• jeudi 20 juin 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Ressources pour un meilleur rendu argumentatif sur Agoravox
84%
D'accord avec l'article ?
 
16%
(127 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Ressources pour un meilleur rendu argumentatif sur Agoravox

Persée, Revues.org, Cairn, Erudit, etc. sont de formidables ressources numériques en sciences humaines. Pourquoi, dans sa démarche « critique » et « participative », Agoravox devrait les ignorer ?

Bien que parfois passionnants et souvent documentés, les articles d’Agoravox génèrent des commentaires pas toujours argumentés. Et pourtant, la toile francophone regorge de ressources argumentatives que l’on peut aisément retrouver sur des portails de sciences humaines comme Persée, Revues.org, Erudit ou encore Cairn. Pourquoi alors s’en priver ?

Les rédacteurs comme les commentateurs s’essaient à des sujets qui ne sont en rien étrangers aux préoccupations des chercheurs en sciences sociales. « Race », « statistiques ethniques », « islam radical », « laïcité », « conflit ethnique », etc. sont autant de termes que manipulent les journalistes et/ou les citoyens comme s’ils allaient de soi. Pourtant, ces « termes » ne sont pas des « choses » et les concepts ont une histoire qu’il est parfois bon de rappeler, non comme un maître d’école avide de « faits », mais en invitant le féru d’actualité (journalisme) à se frotter aux problématiques de l’inactualité (sciences historiques).

Il y a visiblement un relatif essoufflement du copié-collé intensif ayant pour source favorite Wikipedia. Chose qui laisse place à une réflexion sur l’argumentation par gros temps : « D’où vient la terreur islamiste ? » est certainement une gageure dans un espace discursif ouvert à (presque) tous les vents idéologiques. Il y a eu à ce propos des échanges instructifs entre Gazi Borat, Masuyer et Marsupilami (entre autres), après un travail certainement éreintant de consolidation sémantique sur l’article initial de la part de l’auteur, largement présent pour accompagner son texte en proie à toutes les tentatives de greffe possibles.

Que l’on prenne cet article ou un autre, on peut facilement se voir accusé (selon le sujet) d’ « islamophobe » ou d’ « islamiste », de « raciste » ou de « néocon ». Sans doute que c’est le sort de toute démocratie de masse ou directe que de voir fleurir ces noms d’oiseaux. Il ne fait pas de doute aussi que certaines personnes « méritent », en quelque sorte, certaines de ces appellations. Mon propos n’est d’ailleurs pas irénique au point de vouloir faire disparaître ces courtois échanges ou d’ « éloigner » les indésirables insistants. C’est jusqu’ici une constante des échanges forumistiques.

Ma préoccupation est plutôt d’un autre ordre. Elle touche à des propos transformés en doxa, c’est-à-dire à des propositions dont on a oublié le cheminement argumentatif, muées par la grâce de la répétition (scolaire et médiatique) en thèse universelle sortant de l’Histoire pour trôner dans le Réel. Mais le Réel est idiot (Clément Rosset) et il faut l’arracher à ses faux airs d’état de nature à coups d’historicisation répétée.

Aussi, sur le terrain argumentatif, on se retrouve face à des propos qui ont des airs de jugements de réalité qui méritent pourtant bien une dissection soutenue. Par exemple :

· L’islam est une religion violente

· Les Evangiles distinguaient déjà la laïcité

· Les facteurs économiques déterminent les constructions idéologiques

· Le libéralisme favorisera la démocratie en Chine

· Les races humaines existent

· L’Europe a des racines chrétiennes

· La Turquie n’est pas européenne

· Le Moyen Âge s’arrête à la moitié du 15e siècle

Et ainsi de suite.

Ces quelques exemples sont forgés mais ils se retrouvent dans une bonne partie des débats qui abordent ces questions. Et j’ai volontairement sélectionné certains des thèmes les plus « brûlants ». Ma remarque est alors simple : pourquoi se priver des ressources argumentatives qu’offrent des portails de revues de sciences humaines alors que celles-ci connaissent pourtant bien ce genre de problématiques ?

Vous pensez que la « race » existe ? Eh bien lisez cet article sur les Bantous et vous aurez une idée de sa « création ».

L’islam vous paraît essentiellement violent ? Et si vous vous mettiez à chercher plus sur la théorie de la violence (René Girard) ?

Distinguant Dieu et César, vous soutenez que les Evangiles sont déjà « laïques » ? Pourquoi ne pas lire Paul Veyne sur la question ?

Vous butez sur l’articulation entre « matériel » (infrastructure) et « spirituel » (superstructure) ? Pourquoi ne pas s’initier aux démarches de dépassement de cette dichotomie ? Elles ont été pourtant effectuées depuis plusieurs décennies avec la « théorie des champs » et « l’économie des biens symboliques ».

La démographie vous semble être une super science à puissant pouvoir prédictif ? Pourquoi ne pas jeter un coup d’œil sur ce numéro d’Erudit  ?

