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Accueil du site > Actualités > Santé > Le suicide : un tabou éternel ?

Le suicide : un tabou éternel ?

Pourquoi se suicide-t-on ? Les statistiques sont-elles fiables ? « Un peu plus de 53 527 personnes dans l’UE se sont suicidées en 2016 ». Il n’y a rien d’étonnant au fait que Dalida, Marilyn Monroe et d’autres célébrités aient lu Freud pour essayer de comprendre leurs douleurs face à la vie. Quelles sont les limites de la compréhension médicale, philosophique, sociétale ou religieuse face au suicide d’un être humain ? Souvenons-nous toujours de la phrase du brillant Albert Camus : « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie.  »

Récemment, le chanteur STROMAE a évoqué la thématique encore taboue et difficile du suicide en chantant « L’enfer » sur un plateau de télévision. L’OMS l’a même remercié ! En février 2022, un employé d’AXA s’est suicidé après avoir appris qu’il était viré via son ordinateur (par ‘vidéoconférence’). En France, à Combs la Ville, une lycéenne de 17 ans s’est donné la mort. Dans cet article, l’autrice tente de nous donner des débuts d’explications.

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AVERTISSEMENT : Ne lisez pas ce qui suit si vous êtes sensibles, suicidaires ou dépressifs. Ne regardez pas la photo de la « vilaine » cicatrice si vous n’êtes en état de la voir.

Numéros d’appel en cas d’urgence :

 

En France : 3114

En Belgique : 0800 32 123 (ligne d’écoute du Centre de Prévention du Suicide)

Ambulances : 112

 

 

Il est à noter que l’association française « PHARE Enfants-Parents » nous a été d’une grande aide pour réaliser cet article1 ainsi que l’asbl Un pass dans l’impasse en Belgique. Et Mme Juliette MERCIER qui nous a conseillé de vous diriger vers le Centre Bertha Pappenheim, association de psychotraumatologie au sein de laquelle elle travaille, où elle et ses consœurs s’efforcent de donner des pistes sur le sujet de la détresse immense pouvant amener aux conduites à risque telles que les envies suicidaires et les passages à l'acte (notamment dans cet article de psychoéducation)

 

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                                         Crédits : Gallimard 

Morte cliniquement

Le 22 juin 2021, je suis morte cliniquement. Je suis passée à l’acte : une tentative de suicide en sautant dans le vide, d’un pont situé à environ 20 mètres de haut. Les branches d’arbres ont ralenti la vitesse de la chute, paraît-il. Honnêtement, je ne me souviens de rien. Il s’avère que j’ai laissé une lettre d’adieu, comme la plupart des femmes avant de me suicider, dans laquelle j’exigeais de ne pas me réanimer. L’ambulance ne l’a pas lue : ils devaient agir dans l’urgence. Il s’agit de leur travail, je ne leur reproche rien.

 

Environ trois semaines plus tard, je me suis réveillée du coma. Il s’avère que cela ne correspond pas à ce qu’on peut visualiser lors de la projection d’un film hollywoodien : nous n’ouvrons pas les yeux pour redevenir conscients « normalement ». J’étais tellement droguée par les médicaments que j’avais des hallucinations auditives et visuelles. Pour l’expliquer simplement : je rêvais les yeux ouverts. Mon père se rendait aux soins intensifs tous les jours afin de suivre l’évolution de mon état. Néanmoins, je ne l’ai pas reconnu d’emblée. Il paraît que j’ai déclaré : « C’est drôle, vous ressemblez à mon père ». Il a éclaté de rire et a rétorqué : « C’est gentil de me dire ça ! Il paraît que votre père est un très bel homme ! ».

Sociologue de formation, journaliste et jeune autrice belge de 32 ans, il me faut absolument « tout » comprendre. À la sortie de deux mois d’hospitalisation, en parcourant un rayon, au sein de ma librairie préférée, où une étiquette inscrit « Suicide », j’apercevais l’ouvrage bouleversant de Muriel Keuro ; Ne rentre pas trop tard. Je l’ai acheté de suite et je l’ai lu d’une traite. Le fils de Muriel s’est suicidé le 27 novembre 2019 à l’âge de 20 ans.

