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La diabolisation

La diabolisation : derrière ce mot, souvent utilisé par l’extrême droite pour dénoncer le traitement qu’elle subit, se cache un véritable système de pensée qui empêche toute pensée rationnelle.


L’antiraciste est obsédé par la race, comme le curé puritain est obsédé par le sexe. - Guillaume Faye

Ce matin, après mon jogging du dimanche matin Vaugirard-Tour Effeil-Quais de Seine-Convention, je suis arrivé sur la place de la Convention. Comme tous les dimanches matin depuis quelque temps, les socialistes organisaient un « débat participatif » (où les participants doivent poser les bonnes questions sous peine de se faire rabrouer). Dans le café, les militants de l’UMP distribuaient des tracts, ainsi que des petits gros aux tempes grisonnantes qui se révélaient être de la LCR.
Il y avait pas mal de monde (sur le marché à midi...) et je remontai l’avenue en me frayant un chemin avec mes coudes, pour aller au café où je vais souvent après le jogging. Sur le passage piéton, les petits vieux discutaient entre eux. L’un d’eux, sans me regarder, me tendit un tract que je pris. C’était un tract de la LCR.

« Contre les violences faites aux femmes : une loi-cadre ! », disait le titre.
Une fois au bar, je me penchai dessus.
Quelques extraits mémorables :

« Une femme tuée par son conjoint tous les quatre jours, une femme sur dix victime de violences conjugales, 50 000 viols par an, 11% des femmes victimes d’agressions sexuelles au cours de leur vie, dans tous les milieux sociaux... Ca ne peut plus durer ! [...] Nous ne laisserons ni Nicolas Sarkozy, ni Ségolène Royal instrumentaliser la question des violences sexistes pour y apporter des réponses sécuritaires. [...] Il n’y a pas d’égalité possible tant que les femmes sont harcelées, insultées, violées, battues ou menacées de l’être.  »

On remarquera d’abord le sujet précis et ciblé. Ce tract ne s’adresse pas à tous les Français, ni à des difficultés que tous rencontrent, mais à des cas particuliers minoritaires.
Le tract dit aussi que « les femmes sont harcelées, insultées... », au lieu de parler d’une fraction d’entre elles. Les statistiques fournies au début montraient en quoi seulement une partie des femmes étaient victimes de violences ; plus tard, elles sont contredites par l’affirmation « les femmes sont harcelées, insultées, violées »... Comme s’il arrivait à toutes les femmes d’être victimes de violences, et que toutes subissaient le même traitement terrible. Il généralise hâtivement une affirmation qui ne concerne qu’une partie de la gent féminine. On remarquera le « forcing » de l’argumentation du tract. Il aurait pu dire « des femmes », mais a préféré dire « les femmes ». C’est révélateur.
Le tract affirme que toutes les femmes sont victimes de violences conjugales, par son expression portant dessus. Il contredit les statistiques qu’il a amenées au début. Et en plus, ceux qui l’ont écrit ne s’en sont probablement pas aperçu, alors que cela saute aux yeux.
Sans oublier l’assimilation de Sarkozy à Royal. Le tract dit que les deux vont apporter « des réponses sécuritaires », sans les dissocier en aucune façon. Il y a un amalgame entre les deux.
Un peu plus loin, j’ai vu un tract rouge et noir collé sur un poteau, qui disait :

« Le Pen, Sarkozy, Royal, bouffons du capital ! Combat - une alternative communiste et antilibérale »

