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L’anglais dans un document officiel ! Et Sciences-Po le rend obligatoire...

L’anglais s’est infiltré dans le carnet de santé des enfants.


A la page des vaccins, sous le très connu des papas et mamans « rougeole, oreillons, rubéole », qu’un laboratoire bien inspiré avait simplement appelé « ROR » (un autre s’appelant « Priorix »), on trouve maintenant, juste dessous, la mention « measles, mumps and rubella » !

Pourquoi ?

La première hypothèse, c’est par souci de clarté : en effet, imaginons qu’une maman soit saisie d’un terrible doute, hésite entre rougeole et jaunisse :
« Voyons.. la rougeole, c’est laquelle, la maladie qui rend la tête toute rouge, ou toute jaune ? »
Grâce à la précision de l’anglais, tout devient clair :
« Ah ! oui, bien sûr : ce sont les measles, donc c’est la tête toute rouge. »
 
Deuxième hypothèse, plus probable : ce serait une fois de plus à cause de l’UE.
Dans un premier temps, le laboratoire Sanofi-Pasteur MSD a débaptisé son vaccin francophone, le ROR, pour le rebaptiser MMR (measles, mumps and rubella).
 
L’explication probable du labo (je dis "probable", parce qu’il ne s’est pas donné la peine d’en fournir une explication, ni aux familles ni aux professionnels concernés…), c’est l’AMM européenne (autorisation de mise sur le marché).

Cette mesure radicale ne paraissait pourtant pas indispensable puisque le français est une des trois langues de travail de l’Europe (était ?)…
 
A moins qu’il ne se soit agi d’un hommage à Pasteur, le célèbre savant anglais ?
 
Doc en pdf sur la dénomination officielle du vaccin MMRvaxPro° (Commission de la transparence)

Ainsi, le premier pas a été fait au nom de l’UE, sous un prétexte technique.
On peut en rapprocher les noms de nombreux jouets (gun, supergun, mégagun, killer-gun, ou toy, destroy-toy, killer-toy, etc.), ainsi que l’étiquetage alimentaire en anglais que de puissants lobbys cherchent à imposer, pour éviter à la fois le multilinguisme et la transparence... Un joli coup double, qui a pour l’instant échoué.
Après quoi le deuxième pas est fait au nom du premier, ainsi de suite.

J’en vois déjà qui soupirent d’ennui et se disent "bof, une ligne en anglais dans le carnet de santé, et alors ? Pas de quoi en faire un fromage. Ce n’est qu’une broutille, sauf pour les paranos et les adeptes de la théorie du complot."
Pourtant, ne dit-on pas dans la langue de Shakespeare : "Chi va piano va sano e va lontano" ? Les randonneurs savent combien de chemin on peut faire en quelques heures par de simples petits pas.

En d’autres termes, ces avancées successives de l’anglais sont tout sauf des broutilles : elles préparent l’opinion à l’officialisation de l’anglais comme langue administrative de l’UE, voire comme deuxième langue nationale de la France.
 
À la vérité, de nombreux ministères travaillent déjà en anglais, sur des documents anglophones envoyés sans traduction par l’UE (Défense nationale, Finances), mais il ne faut pas le dire, c’est secret-défense ; selon le Canard enchaîné, une certaine ministre de l’Économie et des Finances annote en anglais les documents destinés à son équipe ...

Regardez par exemple la carte d’identité belge : ils ont carrément anticipé la dérive monolingue de l’UE, alors que rien ne les y obligeait : l’anglais n’est pas une de leurs trois langues nationales, et le français, qui, lui, est une de celles-ci, était déjà une des langues de travail de l’Union. Rien ne les obligeait donc à utiliser l’anglais sur leur carte d’identité, sinon leur reconnaissance de sa primauté dans l’UE.