 

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                                           @Flamarrion

 

Muriel Keuro déclare : « Et puis un matin, il y a eu l’appel de ton père, et la déflagration provoquée par cette phrase qui résonne encore au creux de mon être : “c’est fini”. Alors, j’ai senti le sol se dérober sous mes pieds.

En une fraction de seconde, le choc de la nouvelle m’a projeté au sol. Une minute, une heure, peut-être plus, je ne sais pas. J’ai repris mes esprits dans un autre corps, celui de la mère amputée d’un fils, hors de ce monde, hors du temps, exilée à tout jamais dans un endroit dont on ne revient pas coupée pour toujours de ceux qui ignorent ce que ça dit, ce que ça fait, la perte d’un enfant ». 

Elle ajoute : « Un jour, j’ai accompagné Arnaud ivre dans le cabinet d’un psychiatre. Il se tenait à moi. Je l’ai assis et me suis posée à côté de lui, craignant qu’il n’ait plus la capacité d’entendre parfaitement ce qu’on lui disait. À ma grande surprise, le médecin m’a demandé de sortir. Je lui ai répondu que mon fils n’était pas apte à tenir une conversation, mais que moi par contre, je pouvais lui détailler tout ce que nous vivions. Il a insisté pour que je sorte. Dès lors, je lui ai très franchement demandé « à quoi servons-nous, nous parents ? ». Il m’a répondu : “à appeler le 15″.  »

Puis, Muriel nous confie : ‘Selon moi, le suicide est un « non-choix ». Arnaud a mis fin à ses jours, non pas pour arrêter de vivre, mais pour ne plus souffrir.

Celui qui prend sa vie ou celle qui se suicide (car il faut dire le mot) coupe irrémédiablement la parole à ceux qui restent. Le geste lui-même sous-entend “stop, ça suffit, je ne veux plus discuter”, laissant les proches dans l’impossibilité de l’échange. S’installe alors la double peine, ce sentiment de culpabilité parfois meurtrier (oui, le chagrin tue) dont il est si difficile de s’extraire…

Et pourtant, il faut essayer, quand c’est possible, de ne pas rentrer dans cette spirale infernale. Refaire l’histoire, se repasser le film encore et toujours en se demandant à côté de quoi l’on est passés, ce qu’on aurait dû faire et que l’on n’a pas fait, ou ce qu’on a fait de travers, ne nous ramènera pas notre enfant et ajoute de la souffrance à la souffrance. Souvenons-nous plutôt des belles choses, de tous les jolis moments passés ensemble. Et des enfants merveilleux qu’ils ont été. Ils ne sont plus présents physiquement, c’est vrai, mais pour autant ils ne sont pas absents, juste invisibles. Et ils continuent à exister en nous, à travers nous. Pour l’éternité.’

La « mode » existe aussi en psychiatrie

Nous avons interrogé Maxime TAQUET, médecin universitaire au sein du département de psychiatrie, qu’il a rejoint après avoir obtenu son diplôme de médecine à l’Université d’Oxford.

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              Docteur Taquet Maxime (crédits : Royal College of Psychiatrists)

 

AVO : Pourquoi le suicide est-il tabou ? Du moins, c’est mon impression…

Dr Maxime Taquet : De manière générale, la santé mentale est tabou. On ne parle pas de la santé mentale de la même manière que d’autres problèmes de santé. C’est effectivement un problème, néanmoins des célébrités telles que des acteurs ou des sportifs de haut niveau sont plus ouverts au regard des problèmes de santé mentale qu’ils ont eus ou dont ils souffrent [toujours].

AVO : Il y a notamment Lady Gaga qui confie être bipolaire

M.T. : Effectivement, en cette matière, ça s’améliore. D’ailleurs dans l’histoire de la psychiatrie c’est intéressant parce qu’il fut un temps où être bipolaire était à « la mode », et donc beaucoup de monde avait envie de se dire bipolaire jusqu’à ce que cette mode passe… Désormais, les gens acceptent très doucement de dire qu’ils sont bipolaires. La dépression n’a jamais été à la mode, pareil en ce qui concerne la schizophrénie.