Là aussi, amalgame entre les trois candidats, pourtant issus de partis politiques très différents.
Malheureusement, j’ai remarqué cette tendance à l’amalgame dans beaucoup de camps différents.
Les communistes font un amalgame entre les trois candidats, tout en les diabolisant. Dans leurs argumentaires, le mot « sécuritaire » est presque injurieux, comme le mot « racisme » chez les militants de SOS Racisme. Ils le plaquent sur leurs adversaires et les diabolisent à partir de cette opinion - qui est d’ailleurs très simpliste. En assimilant leurs différents adversaires à une même chose, désignée comme ennemie et diabolisée, ils les imaginent ensemble et en tirent des conclusions simplistes. De plus, cela leur fournit un prétexte parfait pour les détester.
Que signifie "diaboliser" ? Selon Wikipédia, c’est "le procédé consistant à donner une forte connotation négative à une idée, un groupe ou un individu, de sorte que sa seule évocation suscite une réaction de rejet."
Lorsqu’on diabolise quelque chose, on arrête toute argumentation rationnelle sur la chose diabolisée. On la considère comme l’incarnation du mal et on s’appuie sur sa haine de la chose diabolisée pour penser. Bien évidemment, un tel point de vue obscurcit tout jugement et pousse vers des conclusions fausses.
En diabolisant quelqu’un ou quelque chose, on ne pense plus à son sujet ; on le hait. On voit tout à travers les verres teintés des commissaires politiques ou des curés puritains. On ne peut même plus peser le pour et le contre ou essayer de trouver les caractéristiques de la chose en question : on la voit comme étant horrible et inhumaine, et on s’arrête là. On ne verra plus ce qui est bon à prendre en elle, mais seulement ce qui est mauvais. Et même si on voit le bon, on trouvera un argument, logique ou fallacieux, pour le considérer comme mauvais, incorrect...
La diabolisation réduit toute pensée. En détestant quelque chose à ce point, on est manipulable à merci par quelqu’un d’autre qui se dit contre cette chose.
Avec la diabolisation, il n’y a plus de pensée rationnelle ; il n’y a que de la passion négative. On peut lier la passion et la raison, j’en parlerai plus tard, mais ici la passion se fait passer pour la raison et empiète sur celle-ci.
Les communistes ne sont pas les seuls concernés. Beaucoup de sympathisants de gauche pro-PS diabolisent Sarkozy en l’assimilant à Le Pen, « la bête immonde ». Ils n’ont aucun argument valable contre lui, et ne prennent pas la peine d’en chercher. Pour eux, il n’y a pas besoin d’argumenter contre Le Pen, parce que c’est un méchant et qu’en disant ça on a tout dit. Par extension, toutes les thèses de Le Pen ne sont pas belles (diabolisées, donc récusées sans argument) et celles de Sarkozy aussi.
La logique n’a plus aucun poids sur ceux qui se laissent entraîner à la diabolisation.
Je suis étudiant en philosophie à Paris IV. Au premier semestre, un maître de conférences nous a donné un cours sur le libéralisme. Il en a parlé en long, en large et en travers. Comment le libéralisme était apparu suite à la réflexion de quelques auteurs anglais, sur la monarchie constitutionnelle, avant de s’étendre à d’autres pays, d’autres auteurs... Le libéralisme a combattu contre l’absolutisme, l’esclavage, la noblesse des castes, et même contre le totalitarisme moderne - qui s’est d’ailleurs développé en réaction à lui. Aujourd’hui, il est souvent confondu avec le néolibéralisme, c’est-à-dire la mondialisation débridée et la toute-puissance de l’économie face au politique. Mais nous savons ce qu’est le libéralisme par rapport au néolibéralisme. Et pourtant, quand je discute avec certains étudiants qui votent UNEF-ID, et qui ont suivi ce cours sur le libéralisme, ils se disent toujours antilibéraux.
Pourquoi ? Parce que, dans leur esprit, le libéralisme est toujours synonyme de pauvreté, de secteur économique débridé et de crises sociales. Le professeur a pourtant expliqué en quoi le libéralisme historique (Locke, Montesquieu, Tocqueville...) se distinguait singulièrement, en majorité, de ce schéma. Seul Mandeville (et, dans une mesure réduite, Adam Smith) s’y est rallié. La prise d’importance de Hayek et d’autres néolibéraux ne date que des années soixante-dix. Dès lors, le libéralisme a fléchi le genou devant le néolibéralisme. Tout cela, le professeur l’a très bien expliqué. Pourtant, ces étudiants de gauche font toujours l’amalgame entre libéralisme et néolibéralisme.

