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Accueil du site > Tribune Libre > L’air du catalogue revu et corrigé…

L’air du catalogue revu et corrigé…

L’air dit « du catalogue » est l’un des plus célèbres du Don Giovanni de Mozart. Rappel de la situation : Donna Elvira, séduite et abandonnée par Don Giovanni, le cherche pour se venger. Don Giovanni s’enfuit, laissant son valet Leporello lui dire la vérité. Pour ce faire, le valet se réfère à une liste des noms des conquêtes de son maître. Il propose à Donna Elvira de la lire avec lui. Donna Elvira découvre qu’elle n’est qu’un élément de la longue liste de femmes séduites et abandonnées. Le texte chanté par Leporello ne contient aucun nom propre, mais des noms collectifs ou des catégories : « En Italie six cent quarante, en Allemagne deux cent trente, une centaine en France, en Turquie quatre-vingt-onze ".

 Or, la dernière partie de la phrase vient d’être censurée à Berlin, au Komische Oper qui programme actuellement Don Giovanni. La « Turquie » a été remplacée par la « Perse ». Cette initiative de la direction a été prise pour ne pas offenser la sensibilité des millions de citoyens turcs vivant en Allemagne, mais surtout pour ne pas créer de malentendus diplomatiques avec Erdogan, qui ces derniers mois a exercé de fortes pressions auprès des autorités allemandes et des médias en ce qui concerne l'image de la Turquie dont il convient de ne pas se moquer publiquement.

L'ordre de modifier le texte du livret écrit par Lorenzo da Pont, et donc de censurer le chef d’œuvre de Mozart (ou plutôt, est venu des responsables du théâtre en question, mais la demande émane directement du gouvernement fédéral. Comme si les négociations en cours avec le gouvernement turc pour la gestion des flux migratoires impliquaient l’obligation de ne pas créer une source de tension avec Erdoğan. Même au prix de la censure. La demande du gouvernement était d'effacer complètement la partie « fautive » l'opéra, le théâtre a négocié un compromis, en remplaçant la Turquie par la Perse.

La priorité du gouvernement allemand est, en ce moment, de satisfaire les demandes de la Turquie et la « diplomatie » de Madame Merkel est prête à tout. Même à censurer notre patrimoine culturel.

Cette initiative est choquante a priori et rappelle des souvenirs nauséabonds. Mais le côté ridicule de l’affaire devrait l’emporter et recadrer les auteurs d’une telle décision dans les limites étroites de leur champ de vision, car si les autres chefs d’état sont aussi médiocres, il faut s’attendre à des conséquences tragiques :

  • L’Italie, la France et les mouvements féministes allemands vont demander la suppression du début de la phrase.
  • L’Iran va faire valoir que tout le monde sait que la Perse, c’est eux et qu’une fois de plus l’occident a choisi le camp des Sunnites contre les Chiites.
  • Les Lettres Persanes de Montesquieu vont remplacer « turqueries » dans le Bourgeois Gentilhomme de Molière.
  • Les atlas devront être refondus car La Marche Turque va devenir le Marché Persan.

« Le respect que tu veux obtenir, c’est toi qui en décideras ». Proverbe turc.


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33 réactions à cet article    


  • Donbar 5 mai 2016 11:49

    Ces attaques contre Mozart et, au-delà, contre la Sublime Musique, sont autant d’insultes à la Vraie Religion, celle du Beau. Qu’on arrête de nous stigmatiser, ou nous appellerons à une nouvelle croissantade !


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 8 mai 2016 16:19

      @Donbar

      Les chiffres de Mozartsont clairs : Les Allamandes sont des femmees faciles et les italiennes de vraies dégénérées smiley

      PJCA

    • Fergus Fergus 5 mai 2016 12:57

      Bonjour, Jeussay

      Excellent billet ! La duplicité et la veulerie des caciques politiques n’ont décidément pas de limites, et c’est consternant !


