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Accueil du site > Tribune Libre > Le réveillon d’un autiste

Le réveillon d’un autiste

 En cette période de réveillon, voici un témoignage d'Arielle Dryen, membre du groupe EgaliTED et infirmière, qui nous fait découvrir le réveillon d'un autiste français parmi d'autres. Conformément à la législation relative au secret professionnel les noms ou prénoms comme des détails ont été modifiés afin de garantir l'anonymat des personnes et des lieux.

Je passe Noël à l’hôpital psychiatrique, j’ai une psychose infantile.

J’ai une vingtaine d’année, je ne sais pas lire ni écrire. Une infirmière décrit la façon dont je passe Noël, c’est le réveillon. Elle vient de me voir, cette après midi et ce soir. Je ne sais pas qu’elle écrit sur moi. 

Les médecins m’ont donné un diagnostic de psychose infantile depuis que je suis tout petit. Parfois je tape. On me dit « c’est pas bien tu vas être puni ». Dans le couloir quand ils ont fermé la porte j’entends « il n’est pas assez contenu ».

Quand j’ai compris que de toute façon ils m’amènent dans la chambre d’isolement et qu’ils en appelleront 4 ou 5 de plus si je me débats et que j’essaye de les mordre, j’y vais. Je suis triste j’ai la tête basse et je pleure. J’entre. Je tourne, je tourne… et ils parlent fort, très fort. Je finis par comprendre qu’il faut que et je m’assoie sur le lit.

On dirait que cette fois ci ils ne vont pas m’attacher « si tu es sage ». Je suis assis et je ne bouge pas. Je ne suis pas content. Je crie, « je voudrais un câlin de Stéphanie ! » mon infirmière préférée. Elle me caresse la tête quand je suis attaché pour me consoler.

 

Un infirmier reste debout devant moi, il est prêt. Il hausse le ton et dit « Oh Oh ! Du calme, arrête ». Je me crispe autant que je peux, je me mords. L’infirmière qui écrit en ce moment dit « On le laisse tranquille maintenant, on sort. »

Ils ne comprennent pas ; l’autre reste debout à me regarder. Je crie "Dehors !! Dehors !!!" L’infirmier dit plus fort "Oh !!! Ooo laa !". Je me balance et je me mords pour de vrai. Ils ne m’ont jamais attaché pour ça.
Ils se regardent.
Ils s’en vont.

 

Deux heures après, à peu près, ils se souhaitent un bon réveillon dans le couloir, ils finissent à 22H08. Je ne sais pas ce que c’est, le réveillon. Mais je connais toutes les marques de voitures et les modèles.

J’ai un diagnostic de psychose infantile.
Je ne comprends pas les règles sociales, il faut tout m’expliquer. Mais c’est flou. Je ne comprends pas non plus tout ce qu’ils disent. On dirait que pour eux c’est simple. Pas pour moi. En plus j’ai un appareil auditif à une oreille. Mes orteils sont très courts et je marche sur la pointe des pieds.
Je suis différent. J’ai une psychose infantile.

L’infirmière qui écrit sur moi pense que j’ai un autisme. Je ne sais pas ce que c’est. Mes parents non plus. Les gens de l’hôpital non plus.

 

C’est la fin de l’année de l’autisme.

Ici là ou je passe Noël personne n’est au courant, personne ne fait le lien avec qui je suis, ou comment je suis. Elle, elle sait que depuis 7 ans il y a des recommandations pour la pose du diagnostic, depuis 2010 un état des lieux des connaissances, depuis le printemps 2012 des recommandations de prise en charge pour les enfants.

Mais moi je suis adulte. Je vais souvent dans la chambre d’isolement. Je ne comprends pas.

Le collectif EGALITED souhaite à toutes les personnes avec autisme et à leurs familles, une année 2013 meilleure que l'année 2012. Nous souhaitons que malgré l'inertie institutionnelle la France finisse par rattraper ses 40 ans de retard sur les autres pays développés, qu'on arrive, comme ailleurs, à scolariser 80% des enfants autistes (au lieu de 20%), que les enfants bénéficient, comme ailleurs, d'un diagnostic précoce suivi d'une prise en charge éducative comportementale ou développementale, que les adultes autistes soient diagnostiqués correctement et traités humainement, dans des lieux de vie adaptés - en tout cas, pas en hôpital psychiatrique, où ils n'ont rien à faire, pas plus que les enfants autistes d'ailleurs.

Nous souhaitons que ce texte fasse enfin réfléchir et évoluer les décideurs administratifs et politiques, les psychiatres, les infirmiers, psychologues, éducateurs, mais aussi les professeurs des écoles, collèges, et lycées. Nous souhaitons qu'on comprenne que la place de nos enfants est à l'école, pas à l'hôpital. Que nos enfants ne sont pas fous, ni dangereux, mais qu'ils ont besoin qu'on les accepte pour ce qu'ils sont et qu'on les aide à trouver leur place parmi nous.