Mais la diabolisation n’existe pas qu’à gauche. On la trouve aussi à droite. J’ai pas mal de cyber-connaissances qui se réclament de Le Pen ou de De Villiers. Certains d’entre eux font un amalgame entre l’UMP, le PS et d’autres courants politiques plus ou moins anti-FN. Ils parlent de l’UMPS, des socialo-communistes... Alors que ces partis soutiennent des propositions, des idées très différentes. Inutile de dire que les mêmes personnes sont viscéralement hostiles à Sarkozy ou à Royal. Elles les ont diabolisées.
Où est la réflexion là-dedans ? Nulle part. Tout l’argumentaire consiste à dire que l’adversaire est méchant, vilain et pas beau, et même qu’il est tout petit (c’est sérieux ! Regardez comment certains argumentent contre Sarkozy...). Il n’y a plus de réflexion sur le mécanisme des partis, leur histoire, leurs idées, leur importance : il n’y a plus qu’une conception dualiste de la politique. Le FN et l’UMP sont mauvais, le PS et la LCR sont bonnes, disent certains.
La diabolisation se trouve presque partout. Je dis presque, car j’ai eu aussi des contacts avec des sympathisants de l’UMP. Or, je ne les ai pas vus diaboliser qui que ce soit. Ils étaient opposés au PS, évidemment, mais argumentaient toujours contre lui. Ils ne disaient jamais « Royal est une s... », mais « Royal va encourager l’assistanat en mettant le SMIC à 1500 €. Et puis, combien cela va-t-il coûter ? On hypothèque l’avenir de la France en creusant la dette, pour de l’assistanat en plus. »
Il y a quand même une différence notable.
Sans doute y a-t-il, au sein des sympathisants UMP, des gens dont l’esprit est corrompu et qui plaquent leurs jugements de valeur sur le monde. Néanmoins, je n’en ai jamais vu. Peut-être que mon expérience politique est incomplète, c’est tout à fait possible. Je parle en toute objectivité - en tout cas, je m’y efforce.

Cela dit, ce que je disais sur la diabolisation concerne tout le monde. Il est facile de s’y laisser entraîner. Le problème, c’est qu’elle réduit considérablement la pensée. A force de voir les choses à travers des verres teintés et de prendre ses jugements de valeurs pour la réalité, on finit par ne plus pouvoir s’en débarrasser.

par Pied léger jeudi 12 avril 2007 - 53 réactions
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  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.210) 12 avril 2007 10:17
    non666

    "La diabolisation : derrière ce mot, souvent utilisé par l’extrême droite pour dénoncer le traitement qu’elle subit, se cache un véritable système de pensée qui empêche toute pensée rationnelle."

    Comme je vous sent un peu novice sur ce sujet, je vais, dans ma grande bonté, vous instruire.

    La diabolisation ne commence pas avec l’extreme droite. Elle commence, comme son nom l’indique, par la designation du mal absolu (le diable), chargé de tous les maux de la terre, de toutes les perversions. Elle commence surtout par ceux qui se designent comme les ennemis du Diable.

    Je suis l’Inquisition, je combat le diable qui est en chacun de vous. Si vous me combattez, c’est que vous servez le Diable.

    Bien avant GW Bush, le "avec nous ou contre nous" existait déja.

    La diabiolisation a ensuite eté recupéré par les marxistes. Comme leur religion est athée, le mechant ne pouvait etre spirituel. Le diable chez les communistes, s’appele le Capitaliste

    De meme que le Diable a des avatars qui s’appelent Lucifer , Ezechiels ou Belzebuth, les communistes ont les leurs : Patron, Bourgeois sont des synonymes du capitaliste.

    Mais la aussi , la pensée inquisitoriale, la dialectique Bushiste nous livre son "avec nous ou contre nous". Si vous n’etes pas communistes, vous etes un "anti-communiste"

    Montrer du doigt l’anticommuniste est une façon sournoise d’empecher de penser autre chose que communiste. Les Journalistes ont été longtemps petrifié quand G Marchais les traitait d’anti-communiste...

    Alors si cela marche avec les cocos, pourquoi d’autres ne si preteraient pas ?

    Les juifs ont donc utilisé un vrai gros mechant, leur Diable absolu a eux pour incarner l’antisemitisme : Hitler et ses avatars Petain, Laval and co.

    Mais comme pour les autres, la denonciation du mal absolu cache de plus en plus mal les interets sous-jacents. Le avec nous ou contre nous sert ici a proteger Israel.