Voyez la propagation du pire franglais chez Citroën, détaillée dans l’article de Denis Fainsilber sur Lesechos.fr (20 octobre 2009), et rapportée par l’Observatoire du plurilinguisme :

« Du côté des entreprises, des clients de choix en ce moment, certains concessionnaires ont reçu le titre de « business center », ce qui signifie en clair qu’ils devront, en liaison avec les « national account managers », suivre de près la « car policy » des sociétés de leur agglomération. Et gare aux distributeurs qui n’appliqueront pas les nouvelles normes commerciales : le siège se livre systématiquement au « mystery shopping », stratégie que l’on qualifie plus communément de « clients mystères », chargés de noter ce qu’ils voient. »

Ça vaut le coup de lire cet article, il y a plein d’autres exemples de ce jargon délirant ! Le général De Gaulle serait probablement consterné, lui qui a échappé à un attentat dans la célèbre DS, voire grâce à celle-ci et à son chauffeur.

2. L’anglais obligatoire à Sciences-Po
 
Cette dérive progressive n’a été possible qu’avec la complicité active de certains décideurs, au gouvernement, certes, mais aussi dans les établissements d’enseignement supérieur, complicité dont le dernier avatar est l’obligation de l’anglais à Sciences-Po.

Il y a seulement deux ans, un étudiant pouvait obtenir son diplôme en validant la langue vivante étrangère de son choix, au très bon niveau exigé par cette école supérieure très sélective (C1 du cadre commun, soit plus que « fluent »). Maintenant, malgré la présence de nombreuses langues dans ces établissements de Paris et de province, c’est anglais obligatoire, sinon, pas de diplôme...
« L’obtention du diplôme de Sciences Po est conditionnée, à partir de l’année universitaire 2009-2010, à la validation d’un niveau en anglais au moins équivalent au niveau C1 du cadre européen de référence des langues. 

- Ce niveau est validé en fin de cursus par certification externe en cours de validité ou par un examen interne. 

- L’apprentissage de l’anglais est réalisé par le biais d’enseignement en présentiel, d’enseignements en e-learning et, pour ceux qui souhaitent un complément d’encadrement, par des permanences de langue. »
(Doc en pdf)

Les langues (en général) à Sciences-Po
 
« 4/ L’anglais est—il obligatoire ?
L’anglais est obligatoire pour les élèves non-anglophones en premier cycle et en cycle du master. »

Et la justification de cette obligation :

« L’obtention du diplôme doit être conditionnée à une accréditation qui soit un standard mondialement lisible : il en va de la qualité de l’insertion professionnelle de nos diplômés, au coeur de notre mission. »

Il s’agit pourtant d’un établissement public français (doté d’un statut particulier, une fondation privée d’utilité publique, qui gère aussi l’Institut d’études politiques de Paris), ce qui n’a pas empêché cette mesure, probablement anticonstitutionnelle (mais qui songe à demander son avis au Conseil constitutionnel à ce sujet ?), et contraire à l’esprit européen.

« l’État lui alloue chaque année une subvention globale destinée à financer la masse salariale, les dépenses pédagogiques et les dépenses de fonctionnement et de maintenance ; les Conseils répartissent librement ces ressources entre les dépenses qui leur paraissent prioritaires ; »

Au fond, la France a déjà reconnu son déclassement comme ex-langue de travail de l’UE.
Pire : elle l’a favorisé !

Ainsi, malgré les protestations de quelques associations (DLF, AFrAV) et les actions en justice de quelques syndicats pour le droit de travailler en français en France (cela ne devrait-il pas être évident ?), l’UE et ses affidés aveugles acceptent sans broncher que l’anglais devienne la langue administrative de la nouvelle nomenklatura, celle qui place ses enfants dans les maternelles bilingues français-anglais, engage des nounous anglophones, passe ses fins de semaine à Londres ou « aux States », et multiplie les sections dites « européennes » dans les lycées, ou soutient l’enseignement des sciences et de l’histoire en anglais, la toute nouvelle aberration annoncée par notre président avec le « plan d’urgence des langues » !

Cette dérive de l’UE en matière de « multilinguisme » a lieu sans aucun débat parlementaire ni citoyen. L’idéal européen d’égalité des peuples s’est transformé en deux classes sociales, les native english, seigneurs et maîtres qui ont obtenu toutes les dérogations demandées (« opt-out »), et les autres.

