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Tokyo doit être évacuée !

L’impensable est devant nous : on ne peut plus vivre à Tokyo, la radioactivité y est trop forte. Ce terrible constat ne doit pas nous porter au désespoir. Tout au contraire, c’est l’occasion de faire sens de notre destin et de l’assumer.

I L'OVE REVOLUTION
Alors même qu’il se trouve encore des zozos comme Régis Debray pour nous chanter « Tout va bien Madame la Marquise » et ne retenir de Fukushima que la seule nécessité de ne pas construire de centrales nucléaires sur des failles sismiques, les rudes leçons de cette catastrophe nous sont livrées jours après jour sur un site de l’association militante Next-Up principalement engagée dans la lutte contre l’exposition criminelle du grand public aux champs électromagnétiques.
 
La dernière information communiquée est consternante : le niveau de radioactivité mesurable au sol est supérieur à 6 microsieverts par heure (6 µSv/h) ce qui donne 52 millisieverts par an (52 mSv/an) soit pas loin du triple de la dose maximale admissible pour les travailleurs du nucléaire et 52 fois (sic) la dose admissible pour le grand public selon les normes internationales étant donné que celles-ci se situent à 1 millisievert par an.
 
La conclusion tombe logiquement : il faut évacuer Tokyo.
 
La conclusion de la conclusion c’est que l’exposition de la population mondiale aux mensonges gouvernementaux et médiatiques va certainement atteindre des niveaux critiques, probablement jamais vus mais qui, malheureusement, ne vont pas étouffer les porte-paroles et leurs suppôts journalistiques.
 
Il faut savoir en effet que les mesures officielles ne sont pas réalisées au sol comme le font les dizaines de milliers de Tokyoïtes  disposant d’un compteur Geiger mais à 18 mètres de haut (selon la vidéo de Next-Up à 01:00), ce qui permet de diviser par 100 le degré d’exposition puisqu’on ne mesure plus alors que 0.06 µSv/h. Le problème est que les Tokyoïtes ne lévitent pas à 18 mètres de haut. Ils se déplacent avec les pieds au sol, là où l’exposition est cent fois plus élevée.
 
Ceci nous rappelle à cette triste réalité de la gouvernance mondiale que l’écrivain Mark Twain aurait résumée par cette délicieuse idée (qu’il attribuait au Premier ministre britannique Benjamin Disraeli)  selon laquelle « il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les satanés mensonges et les statistiques.  »
Le catastrophiste sain d’esprit et respecté qu’est Jean-Pierre Dupuy indiquait récemment sur France Culture [1] que le désastre de Fukushima avait changé la donne concernant le calcul des probabilités d’un accident nucléaire majeur. Tout à coup, le savant télescopage des grands nombres et de l’infiniment petit qui permettait d’annoncer un risque négligeable est ramené à une catastrophe majeure tous les trente ans, ce qui, bien sûr, est difficilement acceptable.
 
Mais ce qui ne l’est pas davantage et qui serait presque, au final, plus inquiétant encore, car révélateur de l’état de décrépitude de nos démocraties comme de notre conscience collective, c’est le fait qu’affirmer, comme le fait Next-Up, que Tokyo doit être évacué expose sérieusement au risque de passer pour un zozo ou un zinzin, tout simplement parce que les médias aux ordres des lobbies n’en diront rien et que M. Toulemonde qui aime tellement son confort préfèrera se dire, comme toujours, que si on n’en parle pas, c’est que ce n’est pas vrai.
 
Pourtant, affirmer cela, c’est être réaliste, pragmatique, responsable. C’est ce que l’on pourrait attendre de la part des politiciens.
 
Le problème est que les politiciens ne peuvent pas être réalistes. Car les réalistes sont catastrophistes et les politiciens doivent nous faire des promesses d’un monde meilleur.
Etonnez-vous après que les gens tendent à croire aux prophéties ! Entre promesses et prophéties, le choix est vite fait : 100 % de déchet pour les premières qui, ainsi qu’il est bien connu, n’engagent que ceux qui y croient et 50 %  au pire pour les secondes.
 
Sérieusement, je pense que les prophéties ne sont pas vaines. Depuis la nuit des temps, elles aident ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre à s’échapper de l’enclos où les politiciens rassurent les dindes en leur rappelant qu’elles n’ont pas cessé d’engraisser jusqu’à présent et qu’il n’y a pas de raison que ça ne continue pas car la prophétie de Noël, c’est juste une théorie du complot !
 
Qu’elles s’actualisent ou non, les prophéties aident à se déprendre des mensonges officiels, elles invitent au scepticisme sur le monde tel qu’il va (mal) et en ce sens, elles peuvent être bénéfiques et même salutaires.
 
Car ainsi que la psychologie l’a proposé, inviter au réalisme, c’est bel et bien inviter au pessimisme, voire à la dépression, mais c’est surtout se mettre en position de réagir de manière adaptée plutôt que de fuir dans un optimisme magistralement défini par Voltaire et son Candide comme « la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. »
 De fait, en apprenant que Tokyo doit être évacuée, nous avons toutes raisons d’être pessimistes et déprimés car cela confirme bien l’idée que la situation est tout sauf en contrôle et que les radioéléments sont en train de contaminer l’hémisphère nord de manière peut-être irrémédiable.
 
