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Le paradoxe de la mort créatrice

La mort au coeur de la vie

« ...On y voit la vie et la mort
la synthèse du monde –
qui dans l’espace profond
se regardent et s’enlacent. » (F.Garcia Lorca)


- « Ce qui fut se refait ; tout coule comme une eau,
Et rien dessous le Ciel ne se voit de nouveau ;
Mais la forme se change en une autre nouvelle
Et ce changement là, Vivre, au monde s’appelle,
Et Mourir quand la forme en une autre s’en va » (Ronsard)
-« Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses  »


Une lecture fascinante où s’expliquent mieuxles grandes contradictions qui opposent vie et mort des cellules, individualisme et altruisme, santé et vieillissement, normal et pathologique...

Je suis en train de terminer la lecture d’un livre étonnant, au carrefour de la microbiologie et de la philosophie, qui renouvelle complètement nos visions spontanées et traditionnelles du rapport entre la vie et la mort, que nous avons tendance à opposer radicalement.
JC Ameisen, de manière très pédagogique sur ce sujet très difficile,ouvre des perspectives insoupçonnées, à la lumière de recherches récentes en matière de biologie cellulaire. Bien que non spécialiste, on peut comprendre l’essentiel des données nouvelles qu’il livre au grand public, même si elles s’avèrent souvent contre-intuitives, comme la majeure des grandes percées en matière scientifique.
 
Que la vie et la mort se conjuguent et se conditionnent, voilà ce que nous savons déjà. Comment la vie des espèces pourrait se perpétuer sans la mort des individus qui les composent, par exemple ?
Cela n’atténue certes pas la crainte que nous éprouvons à la perspective de notre propre mort individuelle, cette « blessure narcissique »toujours fantasmée (Freud), mais depuis Epicure , Lucrèce, Montaigne nous avons appris que notre réconciliation (au moins partielle) avec cette finitude incontournable passe par une mise à distance rationnelle, une réflexion sur la « logique de la mort », son inscription naturelle dans le cycle de la vie, qui, sans elle, ne pourrait avoir lieu.
C’est dans cette logique que s’inscrit l’étude de Ameisen, qui pousse plus loin la réflexion, à la lumière de récentes découvertes, sur la base d’intuitions déjà anciennes : la mort cellulaire est le principe même de la vie des organismes. Cela dès les tous premiers instants de la vie, le développement embryonnaire , qui est « autant dû à une prolifération qu’à une destruction massive de cellules » (4° de couverture).. D’où l’idée troublante et paradoxale, bien qu’anthropomorphique, de « suicide cellulaire », dont il essaie de décrire les mécanismes biochimiques (c’est la partie la plus difficile pour les non spécialistes comme moi). D’où l’idée de « sculpture du vivant », de destructions cellulaires programmées, qui dessine par élimination l’architecture d’un vivant quel qu’il soit. Par exemple, la main de l’embryon se compose à partir d’une masse où les doigts d’abord n’apparaissent pas. Nous sommes là au coeur de ce qu’il y a de plus compliqué à comprendre sans doute dans la génétique du vivant, de la plante à l’homme : le « mystère » de la génétique des formes et de leur transmission. L’auteur fait un petit pas d’explorateur informé, mais prudent, conscient de tout ce qui reste à comprendre...