 

Bonne année 2013.


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9 réactions à cet article    


  • Jean-Louis CHARPAL 2 janvier 2013 10:31

    D’abord, un grand coup de chapeau au personnel hospitalier : médecins, infirmières, aides-soignantes ( hommes et femmes ) qui sont au chevet des malades, le jour, la nuit, les jours fériés.

    Membres de la fonction publique hospitalière (une des 3 fonctions publiques, avec la fonction publique d’Etat et la fonction publique territoriale), nombre d’entre eux se dévouent bien au-delà de leur grade et de leur paie.

    Ils apportent ou du moins essaient, un peu d’humanité dans un monde de brutes où la Loi de la jungle , du plus fort, du plus riche, emporte tout.

    Ces fonctionnaires savent qu’ils n’auront droit, du fait de leur statut, pour toute récompense, qu’au mépris et aux crachats de tous les chiens de garde médiatiques qui n’ont d’yeux que pour les accumulateurs de fric et déserteurs fiscaux, qui ne sont pourtant que des parasites, qui n’ont à offrir à leurs semblables que leur cynisme, leur obcénité et leur égoïsme à couper au couteau.

    Concernant l’autisme, il y a encore bien du chemin à parcourir.

    Pour cela, il faut des moyens. L’Hopital, la recherche, les établissements spécialisés relèvent directement et indirectement du service public au sens le plus élevé du terme.

    Pour fonctionner il doit avoir des moyens. Or les gens au pouvoir, en France et en Europe, sont opposés à l’intérêt général, au bien et au service public.

    Partisans stupides de l’austérité et de la récession, ils travaillent de fait automatiquement pour le massacre des services publics.

    Les privilégiés du système ultra libéral, déjà bien trop riches, doivent avoir toujours plus et « les autres », les 99%, toujours moins.

    Les politiciens qui déclarent vouloir faire avancer la cause de l’autisme et qui par ailleurs ne font rien pour se donner les moyens financiers de promouvoir une politique progressiste, sont des menteurs !


    • Maggy 2 janvier 2013 12:43

      Bonjour,


      C’est ce que ce texte vous inspire Jean-Louis Charpal ?

      Plus encore de moyens pour enfermer plus encore de personnes qui n’ont rien à faire à l’hôpital ? Pour attacher plus encore d’autistes dans des chambres d’isolement ? C’est cela votre vision d’un monde humain ?


      Maggy Herzet

    • Jean-Louis CHARPAL 2 janvier 2013 18:24

       Vous n’avez rien compris à mon intervention !

       Je ne suis qu’un simple citoyen de bonne volonté, et pas un spécialiste de l’autisme.

       Tout ce que je demande c’est que des moyens suffisants soient dégagés pour la recherche et pour des structures adaptées et spécifiques à la prise en charge de l’autisme. Cela ne mérite pas de se faire engueuler !

       Dans ces structures, par ailleurs, je doute qu’on puisse se passer d’ infimières et de médecins, formés au départ par l’Etat, quitte à ce qu’ils reçoivent ensuite une formation spécifique complémentaire, voire continue.

      Il s’agit d’une démarche d’intérêt général et de service public.

      Or une chose est sûre, c’est que dans le cadre des politiques d’austérité actuelles, sur fond de massacre des services publics et de liquidation de la notion même d’intérêt général, toute démarche réellement efficace en faveur des autistes est hélas illusoire.

      Je voulais dénoncer les promesses des politiciens ( de « gôche » comme de droite) qui prônent l’ ultra libéralisme et qui savent qu’ils ne feront rien de décisif dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, car cela n’intéresse pas les accumulateurs de fric qui dirigent le monde.


    • EgaliTED EgaliTED 2 janvier 2013 19:22

      Mr Charpal, en effet vous êtes bien mal informé sur l’autisme, et surtout vous n’avez pas bien lu la fin de l’article ni compris son propos.


      Les autistes n’ont rien à faire à l’hopital, et le moins possible en « structure ». Si structure il y a, celle ci doit être éducative. Les autistes n’ont pas besoin d’infirmières ni de médecins, disons pas plus que les sourds ou les dyslexiques. Les autistes ont besoin d’éducateurs, de psychologues cognitivo-comportementalistes pour encadrer ces éducateurs, et SURTOUT d’aller à l’école.

      Les moyens gaspillés pour les enfermer en psychiatrie doivent être redéployés plus utilement pour leur offrir les prises en charge éducatives qui leurs font défaut et que le corps médical et médico-social rejette encore (ABA, TEACCH, PECS) et les personnels nécessaires à leur bonne inclusion scolaire (AVS).

      La place des autistes n’est pas en structure, c’est inclus dans la société, à commencer par l’école pour les enfants.

    • Arielle Dryien 6 janvier 2013 00:24

      La réaction d’EGALITED correspond avec toutes les préconisations internationales que nous rechignons à reconnaître socialement et à appliquer.

