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Le dernier Pharaon est mort

Ce mardi 25 février, le Général Mounir Thabet annonçait à la presse égyptienne la mort de son beau-frère, Hosni Moubarak, à l’âge de 91 ans. Cet autocrate a présidé l’Egypte pendant trois décennies.

 

Retour rapide sur le début de la vie de ce chef d’Etat. 

Hosni Moubarak est né le 4 Mai 1928, issu d’une famille de classe moyenne provinciale, conservatrice et travailleuse, il grandit avec une image de son pays forte et militarisée. Il rentre à l’Académie militaire en 1947 et décidera de rejoindre l’Académie de l’Air deux ans plus tard. En 1952, il deviendra instructeur au sein de sa base. Les années suivantes, il effectue deux stages avec l’Union Soviétique et prend le commandement de plusieurs bases aériennes avec le grade de colonel. Pour terminer cette belle carrière militaire, il prendra la direction de l’Académie de l’Air avant sa promotion en 1969 au grade de chef d’état-major. De là jusqu’en 1975, il entrera en politique en passant entre autre par le poste de vice-ministre de la guerre et vice-président. Pendant ce laps de temps, il deviendra pour son pays un « Héros de la guerre en Israël d’Octobre 1973 ». Il prendra le pouvoir en 1981 suite à l’assassinat d’Anouar El-Sadate par des extrémistes. 

 

Moubarak et l’international

Dès son arrivée à la tête de l’Egypte Hosni Moubarak fait condamné à mort les assassins d’El-Sadate et envoi en prison leurs mentors et collaborateurs. A leur sortie, ces derniers seront envoyés en Afghanistan afin de mener la « guerre sainte » contre l’ennemi soviétique. Dans un même temps, le président Moubarak fera d’énormes concessions à ceux ayant aider à éteindre la violence régnant au sein du pays : les Frères Musulmans. Ils pourront dès lors commencer à islamiser la société via les médias, l’éducation et la culture. Peu avant sa mort, El-Sadate avait signé un traité de paix avec Israël ( à Washington en 1979) visant à reconnaître Israël comme une Nation et faire retirer les forces militaires israéliennes du Sinaï. Le traité assure la libre circulation des navires israéliens à l’intérieur du Canal de Suez et devait avoir de très bonnes retombées économiques pour l’Egypte. Malheureusement, cet l’accord ne tiendra pas ses promesses et vaudra au pays des Pharaons d’être banni de la Ligue Arabe. Moubarak fera alors tout son possible pour retrouver sa grandeur tout en maintenant le traité de paix qui lui permet d’avoir accès à quelques 2.1 milliards de dollars d’aides américaines. Le Sinaï sera finalement complètement récupéré par l’Egypte en 1982. 

 

Reconquérir le coeur de la Ligue Arabe

L’année suivante Hosni Moubarak accueille Yasser Arafat après son expulsion du Liban, pays qu’il dirigeait encore peu de temps auparavant, il donne son soutien à l’Irak pour sa guerre contre l’Iran (1980-1988), il se rapproche des monarchies du Golfe et finira par enfin retrouver son rang dans la Ligue Arabe en 1989. Malgré toute la pression que le Proche-Orient pose sur les épaules du président égyptien suite à la signature de ce fameux traité de paix, le Raïs réussi à redorer le blason de l’Egypte. Cependant, ce n’est qu’après avoir dénoncé l’invasion du Koweït par l’Irak que la planète peut parler de réelle réconciliation avec le monde arabe et permet à l'Égypte d’obtenir 13 milliards de dollars de remise de dette ainsi qu’un effacement de la moitié de ses créances par le Club de Paris ( groupe informel de créanciers publics dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiements des pays endettés. Les créanciers du club de Paris leur accordent un allégement de dette pour les aider à rétablir leur situation financière). 

Toujours en paix « froide » avec Israël où il n’a été qu’une seule fois pour les obsèques de l’ancien premier ministre en 1995, il commence à jouer l’intermédiaire entre Israël et Palestine avec la bénédiction des américains. Hosni Moubarak use jusqu’au bout ce traité de paix à son avantage. Il utilise une diplomatie de sommet qui lui vaut les hommages des occidentaux et l’encouragement des USA qui, quant à eux, se sont petit petit dégagés du rôle de parrain neutre de ce processus de paix. 