Jouets, vaccins, étiquetage alimentaire, écoles primaires, secondaires, sections européennes, enseignement de matières en anglais (programmes EMILE), Erasmus mundus : pas à pas, tantôt par de petits pas (carnet de santé), tantôt par des pas de géants (Sciences-Po), l’UE poursuit sa marche linguistique vers le tout-anglais !

Certains croient encore à la sincérité de l’UE lorsqu’elle récite son mantra « multilinguisme ».
Laissons donc la parole à l’accusé : voici le tout récent site officiel européen sur la coopération.
On y trouve bien quelques documents en français et en espagnol, mais le site est monolingue anglophone.

On peut aussi consulter l’IDABC (Interoperable Delivery of European eGovernment Services to public Administrations, Businesses and Citizens), ancêtre du futur programme ISA (« Interoperability Solutions for European Public Administrations »), c’est-à-dire, « solutions d’interopérabilité pour les administrations publiques européennes »,
et la liste de ses projets.
Edifiant !
 
par Krokodilo (son site) mardi 27 octobre 2009 - 57 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Nometon (xxx.xxx.xxx.144) 27 octobre 2009 15:29
    Nometon

    Un très bon article qui lance un pavé dans la mare.

    Faut-il être stupide pour ne pas comprendre que la langue est le premier support d’une pensée. Sa couche profonde.

    Il règne aujourd’hui une atmosphère d’abandon qui touche y compris l’usage du français. A beaucoup de gens, il paraît plus snob, plus "hype", plus moderne de baragouiner l’anglais abâtardi des cabinets de conseil, l’anglais du commerce, comme en d’autres temps, les clercs mâchaient un mauvais latin d’église.

    Le français est la langue de la République. Une langue d’émancipation. Une langue mesurée et précise. Il n’est pas du tout anodin que nos élites l’abandonnent, sciemment, volontairement. Il suffit d’entendre parler ministres et le pseudo-Président de la République pour deviner toute la considération qu’ils lui portent. Il n’est pas anodin que dans les écoles, collèges, lycées, le choix des langues étrangères (allemand, espagnol, italien) disparaisse au profit d’une langue unique : l’anglais, ou plutôt, le "globish".

    Bravo pour cet article et tant pis pour ses détracteurs !
    Le monde qui vient n’est pas celui d’hier, des années 80-90, du dollar et de CNN.
    Dès à présent, l’intelligence serait de former des professeurs de chinois, de russe, de japonais, d’espagnol pour les langues étrangères.

    Mais l’anglais ? Il faut être sacrément passéiste et complexé pour soutenir son usage exclusif. Cet anglais-là ne sert les intérêts que des multinationales. Pas étonnant qu’il plaise aux bataillons de petits chefs qui avec lui, trouvent à peu de frais une moyen de distinguer dans la troupe le bon grain de l’ivraie. L’anglais, langue des officiers, en somme.

    Asp Explorer pense que c’est un non-sujet.
    Asp Explorer est, preuve en est faite, une autruche.

  • Par HELIOS (xxx.xxx.xxx.38) 27 octobre 2009 12:35
    HELIOS

    Merci pour votre article, qui me parait bien ignoré par une majorité de lecteur d’Agoravox.

    Rassurez vous, et sans m’avancer, je pense que beaucoup d’entre nous, sont scandalisés par ces methodes de construction européenne pour le moins cavalieres.

    Le ministre Besson veut savoir ce que c’est d’appartenir a une communauté. A travers ses discours, nous avons bien compris qu’il le sait tres bien, mais qu’une fois de plus on va "noyer" le poisson dans des echanges vaseux et hors sujet.
     
    La cotoyenneté est une affaire beaucoup plus grave qui necessite un traitement profond et nos "zélites" l’ont bien compris. En detricotant petit a petit tout ce qui fait la conscience collective d’une nation, dont la langue, sans oublier la confiance dans la justice, dans l’administration et dans les forces de l’ordre.
     Cette destruction bien programmée est bien presente, elle a commencée par par des actions de faibles importances, est passée par des verrouillages economiques puis des abus institutionnels... et elle se poursuit maintenant par ce qui est malgres tout un lien fort entre les citoyens : la langue.

