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Tous contre Gayssot !

Ça y est ! Le fondateur de Reporters sans frontières Robert Ménard, l’écrivain et réalisateur du film Podium Yann Moix, l’universitaire et essayiste Jean Bricmont, l’ancien président de la Bibliothèque de France Dominique Jamet et l’humoriste Dieudonné viennent de signer, avec mille autres personnes, connues ou inconnues – et de toutes tendances politiques et confessionnelles -, une pétition réclamant l’abrogation de la loi Gayssot et la libération du révisionniste Vincent Reynouard, condamné à un an de prison ferme pour une brochure illégale de 16 pages et croupissant, de ce fait, depuis juillet dernier, à la maison d’arrêt de Valenciennes.
 
Rappelons-nous que l’intellectuel américain Noam Chomsky avait soutenu ce projet dès le 5 septembre, en déclarant qu’il considérait « la loi Gayssot comme complètement illégitime et en contradiction avec les principes d’une société libre, tels qu’ils ont été compris depuis les Lumières ». Cette loi, publiée paradoxalement au JO le 14 juillet 1990, interdit en effet de « contester (…) l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du tribunal militaire international [dit de Nuremberg] annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 » - alors qu’il est loisible à chacun de dire ce qu’il veut des événements de Bosnie dans les années 1990, du Rwanda en 1994 ou de l’Arménie en 1915... - et condamne les contrevenants à des sanctions financières exorbitantes et à de la prison ferme.
 
Comme indiqué dans la pétition, il ne s’agit pas, pour les signataires, « de soutenir les idées de Vincent Reynouard mais de défendre son droit à les exprimer et, ce faisant, de défendre un des principes fondamentaux de la République française. »
 
 L’un des signataires, le cinéaste et écrivain Yann Moix, Prix Goncourt du Premier Roman en 1996, a tenu à aller plus loin en écrivant un article sur le site de La Règle du jeu (la revue de Bernard-Henri Lévy), intitulé "Pourquoi je suis contre la loi Gayssot" : http://laregledujeu.org/2010/10/28/3167/contre-la-loi-gayssot/
 
Il y expose « huit bonnes raisons d’abroger une loi qui, punissant les révisionnistes, nous empêche, écrit-il, de les combattre ». Ces huit raisons, les voici selon lui :
 
« La première raison, c’est que les révisionnistes sont mes ennemis. Et que, par conséquent, si leurs travaux, si leur idéologie (je pense que c’en est une, et des plus dangereuses) ne parvient pas à percer au grand jour, je n’aurai personne en face de moi. Aucun visage, aucun texte à combattre. Je me battrai contre des hommes invisibles, des adversaires que la loi Gayssot m’empêche de considérer comme des adversaires puisqu’elle fait tout pour empêcher leur existence. (…)
 
« La deuxième raison, c’est que vouloir juridiquement anéantir une réalité, une idéologie ou un courant de pensée n’anéantit pas cette réalité. Décidons, dès demain matin, que le cancer est passible de poursuites pénales : les tumeurs et les métastases s’arrêteraient-elles pour autant ? (…)
 
« La troisième raison est encore plus logique, plus évidente. C’est qu’elle affaiblit les opposants au révisionnisme. Moi, je pense, de toutes mes forces, que les révisionnistes et les négationnistes (nous n’allons pas entrer ici dans les coulisses de ce qui les sépare) se trompent. Se fourvoient. Se trompent gravement, et se fourvoient violemment. C’est ma conviction, intime. Mais si je demande aux tribunaux d’appuyer cette conviction, si je demande l’assistance d’une juridiction aussi solennelle, aussi forte, aussi puissante que celle du tribunal, j’affaiblis cette conviction. Je fais l’aveu de sa fragilité. (…)
 
« D’où la quatrième raison : il y a des historiens, en France, qui sont parmi les meilleurs du monde. Il y a des instituts de recherche sur la Shoah, et des scientifiques hors pair en qui j’ai (certains furent mes professeurs à l’Institut d’études politiques de Paris) une confiance sans borne. Leur travail, en partie, consiste à réprimer par des arguments historiques, scientifiques, ce que la loi a choisi de réprimer, automatiquement, par des arguments juridiques, pénaux. Ce qui revient à éviter une confrontation, un affrontement, très utile à mon avis, très fructueux, entre des grands et vrais historiens et des historiens qui s’égarent, des historiens qui n’en sont pas. Mais encore faut-il avoir la possibilité, autrement que par sanction d’un juge, de démontrer ce que leurs raisonnements ont de spécieux, leurs méthodes de fallacieuse. (…)
 