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 5 mai 2016 13:36

        @Fergus

        Bonjour Fergus

        Vous pouvez ajouter la bêtise à leurs attributs car, outre le fait que le livret est en langue italienne et qu’Erdogan ne comprend peut-être pas toutes les langues.
        Il est clair que les paroles d’un opéra ne sont perçues et appréciées que pas les « aficionados » cultivés qui connaissent par cœur l’intrigue, la mélodie et le texte cette imposture ne peut contrarier, mais pas les duper. 
        Pour les auditeurs non avertis, le sens leur échappe autant que celui des cantiques en latin échappe aux enfants de cœur, ce qui rend inutile le subterfuge.
        C’est aussi grotesque monstrueux d’un certain côté que le fait de recouvrir de plâtre ou mutiler le sexe des statues grecques antiques.
        Ce genre d’initiative montre que sous le masque de cire de Madame Merkel se cache celui de la mère UBU :

        « Le capitaine Bordure :
        - Mais enfin, père Ubu, ne voyez-vous pas que le peuple attend le don de joyeux avènement ?

        Mère Ubu :
        - Si tu ne fais pas distribuer des viandes et de l’or, tu seras renversé d’ici deux heures. »

        Ubu roi (1888)
        Alfred Jarry

      • Pierre 5 mai 2016 13:16

           Pourquoi s’étonner ? Le triomphe du puritanisme sous toutes ses formes dans tous les domaines, la culture, les putes, etc...


        • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 5 mai 2016 13:39

          @Pierre

          Alors, il faut interdire Don Giovanni en totalité, car le propos général de l’oeuvre est bien plus subversif que ce sublime mais court passage !

        • Fergus Fergus 5 mai 2016 14:10

          @ Jeussey de Sourcesûre

          Et supprimer nombres d’autres œuvres du baroque et du classique où les « turqueries » de fantaisie étaient légion.

          Quand on commence à renier son patrimoine culturel pour des motifs de géopolitique relevant de la plus puérile tartufferie, ce sont le fonctionnement de la société et l’identité des nations qui sont sapés de manière insidieuse. 


        • Pierre 5 mai 2016 15:26

          @Jeussey de Sourcesûre
          C’est le domaine du grignotage progressif, déjà ici avec la charia féministe...


        • laertes laertes 6 mai 2016 15:54

          @Jeussey de Sourcesûre : personnellement je ne trouve pas que le Don Giovanni de Mozart soit subversif, bien au contraire. Une écoute attentive de l’opéra démontre selon moi l’inverse et c’est tant mieux car si Mozart n’avait fait qu’une oeuvre...subversive , elle ne serait pas de....Mozart.
          Mozart est un tel génie qu’il ne se préoccuppe pas de choses aussi vulgaires et superficielles que la simple subversion. Il laisse cela à des Casanova ou Beaumarchais.


        • laertes laertes 6 mai 2016 16:01

          @laertes Pour approfondir mon propos je dirais que l’air du catalogue par son caractère bouffon, superficiel montre bien au contraire la fausse subversivité de Don Juan. Pour Mozart, Don Giovanni est un être courageux lâche et provocateur mais sans profondeur, sans passé, sans avenir. sa superficialité temporelle et émotionnelle le retranche des êtres humains. (cf ; l’air du champagne et surtout la dernière scène)


        • Alain 5 mai 2016 16:05

          Avec ma femme, nous avons appris cette censure hier et nous en discutions... Conclusion ?
          - interdire « l’enlèvement au sérail » de Mozart
          - Interdire des plages entière du « viaggio à reims » de Rossini qui caricature la France, l’Angleterre et l’Allemagne.
          - Revoir le titre d’une « L’italiana in Algeri » de Rossini et réécrire des pans entiers de « Il turco in Italia », de Rossini.
          - Ne plus jouer « Alla turca » de Mozart.

          Nous sommes donc chez les fous. Mais la musique classique est dans un état déplorable par manque de culture. On trouve des « Il re Pastore » joué dans l’espace, on joue « carmen » de Bizet à la sauce salsa et Escarmillo est renommé El Nino, l’action passe de Séville à Cuba. On trouve des versions de Don Giovanni ou le metteur en scène décide que Leporello est gay.
          Ne parlons même pas des ténors, contre-alto, soprano ou mezzo-soprano qui ne savent pas chanter sans crier, celles ou ceux qui oublient les notes trop graves ou trop aigus, ou qui accélèrent le rythme pour faire plus rock. Nous sommes tellement loin des Lucia Popp, Nicolai Geddda, Victoria de Los Angeles, Walter Berry, Luigi Alva, Tito Gobbi, Giusseppe Di Stephano... Et les chefs d’orchestre qui savaient passer l’étincelle des partitions du compositeurs comme Claudio Abbado, Klemperer, Harnancourt, Karajan ne sont plus là. Il ne reste que des imbéciles, des incapables, du star-system, du people (les cantatrices qui montrent par exemple leur nouvelles robes sur Facebook mais ne savent pas chanter Glida dans Rigoletto).