Vous croyez dur comme fer que le Moyen Âge a pris fin en 1453 ? Touchez-en un mot à Jacques Le Goff. Il saura vous dire.


Vous pensez que les discriminations en France ou en Europe sont « fictives », « exagérées » ou encore « rabâchées » ? Plonger sur ce site et vous ferez le plein d’idées.

Faut-il encore le répéter : il n’est pas question de clore les questions par un docte renvoi bibliographique. Il s’agit tout simplement de se délivrer pour un temps de l’éternel retour cognitif dans lequel baigne le journalisme, nageant bien trop souvent entre le « jamais vu » et le « toujours ainsi » et ce au prix d’un inactuel constructiviste. Car derrière un bon nombre de questions d’ « actualité » se dresse de l’ « inactualité » :

- la laïcité et les contre-pouvoirs (sous Sarkozy)

- l’expansion de l’islam (radical et ses menaces terroristes de nos jours)

- les notions d’ « identité » et de « civilisation » (sur les territoires où nous vivons)


« Experts » ou citoyriens : la peste ou le choléra


Laisser ces questions « théoriques » aux afters médiatiques, tenus par des « experts » tout aussi médiatiques ne me semble en rien « citoyen ». A moins de vouloir faire le point en express en vous gratifiant d’être un nouvel observateur du monde. Avec ça, vous êtes rasé et Barbier... en chantant.


Soyons malgré tout polémique avec ce petit néologisme visant un profil de commentateurs déjà connus : faisons une obstruction féconde (demande de preuves et d’explicitation de trame argumentative) au règne du citoyrien nu ! En somme : j’ai rien (comme argument et argumentation), j’opine du chef et j’ai raison tant qu’on n’a pas prouvé le contraire. Curieuse façon de progresser dans la connaissance, non ? Belle involution anti-copernicienne, n’est-ce pas ? Il est peut-être temps de renverser la vapeur ...


Réglez vos comptes... par comptes rendus !


J’ai vu très peu de comptes rendus comme pièce à conviction dans les échanges sur Agoravox. C’est pour le moins assez regrettable car la gratuité de ce genre constitue une sorte d’exception française ! La majorité des portails anglo-saxons privent le lecteur lambda de ce genre de recension. Il est même question d’un prix qui va entre 8$ à 10$ pour savoir de quoi parle un livre scientifique, accompagné de l’évaluation d’un autre scientifique connaissant le sujet ou le domaine. A contrario, une revue comme la REMMM offre un large panel de recensions aussi captivantes qu’instructives. Car il est plus facile de poser des questions que d’y répondre. Et bien souvent, certaines questions apparemment « simples » ou « naïves » sont de véritables programmes de recherche que l’on ne peut réduire à deux ou trois paragraphes.


On peut en outre trouver sur des sources « partisanes » comme Le Monde diplomatique - car de gauche - de larges extraits d’auteurs comme Paul Veyne
qui vous en dira nettement plus sur le sens à donner au trop fameux « rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Alors plutôt que de s’égosiller à tout va et avec tellement peu, pourquoi ne pas monter sur les épaules des géants ? Quitte à ne pas être d’accord, que l’on sorte au moins de l’égotisme argumentatif mal placé et que l’on fasse sortir, par un effort collectif, tous ces travaux qui gravitent, malgré eux, loin de la sphère publique et de l’agora.


De l’audio et de la vidéo pour les méninges


Il devient de plus en plus difficile de trouver du temps libre alors même que les offres culturelles se multiplient et que certaines d’entre elles résistent au format unique. Et pourtant. Dans le genre « inactuel », France Culture dispense une sympathique série d’émissions qui vaut bien le coup. En une heure en moyenne, vous pouvez commencer à vous faire une idée sur l’actualité de l’archéologie, voyager à travers l’histoire du droit et de ses aspects sociaux, connaître le panthéon hindou, écouter un grand auteur ou artiste, etc. C’est un moyen bien pratique quand on n’a pas le temps ou l’envie de lire des livres. C’est d’autant plus facile à faire que ces émissions peuvent être « podcastées » et conservées. C’est peut-être une alternative crédible dans les métros. Et si vous mettiez du France Cu dans votre lecteur ?


Pour enchaîner, vous disposez aussi de AAR
(archives audiovisuelles de la recherche). Le techno-warrior que vous êtes saura apprécier la facilité d’accès à cette encyclopédie de la recherche contemporaine. Peut-être que le ton vous semblera d’une lenteur professorale peu engageante mais on y trouvera de précieux entretiens qui vous feront gagner un temps certainement précieux.


Mais peut-être que d’autres sujets vous semblent plus « urgents ». Vous êtes inquiet de la montée des extrémismes religieux, de la réintroduction du religieux dans la sphère publique. Vous en appelez aux Lumières. Mais quelques textes vous font un peu défaut pour mieux soutenir vos propos. Kant vous intimide encore et vous n’osez pas toucher à son opuscule Qu’est-ce que les lumières  ? Eh bien écoutez-le ici, tout simplement ! Vous nous serez sûrement bien plus utile avec ce texte que sans ce texte. Et vous aurez « remporté » quelque chose à venir discuter ou polémiquer de manière documentée.


