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 Accueil du site > Tribune Libre > Le mystère autour de la victime supposée de DSK, un article du JDD (...)

Le mystère autour de la victime supposée de DSK, un article du JDD l’épaissit plus qu’il ne l’éclaire

Les médias traditionnels ont multiplié les articles étranges sur l’énigmatique « affaire DSK ». Le site Arrêt sur image s’est même amusé à en dresser un palmarès avec attribution de prix parodiques : « Prix de la rumeur hypothétique » « Prix spécial "boule de cristal" » « Prix dus scoop sans intérêt  », « Grand prix de deux témoignages qui ne prouvent rien et qui n'ont pas été vérifiés  », « Prix du meilleur dialogue bidon  », « Prix du grand n'importe quoi  », etc.

 L’article qu’ a fait paraître Le Journal du Dimanche, le 26 juin 2011, avec pour titre « "Nafissatou pleure tous les jours depuis un mois" - EXCLUSIF. Mamadou Diallo, le frère de Nafissatou, parle au JDD  », semble de la même eau mais peut aussi intriguer. Une « envoyée spéciale » est allée recueillir un curieux témoignage du frère de Mme Diallo, la femme de chambre de l’hôtel Sofitel que DSK aurait agressée sexuellement.
 
1- Un témoignage apparemment sans valeur
 
S’est-il agi pour le journal de seulement livrer une information indifférente susceptible de stimuler le réflexe de voyeurisme pour capter l’attention de ses lecteurs ? Les médias sont familiers du procédé. L’agression sexuelle supposée d’une femme de chambre par un représentant de l’oligarchie mondiale, comme on l’a souligné (1), est un sujet propre à provoquer la sidération tant par l’exhibition du plaisir sexuel sadique de l’un que par celle du malheur de l’autre. La métonymie des pleurs de la victime supposée, choisie en titre comme l’effet de la tragédie qu’elle est censée vivre, vise à stimuler le réflexe de compassion. Pour le journal, les faits sont donc établis alors qu’il n’en est rien. Il s’expose, comme dit Fontenelle, au ridicule de trouver des causes à ce qui n’est pas.
 
N’importe, faute de pouvoir puiser des informations à la source, le journal rôde autour pour tenter d’en grappiller ici et là : protégée, dit-on, par la police, la plaignante est, en effet, inaccessible, et la défense ne livre rien dans l’attente de connaître les charges qui pèsent sur elle.
 
Mais à quoi bon recueillir le témoignage d’un membre de la famille de la plaignante ? Ne connaît-on pas d’avance l’éloge qu’il fera d’elle ? Et puis, quelle valeur à ce genre d’attestation en justice ? Aucune, comme toutes celles émanant de personnes ayant des liens familiaux ou de subordination avec une partie. Alors pourquoi déployer tant de moyens et consacrer tant de place à une information inutile ? Car il a fallu chercher pour retrouver ce « témoin » sans intérêt. Comment « l’envoyée spéciale » y est-elle parvenue ? Il vit à Indianapolis dans l’Indiana, loin de New-York où réside sa sœur.
 
2- Un brevet d’orthodoxie musulmane délivré par un demi-frère qui ne connaît guère sa demi-soeur
 
À la différence, cependant, d’un précédent gugusse qui s’était fait passer pour le frère de la plaignante, ce « témoin » serait vraiment son frère, ou plutôt son « demi-frère : le père polygame entretenait deux familles aux enfants si nombreux que M. Diallo, dit-il lui-même, « n’arrive pas à compter  ». Or, c'est précisément pour cette raison que demi-frère et demi-sœur ne se connaissent guère : ils ont vingt ans d’écart. Lui avait déjà quitté son pays quand elle est née. Tout juste ont-ils de rares entretiens téléphoniques.
 
