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Quotas or not quotas ?

Haro sur la CGE (Conférence des grandes écoles) qui s’est émue la veille de Noël de la possible imposition par le gouvernement d’un quota de 30% de boursiers à l’issue des concours d’entrée.

Les dirigeants des grandes écoles ne sont pas tous des ânes savants bornés, ainsi qu’un petit peuple égalitariste et parfois libertaire aime à se les représenter.

En effet, imposer un quelconque quota de recrutement à tout système relevant d’une sélection par concours revient à nier la pertinence dudit concours, lequel instaure en principe que les meilleurs gagnent, sans distinction d’aucune sorte a priori.

Là où les choses se gâtent vraiment, et c’est ce point surtout qui fait scandale, c’est lorsque les mêmes dirigeants de grandes écoles déclarent que ce quota ferait immanquablement baisser le niveau moyen des étudiants, donc la valeur du diplôme à la sortie.

Ce n’est pas faux non plus, puisque pour que le concours demeure un outil efficace et par suite indiscutable l’intégration des éléments les plus brillants, le fait d’être noir ou blanc, fille ou garçon, riche ou pauvre, boursier ou non, ne devrait pas entrer en ligne de compte.

Hélas, cette évidence, mal exprimée -ce qui est un comble pour des supposés professionnels de la dialectique-, est passée pour une marque d’odieuse ségrégation, en associant implicitement et nécessairement jeunes élites intellectuelles et familles fortunées.

Du coup, toute une France qu’on ne savait pas si préoccupée d’égalité républicaine est montée au créneau pour flétrir les méchants notables qui règnent sur nos si chères -dans toutes les acceptions du terme- grandes écoles et défendre mordicus la fiction d’un ascenseur social pourtant en panne depuis belle lurette.

Ah ! qu’il est réjouissant de voir le plagiaire Alain Minc et le milliardaire François Pinault défendre, la main dans la main, le fleuron de nos acquis républicains, l’égalité des chances, comme s’ils comptaient eux-mêmes un tiers d’ex-boursiers dans leur entourage plutôt qu’une tripotée de patronymes bien en vue dans le Bottin Mondain.

Eh bien, justement, l’égalité des chances ne passe pas par des quotas, lesquels, par définition, déterminent arbitrairement qui est éligible et qui ne l’est pas.

Parce que 30% de boursiers, ça implique donc un autre quota, non-dit celui-là, à savoir 70% d’enfants de familles vraiment prospères.

Quid alors des plus nombreux, ces rejetons de gens pas assez pauvres pour obtenir une bourse et pas assez riches ni pour avoir le bras long ni pour couvrir les frais faramineux des cursus de luxe ?

En fait, nous ne sommes déjà pas loin de cette situation ubuesque, puisque les grandes écoles admettent, en attendant davantage, au moins 10% de boursiers, et jusqu’à près de 25%, à côté de la masse des nantis.

Les absents, les plus nombreux, les enfants des classes moyennes basses, vont à l’IUT ou à la fac, d’ailleurs absurdement dévalorisés, surtout la seconde, par rapport aux grandes écoles.

A titre d’exemple, qu’un agrégé de philo formé par une université provinciale soit intellectuellement moins brillant qu’un Centralien demeure encore à démontrer.

Plutôt que le quota, qui prétend réparer une injustice en en créant une autre, la vraie solution ne serait-elle pas dans une redéfiniton des critères de sélection ?

Pourquoi, ailleurs que dans les écoles d’ingénieurs, privilégier à ce point les diplômes scientifiques au détriment des littéraires ? Les classes préparatoires sont-elles vraiment indispensables pour faire lever la meilleure pâte ? Le diplôme minimum requis pour concourir est-il lui-même nécessaire, considérant qu’un Bernard Tapie, par exemple, n’aurait jamais pu se présenter au concours d’HEC, alors que l’école n’ose même pas espérer produire un jour un tel winner ?

Au fond, pour des concours qui prétendent recruter une élite, le mieux, dans une perspective égalitaire et dans le souci d’offrir au génie autodidacte les mêmes chances qu’au bon élève conformiste et laborieux, ne consisterait-il pas à les ouvrir à tous ceux qui se sentent d’y participer, sachant qu’ensuite la République prendra en charge les frais de formation, rendant obsolète toute sélection par le fric ?

Rassurez-vous, même si nous en venions là -ce qui n’est pas demain la veille-, subsisterait la plus répandue et la plus implacable des sélections, celle du réseau de relations professionnelles, de fortune, de famille, d’école, de classe, de confession, de culture.