Pour ne pas conclure


J’aurais sans doute voulu faire un vœu : voir s’étendre un « journalisme » constructiviste, soucieux de mise en perspective historique, reprenant l’argumentation et les arguments là où les médias dominants s’arrêtent, démontant les concepts là où la dérive chroniqueuse n’y voit que mots interchangeables, oxymores ironiques (« patriotisme économique », « OPA hostile ») ou dangereuses liaisons synonymiques (« chômeur » et « fainéant »). Mais je n’affectionne pas vraiment le journalisme. En revanche, je me soucie de la qualité des échanges et je crois à la prise de parole citoyenne. Il m’est donc difficile d’embrasser une chimérique « rationalité communicative ». Les polémiques resteront et les avis tranchés perdureront. Mais pour 2008, au lieu de mettre le feu, soyez voleurs de feu ! Sapere Aude !




par del Toro vendredi 11 janvier 2008 - 76 réactions
84%
D'accord avec l'article ?
 
16%
(127 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par COLRE (---.---.---.151) 11 janvier 2008 11:57
    COLRE

    Merci, @Kabyle d’Espagne, votre article est salutaire, et correspond presque en tous points à ce que je pense. Il est en plus extrêmement riche, je vais le mettre de côté, et aller progressivement sur les liens que vous nous donnez.


     C’est vrai que ce dont on manque le plus (entre autres…), c’est le TEMPS. Il faut faire des choix drastiques, mais la principale conséquence néfaste de ce dont vous vous plaignez (à juste titre) s’exprime chaque jour sur les forums : on ne se lit pas, on ne s’écoute pas, on réagit au quart de tour par l’invective, on exprime son ego, quoi ! c’est tout.
     

  • Par ddacoudre (---.---.---.56) 14 janvier 2008 23:15

    BONJOUR KABYLE ;

     

    Bon aricle plein de bonnes subjections. il est juste de trouver dans les posts des approximations, ton invitation à argumenter est salutaire car elle pousse à l’instruction et qui plus est évite de redéfinir ce qui l’a déjà été.

    Cela n’empêche pas l’originalité d’une pensée qui est toujours le propre du contenu cérébral de son auteur.

    Dans des sujets trés techniques cela est facile dans ceux plus passionnée, la conviction grille souvent la politesse à la justesse du raisonnement, mais il faut accepter aussi ce qui donne un visage humaine citoyen à agoravox, l’expression des lacunes de chacun.

    cordialement.

  • Par Roland Verhille (---.---.---.236) 11 janvier 2008 12:04
    Roland Verhille

    Excellent, merci.

    Le présentation de textes à la suite desquels les lecteurs ont la possibilité d’introduire un commentaire est l’un des grands bienfaits des "nouvelles technologies". Plus que des discours, il y a là pour le plus grand nombre le moyen de progresser à la fois dans les connaissances et dans les relations avec les autres. Pour les auteurs, pourvu qu’ils soient attentifs aux commentaires et qu’ils nouent le dialogue, il y a aussi là un moyen de se perfectionner à tous égards (les connaissances, les modes d’expression, etc.).

    C’est de manière très policée que l’auteur déplore le trop grand nombre de commentaires dont l’apport est presque nul, sauf à révéler à quel point l’ignorance est répandue sans pour autant atténuer la prétention des commentateurs. Asséner des affirmations ne reflétant que des idées reçues ne fait rien progresser du tout ; sans évoquer les pitoyables colibets ou même insultes.

    Ne serait-il pas utile que les sites offrant des textes à commenter fassent un peu mieux l’éducation des commentateurs ? non pas en limitant excessivement leur liberté, mais en leur expliquant, comme le fait ici l’auteur, mais un peu trop savamment et délicatement, qu’un commentaire n’a d’intérêt que s’il est un apport au contenu d’une discussion de manière à la faire progresser ; qu’autrement, des commentaires innombrables et vides de tout apport tuent les échanges, minent ce progrès social, font fuir les lecteurs de ces commentaires. Le spectacle des vociférations détruisant la qualité des délibérations à l’Assemblée Nationale est tout le contraire d’une éducation à l’exercice de la démocratie.

  • Par Paradisial (---.---.---.246) 13 janvier 2008 11:40
    Paradisial

    Cher Kabyle d’Espagne,

    J’expliquais la logique qui motiva la création du statut de dhimmi. Je n’ai pas à traiter d’économétrie : la fiscalité en terre d’Islam entre le dhimmi et le musulman.

    Si vous n’avez cure d’explorer l’essai parlant de la naissance dudit statut, vous en êtes totalement libre.

    Taaba Naharouka Akhy.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération