Le quinquennat de François Hollande démarre aussi mal que celui de son prédécesseur. Affaires privées qui prennent le pas, manque de respect des électeurs, hypocrisie et mauvaise foi fleurissent comme la mauvaise herbe au printemps. Les impôts vont augmenter dans quelques semaines, mais les socialistes restent muets à ce sujet. Cela aurait dû pourtant être le thème principal des législatives.
Apparemment, le fantôme de Nicolas Sarkozy hante encore l’Élysée, car finalement, avec François Hollande, il n’y a pas tant que cela de changement dans la pratique présidentielle.
Matignon, une succursale de l’Élysée (pas de changement)
L’une de ses premières décisions a été la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon. Si ce dernier a bien insisté sur l’application de l’article 20 de la Constitution (encore sur France Info le 13 juin 2012), et qu’il est tout à fait qualifié pour diriger un gouvernement (son expérience de quinze années à la tête du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale lui donne une certaine légitimité), il est clair que le Premier Ministre ne reste bien qu’un simple collaborateur du Président de la République, comme il est d’ailleurs de tradition sous la Ve République (Georges Pompidou n’était que le « premier des ministres » de De Gaulle).
En effet, la personnalité la plus "naturelle" ou la plus "logique" pour occuper Matignon aurait dû être Martine Aubry, en tant que chef du parti de la majorité présidentielle (toutes les autres démocraties européennes répondent à ce type de pratique). Ce choix présidentiel, tout à fait louable, et sans doute justifié par la proximité entre les deux personnages de l’Exécutif, montre à l’évidence que le centre du pouvoir reste bien à l’Élysée et pas à Matignon (ce qui ne me choque pas d’ailleurs).
Le Président, toujours chef de sa majorité
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le soutien explicite du Président de la République à son ex-concubine Ségolène Royal pour le second tour désespéré de l’élection législative de la 1e circonscription de Charente-Maritime : contrairement à son engagement solennel au cours du débat télévisé du 2 mai 2012 (« Moi, Président de la République » etc.), François Hollande se comporte en chef de parti et intervient dans une querelle interne au PS (il ne peut même pas dire qu’il a agi pour s’assurer une majorité parlementaire puisque le rival, Olivier Falorni, fut l’un de ses fidèles de la première heure, qui avait cru en sa candidature en janvier 2010, à une époque où personne n’y aurait mis un kopek).
Confusion entre chambre à coucher et bureau à l’Élysée
L’inattendue tournure de la polémique de La Rochelle, avec le tweet bourré de jalousie et de fiel de Valérie Trierweiler et les sourires complices des jospinistes (l’île de Ré fait partie de la circonscription et le directeur de campagne du dissident socialiste fait régulièrement du bateau pendant ses vacances avec Lionel Jospin), donne aussi un avant-goût du mélange entre affaires privées et affaires publiques, ce qu’on a reproché (avec raison) à son prédécesseur. Les considérations personnelles et affectives ont indubitablement pris un ascendant sur les affaires politiques. La polémique du tweet va ponctuer ce quinquennat comme le Fouquet’s ou le séjour en yacht à Malte (qui avaient pour origine, là aussi, une histoire de femme), avec un mixage des genres peu propice à la sérénité des débats.
Vendre la peau de l’ours…
Pourquoi l’élection (donnée perdue) de Ségolène Royal était-elle considérée comme une "pièce maîtresse" du nouveau pouvoir ? Parce que l’Élysée lui avait promis le perchoir. Or, imaginer ainsi cette distribution des postes, c’est manquer de respect tant vis-à-vis des électeurs rochelais (il faut être élu députée avant d’être élu Présidente de l’Assemblée Nationale) mais aussi des collègues députés du groupe majoritaire, c’est-à-dire de l’ensemble des Français (le PS n’a pas encore gagné sa majorité même si c’est le plus probable) et de l’ensemble des députés socialistes qui seront élus dimanche prochain.
