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Lettre au journal Le Monde au sujet des druides

Le Monde est-il encore aujourd’hui le journal intellectuel et de débat qu’ont voulu ses fondateurs ? J’en doute. Trois articles successifs publiés sur les Gaulois. Une proposition de débat payant du genre poudre aux yeux qui n’a d’ailleurs aucun succès. Des textes qui se terminent immanquablement par des renvois aux livres des historiens de métier, lesquels, évidemment, ne viendront jamais répondre aux questions. Et aussi - j’allais l’oublier - les maisons d’édition où on est invité à acheter ces ouvrages. Une façon de dire au citoyen lecteur lambda : "Lisez ! Si vous voulez en savoir plus, achetez ! Et si vous n’êtes pas content...

Eh bien, moi, je préfère le journal internet d’Agoravox.

Signé par le journaliste accrédité, l’article du Monde de ce jeudi 23 juillet, avait pour titre : "Le druide, ce philosophe".
 
Premières réactions à chaud (en italiques, marqués d’un*, des extraits de l’article).
 
...*lorsque César (100-44 avant J.-C.) part en campagne, en 58 avant notre ère, "il ne reste déjà presque plus de druides en Gaule, les derniers se font discrets et ne sont que des produits de l’institution pédagogique", assure Jean-Louis Brunaux....En réalité, la majorité des passages ethnographiques de La Guerre des Gaules, sont recopiés de l’oeuvre de Poseidonios d’Apamée (135-51 avant J.-C.)

Je suis très surpris. Je n’ai jamais eu l’impression que César s’inspirait des écrits perdus de Poseidonios comme l’a fait Strabon,  mais ce dont je suis certain c’est qu’il décrit bien une situation qu’il voit et que son témoignage sur les druides est, à la fois, très détaillé et très fiable.

 *Mais tout cela (le témoignage de César) était bel et bien révolu au moment de la Guerre des Gaules : sinon, César se serait inquiété des druides lors de ses opérations. Il n’en a rien été.

 Je suis très surpris qu’on mette ainsi en doute ou qu’on ne comprenne pas le témoignage de César. Cicéron, son contemporain, dit que Divitiac était druide. César ne le précise pas mais c’est tout comme ; car parmi les "princeps" qu’il met en scène, il y a bien évidemment les premiers des druides. Quant au petit clergé druidique, les sacerdos, il n’en parle qu’occasionnellement.

 *Le poète romain Lucain (39-65), les décrit comme habitant "au fond des forêts dans des bois reculés" et, surtout, leur reproche leurs "rites barbares et leur sinistre coutume des sacrifices" humains. 

Soyons précis ! Lucain, c’est plus de cent ans après l’observation de César. Que s’est-il passé pendant ces cent ans ?

L’empereur Claude (41-51) abolit entièrement dans les Gaules la religion cruelle et barbare des druides, qu’Auguste n’avait interdite qu’aux citoyens (Suétone, Vie des douze César, Claude, 25). Cela signifie qu’au temps d’Auguste, le clergé druidique bénéficiait encore de toutes ses prérogatives de mise à mort (il faut comprendre que les mises à mort des condamnés se faisait suivant un rite religieux). Auguste avait seulement interdit la pratique des sacrifices humains à ceux qui sollicitaient le titre de citoyens romains. Leurs Premiers défilaient à Rome, en chars, sur le même rang que les grands prêtres Flamines romains. Rappelons également qu’à Lyon, chaque année, les représentants religieux des Gaules se réunissaient sous l’autorité d’un grand prêtre.

En l’an 21, la révolte contre Tibère de l’Eduen Sacrovir - l’homme qui est dans le sacré - marque probablement le dernier sursaut d’un druidisme qui a laissé son nom à des "réfractaires", à l’image des prêtres réfractaires de la Révolution. Ce sont ceux-là que fustige Lucain. Il faut donc relativiser cette déclaration qui ne concerne qu’une frange d’un clergé gaulois en pleine évolution mais toujours bien présent. 