    Si vous etes CONTRE vous etes un "nazislamique", un "islamofachiste", les modernes avatars de ce demon la. Sinon , vous etes un ami d’Israel et c’est bien...

    "Avec nous ou contre nous"

    Depuis , les homosexuels ont repris la recette. Ou vous etes "gay-friendly", ou vous etes Homophobe. Homophobe, c’est le nom du Diable chez eux.

    La aussi, derriere les vrais combats pour exister ce cache un lobbying visible. Revendication pour un mariage, "droit a l’adoption".

    La diabolisation est donc une methode rhetorique très utilisée avec des recettes que je vais vous decrire :

    1) Vous devez diviser le monde entre vos interets, vos revendications, vos solidarités et le reste.

    2) Vous devez montrer que dans le "camps d’en face", il y a un vrai grand mechant, une menace authentique.

    3) Ensuite vous devez verrouiller votre interlocuteur pour qu’il soit obligé de choisir entre ces deux alternatives. "Avec nous ou contre nous".

    Pourtant les sages nous avait prevenus il y a longtemps. Nous ne sommes pas obligé de choisir entre la peste et le cholera. Nous pouvons aussi choisir nos propres solidarités.

    Exercice

    Toi aussi, crée ta diabolisation ! Avec le recette proposée, invente la rhétorique qui permettra a ta propre tribue, ta minorité, ton groupe d’avoir une place a la TV.

    Tu pourra ainsi, comme tes petits camarades qui t’ont precédé, combattre des moulins a vents, te positionner dans un combat positif et genereux en apparence tout en servant tes interets.

    Non666, conseiller en com, vendeur de vents agréée.

  • Par (xxx.xxx.xxx.220) 12 avril 2007 13:15

    Laird Wilcox, universitaire américain, spécialiste des mouvements radicaux (de droite ou de gauche), fait part d’une observation iconoclaste : la plupart des personnes pouvant soutenir des opinions radicales ou hétérodoxes peuvent le faire en demeurant rationnelles, raisonnables et non dogmatiques. A contrario, bien des gens s’exprimant au nom de courants politiques majoritaires le font souvent de manière arrogante, brutale et fermée à tout compromis. Bref, il y a des conformistes extrémistes et des hétérodoxes modérés ! Dans les faits le mot « extrémiste » sert moins à qualifier une opinion ou un mode d’expression qu’il n’est utilisé comme invective.

    Fort de ce décryptage, Laird Wilcox énumère 21 traits distinctifs des comportements extrémistes. Force est de constater que la quasi-totalité d’entre eux s’applique aujourd’hui aux tenants de l’idéologie dominante, fussent-ils réputés modérés ou centristes...

    En voici la liste :

    1. L’assassinat de la réputation ;

    2. L’injure et la disqualification par étiquette ;

    3. Les généralisations ravageuses irresponsables ;

    4. Les assertions démontrées par des preuves inadéquates ; 5. La défense du double standard ;

    6. La tendance à voir leurs adversaires et leurs détracteurs comme essentiellement maléfiques ;

    7. Une vision du monde manichéenne ;

    8. Le désir de censure ou de répression à l’égard de leurs adversaires ;

    9. La tendance à s’identifier à leurs ennemis, c’est-à-dire à ceux qu’ils haïssent ou qui les haïssent ;

    10. La tendance à argumenter par intimidation ;

    11. L’utilisation de slogans, de mots-clés ;

    12. L’affirmation d’une supériorité morale ;

    13. Une pensée apocalyptique ;

    14. La conviction qu’il est permis de faire de mauvaises choses au service d’une « bonne » cause ;

    15. L’accent mis sur les réponses émotionnelles ;

    16. L’hypersensibilité et la vigilance ;

    17. Le recours à des justifications surnaturelles ;

    18. L’incapacité à tolérer l’ambiguïté et l’incertitude ;

    19. Le penchant pour la pensée de groupe ;

    20. La tendance à personnaliser l’hostilité ;

    21. La conviction que le système n’est bon que s’ils gagnent.

    On ne peut manquer d’être frappé par le fait que les comportements évoqués aux points 1, 2, 6, 7,11, 12, 15 et 20 sont régulièrement utilisés par les forces dominantes pour diaboliser leurs adversaires.

