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Accueil du site > Tribune Libre > La liberté finit là où commence celle d’autrui

La liberté finit là où commence celle d’autrui

Nous vivons dans une République démocratique et laïque dans laquelle tout un chacun peut, en principe, exprimer une idée ou porter un regard différent sur celui des autres, condition indispensable pour former la base de l'esprit critique qui se soumet à la discussion et approfondit la contradiction citoyenne. Cette approche appartient désormais au passé puisqu'il ne nous est plus permis de nous exprimer sur certains sujets. Des lois dictées à nos représentants politiques par des lobbies ou associations prévalent, avec de leur part l'outrecuidance à se poser en victimes alors qu'ils sont les instigateurs de provocations éhontées ! Comment un citoyen pourrait-il dès lors participer à l'avancement de la société en exprimant une opinion allant à l'encontre de l'effet moutonier ?

Au XXI° siècle, le multimédia a investi la sphère de l'esprit critique et certains internautes pensent comprendre et interpréter à bon escient les très nombreuses informations qui pourtant les submergent. Les faits se bousculent en interaction avec le sensationnel pour en faire un fait extraordinaire avant que l'un ne vienne en chasser un autre. La tendance spontanée de l'homme est de croire ce qu'on lui dit, surtout si elle provient d'une source réputée fiable. Pendant longtemps, l'acquisition et le développement de l'esprit critique ont été dévolus à l'école publique dans le cadre de la formation du citoyen en devenir, particulièrement au travers des leçons d'histoire chargées de la formation du sentiment d'appartenance nationale. « Si l'écolier ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l'instituteur aura perdu son temps (E. Lavisse 1912). » Les enfants d'aujourd'hui voient en la personne de l'enseignant un référent culturel..., et une frange conteste certains passages d'une histoire ressuscitée (croisades, épopée coloniale, guerres d'indépendance, etc.) ; comment affirmer et établir certains faits de manière indubitable sans parler de la subjectivité des programmes sur le choix des documents.

L'esprit critique reste le rempart pour ne pas retomber dans l'hétéronomie contraire à l'idéal démocratique. On a parfois l'impression que l'esprit critique est simplement affaire de bon sens, rien n'est plus faux. L'esprit critique requiert : d'être capable de choisir, de juger, de discerner, de séparer et de décider. Il se veut sceptique et se méfie : des idées toutes faites - du conformisme - des idéologies - ou des théories régnantes. L'esprit critique ne saurait se plier à un argument d'autorité, à des pressions externes, internes, ou de quelconques effets de mode. « L'esprit critique est réflexif, il ne se contente pas de percevoir ni d'assimiler des informations brutes, il analyse avec recul et discernement ce qui est soumis à sa pensée. Rien n'est définitif, d'autres nous ont précédés et nos successeurs disposeront de nouvelles sources qui leur permettront de poser des questions plus fines et ainsi corriger et compléter nos énoncés. »

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Les réformes de l'enseignement de l'histoire et les programmes retenus ne sont pas anodins. La réforme Haby (1976) a entériné la rupture de l'histoire nationale, le rôle de l'enseignant est davantage de former un citoyen ouvert à d'autres cultures. Adieu les grandes images d'Épinal : Vercingétorix, Jeanne d'Arc, etc., destinées à faire oublier la défaite de 1870. Le ministre Jean-Pierre Chevénement confronté à « La crise de l'identité nationale » voulait renouer avec des valeurs républicaines plus consensuelles... Les réformes dictées par le seul souci politique ne cesseront de se succéder. Les enfants de la République, toutes origines confondues, doivent se reconnaitre dans l'État-nation au travers d'une l'histoire de France revisitée, adaptée, et à l'explication rassurante (simplisme) afin de ne froisser aucun citoyen d'origine étrangère. Si l'histoire est devenue tributaire du présent, ce n'en est pas pour autant qu'il faille tout nier, ni ériger le scepticisme ou la marginalité en vérité. Le volontarisme politique ne consiste-t-il pas à faire dire aux documents ce que l'on veut souligner ? Comment peut-on établir que les faits sont sûrs et certains, comment expliquer des faits passés à la lueur du présent dans un langage actuel ?

Les historiens « génèrent un discours sur le passé » (H. White). Prendre une interprétation subjective du passé pour un véritable savoir et passer d'une attitude passive à une attitude active ou adhésion reste une solution de facilité dénuée d'esprit critique. A l'inverse, dire que l'on n'est sûr de rien, que la vérité est multiple, ou que la vérité reste relative, c'est courir le risque de tomber dans l'hypercritique qui fait passer les faits au second plan (prouvez ce que vous avancez ou prouvez que j'ai tort) au profit du débat idéologique ou politique ce qui revient à peu de chose près au même, c'est à dire servir les intérêts d'un des interlocuteur plutôt que d'argumenter, ce dernier peut mentir (par contrainte, par sympathie, fidélité au groupe, ou par vanité) jusqu'à en oublier toute probité intellectuelle. L'obéissance n'est pas forcément une valeur, la non-obéissance peut être une vertu. « La France est le pays le moins révolutionnaire du monde, le plus attaché à ses désuétudes, le plus lent à se retourner vers un régime inédit. » En ce qui concerne la démocratie : « des hommes ont cru l'avoir rencontré, mais les foules l'attendent encore. »


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7 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 3 septembre 2016 11:31

    « On a parfois l’impression que l’esprit critique est simplement affaire de bon sens, rien n’est plus faux. » Voilà une parole de bon sens ! smiley


    • Le421... Résistant Le421 4 septembre 2016 14:25

      @rocla+
      Si la France prenait des mesures pour limiter la bêtise, on aurait beaucoup moins de problèmes !!
      Et c’est tout le contraire qui est fait.


