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Les « smart cities », ou l’usage des TIC au service du développement urbain

Les smart cities : un simple marketing urbain ou bien un gage de renouveau et d’efficacité pour les villes ?

Rendre les villes « intelligentes » par le biais des technologies de l’information et de la communication demeure ces dernières années une perspective incontournable pour de nombreuses collectivités. Les « smart cities », ou villes intelligentes, sont désormais hissées au rang de modèle à suivre pour les décideurs publics et déterminent de plus en plus les stratégies de développement urbain. Si les communications politique et professionnelle qui entourent ces projets sont pour le moins favorables, il faut raison garder et ne point penser qu’une telle démarche ne présente aucunes limites voire aucuns risques pour les communes et intercommunalités.

La ville intelligente, un projet en voie de développement

Les villes sont des espaces complexes où s’entrecroisent réseaux de transport, de communication, de distribution d’eau, de gaz et d’électricité, et où des milliers voire des millions de personnes y vivent et exercent des activités. Une des menaces qui plane sur de nombreuses villes aujourd’hui, et qui d’ailleurs se fait largement sentir depuis de nombreuses années déjà, c’est le phénomène dit de congestion urbaine.

L’explosion démographique des agglomérations corrélée à un usage intensif des transports individuels perturbent fortement la circulation et accroissent les émissions de gaz à effet de serre. Il faut savoir que si 50 % de la population mondiale vit en ville aujourd’hui, elle sera probablement 70 % à y vivre à l’horizon 2050[1]. Or, à mesure que la démographie d’un espace urbain augmente la gestion des services et des réseaux de communication se complexifie considérablement. Face à de telles perspectives, rendre la ville « intelligente » correspond tout autant à un idéal qu’à un impératif auquel de plus en plus de municipalités ou d’intercommunalités se prêtent à rêver.

Ainsi, conscients des problèmes liés à la concentration toujours plus importante d’activités et de populations au sein des villes, les spécialistes sont nombreux à focaliser leurs réflexions sur les modes de déplacement et le développement des transports en commun constitue naturellement un des thèmes centraux de la ville intelligente. Au-delà même, la gestion des déchets doit être améliorée et notamment favoriser leur récupération afin de permettre leur valorisation, tandis que les villes doivent renforcer leur action en matière d’efficacité énergétique que cela soit en achetant du matériel peu consommateur de ressources ou bien en développant une production locale d’énergie.

 

En réalité, la plupart des communes et intercommunalités concourent plus ou moins à ces objectifs à la différence que les villes intelligentes useront largement des technologies de l’information et de la communication (TIC ci-après), ce qui constitue un atout précieux à la fois pour les habitants, les entreprises et les associations, mais aussi pour les administrations en charge de piloter le développement urbain. La ville intelligente étant le fruit de nombreuses interconnexions, l’usage des TIC est donc naturellement au cœur des théories et politiques publiques qui en font sa promotion. En permettant de centraliser l’information tout en étant un excellent moyen de communication, les TIC permettent aux acteurs de la ville de rester connectés et de croiser les données nécessaires à l’amélioration de leur fonctionnement tout en favorisant le développement de nouveaux services. 

 

La ville intelligente dans les faits

La ville intelligente est donc celle qui est administrée de manière efficiente, c’est-à-dire en minimisant les coûts, en promouvant un développement durable, et ce, en ayant largement recours aux technologies de l’information et de la communication.

Il faut savoir que ces dernières années les exemples de projets se réclamant du concept des smart cities se sont multipliés partout dans le monde et notamment en France, où la ville de Lyon occupe une place à part. Classée numéro 10 sur 468 villes par le Parlement européen[2], Lyon arrive naturellement en tête du premier palmarès des smart cities françaises. Le projet politique porté par l’actuel Maire, Gérard Collomb, est souvent cité en référence lorsqu’il est question des villes intelligentes en France. Déjà en 2010, un accord avait été signé avec des organisations japonaises pour faire du quartier Confluence un espace géré de manière intelligente et notamment en développant des bâtiments à énergie positive, des compteurs intelligents et des voitures électriques en auto-partage. Un projet qui a coûté au final des millions d’euros et qui a permis le développement d’un quartier moderne au cœur de la cité millénaire.

 

Dans le même esprit, Lyon a lancé le projet Hublo, un centre qui collecte et analyse en temps réel l’ensemble des données relatives au service d’eau de la ville, ce qui permet à la ville de mieux anticiper et d’organiser les interventions des techniciens, de réduire les fuites et la consommation de cette ressource. Egalement, mention doit être faite du projet Optimod qui vise à réduire les temps de parcours des chauffeurs en facilitant l’accès aux données de transport en temps réel.