Mais ça n’empêche pas le demi-frère de réciter l’éloge convenu déjà entendu de la mère interviewée précédemment en Afrique. Il se résume à un brevet d’orthodoxie musulmane délivrée à l’aveugle, par déduction de la belle éducation que leur père commun, imam et marabout, est censé avoir donné à sa ribambelle d’enfants. Qu’on en juge ! « Il a élevé tous ses enfants dans la religion et le respect des autres, assure avec aplomb le demi-frère. Nous ne sommes pas allés à l’école. Mais il a appris le Coran à chacun d’entre nous. À Nafissatou comme aux autres. Elle fait ses prières tous les jours. Pendant le ramadan, elle donne de l’argent aux pauvres alors qu’elle est pauvre elle-même. Chaque fois que je lui téléphone pour lui demander d’envoyer de l’argent au village, pour un mariage, un malheur, elle le fait immédiatement. »
 
Pour le reste, « elle (irait) très mal (aujourd’hui, et pleurerait) tous les jours depuis un mois. » L’infâmie qui lui a été infligée rejaillirait sur toute la famille et sur tout le village : « Sa vie est détruite,décrète le demi-frère. Elle est finie. Il n’y a plus rien à faire pour elle  ».
 
Il s’agit donc bien de dresser un portrait édifiant de la plaignante par quelqu’un qui ne la connaît pas, bien qu’il soit de sa famille, et, en la présentant comme une victime incontestable, d’insinuer par voie de conséquence la culpabilité de l’agresseur supposé. Ce verdict définitif est toutefois contredit par un prudent aveu simultané : le demi-frère dit ne rien savoir de ce qui s’est passé dans la chambre du Sofitel : « Il n’y a que l’homme, Nafissatou et Dieu qui connaissent la vérité  », conclut-il. On est bien avancé !
 
3- Le grief surprise du demi-frère envers sa demi-soeur
 
On reste donc intrigué par les motivations qui ont inspiré cet article apparemment inutile et coûteux. Mais comme toute information indifférente, il peut remplir discrètement certaines fonctions. N’entre-t-il pas dans la stratégie de l’accusation ? Il a fallu bénéficier de « tuyaux » précis pour aller dénicher ce demi-frère dans le fin fond des USA. Qui y a conduit « l’envoyée spéciale » ?
 
Dans ce « témoignage » prévisible et sans valeur, on relève, toutefois, une information insolite. Un grief envers sa demi-soeur paraît avoir échappé au demi-frère : il lui reproche de s’être égarée en allant travailler à l’hôtel Sofitel pour gagner plus d’argent : « Cet hôtel, dit-il, n’était pas fait pour elle. L’argent n’est pas tout dans la vie. Il y a des choses plus importantes. Avant, elle travaillait avec la femme d’un Gambien du Bronx dans un restaurant familial. Elle gagnait moins, mais c’était mieux pour elle. »
 
On a déjà entendu ce genre de critique envers la femme de chambre : son entourage ignorait qu’elle travaillait à l’hôtel Sofitel. Or, ça faisait trois ans qu’elle y était. Pourquoi ce cloisonnement étanche opéré apparemment par la plaignante entre ses relations ? Faute d’indices supplémentaires, cependant, on doit se garder de toute déduction hâtive.
 
Curieusement, cette article qu’on peut juger parfaitement inutile puisqu’il rapporte le témoignage élogieux convenu d’un témoin qui ne connaît guère la plaignante, fût-il son demi-frère, ouvre sur une interrogation qui accroît le caractère énigmatique de l’affaire DSK. La femme de chambre, victime au-dessus de tout soupçon, que vante l’article, apparaît en marge de sa communauté d’origine et même de sa famille et semble avoir cloisonné ses relations. Il n’en faut pas plus pour épaissir le mystère autour d’elle. On peut même y voir un indice susceptible de nourrir une des deux hypothèses qui, à ce jour, sont à même de résoudre l’énigme de cette affaire, sans qu’il soit encore possible de se prononcer pour l’une ou l’autre. Paul Villach 
 
(1) Pierre-Yves Chereul, « L’affaire DSK, deux hypothèses pour une énigme  », éditions Golias, juin 2011.
 
