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Le boulet

Dans la langue de tous les jours, un boulet est une personne qui s’accroche lourdement à vous, dont vous souhaiteriez vous débarrasser sans jamais y parvenir, à l’image du boulet d’un bagnard.

La stratégie dite « du boulet » est la plus formidable découverte dans l’art de décourager les peuples à s’occuper de politique et de les mener là où ils ne veulent pas aller. Pour ceux qui découvriraient ce mode de gouvernance qui a prouvé son efficacité, exploité sans vergogne par les forces antidémocratiques, en voici le mode d’emploi :

La première étape est de trouver le bon candidat parmi les hommes politiques. Il devra avoir montré ses aptitudes à être un bon boulet en franchissant par ses propres moyens les premiers niveaux du parcours politique classique et avoir prouvé sa détermination à accéder aux plus hautes fonctions en attirant l’attention des médias par des actions aussi brillantes que stupides.

Il ne devra pas être passé par une grande école ou alors n’avoir fait qu’y passer. Pas assez intelligent pour être sensible aux démonstrations rationnelles mais pas trop stupide non plus, il faut qu’il comprenne les mots importants dans les discours que l’on écrira pour lui. L’absence de conscience morale et un aplomb à toute épreuve sont indispensables pour être un bon boulet. Une revanche à prendre sur un père détesté est un incontournable. Une faiblesse à satisfaire est exigée comme l’alcool ou les femmes ou l’avidité sans limite. L’idéal évidemment est qu’il est les trois à la fois. Sa culture doit être limitée à l’essentiel, les bandes dessinées pour la littérature et les variétés pour la musique par exemple.

La seconde étape consiste à faire gravir au boulet les plus hauts échelons. Ce n’est pas si facile car tous les candidats utilisent les vieilles ficelles démagogiques et populistes, l’art du mensonge éhonté, du « plus c’est gros, mieux ça passe ».

A ce stade, il est temps de préparer l’arrivée du boulet en lui ménageant des complicités dans les hautes sphères de la magistrature, dans les médias dominants et les instituts de sondage notamment. Ce travail préparatoire permettra d’organiser les campagnes de presse infamantes, les mauvais procès qui traîne en longueur, la manipulation des sondages d’opinions pour éliminer les candidats les plus sérieux.

Au stade supérieur, dans la dernière ligne droite, des tirs de barrage médiatique, une démolition systématique de la crédibilité des autres candidats, la confiscation de la parole pendant les rares apparitions télévisuelles, la dissimulation des erreurs du boulet, son bagout, un large ratissage de l’électorat par de trompeuses promesses feront le reste.

Une fois le boulet installé au pouvoir, la victoire sur les forces démocratiques est pratiquement acquise. Ils devront rapidement comprendre et admettre que leur combat est inutile et perdu d’avance. Le boulet devra renforcer son poids par des nominations tout azimut à des postes stratégiques des institutions républicaines afin à la fois de verrouillé le dispositif et de récompenser les affidés.

Le boulet n’est pas seul. Il peut s’abriter derrière le fait que toutes les décisions importantes sont prises par des experts nommés par d’autres boulets ancrés ailleurs. Ces experts sont abrités dans des institutions internationales spécialement fabriquées pour s’affranchir des contrôles démocratiques. L’OMC est un exemple classique de ce type d’institution. Ces institutions l’aideront à détruire toutes voies socio-économiques originales concurrençant le modèle dominant d’exploitation à outrance des plus faibles dans l’unique intérêt des plus forts.

Le boulet a quelquefois des éclairs de lucidité sur ses insuffisances mais ne supporte pas qu’elles soient rendues publiques. Le boulet a sa fierté. Pour éviter toute contrariété, il s’entoure de fidèles compagnons, plus courtisans que politiques, qui lui doivent toute leur carrière et lui sont reconnaissant de les avoir fait monté si haut. Ces admirateurs bénis oui oui sont capables d’exécuter tous les ordres qu’ils reçoivent quels qu’ils soient. Ils abritent une éventuelle conscience derrière l’illusion qu’ils sont irresponsables puisque sous la responsabilité unique et revendiquée du chef. Evidemment, il n’y a pas de miracle et les résultats sont à la hauteur des compétences du boulet.

C’est là que le boulet donne toute sa mesure. Au bout d’un an, les citoyens ou plutôt les assujettis, se sont rendu compte des conséquences désastreuses de leur vote. Ils ont une nouvelle fois la démonstration que les promesses n’engagent que les gogos qui y croient. C’est à ce moment qu’ils découvriront que l’on ne se débarrasse pas d’un boulet facilement. Quoi qu’il fasse et quoi qu’il arrive, il s’accrochera à son trône. Evidemment, pas question de laisser une chance aux forces démocratiques de reprendre la main. Le parlement aux ordres, car composé d’élus grassement rétribués et arrivés dans son sillage, signera tout et n’importe quoi « au nom du peuple ». Pas question d’organiser des référendums sur les questions importantes engageant le pays pour des décennies. S’il en faut absolument un pour rigoler un peu, ce sera sur les dates d’ouvertures de la pêche à la palourde afin de diviser l’opposition.

Donner des noms serait en contradiction avec la charte de ce site mais les indications laissées plus haut permettront aux plus perspicaces d’entre vous de les reconnaître.

Attention, un boulet est toujours dangereux, comme un bilboquet, il peut revenir dans la figure de celui qui le traîne s’il se croit menacé. Il n’a aucun frein. Une technocratie dans laquelle les ministres et autres tenants du pouvoir sont choisis pour leur extrême souplesse d’échine et leur obéissance admirative n’ont jamais empêché un boulet d’entraînés avec lui, un peuple au fond de son puits de folies. On a vu déclarer des guerres sanglantes autant qu’inutiles, d’autres ordonner le massacre d’une partie de leurs propres sujets.

Grâce à la puissance financière des promoteurs et à l’efficacité des techniques de manipulation des masses, les boulets prospèrent en Europe et sur le continent Nord américain. Selon les cultures et les époques, le boulet prend des formes différentes mais le but est constant, décourager les peuples de la pratique démocratique et leur faire accepter le nouvel ordre mondial : Si vous ne servez pas, vous ne servez à rien.

par Daniel Roux samedi 16 août 2008 - 47 réactions
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