• dimanche 27 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Laissons parler les racistes !
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(167 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Laissons parler les racistes !

L’article "Racisme ordinaire, indulgence ou indifférence ?" paru la semaine dernière sur AgoraVox abordait le problème des hommes publics (Georges Frêche, Pascal Sevran) qui se laissent aller à des dérapages verbaux, et des réactions que ces dérapages devraient susciter. L’auteur - Zerth - était visiblement animé des intentions les plus louables en écrivant son papier. Si son indignation est compréhensible, je ne le rejoins pas dans ses orientations.

Nous avons cru pendant longtemps qu’il fallait faire taire les voix discordantes de la démocratie, les racistes, les haineux, les antisémites, les xénophobes et autres savoureux humanistes. Les propos dégradants et agressifs des individus en question ne sauraient en principe être tolérés au sein du débat public.

Il est nécessaire de rappeler que Le Pen et le Front national prospèrent depuis vingt ans, procès après procès, grâce à l’idée selon laquelle on veut le faire taire, jusqu’à paraître, en affiche ou à la télévision durant les campagnes électorales (1988) avec un bâillon. L’image pouvait faire rire ; elle a fait son chemin. La "méthode Le Pen" pour revenir sur le devant de la scène et éventuellement remonter dans les médias ? Sortir une énormité - genre "Durafour crématoire" - se faire attaquer en Justice et se retrouver ainsi au 20 heures pendant quinze jours...

A force de vouloir faire taire le président du Front national, on lui a donné sa meilleure arme : celle de la théorie du complot. "L’établissement veut me bâillonner car je suis le seul à dire la vérité". C’est simpliste, mais ça fonctionne.

Alors l’erreur ne serait-elle pas de vouloir réguler le discours public en cour de Justice ? Pourquoi ne pas prendre exemple - l’idée va en faire hurler certains par principe - sur ce qui se passe aux USA, où chacun peut s’exprimer ? L’injure directe y est naturellement réprimée, mais les discours extrémistes ont droit de cité, que ce soit les discours haineux de Farakan ou ceux du KKK. Dans ce cadre, le discours public révèle la véritable nature des participants. Cette liberté rend le débat indispensable : à partir du moment où chacun peut exprimer ses fantasmes racistes, il faut qu’il trouve en face de lui des contradicteurs (politiques, journalistes ou autres) pour le combattre.

En démocratie, le fanatique est moins dangereux à visage découvert. Ses théories peuvent être combattues et il ne peut, en disposant de la liberté de parole, invoquer un quelconque complot pour s’inventer défenseur d’une vérité secrète.

Chacun sait qu’il se trouve des hommes pour dire que la Shoah est une invention juive, que les blancs sont la race dominante sur la planète, que les noirs sont la race dominante sur la planète, que l’islam doit balayer les autres religions... Empêcher ces discours par la loi ne les affaiblit pas.

Comme le faisait très justement remarquer Marsupilami en réaction à l’article de Zerth, "la moitié des sketchs de Coluche (qui a fait rire la France avec des trucs bien pires que Sevran et Frêche) seraient censurés par les associations antiracistes". C’est déplorablement exact.

L’interdiction amène le règne ouaté du politiquement correct, où le discours de chacun doit passer par le filtre du consensus. Cette bien-pensance voudrait figer la société en une image idéale. Au contraire, la liberté de parole consisterait à remettre cela en mouvement, en regardant la société en face. Le tableau comprend des humanistes et des ennemis de la démocratie. On peut gommer le méchant du tableau, il ne cesse pas de nuire pour autant.

Pour revenir au FN, les grands partis politiques ont tenté, pendant des décennies, de faire honte aux électeurs du Front national. En vain. Le vote FN s’est fait discret ; il s’est aussi dangereusement développé. Avec le résultat que l’on a connu en 2002.

Alors, laissons les racistes, fascistes, blancs ou noirs, de gauche ou de droite, chrétiens ou musulmans, exprimer ouvertement leur haine et leurs idéaux frelatés. Et combattons-les à découvert, au lieu de les faire taire et de les élever au rang de martyrs de la démocratie.

par Dragoncat vendredi 29 décembre 2006 - 184 réactions
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(167 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par CAMBRONNE (xxx.xxx.xxx.65) 29 décembre 2006 12:26
    CAMBRONNE

    DRAGONCAT

    La vérité sort de ta bouche . LePen ne s’est jamais autant fait de mal que pendant la campagne du deuxième tour où il était obligé de développer son programme qui visiblement ne tenait pas la route .

    Pendant la guerre le chef des nazis anglais continuait à vaticiner à Hyde park en toute liberté .Les Anglais continuaient à se battre avec ardeur contre les Nazis .

    Il est regrettable que la démocratie française ne se sente pas suffisemment forte pour laisser parler tout le monde .On se croirait encore aux débuts de la III ème république qui avait peur de perdre de nouveau le pouvoir .

    Dragon je te salue et te souhaite une bonnne anée .

  • Par Courouve (xxx.xxx.xxx.83) 29 décembre 2006 17:59
    Senatus populusque (Courouve)

    Claude LÉVI-STRAUSS : « [En 1971 devant l’UNESCO] je m’insurgeais contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme défini au sens strict et des attitudes normales, légitimes mêmes, et en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d’individus, de quelque façon qu’on le définisse, l’effet nécessaire d’un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé, l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. Si, comme je l’écrivais dans Race et histoire, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi ; elles ne s’ignorent pas, s’empruntant à l’occasion, mais, pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité. Tout cela devait être rappelé, et plus encore aujourd’hui où rien ne compromet davantage, n’affaiblit de l’intérieur, et n’affadit la lutte contre le racisme que cette façon de mettre le terme, si j’ose dire, à toutes les sauces, en confondant une théorie fausse, mais explicite, avec des inclinations et des attitudes communes dont il serait illusoire d’imaginer que l’humanité puisse un jour s’affranchir ni même qu’il faille le lui souhaiter : enflure verbale comparable à celle qui, lors du conflit des Malouines, a entraîné tant d’hommes politiques et de publicistes à dénommer combat contre un vestige du colonialisme ce qui n’était en fait qu’une querelle de remembrement. » (Le Regard éloigné, Préface, Paris : Plon, 1983)

  • Par miaou (xxx.xxx.xxx.175) 29 décembre 2006 13:59
    miaou

    Pascal Sevran ne s’était pas exprimé ainsi dans le cadre d’une de ses émissions, tout comme Robert Redeker n’avait pas évoqué le contenu de sa tribune dans un de ses cours... On ne peut laisser parler les uns et pas les autres sous prétexte d’un "droit de réserve" qui s’étendrait par delà leur temps professionnel.

  • Par Courouve (xxx.xxx.xxx.83) 29 décembre 2006 17:18
    Senatus populusque (Courouve)

    « Interdire l’expression du racisme, c’est tout simplement militer pour le refoulement, pour le secret, le renfermement et la conspiration. Et à terme, pour plus d’attentats, plus de meurtres. » Serge July, "La liberté d’expression des racistes", Libération, 24 novembre 1978.

    De plus, l’expérience a amplement montré que l’on pouvait se servir des lois anti-racistes pour disqualifier ou éliminer des points de vue non racistes, mais simplement dérangeants pour un secteur du panel politique ou associatif.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox