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Accueil du site > Tribune Libre > Le langage porte (de) notre mode de fonctionnement

Le langage porte (de) notre mode de fonctionnement

Les élites ont toujours eu en tête de garder leurs positions, ce qui implique un ensemble de techniques de manipulation de masse plus ou moins assumées/contestables selon qu’elles sont une rouage permanent du système ou favorisées ponctuellement.

Ce sont des faits que l’on peut essayer de discuter, mais dont « l’art » prend racine à travers l’histoire et s’est affiné au cours des siècles et diversifié selon les civilisations.

Une des techniques de manipulation les plus pernicieuses, consiste dans l’utilisation d’un langage où la violence prédomine, où les mots et les expressions des interlocuteurs entretiennent un rapport basé sur un duel sous-jacent empli de valorisations et de jugements.

Une autre de ces techniques consistent à décharger de leurs responsabilités les utilisateurs, vous et moi, des pratiques auto-mutilantes dudit langage en la faisant porter sur des groupes élitistes intemporels occultes chargés de répandre les maux/mots sur terre.

Bien entendu, il n’est pas question pour moi de reporter la faute sur qui que ce soit, élite ou masse travailleuse, mais de porter l’attention sur ce fait :

La façon que nous avons d’utiliser notre langage nous programme aussi efficacement que le fait un programme d’ordinateur.

Celui ou celle qui veut parler en utilisant les richesses libératrices de son patrimoine plutôt que les contraintes d’un passé dominateur devra souvent prendre soin de la façon que nous avons de communiquer/d’échanger n’instaure les racines de ce qui nous construit/détruit.

Face à ce constat, l’époque contemporaine me semble fournir deux approches différentes (ou complémentaires ?) mises à jour toutes deux dans les années 1970 :
  • La mise au point par l’école de Palo Alto de la célèbre PNL - Programmation Neuro Linguistique - qui s’attache plutôt à fournir les moyens pour satisfaire les besoins des individus qui la mettent en œuvre.
  • La formulation moderne d’une pratique très ancienne, appelée CNV - Communication Non Violente ou Communication Nouvelle et Vivante - par son théoricien moderne M. Marshall B. Rosenberg,- qui elle met plutôt l’accent sur la découverte et la satisfaction des besoins grâce à ce qu’en révèle l’échange.
Concernant la PNL, elle fut utilisée à l’origine pour fournir à un thérapeute compétent une méthodologie pour aider le patient à se "dé/reprogrammer". La séduction de son efficacité pratique a fait le succès de la PNL auprès des professionnels de la communication professionnelle, des responsables des ressources humaines et des spécialistes du développement personnel. Pour autant, la diffusion à grande échelle de ces méthodes sans l’éthique et la compétence des thérapeutes originels génère des effets pervers allant même à l’encontre de l’intérêt de ses utilisateurs : changer sans connaitre la nature profonde de son désir de changement peut se révéler catastrophique.

L’utilisation de la CNV, quant à elle, est une pratique plusieurs fois millénaire basée sur l’observation du comportement de modèles humains comme Gandhi, Martin Luther King ou même Jésus Christ. Bien entendu, la CNV n’a pas pour ambition de vous transformer en une de ses personnes hautement symboliques, mais de vous permettre d’accorder votre réalité quotidienne de façon à être plus en phase avec votre nature profonde jugée ni "bonne", ni "mauvaise", mais "vraie". La CNV se résume à l’application de quelques règles très simples à retenir et même si elle peut-être très efficace dans la résolution de conflit, c’est surtout votre investissement personnel à long terme qui se révèlera positif.
 

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10 réactions à cet article    


  • chlegoff 18 juillet 2009 09:05

    Intéressant, je ne connaissais pas la CNV. Par contre il existe pas mal de situation où les intérêts des interlocuteurs sont divergents. L’utilité de la maitrise des outils de communication inter-personnels, se révèle donc indispensable. « Toi donner chèque, Moi donner bonheur ».

    La découverte de soi est à mon sens une démarche plus personnelle, voir spirituelle au sens étymologique du terme. Il est possible que la CNV puisse aider au commencement de cette découverte mais il me semble que la connaissance de soi conduise inévitablement à un dé-s-apprentissage,( « il faut tuer le vieil homme »), des modèles qui nous aurons aidés un temps à survivre.