     L’ecole avec l’education nationale est ainsi abandonnée aux chiens et l’excuse de l’Europe redemptrice, protrectirice etc,, etc est le nouveau modele chargé d’elaguer les resistances les plus solides.

    Quand est-ce que notre nation recouvrera son bon sens ? Selon mes grands enfants, c’est quasiment déjà "plié" comme ils disent, nous avons abandonné tout honneur, tout respect de nous même en tolerant ce qui se passe aujourd’hui sans broncher.

    Même les plus sensibles d’entre nous se trompent de cible en critiquant, par exemple, le retour de quelques afgans dnas leurs pays. Ils en oublient tout ce que fait la France par ailleurs et acceptent que quelques uns bafouent les lois. Rapellons que les refugies de guerre sont reçus et sont aidés par notre pays... a l’exception des tricheurs bien entendu.

    Votre article stigmatise une fois de plus la renonciation de nos responsables, mais surtout met en lumiere les manoeuvres et les coup bas de tous ceux qui devraient defendre notre pays. C’est a nous même que nous devrions nous en prendre.

    En appelant tous ceux d’entre nous a parler et a convaincre leurs enfants, leurs amis ou leurs relations qui sont actifs dans la societe sur ces sujets, je pense que c’est une petit minimum.

    Nous devons egalement nous mobiliser, faire une "pression sociale" pour diminuer ou mieux, eradiquer ces pratiques... je vous conseille de ne pas negliger ce detail. si vous voulez que la France reste la France, et ne devienne pas une obscure region europeenne il faut relever la tête et nous defendre. Plus de mille ans d’histoire, ça vaut bien ce petit effort, non ?

    Bonne journée à tous

  • Par Krokodilo (xxx.xxx.xxx.153) 27 octobre 2009 12:01
    Krokodilo

    Ce non-commentaire par un vrai-troll est l’occasion de mettre un lien vers un article de Marianne, très virulent, qui a donné lieu à un débat animé, mais sans insultes ni grossièreté, car, là-bas, la modération est plus exigeante...

    "Ces enfants et ces jeunes gavés de « globish »"
  • Par guillaume (xxx.xxx.xxx.65) 27 octobre 2009 12:54

    Sans dérapper, il faut avoir un peu l’historique en tête.
    La CEE parlait le français. Lorsque Thatcher débarqua dans la CEE et constata que le français y était la langue principale parlée et d’usage, elle fit tout pour le changer.
    La stratégie a tété simple : les anglais ne s’exprimaient qu’en anglais et rien d’autre, Thatcher a utilisé l’OTAN et l’appartenance à l’OTAN pour aider à imposer à l’Europe tous les problèmes croisés, notamment de sécurité, et donc administratifs. Elle a par ailleurs fait pression pour imposer l’anglais en Allemagne à la place du français en seconde langue et idem en France à la place de l’Allemand, avec pour justification que pour dialoguer avec les partenaires commerciaux Nord-Américains il faut savoir parler l’anglais...
    Et tout le reste à suivi. De plus, en France lorsqu’on mettait le moindre baton dans ce rouage, l’opposition jouait en faveur de l’ennemi (droite contre gauche et vice-versa) au sons du retour au nationalisme.

    Mais rien de national dans tout ça. C’est un problème de culture et de fonctionnement. Le français est un langue cartésienne, y compris dans son écriture, relativement complexe, mais logique en prenant tous les éléments en compte, y compris es exceptions à la règle qui ont toutes une explication.
    De plus elle découle du latin autre langue cartésienne.
    Le fait de s’exprimer dans une autre langue, l’anglais, notamment au niveau professionnel va mettre la France automatiquement à la traîne du Royaume-Uni et des Etats-Unis, car c’est là-bas que vont se faire les normes linguistiques professionnelles, et c’est là-bas qu’on va décider de comment les privilégier. Ce sera au travers de leur culture et leur éducation.
    On avait pourtant démontré dans les années 60/70 que même en matière d’économie, notre capitalisme rationnel, était supérieur à leur capitalisme émotionnel, mais bon...

    C’est pour ça que la destruction et la déstructuration du Français est un but essentiel pour le monde anglophone... mais maintenant qu’il y sont arrivé le chemin sera long et douloureux pour revenir à nos source.

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