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Le bilan positif du colonialisme (français)

 

Prenons l’Algérie comme cas de figure. La laïcité, la constitution de l’Etat de droit dépassant le stade tribal (que connut la France jusqu’à Louis XIII avec la Fronde des Grands, n’oublions pas que l’Algérie, en tant qu’Etat, par exemple, est une invention « colonialiste »), l’instruction pour tous, et surtout pour toutes, l’amélioration du système de santé, tout ceci permit, malgré les morts des diverses insurrections, l’explosion démographique de la population autochtone et sa sortie de l’état de survie dans lequel les colonisations arabo-islamiques et turques l’avaient maintenue.

Certes, il y eut spolation des terres, surtout après l’insurrection kabyle de 1871 (dont l’origine est bien moins nationaliste que liée à des questions d’honneur) mais dès 1927 "les achats de terres par les indigènes dépasseront ceux des Européens : 500 000 hectares au total en 1954". (Pierre Goinard, Algérie, l’oeuvre française, prix Maréchal Lyautey de l’Académie des sciences d’Outremer, éditions Jacques Gandini, 2001, p.142 ; sur l’insurrection kabyle, voir p. 119 et mon écrit "Les Berbères ou l’auto-étouffement" dans A l’ombre de l’Islam, minorités et minorités, Bruxelles, Filipson, 2005).

Il y eut également la possibilité, en Algérie, (sénatus-consulte du 14 juillet 1865) que les natifs aient le choix "entre continuer d’être régis par la loi musulmane ou de jouir des droits des citoyens français en étant régis par les lois civiles et politiques de la France" ( Pierre Goinard, idem, p. 110).

Cette intégration fut refusée par les Arabo-islamisés (imprégnant également les Kabyles, jusqu’à leur perte actuelle), jugeant incompatibles les avancées civilisationnelles citées plus haut (dont la laïcité, l’instruction pour les femmes, le droit individuel de propriété également) et les fondements de l’arabo-islamité, cette ancienne (et féroce) colonisation qui prétendait encore régir la destinée algérienne.

Elle était aidée en ce sens par le renouveau du nationalisme arabe et de l’islamisme (avec l’arrivée des Saoud). D’où l’orchestration, par la suite, des bains de sang - Sétif, la Toussaint- pour empêcher un tel rapprochement (tel le sens de 1954, ce début du djihad, comme le dit aujourd’hui Ali Belhadj ex n°2 du FIS - fils du FLN) .

Ce processus ne fut évidemment pas freiné par l’illusion des deux Collèges (indigène et européen), un communautarisme avant l’heure.

Pourquoi ?

D’une part, parce qu’il n’y avait précisément pas, parmi les natifs de souche (à part Ferhat Abbas), de volonté réelle d’admettre ce que les Gaulois avaient réussi à concevoir : l’apport positif de la colonisation romaine avec un droit unifié, un désir d’union politique malgré la diversité, une conception de plus en plus démocratique des relations sociales, une organisation urbaine distincte des propriétés féodales et ecclésiatiques.

D’autre part, le refus arabo-islamique d’évoluer identitairement en prenant en compte les acquis indéniables du point de vue de la civilisation humaine, (celle qui pose l’émancipation, l’ouverture, comme conditions de tout affinement singulier),s’alimentait du refus opposé, celui du tout ou rien, ne comprenant pas qu’il fallait appuyer ces autochtones qui cherchaient à la fois à s’écarter de l’arabo-islamité et de l’assimilation pure et simple (à la façon de ce qui s’est passé en France, avec les dégâts que l’on sait).

Sauf que cet intéressant débat, cette mise en perspective, est aujourd’hui noyé par les relativistes d’extrême gauche et de gauche, les communautaristes de droite et d’extrême droite, qui refusent le socle universel, mettent par exemple sur un même pied la sharia et les droits démocratiques fondant de plus en plus la citoyenneté dans le monde.

Il est incroyable, dans ces conditions, que d’aucuns, en France, et au gouvernement, aient réussi à mettre en cause la loi du 5 février 2005, pour "apaiser les tensions", alors que, ce faisant, ils les attisaient encore plus, puisqu’elles sont fomentées par tous ceux qui refusent l’intégration dans le "système" (dit "néo-liberal", pour faire mode) pour les uns (résidus gauchistes ayant aujourd’hui pignon sur rue dans les médias et les universités), système "occidental" pour les autres, remettant en cause les "valeurs" et "l’identité arabe", "islamique", "noire", autant de crispations en réalité, de nostalgie, refusant de concevoir que les traditions culturelles spécifiques évoluent, se nourrissent les unes les autres, se transforment, au lieu d’être pétrifiées dans une espèce de culturalisme grand-papa : " Que voulez-vous, ce sont des musulmans, ce n’est pas leur culture "...

Il est en fait risible d’observer les mêmes individus, qui se sont battu contre l’immobilité, le fixisme, les "valeurs bourgeoises", soutenir aujourd’hui mordicus les revendications identitaires visant à figer une fois pour toutes la condition humaine et ses singularités sexuelles et individuelles dans un moule civilisationnel refusant toute autre innovation que celles inscrites dans un livre écrit il y a treize siècles, ou dans les coutumes ancestrales.

Cette réaction, là, n’est pas dénoncée, sinon par quelques vagues critiques sur "la tentation obscurantiste" mais qui ne vont pas au fond, parce qu’elles ne voient pas que ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’avenir de la liberté. C’est-à-dire le devenir de la civilisation démocratique techno-urbanisée, avec ses différences culturelles, nécessaires, mais non suffisantes à elles seules pour penser l’interaction actuelle du devenir mondial, et ceci dans toutes ses dimensions.

Il est dommage que le débat en France et dans le monde en soit réduit à cela, au degré zéro de l’analyse, diabolisant sans cesse l’Occident, au lieu de percevoir aussi en lui un même que soi, qui a été cependant la seule civilisation à se remettre en cause, comme le dit si bien Pascal Bruckner dans son dernier ouvrage, La tyrannie de la pénitence (Grasset).




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