    • Marc Viot idoine 18 juillet 2009 10:43

      Vous évoquez des situations où les intérêts des interlocuteurs vous paraitraient divergents. Quand j’essaye de me représenter cela, ce sont des situations caricaturales qui me viennent à l’esprit dans un définitif : « maintenant, c’est lui ou moi ».

      A la lumière de cette évocation, l’analyse fait de cette description une réalité circoncise au moment présent. Avant d’essayer de résoudre ce type de situation où nous serions tentés de faire un choix criminel pour assurer notre survie ou celle de quelqu’un qui nous est cher, ne pensez-vous pas que l’échange permet soit :
      - de prendre en compte la satisfaction des besoins d’autrui comme utiles à la satisfaction des siens propres ?
      - de mettre au point des synergies ou de révéler des différences que chacun pourra exploiter utilement dans une démarche « gagnant/gagnant » ?

      Par « il faut tuer le vieil homme », puis-je entendre et généraliser en : toute métamorphose passe par un abandon général et fondamentalement destructurant, seul susceptible d’engendrer la transmutation de la chenille en un papillon capable de s’envoler ?
      Et dans ce cas, « il faut tuer le vieil homme », ne passerait-il par une première étape ou il faudrait commencer à l’entendre pleinement avant de l’intégrer et de le soumettre le processus général de transmutation décrit juste avant ...


      • chlegoff 18 juillet 2009 11:47

        Je vais généraliser sciemment. Que ce soit dans les effets des propagandes ou dans les relations inter-individuelles, la population ou les gens sont influençables. Le communicateur analyse et accepte les représentations et stratégies de ses cibles (je comprend et j’accepte que l’expression cibles puisse choquer). Tout le travail du communicateur sera d’être suffisamment emphatique et synchronisé avec ses cibles pour pouvoir agir sur les représentations et stratégies de celles-ci (de manière altruiste ou non). Il répond effectivement à des besoins et les satisfaits d’une certaine façon (gagnant / gagnant).

        Lorsque j’évoque la notion de survie, je fais référence bien sûr à cet axiome de la PNL qui affirme qu’à la base de toutes actions il y a toujours une intention positive, (même chez les criminels).

        « Il faut tuer le vieil homme » est un raisonnement qu’on retrouve dans toutes les traditions mystiques et à toutes époques. Contrairement à ce qu’on pourrait croire c’est l’acquis qui déstructure. La découverte consciente de soi affranchi la personne humaine de beaucoup de servitudes. Je me souviens de cette citation d’un personnage sympathique « Le jour ou l’homme aura été aussi loin que l’on puisse aller, aura découvert tout ce qu’il aura pu, il lui restera une chose à découvrir, c’est lui-même ».


      • Marc Viot idoine 18 juillet 2009 15:43

        >Le communicateur analyse et accepte les représentations et stratégies de ses cibles (je comprend et j’accepte que l’expression cibles puisse choquer).

        L’utilisation du mot « cible » ne me choque pas particulièrement, il me semble descriptif de la relation qu’il sous-entend « X vers Y », comme une flêche se dirigeant d’un point A vers un point B.

        Ainsi, je dirais que de la façon dont vous présentez la PNL, j’entends : Même si cet acte peut être considéré comme inclus dans un échange de flêche généralisé, la volonté de lancer la flêche ne procède pas d’un acte interactif, mais d’une volonté individuelle où les besoins de la cible sont pris en compte dans une mesure circonscrite dès le départ (distance, taille, nature, etc ...).

        Même si le travail du communicateur est je cite :

        <d’être suffisamment emphatique et synchronisé avec ses cibles pour pouvoir agir sur les représentations et stratégies de celles-ci (de manière altruiste ou non)> et qu’il tente de répondre <effectivement à des besoins et les satisfaits d’une certaine façon (gagnant / gagnant)".>

        Je comprend une certaine distanciation entre la fonction de « communicateur » et de la personne qui en assume le rôle.

        --- Avant d’aller plus loin, j’aimerais être certain que les deux points que je traduis de votre intervention correspondent à votre interprétation. ---

        >Lorsque j’évoque la notion de survie, je fais référence bien sûr à cet axiome de la PNL qui affirme qu’à la base de toutes actions il y a toujours une intention positive, (même chez les criminels).

        Totalement d’accord sur ce point.

        >Contrairement à ce qu’on pourrait croire c’est l’acquis qui déstructure.