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Quotas or not quotas ?
par Mathias Delfe (son site) jeudi 7 janvier 2010 - 31 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Mathieu (xxx.xxx.xxx.51) 7 janvier 2010 15:22

    J’aimerais bien voir votre définition de "Nanti".

    D’après les critères d’attribution des bourses, il s’agit de toute famille dont le revenu est supérieur à 36 000 euros par an.
    dans la plus pure tradition française, tant pis pour celle qui sont à 37 000.

    Et je peux vous garantir personnellement que les classes moyennes basses ne sont pas absentes de ces écoles, si si.

    De plus contrairement à ce que dit Pécresse, les boursiers ont déjà des frais réduits voire nul pour les concours des écoles publiques.

    Ce qui n’est pas dit en revanche, c’est que les tarifs des formations des écoles d’ingénieurs sont sensiblement du même ordre que les masters des facs. mais bon, comme les fac marchent mal et les grandes écoles bien, c’est forcément que le problème est du côté de ces deuxièmes.

    Ce qui coûte cher dans ces formations n’est pas la formation elle même, c’est le coût pour une famille d’entretenir l’étudiant jusqu’à 23 ans ou plus : logement, transport, nourriture.

    Sinon concernant l’utilisation des mathématiques comme critère de sélection, en école d’ingénieur comme de commerce, où voulez vous en venir ? Il s’agit de la discipline la moins marquée socialement.

    Je vous rappelle qu’autrefois le latin était la matière la plus importante dans l’école française...

    La baisse cependant de la mixité sociale dans ces écoles depuis plusieurs années est un fait cependant. Le problème ne se situe-t-il pas plus tôt dans l’éducation nationale ?

  • Par Lord_Mahuf (xxx.xxx.xxx.171) 7 janvier 2010 13:37
    Lord_Mahuf

    Les plus grandes écoles en France sont publiques : Polytechnique, Ecole Normale, Ecole Centrale, etc...
    C’est idiot de dire que le coût des études les plus prestigieuses est hors de portée des classes modestes alors que celles ci ne coûtent au contraire que très peu aux étudiants, voire sont payées (pour le cas de Polytechnique).

    Évidemment, celà demande de réussir le concours, ce qui n’est pas donné à tous, et certainement pas spécialement aux plus fortunés.
    Dernier exemple médiatique en date : le cancre de rejeton de notre président.

  • Par Juju Dredd (xxx.xxx.xxx.138) 7 janvier 2010 16:50

    "En effet, imposer un quelconque quota de recrutement à tout système relevant d’une sélection par concours revient à nier la pertinence dudit concours, lequel instaure en principe que les meilleurs gagnent, sans distinction d’aucune sorte a priori."

    Je suis entièrement d’accord avec vous. Si les concours ont des résultats qui ne sont pas équitables pour les différentes classes sociales, alors le problème vient des enseignements avant les concours.

  • Par Mathias Delfe (xxx.xxx.xxx.126) 7 janvier 2010 17:15
    Mathias Delfe

    A Mathieu

    Sciences-Po tout seul est le plus souvent un passeport pour le chômage.

    Le diplôme sert à s’inscrire à l’ESJ (Ecole supérieur de journalisme), autre voie de garage, ou à préparer divers concours administratifs, dont  l’ENA.

    Si vous faites une école d’ingénieur, il y a bien des chances pour que vous débutiez ensuite dans un poste occupé il y a trente ans par un technicien, au mieux un TS.

    Cette dépréciation de la valeur des diplômes -voulue par les employeurs- explique probablement pour une bonne part l’engouement relativement récent des classes moyennes pour les études en grandes écoles.

    Cette inflation du niveau requis pour exécuter les mêmes tâches s’accompagne-t-elle d’un surcroît d’efficacité dans le service rendu ?

    Dans les filières purement techniques, peut-être.

    Ailleurs, on peut en douter, quand on sait qu’il y a trente-cinq ans un bac suffisait pour devenir instituteur, lequel obtenait des résultats sans doute meilleurs qu’aujourd’hui, en tout cas pas pires.

    Idem les journalistes, même pas forcément bacheliers, pas moins pertinents que ceux d’aujourd’hui qui semblent si souvent formés à s’exprimer uniquement par des lieux communs, des expressions toutes faites.

     

    Mais bon, je m’égare, tout ceci fera l’objet d’un autre article, peut-être.


    A French

    Vous citez des commis du pouvoir.

    Comme vous le remarquez vous-même, le vrai pouvoir, qui est économique, est aux mains des ingénieurs et des commerciaux.

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