          En fait, ma musique classique s’est arrêté dans les années 50 et a lentement décliné pour en arriver à maintenant. Les metteurs en scène ont pris le dessus, les chefs d’orchestre deviennent obsolète et les chanteurs ? Ils faut qu’ils ne coutent pas cher alors on prend n’importe qui, n’importe quand pour faire n’importe quoi. Et on en arrive ainsi à détruire l’oeuvre de Verdi, Bizet, Mozart, Rossini et Donizetti.


          • Sylvain Sylvain 6 mai 2016 09:26

            @Alain
            Vous avez raison, nous sommes chez les fous !!!

            Quelques uns donne le ton mais ne comprennent rien...


          • escoe 6 mai 2016 18:27

            @Alain En fait, ma musique classique s’est arrêté dans les années 50 et a lentement décliné pour en arriver à maintenant

            C’est dommage d’adopter un point de vue aussi décliniste. Bien sûr que le modernisme, comme toujours, connaît quelques excès mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
            En vous écrivant j’écoute ça :
            https://www.youtube.com/watch?v=8dmWAve3Pvk&index=7&list=RD6YXleGIULMA
            Ça n’a pourtant pas été enregistré dans les années cinquante mais qu’est ce que c’est beau.


          • Antoine 7 mai 2016 13:33

            @Alain
               Pas tout à fait faux mais un peu exagéré tout de même, sauf pour les mises en scène où il vaut mieux fermer les yeux. Actuellement on redécouvre des merveilles musicales extirpées des bibliothèques par des chefs de grande qualité comme La Vecchia ou Noseda révélant Casella, Braunfels, Godard et autres pointures.


          • laertes laertes 5 mai 2016 19:04

            Je suis.....abasourdi. L’air du catalogue de Mozart n’est pas mon préféré de l’opéra même si il contient quelques motifs inquiétants (la modulation finale) mais transformer le mot Turchia en « perse » est une absurdité surtout que Da Ponte n’épargne pas la patrie de Mozart.
            Ce genre de renoncement ne fait que renforcer inutilement les idées d’extrême droite.


            • Odin Odin 6 mai 2016 11:22

              @laertes

              Si je partage le début de votre commentaire, j’ai beaucoup de mal à comprendre votre conclusion :

              « Ce genre de renoncement ne fait que renforcer inutilement les idées d’extrême droite. »

              Ce mouvement politique ne considère t-il pas que l’art contemporain est à l’image de la société : décadent ?

              Que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe ?

              Qu’ils sont plus pour l’Iran que la Turquie ?


            • laertes laertes 6 mai 2016 15:02

              @Odin Ce que je voulais dire, même si je regrette un peu ce genre de généralités aproximatives, c’est que le fait de vouloir changer une oeuvre pour faire plaisir à un régime religieux ne fait que renforcer la méfiance des européens vis à vis de cette religion, en l’occurence l’Islam et renforce donc les arguments du FN pour qui l’Islam et l’UE sont des forces disolvantes de l’identité française (ou allemande ou anglaise).
              N’oubliez pas qu’il est arrivé un évènement du même acabit avec la visite d’un responsable iranien religieux en Italie (je crois) qui a « forcé » le directeur d’un musée à voiler des statues antiques.
              Ce genre de compromis stupide (pour des raisons économicopolitiques bien sûr) ne peut que renforcer la méfiance justifiée vis à vis de la faiblesse de la défense des valeurs occidentales les plus élevées par les politiciens européens.
              Rappelez-vous aussi l’incident des hôtesses d’Air France et leur refus de se voiler.


            • Odin Odin 6 mai 2016 19:13

              @laertes

              Merci d’avoir développé votre point de vue que je partage.