 

Certaines communes de moindre importance se sont également lancées dans la même perspective, et notamment la ville de Chartres avec son « éclairage intelligent »[3]. Les lampadaires placés sur certaines portions de la voie publique sont désormais équipés de capteurs intelligents et s’allument en fonction de la présence détectée d’un usager sur la voirie. Ainsi, ce type d’éclairage permet des économies de l’ordre de 30 % sur un poste qui représente jusqu’à 40 % de la consommation d’électricité des villes[4].

 

L’usage des TIC ne doit pas toutefois se réduire à la seule protection de l’environnement, son potentiel est en réalité illimité et peut donc être employé d’autres causes. Certains villes travaillent aujourd’hui sur la mise en place de plateforme participative, permettant aux usagers de s’exprimer et proposer des idées pour améliorer le fonctionnement de leur ville, que ce soit en signalant un problème non perçu par les agents publics ou bien en soumettant des idées, des projets[5]. L’amélioration du cadre de vie constitue une des finalités poursuivies par les villes intelligentes, ainsi beaucoup d’entre elles se penchent sur le développement du réseau wifi afin d’améliorer l’accessibilité à internet[6]. Pour certains, à l’image de Philip Bane, directeur général du Smart Cities Council, le développement du réseau cellulaire et du WIFI doit être priorisé par les villes[7].

 

Un concept non dénué de limites ...

 

Compte tenu des ambitions et des arguments affichés par les défenseurs des projets estampillés « smart cities », il paraît difficile de s’y opposer. Seulement, l’usage accru des TIC peut mal se concilier avec d’autres impératifs pourtant nécessaires à un développement équilibré des espaces urbains. Le développement des dispositifs de surveillance des personnes âgées, si salutaires soient ils, incitent les gens en bonne santé à ne pas s’en occuper[8]. Pareillement, le développement des habitats moins énergivores concerne essentiellement les couches de la population les plus aisées, c’est-à-dire celles à mêmes de réaliser des investissements conséquents en matière d’isolation, de chauffage ou de climatisation. Aussi, l’utilisation décuplée des données peut susciter quelques réserves. Si l’on prend le cas des compteurs Linky, qui précisons le permettent de connaître en temps réel sa consommation énergétique afin de responsabiliser les consommateurs, ne sont pas sans risque pour la vie privée. Le relevé d’activité permit par les compteurs Linky est relativement précis, à tel point que l’on aisément voir les horaires de présence ou d’absences des utilisateurs, ce qui peut naturellement donner des idées aux esprits mal intentionnés.

 

Par-delà les limites afférentes aux TIC, la place prépondérante jouée par d’importantes entreprises dans le développement des villes intelligentes a de quoi susciter des craintes. A l’origine, mais aussi aujourd’hui encore, les smart cities constituent un « concept » largement soutenu et promotionné par de grands industriels de l’informatique, du transport, de l’énergie et des services urbains, et dont la finalité principale est la réalisation de profits financiers et forcément, on ne peut s’empêcher d’y voir un conflit d’intérêts. Cette importance ternit considérablement l’image des projets de développement urbain qui peuvent alors apparaître pour les citoyens comme de simples opérations commerciales. De surcroît, si les élus valident les projets proposés par les entreprises qui se sont spécialisées dans le marché des « villes intelligentes », il faut reconnaître qu’ils le font en ne maîtrisant pas totalement les dossiers. En effet, les collectivités publiques recourent généralement à des organisations extérieures pour concevoir des actions concourant à rendre la ville intelligente, et on peut largement douter de la faculté des collectivités gestionnaires des villes à jouir de l’expertise requise pour préserver leur autonomie de décision. D’aucuns peuvent alors penser que les smart cities constituent un formidable concept marketing pour vendre de la technologie et conforter la situation financière des entreprises mobilisées.

 

En somme ....

On le voit donc, le concept de smart city appelle de la prudence et sans doute davantage de retenu et de réflexion de la part des décideurs publics. Néanmoins, rendre les villes intelligentes demeure un projet de développement urbain qui a le mérite d’introduire la technologie dans la gestion des villes, et de rationnaliser quelque part l’utilisation des ressources[9]. La congestion mais aussi la consommation énergétique demeurent deux problèmes majeurs pour lesquels les TIC proposent des améliorations quant à les résolutions des difficultés exposées et il serait malhonnête de ne pas le voir. Egalement, dans un contexte où les citoyens aspirent de plus en plus à participer « aux affaires de la cité », il semblerait inopportun de ne pas se saisir des TIC.