        Je ne sais pas qui est « on », mais je ne partage pas complètement cette façon de présenter les choses. Il me semble qu’il existe des acquisitions structurantes, d’autres destructurantes. Cependant je vous accorde que le franchissement de certaines frontières conceptuelles soit de nature destructurante.

        >La découverte consciente de soi affranchi la personne humaine de beaucoup de servitudes.

        Totalement d’accord sur ce point.

        > Je me souviens de cette citation d’un personnage sympathique« Le jour ou l’homme aura été aussi loin que l’on puisse aller, aura découvert tout ce qu’il aura pu, il lui restera une chose à découvrir, c’est lui-même ».

        C’est amusant, parce qu’il me semble que pendant des millénaires LA grande priorité, fut justement cette quête personnelle.

        Alors, je vous le demande : Pourquoi attendre ?


        • chlegoff 18 juillet 2009 19:31

          la volonté de lancer la flêche ne procède pas d’un acte interactif, mais d’une volonté individuelle où les besoins de la cible sont pris en compte dans une mesure circonscrite dès le départ (distance, taille, nature, etc ...).
          Il faut créer un lien et lorsque ce lien est établi le communicateur, quelque-soit ses motivations, se donne plus de chance d’influencer son interlocuteur. Plus la relation créée par le communicateur revêt des aspects émotionnels, plus l’ego de l’interlocuteur est manipulable. Cette approche, qui ne se limite pas seulement à la PNL, est surtout utilisée dans les milieux professionnels où les rapports de force sont inévitables.

          Je ne sais pas qui est « on »
          Je confirme, c’est une généralisation simplificatrice... mais pratique.

          C’est amusant, parce qu’il me semble que pendant des millénaires LA grande priorité, fut justement cette quête personnelle.
          Tous les chemins mènent à Rome mais certains sont plus détournés que d’autres. L’histoire des civilisations, des dieux et des hommes nous indique que les humains cherchent essentiellement des réponses.

          Je vous recommande ce film, c’est vrai pourquoi attendre ?


          • Marc Viot idoine 18 juillet 2009 21:12

            Il me semble que nous sommes d’accord sur le contenu fondamental de mon article, notamment sur le fait que la PNL soit utilisée comme un outil dans une logique de rapports de force, ce qui peut expliquer à mon sens qu’une certaine dérive « éthique » soit possible et expliquer dans certains cas que j’ai rencontré, que le résultat d’un coaching semble aller à l’encontre de l’intérêt d’un « utilisateur-cible ».

            Si certains éléments que j’avance maintenant vous paraissent erronés, je vous engage à me faire part de votre réation.

            J’aimerais aussi développer sur le point que vous soulevez, là :

            >Cette approche, qui ne se limite pas seulement à la PNL, est surtout utilisée dans les milieux professionnels où les rapports de force sont inévitables.

            Vous entendez par là qu’on ne peut entreprendre sans rentrer dans une logique de rapport de force. Dans ce cas, excluez-vous les coopératives, mutuelles et partisans économique du monde libre du milieu professionnel ou pensez vous que ces organismes, malgré une éthique apparemment coopérative, sont dans l’obligation de développer des échanges économiques basés sur des rapport de force.

            >Je vous recommande ce film, c’est vrai pourquoi attendre ?

            Au vue du Teaser, à mon tour de vous remercier. Je le diffuserais certainement après l’avoir visionné complètement.


            • finael finael 18 juillet 2009 22:23

              Il es tellement vrai que le langage est non seulement la porte d’un mode de fonctionnement, mais il prédispose à la façon de penser.

              C’est un phénomène bien connu des traducteurs : Rendre dans un langage ce qu’exprime un autre relève de la haute voltige. Certains concepts résistent à la traduction, des façons de se représenter le monde différentes.

              Le langage est le filtre par lequel nous pouvons exprimer, même à nous même, ce que nous ressentons. En d’autres termes on ne peut pas se représenter ce pour lequel nous n’avons pas de mots.

              On pourrait disgresser longuement sur le rôle de l’éducation, qu’elle soit parentale, scolaire, ou de l’environnement immédiat. Mais ce n’est pas le but.

              Quel que soit la technique employée, il s’agit, par les mots, de faire accepter une certaine vision.

              En ce qui me concerne je préfère me faire ma vision tout seul.