« La sixième raison qui me fait demander l’abrogation de cette loi naïve et inefficace (loi qui croit que masquer la réalité c’est l’éradiquer, qu’empêcher sa visibilité c’est la combattre) tient à la bêtise de l’immense majorité des négationnistes et des révisionnistes eux-mêmes. Il suffirait de faire venir une fois chacun des révisionnistes à la télé pour qu’ils se détruisent tout seuls (…)
 
« Ce qui me mène à la septième raison : leur cantonnement obligé à l’ombre et aux coulisses leur confère une aura mystérieuse, diabolique (parce que diabolisée) qui les rend attractifs pour un public mal dans sa peau, égaré, haineux, suicidaire, provocateur, fragile ou peu cultivé. La loi Gayssot, autrement dit, les décore perpétuellement d’une médaille de l’infréquentabilité, les pare d’un habit de soufre qui fabrique de la tentation, de l’attraction, du désir. On s’y intéresserait de fait beaucoup moins si, plutôt que de vouloir percer leurs ténèbres, on laissait éclater au grand jour leur insondable médiocrité.
 
« Seuls sont « sérieux », ou plutôt « font » sérieux, dans leur délire révisionniste, Robert Faurisson et Serge Thion. Rajoutons Henri Roques et Pierre Marais. Cela fait beaucoup. C’est peu, mais c’est beaucoup. Et la huitième raison est donc que ce sont ceux-là, les coriaces et les vrais, les révisionnistes « intelligents » qu’il faut désigner d’abord pour mieux les combattre ; car la loi Gayssot a cet autre tort, à mes yeux, de mettre sur un même plan, sur un plan de stricte égalité, les révisionnistes médiocres et les révisionnistes brillants, les révisionnistes caricaturaux et les révisionnistes subtils, les révisionnistes évidemment aberrants et les révisionnistes plus vicieux, plus malins, plus roués, plus méticuleux, plus intelligents. »
 
Que l’on soit d’accord ou non ou avec toutes les raisons qu’expose Yann Moix, il faut reconnaître qu’il s’inscrit dans l’esprit de Robert Badinter, ancien président du Conseil Constitutionnel, qui, tout en affichant un mépris souverain pour les révisionnistes, a déclaré à l’antenne de France Info, le 14 octobre dernier : « Ma position est très claire, très claire : le Parlement n’a pas à dire l’histoire. Le Parlement fait l’histoire, il n’a pas à la dire, il n’a pas à la fixer. Les lois mémorielles, que j’appelle d’ailleurs des lois compassionnelles, qui sont faites pour panser des blessures, apaiser des douleurs – et je comprends ça parfaitement – mais elles n’ont pas leur place dans l’arsenal législatif. La loi est une norme. La loi a pour fonction de réglementer une société, de prévoir son avenir. Elle n’a pas à prendre parti dans une querelle historique ou tout simplement à affirmer un fait historique même indiscutable. J’ajoute, il faut bien le prendre en compte : la Constitution ne le permet pas. Je le dis clairement, elle ne le permet pas ! La loi en France n’est pas comme en Angleterre, le Parlement ne peut pas tout dire. Le Parlement a une compétence d’attribution, et rien ne permet, au regard de la Constitution, au législateur de s’ériger en tribunal de l’histoire. Rien. Par conséquent je comprends très bien les passions et le désir des élus de panser les blessures et de faire des lois compassionnelles : ça n’est pas la finalité du Parlement et constitutionnellement, c’est hors de la compétence du Parlement. »
 
La pétition pour l’abrogation de la loi Gayssot et la libération de Vincent Reynouard, lancée à mon initiative le 6 août dernier et clôturée le 25 octobre, a été envoyée, avec la liste complète de ses signataires, à l’Élysée, à Matignon, au Conseil constitutionnel, au ministère de la Culture, à l’Assemblée nationale ainsi qu’à tous les grands organes de presse. On trouvera la liste complète des pétitionnaires à cette adresse : http://abrogeonslaloigayssot.blogspot.com/.
 
Cette pétition devrait faire du bruit...
 
Et pourtant : les grands médias vont-ils en parler ?
 
Paul-Éric Blanrue
P.-S.
par blanrue (son site) lundi 1er novembre 2010 - 166 réactions
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