 -"Vivre, pour chaque cellule qui compose notre corps, c’est à chaque instant avoir réussi à réprimer le déclenchement de son suicide [...]. Au cœur de chaque cellule, la mort est enfouie, tapie, prête à bondir." C’est ainsi que Jean - Claude Ameisen définit cette "mort créatrice" qui, selon lui, nous construit. Depuis quelque temps, déjà, on parlait de mort naturelle programmée : sans accident, sans maladie, sans modes de vie "usants", les fonctions du corps humain s’éteignent d’elles-mêmes au bout d’environ cent-vingt ans... Mais la thèse de Jean-Claude Ameisen va plus loin : la mort est le principe même du vivant. C’est parce que des centaines de milliers de cellules meurent que la vie s’élabore et cela dès le stade embryonnaire. Alors même que le corps grandit, des pans entiers de son être disparaissent. Mieux : ces disparitions massives constituent la condition même de la complexité de notre organisme. C’est le cas, par exemple, de l’apparition des doigts : notre main naît d’abord sous la forme d’une moufle contenant cinq branches de cartilage, qui vont progressivement constituer les doigts séparés grâce à l’élimination des cellules qui les reliaient. La mort sculpte le vivant..." (A.Poulantzas)
__« "Nous sommes chacun une nébuleuse vivante, un peuple hétérogène de milliards de cellules, dont les interactions engendrent notre corps et notre esprit. Aujourd’hui, nous savons que toutes ces cellules ont le pouvoir de s’autodétruire en quelques heures. Et leur survie dépend, jour après jour, de leur capacité à percevoir les signaux qui empêchent leur suicide. Cette fragilité même, et l’interdépendance qu’elle fait naître, est source d’une formidable puissance, permettant à notre corps de se reconstruire en permanence. A l’image ancienne de la mort comme une faucheuse brutale se surimpose une image radicalement nouvelle, celle d’un sculpteur au cœur du vivant, faisant émerger sa forme et sa complexité.__Cette nouvelle vision bouleverse l’idée que nous nous faisons de la vie. Elle permet une réinterprétation des causes de la plupart de nos maladies et fait naître de nouveaux espoirs pour leur traitements. Elle transforme notre compréhension du vieillissement._C’est un voyage que propose ce livre. Un voyage à l’intérieur de nous-mêmes, de nos cellules et de nos gènes. Une plongée vers le moment où commence notre existence, à la rencontre du suicide cellulaire à l’œuvre dans la sculpture de notre corps en devenir ; mais aussi une plongée vers un passé plus lointain, au travers de centaines de millions d’années, à la recherche des origines du pouvoir étrange et paradoxal de s’autodétruire qui caractérise la vie. Un voyage à la découverte de l’une des plus belles aventures de la biologie de notre temps. Comme toute exploration d’un pan inconnu de notre univers, ce livre nous révélera des paysages d’une grande beauté. Il nous permettra aussi de ressentir combien la science peut parfois entrer en résonance avec nos interrogations les plus intimes et les plus anciennes."- (Ed du Seuil)


Ces nouvelles perspectives sur le rapport mort/vie sont-elles à même de nous réconcilier avec notre propre mort ? Là, c’est une autre histoire, car toute mort est vécue existentiellement, la sienne comme celle des proches. Mais du moins y a-t-il là matière à dédramatiser pour son propre compte ce qui autrefois semblait venir de l’extérieur, terrorisait les hommes et à regarder d’un autre oeil un phénomène naturel, nécessaire (non contingent) et « créateur. », en action dès le début de notre existence. La mort nous accompagne sans cesse, jusqu’au stade ultime. « Apprendre à vivre c’est apprendre à mourir »( Ciceron)


Mort cellulaire (concept de suicide cellulaire)

Mort biologique

- Analyses - La sculpture du vivant

par ZEN (son site) jeudi 19 août 2010 - 47 réactions
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  • Par Daniel Roux (xxx.xxx.xxx.123) 19 août 2010 11:36
    Daniel Roux

    Zen justifie une fois de plus son pseudo.

    La mort créatrice : D’un point de vue purement matérialiste, ne sommes nous pas une condensation des atomes fabriqués et recyclés dans une succession d’étoiles et d’ensembles biologiques, depuis le big bang et sans doute avant ?

    Ce miracle sans cesse renouveler pourrait consoler mais il ne diminue en rien l’angoisse existentielle et instinctive de l’homme face à la certitude de sa propre finitude. L’idée de la mort peut gâcher une vie, si elle prend trop d’importance. La philosophie (ou la remise du problème au lendemain) peut apporter une aide relative face à cet ultime épreuve.

    Certains ont recours à l’humour. Ne dit-on pas que la Vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible ?

    Prendre de la distance par rapport à cet événement, certes important mais de très courte durée par rapport à toute une vie, me paraît une attitude raisonnable et positive.

    En dehors de la tristesse de nos proches et des éventuelles soucis matériels que notre mort peut provoquer, que redoutons nous en fait ? Les souffrances ultimes ? Une maladie ou une blessure en procurent autant, sinon plus. La dissolution de notre conscience ? Nous nous endormons chaque soir de cette façon. L’errance de notre âme ? Encore faut-il y croire mais pour ceux que cela concerne, il existe des refuges comme le paradis pour les meilleurs d’entre nous. Il vous suffit d’en être.

    Il est probable que nous n’aurons pas connaissance de notre propre mort. La conscience est le produit du fonctionnement du cerveau et elle s’éteindra comme une lampe lorsque ce dernier mourra. Une consolation cependant pour ceux qui en ont besoin, d’après ceux qui ont vécu le début du processus, le passage est merveilleux avec tunnel de lumière et éblouissement, le bouquet final en quelque sorte.

    Bonne mort à tous, mais inutile de vous pressez car, comme l’écrivait Brassens, la Camarde est vigilante et ne vous oubliera pas.

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