D’ailleurs, le coût élevé de certains projets ne doit pas être nécessairement un obstacle. Ainsi, assure Philip Bane[10], « A Washington DC, par exemple, 70 milliards de dollars ont été investis pour rénover 25 kilomètres de métro. 10% de ce budget a été utilisé pour l'équiper de capteurs et pour y déployer le réseau cellulaire. Cela aurait été beaucoup plus contraignant et coûteux de le faire avant ou après. En général nous estimons que les technologies de la smart city représentent entre 10 et 20% des coûts d'un grand projet. Et par la suite les retombées compensent rapidement cet effort »[11]. Et celui-ci d’ajouter, « il y a aux Etats-Unis plusieurs cas d'usage qui parlent d'eux-mêmes. A Charlotte, une soixantaine d'immeubles ont été équipés de dispositifs smart grids depuis 2011, ce qui a permis 17 millions de dollars d'économies d'énergie, soit une réduction de 18% de leur consommation habituelle. North Miami Beach est à peine à la moitié du déploiement de son infrastructure smart water. Et les capteurs connectés ont déjà permis de détecter 23 fuites sauvant plus de 100 000 mètres cube d'eau. Autre exemple, grâce à 3 000 lampadaires connectés, San Diego s'attend à économiser plus de 250 000 dollars par an en électricité et en maintenance. »[12]

Rendre la ville intelligente constitue une perspective aussi séduisante que nécessaire, encore faut il que les élus n’aient pas la folie des grandeurs ….

 

[1] C’est quoi la Smart City ? Une introduction à la ville intelligente, publié le 29 avril 2016 sur le site internet https://www.opendatasoft.fr

[2] La « smart city » n’est pas si « smart » que ça, Franck Gintrand et David Nguyen, publié le 19 août 2015 sur la revue en ligne Slate.fr

[3] Smart city : Chartres teste l’éclairage public communicant, publié sur le site internet http://www.vinci-energies.com

[4] Idem.

[5] Smart cities : la carte des villes intelligentes en France, Matthieu Deleneuville, mis à jour sur le site internet http://www.journaldunet.com le 18 novembre 16.

[6] Idem.

[7] La smart city ne coûte rien, Matthieu Deleneuville, mis à jour le 15/12/2016 sur le site internet http://www.journaldunet.com

[8] Les Villes Intelligentes auraient-elles une face cachée, Le blog d'Henri Pornon, publié le 18 juillet 2013

[9] Les quatre piliers et les dix tendances de la smart city, Julien Damon, mis à jour le 10 décembre 2013 sur la revue en ligne slate.fr

[10] Directeur général du Smart Cities Council

[11] La smart city ne coûte rien, Matthieu Deleneuville, mis à jour le 15 décembre 2016 sur le site internet http://www.journaldunet.com

[12] Les Villes Intelligentes auraient-elles une face cachée, article publié sur Le blog d'Henri Pornon le 18 juillet 2013


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6 réactions à cet article    


  •  
    La ville intelligente indispensable, vu la connerie bobo
     
    Imposer la con-et-TIC par une puce intelligente suppositoire
     
     
    Et bétonner HQE à fond pour les colonies des migrants à Soros.
     


    •  
       
       
       
      Le suppositoire intelligent vibre si le bobo sort des clous !
       
       
      (où l’inverse pour le faire jouir s’il obéit ?)


    • sarcastelle 7 janvier 2017 15:03

      Ou bien une ville a une âme, ou bien on y crève d’ennui. 


      • Rincevent Rincevent 7 janvier 2017 16:54

        Pour moi, l’archétype de ce genre de villes c’est Singapour. Une ville-état, un cas poussé à l’extrême pour cause de manque de place, ce qui a entrainé des solutions radicales : https://www.youtube.com/watch?v=VxiZRbMdNOI .

        La vidéo est longue mais intéressante. Dans nos grandes villes, c’est peut-être comme ça que nous seront amenés à vivre dans… pas si longtemps ? Sans moi, en tous cas, trop fourmilière...


        • benedicte_gab 8 janvier 2017 03:35

          @Rincevent
          Tout à fait, personnellement je ne crois pas à une ville intelligente, en ce qui me concerne une mégapole est aux antipodes de l’intelligence, un univers carcéral et concentrationnaire d’’où le vivant est banni et je ne peux comprendre que l’on puisse vouloir y vivre, y être contraint étant évidemment autre chose. 


        • Anatine 8 janvier 2017 17:40

          La point central du questionnement est l’intelligence. Qui définit ce qu’est l’intelligence, sur quels critères ? S’il y a consensus sur sa nature, il n’y a pas de débat sur l’intérêt de la numérisation.

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