Pourtant, malgré ce constat ô combien déprimant, il ne nous est pas interdit d’espérer. Car toujours, à quelque chose, malheur est bon. En effet, cette catastrophe nucléaire révèle (au sens étymologique de l’apocalypse) l’incurie, l’irresponsabilité et les mensonges de nos dirigeants passés et actuels.
Par la force des choses, nous allons avoir à comprendre qu’il revient, à présent, aux citoyens désireux de vivre ou de survivre de reprendre le pouvoir qui leur appartient. Pouvoir qu’ils ont trop facilement délégués à des politiciens sous influence des lobbies dans à peu près tous les domaines de la sphère publique.
 
Être réaliste, c’est donc non seulement reconnaître que nous sommes face à une abominable désastre qui nous affectera tous de manière irréversible, c’est aussi reconnaître que nos responsables ont laissé faire ça, c’est donc avoir des yeux pour voir l’état de déliquescence des institutions chargées de nous protéger, c’est enfin et surtout voir que le pouvoir n’est plus là où nous pensions l’avoir placé et que, dès lors, il importe que nous nous en ressaisissions ou plutôt que nous cessions de l’abandonner pour le faire désormais demeurer en nos mains.
 
Et certainement pas dans celles des partis et des syndicats car, de quelque bord qu’ils soient, ils servent, bon gré, mal gré, les fins de l’Empire.
 
Quoi qu’il en soit, pour ce qui nous concerne, nous le bon peuple, la claque que constitue la nouvelle de la nécessaire évacuation de Tokyo doit être l’occasion de sortir de notre torpeur, de cesser de jouer les dindes ou les autruches pour enfin faire nôtre cette formidable parole de Che Guevara :
 
« Soyez réalistes, demandez  l’impossible ! »
 
Avant qu’il ne soit trop tard…
Faisons de suite ce que tout un chacun sait inévitable.
Faisons ce que chacun craint mais espère aussi de tout son cœur !
Faisons la révolution [2] !
 
Ne pensez-vous pas qu’il est temps ?
 
Qui est d’accord ?
 
Qui est prêt ?
 
 


[1] Le passage se trouve un peu après le premier tiers de l’émission.
[2] Lien facebook pour une version sous-titrée de la vidéo.



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Luc-Laurent Salvador (---.---.---.152) 28 juin 2011 13:33
    Luc-Laurent Salvador

    Pour avoir des informations « objectives » vous pouvez toujours courir. Vous devez faire confiance. Je n’ai aucune confiance dans les données gouvernementales et il faudrait être malade pour en avoir la moindre après l’épisode Tchernobyl. On sait suffisamment où sont les enjeux.
    Dès lors, je suis volontiers les données transmises par Next-Up et par la Criirad.
    Je ne questionne donc pas les récentes données transmises par Next-Up même si je suis d’accord avec vous que cela peut vite devenir d’une grande technicité si l’on veut être puriste.

    Mais qui ici a besoin d’être puriste ? Nous avons juste besoin d’ordre de grandeur. Et nous les avons. Il manquerait plus que l’on s’arrête un constat du genre « nous n’avons pas les données de la contamination (par ingestion) dès lors nous ne pouvons conclure à l’intérêt d’une évacuation »

    Ces données nous les aurons post mortem. En attendant, ce qu’il importe de voir, ce sur quoi j’attire l’attention, c’est le toujours effroyable décalage entre l’information citoyenne et l’information officielle.

    Que Tokyo ne puisse être évacuée me semble aller de soi. Il faudrait un courage et une capacité à assumer ses responsabilités que les politiques n’ont plus.

    Elle est précisément là la leçon à tirer : nous ne pouvons plus faire confiance aux politiques.

    Dont acte !

  • Par Gasty (---.---.---.127) 28 juin 2011 10:43
    Gasty

    « Tokyo doit être évacuée »
    Mais voilà !Tokyo ne pourra jamais être évacuée.

    Tours, Poitiers, Orléans, Lyon, Avignon etc... pourraient-ils être évacuée ?

    Je me demande si l’hémisphère Sud ne devrait pas dès à présent être classé « Réserve naturel de l’humanité »

  • Par Tetsuko Yorimasa (---.---.---.91) 28 juin 2011 14:51
    Tetsuko Yorimasa

    Au mois d’Aout je suis a Tokyo chez une de mes amies, ma mère qui habite dans le Naganoken me prêtera son compteur de radiation tout neuf, servi une fois, les inscriptions sont en Anglais dessus.
    Je vais l’emporter avec moi en ballade, on verra bien ce que l’engin dit...

  • Par Alpo47 (---.---.---.113) 28 juin 2011 10:31
    Alpo47

    « ... Avant l ’heure, ce n’est pas l’heure ... ».

    Dans nos pays riches et gâtés, il faudra attendre encore un peu que le seuil de tolérance soit atteint et dépassé, pour qu’un nombre suffisant se mette en mouvement.

    Ce n’est pas ENCORE le cas.

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