Un PS encore miné par la division
Cet échec annoncé de Ségolène Royal a d’ailleurs ouvert la voie à d’autres ambitions pour le perchoir. Un autre, vieux dinosaure de la Mitterrandie, Jack Lang, aurait bien quelques velléités, mais il aura bien des difficultés à ravir au député sortant la circonscription de Saint-Dié-des-Vosges et bien que ce soit sa terre natale, l’ancien ministre aura du mal à justifier son tour de France électoral après Boulogne-sur-Mer et Blois. Le duel pour le perchoir risque plutôt de se faire entre Jean Glavany et Claude Bartolone, un remake du combat de Rennes entre jospinistes et fabiusiens ou encore entre provinciaux et franciliens.
Le manque de respect, c’est considérer des élections acquises d’avance. C’est faire fi de la volonté populaire. C’est faire croire à l’unité d’un parti toujours autant divisé (on le voit pour le perchoir) malgré les paillettes du pouvoir. Mais c’est aussi l’ingratitude du PS vis-à-vis de François Bayrou, par exemple, et l’échec de Ségolène Royal serait presque un retour juste à l’injustice de l’échec programmé du leader centriste qui avait appelé pourtant à voter pour François Hollande (ce que j’ai regretté par ailleurs).
Paille et poudre
Le manque de respect, c’est aussi de semer sans arrêt la mauvaise foi, à longueur de discours, comme celui de Martine Aubry le 13 juin 2012 au Zénith de Paris, avec de belles formules, en disant que l’UMP n’a pas de valeurs et qu’elle fait une alliance avec le FN alors que ce n’est pas vrai.
Au contraire, l’UMP a tout fait pour éviter l’élection d’un candidat du FN si bien que ses consignes ont été claires. Ce ne serait d’ailleurs pas l’intérêt de l’UMP qu’il y ait des députés FN en mesure de faire sans arrêt des surenchères sur des thèmes démagogiques.
Et le PS reproche à l’UMP ce qu’il n’est pas capable non plus d’empêcher chez lui, à savoir une indiscipline par rapport aux consignes nationales. Il faut mettre en parallèle le retrait du candidat UMP Roland Chassain pour faire élire la candidate du FN Valérie Laupiès à Arles contre le sortant PS Michel Vauzelle (le prochain bureau politique de l’UMP devrait exclure ce candidat dans quelques jours) et le maintien de la candidate PS Catherine Arkilovitch qui bénéficiera à la candidate FN Marion Maréchal-Le Pen (nièce de Marine Le Pen). Le maintien du sortant UMP Étienne Mourrut devrait bénéficier au contraire à la candidate socialiste Katy Guyot contre l’avocat FN (transfuge des radicaux) Gilbert Collard.
Marion Maréchal-Le Pen (22 ans) est la personne membre du FN qui a aujourd’hui le plus de chance de conquérir une circonscription au second tour, et cela uniquement par la faute d’une candidate PS. Imaginez que non seulement la vie politique va devoir se coltiner une Marine Le Pen pendant encore trente ans (après quarante ans du père), mais une Marion pourrait assurer la relève en 2042 pour encore vingt ans, du Le Pen jusqu’en 2062 ! Le PS n’a donc aucune leçon de moralité à donner à l’UMP.

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@Zen Pas d’erreur, c’était bien de l’ironie !
17/06 00:59 - Christian LabruneA vous lire, je me rends compte que vous n’êtes pas un imbécile, vous êtes pire que ça : (...)
16/06 16:50 - ScubaA vouloir faire son bien, beaucoup d’hommes communistes dans l’histoire ont fini (...)
16/06 16:21 - Denzo75018Comparer les communismes français de 2012 au FN c’est quand même assez fort et cela (...)
16/06 16:14 - morteluneSarkozy avait eu au moins l’intelligence de mettre en scène sa vie privée et intime ; (...)
16/06 16:13 - Denzo75018@l’auteur Bientot la gueule de bois ? quand on verra plus la tienne on sera soulagé (...)
16/06 14:51 - lebreton
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