            • Clocel Clocel 5 mai 2016 19:36

              Pourquoi s’offusquer ?
              Les limites, c’est à nous de les définir et de les défendre, eux n’en ont pas.
              On n’entendra bientôt plus Brassens, on ne pourra plus lire San-Antonio, exit le cinéma des années 70, le théâtre de Dario Fo...
              Toutes les occasions sont bonnes pour éprouver notre résignation...

              La métamorphose de Kafka a commencé, à l’échelle des peuples...

              Pas un mot sur Siné, quelle tristesse...


              • Montdragon Montdragon 5 mai 2016 21:41

                A Berlin est-ce la version allemande ?
                Dans ce cas de larges plages sont parlées..ce qui laisserait le loisir aux mauvais penseurs de crier haut et fort :
                En Turquie !!
                Le début d’une forme de résistance artistique, dans un milieu qui se prêtant résistant à l’infâaame.


                • Montdragon Montdragon 5 mai 2016 23:12

                  @Montdragon
                  prétend


                • alinea alinea 6 mai 2016 10:48

                  Les Allemands pourront toujours traduire fissa Voltaire, si ce n’est déjà fait, et le mettre en tête de gondoles !! Et nous de même ici !! smiley


                  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 6 mai 2016 11:53

                    @alinea

                    Tiens !
                    Je croyais que vos inclinations vous portaient vers Rousseau et que vous vouiez aux gémonies le malicieux Voltaire ?
                    Non ? 
                    Je vous taquine ; peu importe , les deux ont de l’esprit.
                    Une autre piste serait de remplacer le livret du Don Giovani de Mozart (livret écrit par Lorenzo da Ponte) par le texte du Dom Juan de Molière qui traite le même sujet, et demander à Mme Merkel de mettre en exergue :

                    « L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus. »
                    Dom Juan, ou le Festin de Pierre (1665)
                    Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière


                  • alinea alinea 6 mai 2016 13:37

                    @Jeussey de Sourcesûre
                    Non !! c’est juste que je ne pense pas que Rousseau ait écrit quoique ce soit sur les Turcs !! sinon, bien sûr Rousseau a ma préférence !
                    Vous auriez pu dire : les vices à la mode sont des vertus !!! smiley


                  • JC_Lavau JC_Lavau 6 mai 2016 13:40

                    @Jeussey de Sourcesûre. Ce genre de pièces « de Molière » qui sont admirées par la postérité ont été commandées à Corneille, et les vers que vous lisez sont ceux de Corneille. 16 pièces en tout.


                  • JC_Lavau JC_Lavau 6 mai 2016 13:42

                    Lorenzo da Ponte et W.A. Mozart ensemble, formaient une bombe.
                    Da Ponte a vécu beaucoup plus vieux, en Amérique.


                    • JC_Lavau JC_Lavau 6 mai 2016 13:45

                      Les illustrations ne manquaient pas du fait que le pouvoir rend fou. Angela en est une nouvelle preuve


                      • A. Di Mario (---.---.63.179) 6 mai 2016 22:03

                        Vous êtes tous aussi incultes les uns que les autres. Et « Jeussey de Sourcesûre » qui n’a pas les co....les de publier sous son nom fait de la propagande trash. En Allemagne, on chante Persien depuis des décennies. Voici une version de 1960 chantée par le grand Wunderlich. Erdogan avait 6 ans. Ciao, les incultes manipulables !

                        https://open.spotify.com/track/7pvSu7JzhpNMco09F4iiCe


                        • Antoine 7 mai 2016 23:44

                          @A. Di Mario
                          sauf qu’il ne faut être trop dur avec ceux qui s’intéressent à la musique « classique » en général et à l’opera en particulier dans notre pays de boeufs de l’esgourde.


                        • alinea alinea 8 mai 2016 19:23

                          @A. Di Mario
                          C’est quoi ce lien où il faut épouser facebook pour l’entendre ?


                        • Antoine 7 mai 2016 14:22

                          Bon, on avait déjà du Don Juan les versions de Prague et de Vienne avec leurs tripatouillages, maintenant en plus la version d’Istanbul !


                          • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 7 mai 2016 17:28

                            Je vous dis pas si Dom Juan s’était tapé une seule juive, c’était un « casus belli » pour Israël !

                            Da Ponte nous a évité ça.

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