AVO : On m’a déjà dit que j’étais borderline, mais j’ai l’impression que c’est un concept un peu « fourre-tout », un peu comme l’horoscope, où tout le monde peut se reconnaître…

 M.T. : C’est un diagnostic qui n’est pas toujours évident à poser. Selon mes collègues en Angleterre — qui ont une plus longue expérience que moi —, le diagnostic borderline est plus accepté aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 10 ou 15 ans. Ce qui est une bonne chose, car des traitements existent, de même que des soutiens, et ceux-ci sont évidemment importants pour que les patients aient un bon suivi. Si le diagnostic est peu accepté, il peut y avoir une tendance (néfaste et inappropriée) à chercher un autre diagnostic pour les patients borderlines.

AVO : Qu’en est-il de la fiabilité des chiffres au regard du suicide ? Par exemple, une personne qui se suiciderait en voiture. Cela sera-t-il comptabilisé comme un suicide ou un « simple accident de la route » ?

 

M.T.  : Ça dépend. Il y a une catégorie qui est utilisée par l’OMS et l’Office for National Statistics en Angleterre [et d’autres en Europe], celle-ci est référencée en substance comme « accident dont l’intention est non connue ou non comprise ». Il y a donc 3 catégories : 1. Suicide 2. Accident non volontaire et 3. Une catégorie où « on ne sait pas trop », mais où les experts suspectent fortement le suicide ; par exemple quand il n’y a pas de lettre, ou plus généralement quand on n’est pas à 100 % sûr que l’acte est volontaire.

 

L’accident de la route est une très bonne illustration : quand il y a, par exemple, du verglas ou que la personne était au téléphone, ou [que l’autopsie a révélé] que la personne a consommé de l’alcool, on ne pense pas directement au suicide. En revanche, une personne qui a foncé sur un arbre alors qu’il n’y a [aucun élément qui pourrait accréditer un accident] et qu’il n’y a pas de lettre, il y a suspicion de suicide… mais qu’on ne peut affirmer à 100 %.

 

AVO : Il y a beaucoup de psychologues et de psychiatres qui disent que le passage à l’acte se joue en un quart de seconde. Personnellement la dernière fois que je me suis jetée dans le vide, cela faisait 3 jours que j’avais décidé de le faire… Pourquoi un quart de seconde ?

 

M.T. : Ce n’est pas toujours [ou pas vraiment] un quart de seconde, en tout cas pas pour tout le monde. Il existe [cependant] quelque chose de vrai, en dépit du fait que ce n’est pas toujours précis ni que ça s’applique à tout le monde ; il s’agit plutôt d’un seuil critique à partir duquel il y a un risque de passage à l’acte et c’est précisément dans cette [courte] période qu’il faut pouvoir veiller à ce que les patients ne puissent avoir accès au moyen qu’ils ont envisagé pour mettre fin à leurs jours — quand bien même ils auraient encore probablement des idées suicidaires dès lors où ils ne sont pas encore rétablis —, et c’est avant ce seuil qu’on peut maintenir ces patients en vie.

Un exemple très anglais : les overdoses par paracétamol qui est le moyen très utilisé [en Angleterre] pour les tentatives de suicide (qui n’est pas du tout le cas en Belgique). Une loi est passée dans les années 90 et celle-ci limitait les quantités de paracétamol qu’une personne pouvait individuellement se procurer en pharmacie. À la suite de cette loi, les tentatives de suicide ont diminué, mais on peut cependant se demander comment et pourquoi ce fut le cas ; en effet, une personne déterminée à mettre fin à ses jours peut très bien acheter une boîte de paracétamol tous les 3 jours et collecter suffisamment de boîtes pour son entreprise morbide… Cela va bien dans le sens que si au moment de passer à l’acte, on limite l’accès au mode de suicide envisagé, ça permet de réduire le nombre de tentatives, et donc de sauver des vies. Si une personne en souffrance et qui est suicidaire atteint le fameux seuil qui amène au passage à l’acte, elle peut certes avaler une boîte entière de paracétamol, mais cela n’est pas toujours suffisant pour réussir son suicide et la personne se retrouvera hospitalisée puis elle pourra peut-être s’en sortir.