              Je ne connais pas la CNV, j’ai étudié la PNL, c’est un redoutable outil de lavage de cerveau. Même si je pense des gens comme Berne honnêtes, l’usage qui en est fait, par exemple dans les entreprises, mais aussi de manière plus sournoise dans les médias, en fait une manière de soumettre les gens : « You are OK ... I am OK »


              • Marc Viot idoine 19 juillet 2009 09:52

                Merci pour cette intervention qui va dans le sens de mes interrogations.

                Suite à cet article, je crois avoir entrevu quelques éléments importants qu’il me faut approfondir.


              • chlegoff 19 juillet 2009 18:05

                on ne peut pas se représenter ce pour lequel nous n’avons pas de mots.
                Ou le contraire !

                Quel que soit la technique employée, il s’agit, par les mots, de faire accepter une certaine vision.
                Les mots en eux même ne signifient rien, c’est leur représentation symbolique qui suggère. Il ne faut pas oublier que l’essentiel de notre façon de communiquer est non-verbale et innée. Le langage représentatif est très récent dans l’histoire de notre espèce.

                Ce que je trouve le plus affligeant dans cette affaire, ce ne sont pas les agressions répétés contre les populations de la part des dominants mais plutôt la force d’inertie des foules (fort bien décrite par Gustave Le Bon et Edward Bernays). Votre raisonnement laisse croire que ce sont les maitres qui écrasent les esclaves. Je pense, malheureusement, qu’au contraire les esclaves choisissent leurs maitres. On pourrait, pour se dédouaner penser que les populations sont victimes d’un lavage de cerveau depuis leur naissance. Cela ne change rien au fait que tels des rats de laboratoire, les communautés humaines ont toujours privilégiée la représentation collective au risque de sortir de la cage.

                Vous faites référence aux modes d’organisation du travail fondés sur le partage. Pour étayer mon raisonnement, je ne retiendrais que celui de la culture libre et notamment celui du logiciel libre pour lequel les statistiques sont relativement fiables. GnuLinux ne représente qu’1 % d’utilisateurs sur les postes de travail. Comment l’expliquer ? Le coût ? non, la difficulté d’utilisation ? non plus, la diversité des applications ? encore non, la fiabilité ? toujours non.

                Pour expliquer la CNV vous citez Gandhi, Martin Luther King et Jésus Christ. Ce sont incontestablement des personnes qui ont profondément influé sur la représentation collective. Ils ont en commun d’avoir été des manieurs de foule efficace, d’avoir appliquée la doctrine de la non-violence et d’avoir su représenter la population. C’étaient de grands communicateurs qui ont appliqués deux principes essentiels à une bonne communication, « ne pas représenter un danger pour l’autre, simplifier et adapter son message pour le rendre compréhensible ».

                Les critiques morales que vous suggéré à l’encontre des élites me semblent justes. Freud à très bien résumé le problème, « La civilisation est quelque-chose d’imposée à une majorité récalcitrante, par une minorité qui a compris comment s’approprier le pouvoir par les moyens de puissance et de coercition ». Peut-on modifier efficacement cette situation ? sachant que, pour ne se référer qu’aux grands communicateurs cités précédemment, leur apparente réussite est également un échec relatif.

                Le plus important dans des relations humaines inter-individuelles ou collectives efficaces, n’est pas tant d’offrir des réponses mais de poser les bonnes questions et surtout ne pas y répondre. C’est sur ce point que les grands communicateurs se sont trompé. C’est le talon d’achille des officines de communication actuelles. Reprenez votre article devenir un AS sur votre blog et amusez-vous à remplacer toutes les affirmations par des questions. Testez-le auprès de votre entourage.

                Pour répondre à votre affirmation, « La façon que nous avons d’utiliser notre langage nous programme aussi efficacement que le fait un programme d’ordinateur. »,je suis heureusement moins affirmatif que vous, les évènements, les accidents de la vie, les émotions, les douleurs, les joies, les peines, etc..., les silences, le sommeil, la beauté et l’univers participent à notre réalité. Et puis pour conclure ce sympathique échange je vous citerais Hubert Reeves, qui, à la fin de son livre « Patience dans l’azur »,en légende d’une photo d’une petite fille regardant le ciel étoilé, écrit tel un sage « dans les yeux de cette enfant, l’univers prend conscience de lui-même. ».


                • Marc Viot Marc Viot 25 juillet 2010 18:47

                  >je suis heureusement moins affirmatif que vous


                  De ce moins j’ai l’impression de déduire que si vous n’êtes pas en complet accord, vous partagez mon constat pour ce qui me parait l’essentiel.

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