    De même les techniques évoquées aux points 4, 8, 10, 16, 18 et 19 sont couramment exploitées pour protéger les idées dominantes de la libre confrontation intellectuelle.

    Censure et diabolisation sont aujourd’hui les chiens de garde de l’idéologie dominante. Ceux qui les pratiquent dans les médias le font avec la même bonne conscience qu’en d’autres temps les journalistes et les doctrinaires de l’ère soviétique. Ils se donnent l’aspect décontracté mais ont un uniforme dans la tête.

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 12 avril 2007 11:24
    Forest Ent

    L’auteur semble découvrir la dialectique et la réthorique.

    Il existe plusieurs moyens de gagner un combat idéologique. L’un est effectivement d’associer son adversaire à des termes "de toute évidence" péjoratifs. La contrapposée est de se décrire en termes "de toute évidence" positifs.

    Ceci permet bien sûr d’éviter le débat de fond en remportant la bataille d’avance par le choix des mots, la "novlangue".

    Ce n’est pas pour rien qu’il y a eu autant de débats sur agoravox sur les mots "libéralisme", "assistanat", "dette", "fonctionnaire", "social", etc... Et effectivement, personne ne s’intéresse au fond. Ce sont juste des postures idéologiques.

    De la même manière, une publicité pour une voiture ne parle jamais de ses caractéristiques, mais cherche uniquement à l’associer à des images positives. Les campagnes électorales sont faites par des "fils de pub", avec les mêmes méthodes.

    Bienvenue au monde merveilleux de la consommation politique.

  • Par Thomas Roussot (xxx.xxx.xxx.217) 12 avril 2007 12:44
    Thomas Roussot

    Je poste ici cet article refusé sous prétexte qu’il aurait déjà été beaucoup traité (j’ai cherché, en tout et pour tout 3 articles abordent le cas Soral alors que des dizaines sont consacrés à tel citoyen qui dit qu’il va voter Bayrou, que tel autre n’aime pas Sarkozy ou Royal). Agoravox révelle-toi !

    L’intégrité comportementale, voilà ce qui définitvement caractérise la valeur des individus. Il y a ceux qui se couchent, les représentants de l’esprit de Munich, et les autres, qui passivement contemplent l’état des choses. La veulerie et la lâcheté ont toujours été majoritaires.

    Mais il demeure des individus qui souhaitent pouvoir encore se regarder dans la glace le matin. Et ils existent encore quitte à se griller les bonnes entrées, la respectabilité des troupeaux moutonniers et lâches, quitte à subir l’inquisition idéologique totalitaire qui a cours dans ce pays

    Je ne me pronconcerai pas sur le contenu des déclarations de Soral ou de Redeker, de savoir s’ils elles sont indécentes, provocantes, transgressives, peu diplomatiques, violentes, illégales, insultantes, ce n’est pas à moi de le dire. Je suis écrivain, libre d’esprit et comme Voltaire même si "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire". C’est ce qui fonde notamment un pilier essentiel de la république française, le droit à l’expression. Si certains estiment certaines déclarations intolérables, qu’ils se reportent aux tribunaux, nous sommes dans un état de droit (même si la judiciarisation des idées me semble déjà en soi une vertigineuse régression des libertés) . Ce n’est pas à des milices fascistes sionistes ou islamistes de faire régner la terreur et leur loi dans ce pays. Redeker, professeur de philosophie qui a notamment évoqué Mahomet comme étant est "un maître de haine" a reçu un mail de menace de mort, ce qui est intolérable. Il a bénéficié immédiatement d’une protection policière, d’un branle-bas de combat médiatique important, d’une pétition considérable (http://www.petitionredeker.info/?pe...), du soutien de très nombreux intellectuels avec à la clef un meeting de soutien.