Depuis l’Antifada de l’année 2000 à la guerre de la bande de Gaza (2008-2009), cette fausse sympathie commence à irriter les égyptiens qui n’ont toujours pas avaler la pilule de ce fameux traité de paix avec Israël et espèrent même une solidarité plus appuyée pour les palestiniens. Cette colère grandissante sera encore plus grondante après l’alliance stratégique avec les US suite à l’invasion de l’Irak en 2003. 

 

Moubarak et sa politique interne

Durant les années 90, Moubarak souffre de la confrontation avec les extrémistes islamistes de retour d’Afghanistan avec deux grands évènements tragiques majeures. L’un en 1995 lors des attentats manqués contre le Raïs Moubarak et l’autre le 17 novembre 1997 au moment de l’attentat de Louxor ( Attentat qui a eu lieu sur le site touristique du temple funéraire d'Hatchepsout à Louxor qui fait 62 morts). S’en suit alors une vague de violence qui subsistera un moment et qui sera tragique pour l’économie du pays qui repose principalement sur le tourisme. Le Raïs viendra à bout de cette violence au prix d’une grande répression et de la violation massive des Droits de l’Homme. 

En 2004, l’Egypte est de nouveau la cible d’attentats perpétrés cette fois par le groupe Al-Qaïda justifiant une fois encore une grosse répression au sein de la région du Sinaï ainsi que la mise en place d’un état d’urgence déjà utilisé lors des attentats des années 90. Cela ne servira pas à grand chose puisque Moubarak n’arrive pas à freiner l’islamisation du pays ce qui profitera aux Frères Musulmans qui, en 2005 réussissent à avoir 88 sièges de députés. Ces derniers sont en faveur d’une ouverture politique limitée exigée par le gouvernement de Bush et surtout porteuse d’un projet de démocratisation du Proche-Orient. Cependant, Hosni Moubarak à la tête d’un état policier profite des lois justifiant les abus de pouvoir en particulier au sein de la justice, de la presse mais aussi envers les libertés publiques. Il en profitera aussi pour maintenir l’état d’urgence. 

Dans un même temps la jeunesse du pays et le reste de la société civile commencent à montrer un véritable ras le bol au travers de grands mouvements comme celui de Kefaya (mouvement créé suite à la présentation du président pour un cinquième mandat. « Kifaya » signifiant ça suffit. Ce mouvement appelle à une large réforme démocratique du système politique égyptien). 

 

La fin de 30 ans de gouvernance

Le Raïs devient alors en quelque sorte l’otage de son entourage mais surtout de son fils cadet Gamal Moubarak pressé et soutenu par sa mère, Suzanne. Gamal se prépare alors à la succession et tente de verrouiller le champ politique. Il se met alors l’armée à dos qui est au pouvoir depuis 1952. Au final, peu d’informations sont connus sur le fils du Raïs hormis sa véritable aversion pour le changement. Il permet également l’enrichissement d’une petite classe de businessmans ce qui fait monter la colère de la population d’un pays où le plus grand nombre ne profite jamais de la croissance. 

 

La jeunesse qui utilise énormément les réseaux sociaux et qui est poussé pour un vent de printemps venant de la Tunisie ne supporte plus la situation du pays et prendra d’assaut la place Tahrir le 25 janvier 2011. Dix-huit jours et quelques centaines de morts après, Hosni Moubarak qui n’est même plus soutenu par l’armée, fera alors une déclaration annonçant son départ du gouvernement. En juin 2012, il est condamné par un procès,prison à vie pour l’assassinat de 850 manifestants. Il tombe alors malade et sera incarcéré dans l’aile médicalisée de la prison de Tora à 84 ans. Après plus de 4 ans de procédure, il obtiendra d’abord la liberté conditionnelle en 2013 avec interdiction de quitter le territoire et ce ne sera que le 2 mars 2017 que Hosni Moubarak sera acquitté et libéré. 


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9 réactions à cet article    


  • Étirév 27 février 14:18

    Jamais l’homme n’a été un Pharaon. C’est un titre féminin.

    L’Egypte fut longtemps gouvernée par des Prêtresses que l’histoire appelle des Pharaons. Celui qu’on appelle « le premier Roi » est Mena (devenu Menés), mot qui veut dire Mère, comme Manou (chez les hindous). On appelle les féministes Philo-Mena. Les Pharaons sont « celles qui parlent », qui enseignent, semblables à ceux qu’on appelle chez les Israélites des Prophètes (en réalité des prophétesses), puisque leur nom vient de la même racine (pharaï, parler).