(2) Marie-Christine Tabet, envoyée spéciale à Indianapolis - Le Journal du Dimanche
« "Nafissatou pleure tous les jours depuis un mois" EXCLUSIF. Mamadou Diallo, le frère de Nafissatou, parle au JDD. »
 http://www.lejdd.fr/International/USA/Actualite/Affaire-DSK-Mamadou-Diallo-le-frere-de-Nafissatou-parle-au-JDD.-339661/?from=headlines


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Les réactions les plus appréciées

  • Par non666 (---.---.---.87) 29 juin 2011 12:56
    non666

    On va faire court :

    DSK etait le candidat des oligarchies au remplacement de Sarkozy depuis au moins un an et les sondages bidons le presentant comme « favori des français »....

    La campagne multimedia qui suivi l’affaire du Sofitel New Yoek avec « mise à mort de la bète » est une façon, pour ceux qui organisent la democratie par le controle de la presse de « purger le dossier ». 15 jours inimterrompu d’infos en direct c’est ce qu’on appelle une sequence d’effacement.
    C’est aussi une sequence Vaudou puisque c’est sensé faire porter sur une « victime » clouée au pilori TOUTES les fautes de TOUTE la classe politique, et donc de leur offrir une nouvelle virginité .
    Malgrès cela, les sondages(les vrais) du petit nicolas ne decolent pas...

    Le probleme , dans cette comedia del arte, c’est que les marionettistes de l’ombre ne sont pas les seuls acteurs de l’information.
    Certains, dont monsieur Villach veulent CROIRE, une autre vérité.

    Si vous voulez des faits, il y a deux sources, les deux seuls acteurs de cette piece :

    version 1 , celle de la supposée victime qui porte plainte :
    Il m’a enfermé, et violé (je passe pour l’instant les details techniques).

    Version 2 , celle de DSK : je l’ai seduite et elle m’a dit oui.

    Maintenant decrivons la scene : une femme jeune(28 ans) , belle (DSK au moins l’a pensé puisqu’il l’a « seduite »), noire et employée surprend un vieu juif de 60ans au sortir de sa douche, la bedaine sur la serviette , son unique oeil torve rivé sur elle.

    Quel seducteur !
    Si je te suce, est ce qu’en echange tu m’encule ?

    Bon prince, Dominique accepte.
    On aime ou pas l’humour noir sur cette scene bicolore, mais chacun est libre de son opinion.
    Il y a quand meme un contexte DSK a prendre en compte :

    http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/dsk-gifle-par-une-hotesse-de-l-air-30764
    Et puis il y avait eu sa niece
    http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/tristane-banon-dsk-et-agoravox-94196
    Et aujourd’hui, comme par hasard tout le monde se « lache » sur DSK et avoue qu’il faisait peur aux filles et que plusieurs journaux n’envoyaient plus de femme seules l’interviewer.

    On croit ce que l’on veut jusqu’a ce que la justice US tranche...ou que la victime touche une compensation suffisante en vertue du principe de droit germanique du WehGeld , le prix de la douleur, le pretium doloris du droit latin.
    On peut racheter ses fautes en payant suffisament, surtout si la victime est pauvre.

    Le probleme est que la campagne de « creation » du candidat DSK a laissé quelques orphelins : les militants socialistres qui voulaient que les socialistes « prennent leur revanche sur LA droite , incarnée par le seul Sarkozy.
    Formaté par les médias puis abandonné, ces idiots utiles continuent, tels des poulets decapités a courir dans tous les sens en criant »dsk innoncent« , »dsk innocent"...

