connaît assez mal toute cette histoire, en occident. Pour les derniers siècles, il faudrait recommander l’intéressante « Histoire de l’empire Ottoman », chez Fayard, sous la direction de Robert Mantran.
    Cela dit, je crains que vous ne soyez en train de tirer sur une ambulance : le glorieux Ghannouchi peut bien délirer autant qu’il veut, il ne va pas tarder à tomber dans les poubelles de l’histoire, suivi de près par le Frère Erdogan. L’islamisme politique, c’est bientôt fini.
    Sic transit gloria mundi !


    • volpa volpa 31 août 2013 15:55

      Nous avons eu le nain busch à talonnettes qui a laissé sa place au fromage pasteurisé Hollande comme les aiment les dégénérés d’ amerloques.

      Ensuite viendront les copevici, fillon et tutti quanti.

      Le Coran à côté c’est insignifiant.

      La France va mal.


      • OMAR 31 août 2013 19:05

        Omar 33

        @Hannibal  :« les arabo-musulmans, peuple élu, maîtres du monde... ».

        Quand on fait un point de situation actuel où on constate l’état très avancé de déliquescence dans lequel se trouvent ces arabo-musulmans, vos écrits prêtent à rire...

        Allez juste faire un tour en Irak, en Syrie, au Soudan, en Afghanistan ou au Yémen, par exemple...
        http://www.michelcollon.info/les-chiffres-invraisemblables-sur.html

        De plus, ce ne sont pas le arabo-musulmans qui sont présentés comme « le peuple élu ».
        Renseignez-vous, c’est une autre communauté..
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Peuple_%C3%A9lu_%28juda%C3%AFsme%29

        Quant aux maitres du monde, vous confondez avec les USA sur les plan économiques et militaires
        http://www.michelcollon.info/les-chiffres-invraisemblables-sur.html

        et un lobby qui n’existe pas, sur les plans financiers et médiatiques...
        http://oeil-de-satan.over-blog.com/article-des-juifs-dirigent-t-ils-le-monde-95232035.html

        Hannibal, depuis la création de la Ligue Arabe, les arabo-musulmans se sont entendus pour....ne jamais s’entendre...

        Et le Khalifa verra le jour quand le sel fleurira...,


        • smilodon smilodon 31 août 2013 23:46

          La France est déjà un « califat » !!.......... Un des premiers même !... Désolé, si vous ne saviez pas !... Mais comme le dit « bouteflika », président de l’Algérie, la meilleure arme d’envahissement, c’est le ventre de nos femmes !..... Tout n’est que question de « nombre » !... Le jour où les « arabes » seront les plus nombreux, c’est leurs lois qui prévaudront !.... POINT !....Adishatz. Tout n’est que question de « nombre » !.....


          • cathy30 cathy30 2 septembre 2013 13:00

            Jeune chercheur

            intéressez vous au mot sémite. Ce mot a été remis au gout du jour par le nazisme.

            Vous ne pouvez l’associer aux arabes. Arabes et berbères sont des peuples métissés. Pour la race blanche, la science donne l’expression pour cela : indo-européenne, mais la religion dit sémite.

            Les arabes sont métissés : père abraham (blanc), et mère agar, egypte antique (noire)

            Noé avait 3 fils, sem, cham, japhet.

            Sem - race blanche

            cham - race noire

            Japhet - race jaune.

            Les occidentaux sont de la race sémite. Les israéliens aussi, abraham et sara sont sortis de l’empire babylonien qui était de race blanche. Les perses, les grecs, les médes races sémites. Donc antisémite ne veut rien dire dans le sens qu’on lui donne.

            L’empire grec, blanc, nommé les berbères, barbares pour nommer un peuple métissé. La pureté de la race est important pour les empires. Cela génère des qualités importantes chez les hommes.


            • sylvie 4 septembre 2013 17:33

              Plus que deux articles et je modère à la pépére genre abgeschiendenheit ou duralaex ou un de ses clones, morvandiau ? non lui lé trop con

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