    “Tout individu doit avoir le droit de blasphémer. La liberté d’expression ne se négocie pas”, affirmait à cette occasion Arié Bensemhoun, le représentant toulousain du Comité représentatif des institutions juives de France (CRIJF) . C’est pour défendre la liberté de Robert Redeker, et cette tribune ultra offensante sur l’islam dans le Figaro, que 800 personnes s’étaient réunies à l’occasion de ce meeting, dont Mohamed Abdi, de l’association Ni putes ni soumises, le maire (UMP) de la ville Jean-Luc Moudenc, les philosophes Bernard-Henri Lévy et Pascal Bruckner, le journaliste Philippe Val ou l’écrivain Claude Lanzmann. Pour le porte-parole du CRIJF, il était “inacceptable” que l’enseignant de la banlieue de Toulouse soit “maintenu au secret, caché par la police et donc réduit au silence” . Redeker a été invité au journal de 20 heures de France 2 et a reçu des milliers de lettres venant de la" France profonde.”. Bref une saine réaction républicaine, rien à dire.

    Ses propos ont pourtant été jugés racistes par beaucoup (inutile de les reproduire ici, ne soufflons pas sur les braises encore ardentes), et certains de ses soutiens y compris les plus déterminés les ont jugés infâmes. Mais ils ont défendu l’homme et sa liberté au nom de cette tradition républicaine. le castlevania Pour le sociologue Soral, le scénario est très différent, et c’est un euphémisme. Tenant lui aussi des propos véhéments mais concernant eux le sionisme et l’histoire de la communauté juive lors de l’émission Envoyé Spécial sur France 2, propos d’ailleurs tronqués et sortis du contexte d’un discours plus long contrairement à la tribune de Redeker, que s’est-il passé pour lui ? Un mail de menaces de mort ? Non, des dizaines. Deux agressions physiques dont l’une qui l’a rendu aveugle pendant quelques heures au gaz lacrymogène, des insultes taguées sur sa façade d’immeuble. Une librairie ou il faisait une dédicace saccagée et la libraire comme les clients castagnés par une horde de militants casqués et armés. Depuis un ostracisme inégalé des médias et des divers cercles intellectuels comme l’école Sciences-po qui l’expulse manu militari après l’avoir invité pour une conférence sous prétexte qu’il trouble l’ordre public !! Kafka est de retour.

    Réaction de l’Etat français ? Aucune ! Pas de protection policière. Pas de condamnation officielle. Pas de dissolution de la milice concernée et fichée par les rg (contrairement à la tribu K très rapidement dissoute). Pas de soutien des intellectuels français, pas de meeting, nada. Imaginons un instant qu’une milice type Gud ait massacré une librairie et un auteur comme l’infiniment estimable Mr Bernard-Henry- Levy, non seulement cette structure aurait été légitimement dissoute, ses membres immédiatement incarcérés et pour de longues années, une manifestation monstre regroupant toute la classe politique française bien en avant du cortège aurait été organisée et des médias en alerte rouge sur le retour du nazisme auraient assuré une saine dénonciation républicaine de cette barbarie.

    Et bien pour Mr Soral, rien de tout cela, bien au contraire, il est interdit ou décommandé de toutes les émissions, notamment à la demande de grands démocrates comme Mr Besancenot (un fervent partisan de la dictature du prolétariat qui s’y connaît en démocratie) lors de l’émission Ripostes, préférant parler avec un membre du FN, ce que n’est pas Mr Soral, non lui a le tort de venir de la gauche prolétaire, celle des banlieues désabusées, c’est criminel. Pire, il pense que l’internationalisme est le faux-nez du mondialisme ultra-libéral, il croit que la stigmatisation et l’instrumentalisation menée par la gauche comme par la droite des immigrés sert le capitalisme, bref c’est un monstre, ils nous le disent ces gens qui payent l’ISF et mettent leurs enfants dans le privé tout en prêchant la tolérance et l’ouverture. Certaines de ses idées sont peut-être nauséabondes ou contradictoires (j’avoue mal comprendre sa défense du voile même contre le string sous prétexte de lutte anti libérale quand on se dit progressiste), mais je ne suis pas habilité à les analyser n’étant pas un grand marxiste, ce que je sais, c’est que ce pays devrait avoir honte de sa couardise qui nous rappelle comme dirait l’autre, les heures les plus sombres de notre histoire.

    Il faudra maintenant pour les sociologues encore pourvus d’un courage intellectuel minimal (condition indispensable à toute pensée libre) analyser les tenants et aboutissants de ce double traitement, si tant est que leurs capacités neuronales soient encore en mesure de le faire...

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