    Pour croire à un complot, il faudrait au moins que la victime du complot en fasse etat.
    Et si il est trop bete pour le comprendre, trop bete pour croire qu’une jeune beautée de la moitié de son age puisse serieusement s’interesser à lui innocement, la question est posé : un tel naif / idiot etait il l’omme que vous avez cru pour prendre le destin de la France en main ?

  • Par Imhotep (---.---.---.113) 29 juin 2011 11:28
    Imhotep

    Extraordinaire. L’auteur (est-il payé par les communicants de DSK) ne cesse de défendre de façon détourné DSK, se plaît à défendre la présomption d’innocence, cependant trouve tous les biais pour décrédibiliser la plaignante. Ici encore tout en faisant croire qu’il ne faut pas tirer de conclusion hâtive en tire tout de même. Lui qui ne cesse de crier que l’on ne sait rien réussit l’exploit de mettre en accusation cette femme de chambre sous prétexte qu’un demi-frère aurait préféré qu’elle ne fût pas femme de chambre mieux payée mais moins digne que de travailler dans le restaurant où elle travaillait.

    L’auteur malgré ses grands talents d’analyse répétitive use abondamment de ce qu’il critique ailleurs. Il semble que le New York Time avec sans doute un peu plus de moyens que l’auteur et sur place ait fait une vaste enquête fouillée qui conforte de façon très importante la crédibilité de cette femme de chambre, mais l’auteur lui lui trouve un air suspect.
    Travail gratuit au profit de DSK ou rémunéré ? Moi aussi je peux émettre des hypothèses. Non ?
  • Par Imhotep (---.---.---.113) 29 juin 2011 12:24
    Imhotep

    C’est le dixième article que vous faites pro-DSK alors ma preuve est là.

    Quant à soupçonner la femme de chambre uniquement parce qu’une partie de la communauté peule de NY ignorait qu’elle travaillait depuis 3 ans au Sofitel d’être pour le moins pas claire est d’une profonde malhonnêteté. Il s’agit de faire des amalgames au profit de DSK. Il y a des milliers de raisons - si tant est que cette information soit vraie - pour qu’elle est préférée ne pas en parler ; image supposée dégradante auprès des musulmans de travailler dans un hôtel, risque de jalousie, discrétion … voilà pour quelques unes. Mais tenter de faire un lien avec cette discrétion et une possible - suggérée par l’article mais non dit directement - défiance quant à la victime déclarée ce qui par contre-coup déculpabilise DSK est évidemment partial et de peu de valeur.
    Au fait on a fait tout un tintouin sur le téléphone de DSK qu’il n’aurait pas oublié mais qui serait un piège de la police, on finit par apprendre (du reste cela avait dit au procès par les avocats mêmes de DSK, mais cela n’avait pas suffit à calmer les ardeurs des défenseurs du complot contre DSK ) qu’il l’avait bien oublié, qu’il aurait d’abord demandé à sa fille de vérifier au restaurant pour enfin rappeler l’hôtel. Pas de magouille de la police. Tout comme on disait qu’il n’avait oublié aucune affaire personnelle. Il en aurait oublié au moins une, ce téléphone, outil primordial d’un haut responsable, que l’on oublie généralement pas sauf si on est troublé et pressé (moi aussi je peux faire dans la suggestion subliminale).
  • Par Taverne (---.---.---.38) 29 juin 2011 12:19
    Taverne

    « cette article qu’on peut juger parfaitement inutile ». Tout comme votre article d’ailleurs.

    « Cet hôtel, dit-il, n’était pas fait pour elle. L’argent n’est pas tout dans la vie. Il y a des choses plus importantes. Avant, elle travaillait avec la femme d’un Gambien du Bronx dans un restaurant familial. Elle gagnait moins, mais c’était mieux pour elle.  »

    Mais de quoi se mêle ce demi-frère issu de père polygame qui ne connaît pas la victime présumée ? Vous noterez que je dis « victime présumée » et non « victime supposée de DSK » contrairement à vous qui prenez parti et manquez d’objectivité alors que nous ignorons les faits.

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