 

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Cicatrice d'Aurore VO après le saut dans le vide, d'un pont (environ 15-20 mètres de haut) 

 

 

Tous les autres anges

Angélique DECLEMY et Vincent VANGILWE, parents de Lénaïk et Milan VANGILWE nous racontent le jour où leurs vies ont basculées : ‘Le mercredi 23 janvier 2019, notre fille de 12 ans, Lénaïk s’est rendue au collègue, une belle journée ensoleillée où la neige était tombée le matin. Lorsqu’elle est revenue, avec le chien familial, golden retriever, elle s’amusait dans le jardin de la voisine : elle prenait du plaisir réellement, car la voisine (qui travaille dans le milieu psychiatrique) l’a confirmé plus tard. Il existe une vidéo ultérieure où elle s’amuse avec des copines dans la neige. Ensuite, nous partons pour faire une petite course : elle refuse de nous accompagner, déclarant qu’elle a mal à la tête, qu’elle est fatiguée. Sa dernière phrase à l’attention de sa mère : “Quand tu reviendras, je te ferai un bon gâteau ! Est-ce que je suis sûre ? Oui, maman.”. Lénaïk, couchée dans son lit, embrasse sur le front sa mère, Angélique. Elle lui dit “je t’aime”, sa maman lui rétorque : “Je t’aime aussi, à tout à l’heure”.

Son frère, Milan, âgé de 14 ans à l’époque, part jouer dans la neige avec des amis. Lorsqu’il revient, il constate que la porte d’entrée est fermée à clef. Il a un mauvais pressentiment, il contourne la maison, n’aperçoit rien par les fenêtres, force la serrure et parvient enfin à entrer dans la maison. Il retrouve Lénaïk pendue à son lit (un lit superposé). Il hurlait son prénom, il était terrifié : du sang gisait au sol. Il a tenté de prendre son pouls, mais elle était déjà froide. Il nous a téléphoné et a ensuite joint les pompiers. Elle a laissé un p’tit mot : “Désolée d’exister” suivi d’une copie d’un extrait du livre “Une ado hors normes”. Malgré une recherche sérieuse de la police ainsi que de médecins compétents, aucun harcèlement scolaire, aucune trace sur sa tablette, son ordinateur ou d’agression sexuelle ne furent constatés. Lénaïk se montrait heureuse, souriante tout le temps : nous n’avons rien vu venir. Avant de se suicider, elle a téléphoné à divers copains : elle rigolait avec eux. Même notre voisine culpabilisait, elle n’a rien vu non plus et répète qu’elles s’amusaient. L’urgentiste nous a déclaré qu’elle n’avait point pleuré et ne s’était pas débattue.

Parfois, très attentive et sensible, elle interrogeait son père sur la maltraitance des animaux : “Pourquoi les hommes sont-ils violents envers les animaux ?”. Elle suivait des cours de théâtre, jouait dans des pièces aisément — elle cachait peut-être son mal-être à travers l’art dramatique — elle était très mûre et intelligente pour son âge.

Dans la rubrique nécrologique de la “La Voix du Nord”, nous avions écrit un texte stipulant qu’elle s’était suicidée : ils ont refusé d’écrire cela. Nous avons dû choisir une formule “plus lisse”. Nous avons été tristes de cela, car nous voulions en parler afin d’accélérer la prévention concernant le suicide chez les enfants de 12 ans ou moins. Les proches n’osent plus nous parler, ils ont peur de la mort et d’évoquer notre fille alors que nous désirons parler d’elle. Nous étions vaguement croyants avant le suicide de Lénaïk, nous sommes athées désormais : nous remettons tout en question. Milan, son frère, partageait une relation fusionnelle avec elle : il a subi du harcèlement scolaire dans le passé et estime que les psychologues “ne servent à rien”, que c’est une aide momentanée. Parents, ce qui nous tient, c’est la vie de Milan sinon nous serions partis “au ciel” également. On ne sait pas ce qui est passé dans la tête de Lénaïk, nous nous posons des milliers de questions’.