    Le règne de l’homme en Egypte ne s’établira que dans le millénaire qui précède le Christianisme.

    Il commencera à Psammitique (665 à 650).

    Hérodote et Diodore ont montré que chez les Égyptiens la Femme avait un rôle prépondérant, tandis que l’homme filait et se livrait aux soins du ménage.

    M. Révilloud, dans son histoire de La Femme dans l’ancienne Egypte, a affirmé le même fait.

    C’est la Femme qui faisait les lois et les interprétait ; Elle qui était Déesse et Prêtresse.

    Les Pharaons sont des magistrats sacerdotaux, toujours représentés en costumes de femmes.

    Dans le règne primitif, toutes les grandes dignités de l’Etat, les fonctions de juge, de médecin, étaient exclusivement réservées à la caste sacerdotale. Les hommes ne pouvaient pas y prétendre, ils étaient soumis au pouvoir des femmes appelées « des sages » (Soffet), qui leur faisaient faire un service régulier, un travail dont l’organisation avait été savamment établie. On les envoyait aussi en expéditions lointaines.

    Pour les récompenser, on leur donnait le droit de porter certains signes de distinction. On comprenait déjà que les honneurs accordés aux hommes n’ont de valeur que s’ils les tiennent de la Femme.

    La Femme gardait en dépôt les Livres de science et les cachait à tous les yeux avec des précautions infinies.

    La connaissance des lois de la Nature, que les Livres sacrés avaient enseignées, facilitait tous les travaux, qui ne sont en somme que les applications de ces lois à la vie, ou à l’industrie.

    Les lois de la physique (le Kosmos), de la chimie (l’art sacré des Temples), de la physiologie (imposées dans le Connais-toi du Temple de Delphes), étaient la base solide des travaux entrepris.

    On savait tout ce que la science des modernes explique si mal, on connaissait la cause réelle de tous les phénomènes, et l’on est surpris de voir avec quelle précision tout était expliqué.

    Ces connaissances qui étaient le fond de l’éducation religieuse donnée par les femmes (les Déesses qui écrivent, les Prêtresses qui enseignent) passaient dans les mœurs, dans les institutions, dans tout le milieu ambiant. Il n’y avait pas encore de place reconnue (officielle) pour l’erreur. Nous sommes, il est vrai, à l’aurore du mensonge, mais il n’a pas encore triomphé.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 février 14:22

      @Étirév

      y a pas de quoi être fière !


    • Gollum Gollum 27 février 14:34

      @Étirév

      tandis que l’homme filait et se livrait aux soins du ménage.

      Les ravages du féminisme à la sauce ésotérico-new-âge...  smiley


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 février 14:37

      @Gollum

      non seulement elles se trompent de cible, mais en plus elles en sont arrivées à une « revanche de l’histoire », un peu comme les comité d’entreprises qui achetaient des châteaux pour faire des colonies de vacances !


    • CLOJAC CLOJAC 27 février 21:30

      Parler de « pharaon » est un raccourci journalistique ridicule.
      Les héritiers de l’ancienne Egypte sont les Coptes qui utilisaient l’écriture démotique, simplification du hiératique, lui même simplifiant le hiératique.
      Les descendants des envahisseurs musulmans ne sont, en aucune façon, les héritiers de l’ancienne Egypte !


    • CLOJAC CLOJAC 27 février 21:48

      simplifiant les hiéroglyphes œuf corse


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 février 14:20

      Les Egyptiens ont-ils gagné au change ? Pendant la période Moubarak, de nombreuses organisations ont dénoncé torture, censure, détentions arbitraires et procès inéquitables. Après 2011, la fréquence avait diminué, mais depuis le coup d’État de juillet 2013, la situation est revenue à son niveau antérieur. Sous la présidence de Sissi, opposants et journalistes ont été emprisonnés ou ont « disparu » et leurs conditions de détention incluaient torture et décès consécutifs. Le dernier pharaon est peut-être mort, mais la corruption et la dictature sont toujours là. La peur a simplement changé de camps. Les frères musulamans autrefois prédateurs dans le pays sont devenus le gibier d’autres prédateurs.


      • zygzornifle zygzornifle 27 février 17:32

        Il reste Tout en Macron ....


        • Traroth Traroth 29 février 09:50

          Ce jour là, j’avais déjà repris deux fois des moules. Mais en entendant que Moubarak avait calanché, je me suis coupé un large morceau de cheese-cake.

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cindy78


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