Pomponius Méla, contemporain de Cicéron et de César, écrit que de son temps, on s’abstenait en Gaule d’immoler des hommes mais qu’on ne refusait cependant pas ceux qui se dévouaient. En revanche, dans ce même premier siècle, Diodore de Sicile affirme que lorsqu’il s’agissait de délibérer sur une chose importante, les druides immolaient un homme en le frappant avec un coutelas par le travers du dos. Après qu’il fut tombé, ils pronostiquaient l’avenir en observant les palpitations de ses membres et l’écoulement de son sang (livre V). Et c’est Lucain qui nous donne la clé des croyances druidiques : « Les Gaulois ne veulent aller ni dans les tristes royaumes du dieu des profondeurs, ni dans les silencieux séjours de l’Erèbe. Ils disent que le corps-âme vit dans l’autre monde (orbe alio). La mort est une phase intermédiaire avant une longue vie. » Et le poète ajoute : « Les Gaulois sont heureux quand la crainte de la mort, la plus terrible de toutes, les talonne. Ils se ruent au combat, l’esprit plein de courage. Leurs âmes sont prêtes à recevoir la mort. Ils savent que leur récompense sera la revie qui sera refusée au poltron. » Ce que confirme Ammien Marcellin au IVème siècle  : Les druides étaient d’une intelligence supérieure. Groupés en associations comme Pythagore l’avait prescrit, ils s’étaient haussés jusqu’aux questions qu’on se pose sur les choses cachées et élevées. Regardant de très haut les affaires humaines, ils proclamèrent publiquement que les âmes étaient immortelles (livre XV, chap IX).

César ne dit pas autre chose  : Pour ces sacrifices, ils faisaient appel au ministère des druides. Certains peuples avaient de grands mannequins d’osier dans lesquels ils enfermaient des hommes que l’on jetait au feu. Tel était le supplice punissant les brigands et les voleurs ; mais lorsque ceux-ci manquaient, on n’hésitait pas à sacrifier des innocents.

Ensuite vient l’ironie *Car il nous est bien difficile de croire à cette histoire de savants celtes dissertant sur la longueur du méridien ou sur la course des astres.

Je suis très surpris : aucun auteur antique ne dit que les druides dissertaient sur la longueur du méridien.

L’article se termine enfin sur une interprétation du fond du chaudron de Gundestrup : *A mon sens, le chaudron de Gundestrup figure la date à partir de laquelle les Celtes comptent le temps, dit Paul Verdier. L’origine de leur calendrier, en somme." Le chaudron représenterait donc l’aspect du ciel près de vingt siècles avant sa fabrication !

Je laisse aux commentateurs le soin de commenter sur ces vingt siècles de mémoire druidique.


par Emile Mourey (son site) vendredi 24 juillet 2009 - 31 réactions
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  • Par Emile Mourey (xxx.xxx.xxx.186) 24 juillet 2009 12:30
    Emile Mourey

    @ Nho

    En effet. D’abord, je trouve assez amusant que dans la publication de ce jour, un autre article attire notre attention sur les articles "gaulois" du journal Le Monde. Amusant également que cela embraye sur des questions philosophiques.

    Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Dans leur majorité, probablement pas. Les Gaulois ont-ils cru, dans leur majorité, à tout ce que leur disaient les druides ? Probablement pas. Les druides croyaient-ils vraiment à tout ce qu’ils disaient au peuple ? pas sûr ! mais sur le plan du fonctionnement de la société, cela facilitait beaucoup les choses. La crainte de la punition divine suppléait à la loi et dissuadait les méchants. Le paradis stimulait les bons. Et les druides renvoyaient directement aux forgerons du ciel les âmes défectueuses.

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.30) 24 juillet 2009 14:24
    Fergus

    Un article très intéressant touchant les détails d’une histoire que je connais peu. Etant béotien, je me garderai bien de prendre parti dans cette controverse. Par expérience (dans des domaines très éloignés), je sais seulement que ce ne sont pas toujours les historiens officiels (qui souvent se contentent d’un travail de compilation) qui ont raison face à la détermination, à la pugnacité, à la passion d’amateurs éclairés pour un sujet donné. Je doute fort, en effet, M. Mourey, que les historiens cités dans Le Monde prennent le risque de se mêler à ce débat. Quoi qu’il en soit, merci à vous pour ces articles très fouillés sur une période dont, hélas, on se détourne de plus en plus.

  • Par plancherDesVaches (xxx.xxx.xxx.122) 24 juillet 2009 16:00

    J’avais lu, Gül, juste aprés avoir écris mon commentaire. Ma question, devrais-je dire.
    Et je dois te faire un peu mal au coeur d’être si proche de l’Océan....
    Comme toi, je ne peux m’en lasser. Calme ou en fureur. La tempête nous ramène à nous. Petits bonshommes poussières d’étoiles.
    Tant qu’il existera la fureur de l’Océan, les flammes du feu de cheminée à contempler et le vent dans les arbres à écouter, alors, tout ira bien.

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