    • maQiavel maQiavel 3 septembre 2016 16:17

      Merci pour cet article.


      • philouie 3 septembre 2016 16:37

        Pendant longtemps, l’acquisition et le développement de l’esprit critique ont été dévolus à l’école publique dans le cadre de la formation du citoyen en devenir, particulièrement au travers des leçons d’histoire chargées de la formation du sentiment d’appartenance nationale. « Si l’écolier ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l’instituteur aura perdu son temps (E. Lavisse 1912). »
         
        Belle citation.
        1912.
        Quand l’école de la république menait les Français dans la grande boucherie pour le plus grand bonheur des banquiers et des industriels.
         
        A l’auteur :
        Nous ne sommes pas nostalgique de ce temps. Vos guerres : ça commence à bien faire.


        • Le421... Résistant Le421 3 septembre 2016 19:45

          Comment expliquez-vous que dans un bar-tabac il est interdit de fumer ?
          Qui vous oblige à pénétrer dans un lieu de débauche ou des soulards fument et se détruisent la santé ?
          Personne.
          Mais le connard type adore interdire aux autres ce qu’il ne fait pas lui-même.

          Comment expliquer que dans une sphère aussi privée que la voiture, on vous oblige à porter une ceinture ?
          Est-il interdit de marcher sur la margelle d’un puits ou sur le bord d’un pont ?
          Vous mettez en danger votre vie, pas celle des autres...
          Le coût pour la collectivité en cas d’accident ? Laissez-moi rire !! Tout le monde s’en fout. Ce que vous achetez dans le supermarché du coin, de l’insecticide à la lingette, la lessive ou la malbouffe, tout est quasiment toxique à long terme. Alors ??

          Ben voilà.
          Simple.
          Le français type mesure son pouvoir à la capacité d’emmerdement qu’il a envers ses concitoyens.
          Réfléchissez-bien et vous verrez !!

          Un ministre se lève le matin en se disant : « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir proposer d’interdire aujourd’hui ?? »
          Autoriser, ce n’est réservé qu’aux puissants. On autorise des niches fiscales aux riches pour planquer du fric, On interdit au pègreleux de pisser sur la pelouse... Différence.


          • christophe nicolas christophe nicolas 4 septembre 2016 03:32

            Le seul référent qui existe est la révélation actualisée en permanence, lorsque l’éducation nationale l’aura compris, elle arrêtera ses soubresauts chaotiques en provenance des volontés politiques intéressées.

            C’est le nouveau testament qui est à l’origine de notre culture, il ne faut pas l’oublier mais depuis 500 ans, nous sommes dans l’époque mariale qui parait fortement liée à l’accélération des sciences et des techniques mais surtout des sciences humaines parce qu’avant il y avait toujours en ligne de mire un règlement avec des coups de pied au cul, langage basique et universellement compris.
            Notre époque joue plutôt avec le contrôle de l’environnement qui est plus doux mais qui recèle tout de même des pièges et notamment celui de faire prendre des vessies pour des lanternes à la longue, c’est à dire de perdre la foi et de revenir à l’idolâtrie sous une forme moderne. Le culte de l’argent, le matérialisme pur et dur, le scepticisme fondamental qui est une monstruosité philosophique, la religion de l’homme qui flatte l’orgueil, le cynisme et autres résurgences des philosophies antéchrist (avant le Christ) sous des formes renouvelées par un savoir scientifique or le Christ a bien précisé récemment des choses qui doivent faire méditer :

            La Vérité est ici, hommes qui la cherchez. La Vérité est Dieu. C’est là la clef pour comprendre la science. extrait
            Même votre Négation (J’appelle négation la Science qui veut donner des explications en niant Dieu) admet l’existence de la force centripète, qui permet à un corps de tourner sans perdre une partie de sa masse, mais au contraire, en attirant toutes ses parties vers son centre. extrait
            Mais pour posséder l’Esprit, il faut la Grâce. Mais, pour posséder la Vérité et la Science, il faut la Grâce. extrait
            Si la science ne s’appuie pas sur Dieu, elle devient l’erreur qui n’élève pas mais avilit. Le savoir n’est pas corruption s’il est religion. extrait

            Ce n’est visiblement pas une critique de la science sauf si elle rejette la révélation parce qu’elle lui est visiblement intiment liée. Ce que le Christ nous révèle n’est pas du tout ce qu’on nous apprend à l’école, l’athéisme se faisant une spécialité de s’approprier la science pour la détourner dans des chemins de traverse qui lui font ignorer le meilleur.

            Pour trouver la Vérité, il faut unir l’intelligence et l’amour, et regarder les choses non seulement avec des yeux sages, mais avec des yeux bons, car la bonté a plus de valeur que la sagesse. Celui qui aime arrive toujours à avoir un chemin vers la Vérité. (extrait)

            Or, vouloir ignorer Dieu ne peut pas être bon ! Conclusion, une laïcité qui voudrait omettre Dieu par excès de zèle compromet irrémédiablement l’avenir d’un peuple qui s’enfonce dans les erreurs et croyez moi, le % est digne de l’énergie sombre même chez des Nobels qui sont pourtant l’excellence de notre système éducatif.

            • Le421... Résistant Le421 4 septembre 2016 14:29

              @christophe nicolas
              Or, vouloir ignorer Dieu ne peut pas être bon...

              Effectivement.
              Dieu est amour, Dieu est bonté. Jusqu’à la porte de l’église. Dès que les bigots en sortent...

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