      C’est pour cela que j’emploie le terme de République Démocratique de la France : quand nous commençons à lire « république démocratique du ----- » nous nous demandons quelles sont les catégories de population qui échappent à l’accès démocratique.

      Les personnes avec autisme en sont exclues à plus de 90 % selon les données officielles (scolarisation, inclusion, ect) en opposition avec toutes les recommandations internationales. Et les décideurs politiques n’ont pas en core compris les millard d’éconmies qu’ils pourraint faire en 10 ans en repectant les droits fondamentaux...cela aussi est d’une absurdité totale.


    • COLRE COLRE 2 janvier 2013 13:14

      Jean-Louis CHARPAL, 

      J’adhère à votre intervention et je n’y ai pas lu une invite à toujours plus d’enfermement, mais à de vrais moyens pour les aides aux parents et à la recherche. 

      Pour l’autisme, il faut se rappeler du documentaire de Sophie Robert qui a malheureusement été expurgé, après procès, de l’intervention de psychanalystes qui ne se reconnaissaient plus dans le résultat final. J’ai retrouvé son interview par autisme.info31 où subsistent des extraits hallucinants de cette théorie dangereuse quand elle est laissée entre les mains des vieux thérapeutes, confis dans leurs certitudes à la sauce lacanienne.

      Je conseille qques morceaux de bravoure, notamment de Geneviève Loison, pédopsychiatre référente (!) sur sa métaphore du crocodile (objet-peluche présenté aux enfants pour diagnostic). C’est la mère, car (texto !) : « les dents de la mère »… Selon ce qu’en font les enfants, elle pose son interprétation : si l’enfant le frappe, ou s’il veut introduire un objet « phallique » dedans, ou s’il le délaisse, le diagnostic est différent (« les autistes se mettent là-dedans -une carapace de tortue- et là, on est assez inquiets » assène-t-elle…

      Ou Yaan Bogopolsky (psychanaliste « keinienne »…) : « toutes les mères ont des désirs incestueux avec leur enfant ? » « ah oui ! qu’elles en aient conscience ou pas »…

      Ou Jacqueline Shaefer : « L’inceste paternel, ça ne fait pas tellement de dégats, ça rend des filles un peu débiles, mais l’inceste maternel, ça fait de la psychose, ça rend fou ».


      Merci à l’auteure pour ce terrible témoignage, pour ce constat, brut, révoltant, et quand on pense que l’on sort d’une année où l’autisme a reçu le label « Grande cause nationale » en 2012… !


      • Arielle Dryien 6 janvier 2013 00:05

        Merci pour votre commentaire.

        J’ai eu aussi la chance de voir et de revoir le documentaire de Sophie Robert sur la perception de l’autisme que des professionnels exprimaient.

        Il est bien dommage que ce film soit pour l’instant interdit et à l’heure actuelle frappé par un jugement absurde selon moi : Jy ai vu la cohérence des réponses entre elles, l’assurance des professionnels qui répondaient, l’absence d’ambiguïté dans leurs réponses, des réponses à des questions univoques et claires.

        Un aspect de la réalité sociale liée à ce jugement représente à mes yeux l’extraordianire révolution qui consiterait à reconnaître comme une erreur médicale tous les adultes et enfants diagnostiqués avec des « troubles apparentés » comme des « psychose sinfantiles » à la place de l’autisme.

        Les conséquences seraient en premier lieu la reconnaissance de leurs droits fondamentaux d’abord en tant qu’être humains pour fréquenter les écoles de la république démocratique de la France. De plus, ces personnes sont dotés de spécificités bien précises, parfaitement documentées, et qui impliquent pour une bien traitance des accompagnements éducatifs adpatés individuellement tout au long de leur vie.

        Pas d’anti-psychiatrisme dans mon propos, juste un rêve, celui que la pharmacopée se mette au service des ces personnes pour les aider, quand c’est nécessaire, à accéder à une éducation adaptée pour une meilleure dignité et une meilleure autonomie.

        Il existe des îlots d’excellence, mais bien rares. La plus part de ce que j’observe releverait de plutôt de procès ou d’exercice illégal de la médecine non conforme aux données actualisées de la science. Mais le flou persiste par l’autorisation de l’utilisation de diagnostics qui impliquent des accompagnements radicalement diffrérents qu’ils soient labellisés thérapeutiques ou éducatifs...avec des concepts, des objectifs, et des actions aux antipodes les uns des autres. 

        Une liberté médicale qui se révèle dans le champ de l’autisme aux services des dégats.


      • olivier 2 janvier 2013 14:31

        Triste réalité du traitement des personnes autistes en france qu’on laisse encore a l’abandon pour maintenir en place une idéologie de pseudo-science appelée psychanalyse alors que tous les pays dévellopés savent pertinent qu’il y a des outils bien plus performant pour aider les personnes autistes

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