 

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                           LĖNAÏK s’est suicidée à l’âge de 12 ans

 

La mère de Neil, un autre ange parti trop tôt, Fabienne nous raconte : « J’ai appris le suicide de mon fils en criant après lui le matin afin qu’il se rende à l’école. J’ai scandé son prénom plusieurs fois et n’ayant aucune réponse de sa part, j’ai monté l’escalier qui mène à son lit et en levant les yeux, je l’ai découvert pendu à une poutre de sa chambre avec la rallonge de son ordinateur.

Ma dernière conversation avec lui date de la veille, au soir, où nous avons parlé du vaccin contre le Covid-19 et du fait qu’il ne pouvait plus voir ses amis.

Il s’est suicidé à l’âge de 17 ans 5 mois et 26 jours : le 18 octobre 2021 ».

 

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                  Neil s’est pendu à l’âge de 17 ans le 18 octobre 2021

Fabienne poursuit : « Nous n’avons rien vu. Selon moi, il se portait très bien ! Nous avons appris, postérieurement, qu’il sortait avec une adolescente française [ndlr : Neil résidait en Belgique], et ce depuis 9 mois. Cinq jours avant, elle l’a laissé tomber. La nuit du dimanche au lundi, ils se sont parlé. Elle lui a dit que cela ne pouvait pas fonctionner entre eux, car il s’agissait d’une relation par Internet.

Il n’a pas supporté vu qu’il en était fou amoureux… ».

Fabienne confie : « Il a juste laissé un petit mot.

Maman, ce n’est pas de ta faute. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi.

J’ai 3 demandes :

Dis à mamou [ndlr : sa grand-mère] de continuer à se battre contre la maladie 

Je veux être incinéré

Envoie mon faire-part de décès à… Nom et adresse de l’adolescente en question…” ».

« Aux parents endeuillés par le suicide, je leur dirais que nous avons l’impression de connaître nos enfants, mais en fait, non pas du tout, car ils arrivent à nous cacher énormément de faits dramatiques qu’ils vivent, de souffrances.

À part être forts et entourés lorsque vous subissez cet impensable deuil, je ne sais rien dire, car la douleur est indescriptible », termine-t-elle.

 

Arthur Pigeon-Dubaillay s’est suicidé à l’âge de 31 ans le 25 mai 2021. Nathalie, sa mère, raconte : « Il a envoyé à sa famille et à ses meilleurs amis un e-mail dans lequel il nous expliquait les raisons de son geste.

Il était parti de la maison, il venait de quitter l’armée depuis deux mois et vivait chez nous depuis lors. Il avait changé depuis quelques semaines, il était plus renfermé, il avait maigri… Je lui ai posé la question : “Que se passe-t-il ? Tu sais que tu peux tout me dire”, mais il a noyé le poisson en disant que tout allait bien, qu’il était fatigué, qu’il voulait perdre du poids, car il était le témoin de mariage de son meilleur ami… Quand il a quitté la maison, il était triste et solitaire. Je pense qu’il savait déjà pourquoi il partait, sa décision était prise. Dans sa voiture il m’a envoyé un baiser de la main très prolongé, l’air grave. Nous nous sommes échangés 2 ou 3 SMS avant son suicide, mais j’y ai répondu vaguement, car j’étais “fâchée”… Je ne voulais pas que mon fils me quitte, je venais le retrouver après huit années d’armée, je voulais le garder encore un peu… Cinq jours après l’arrivée chez son père, il a pris un 9 mm et s’est tiré une balle en pleine gorge.

À la réception de son courriel, je me suis jetée sur mon téléphone en hurlant à mon conjoint : “Arthur a fait une bêtise”… Pas de réponse à mon appel. J’ai compris. J’ai téléphoné à sa sœur qui hurlait, pleurait : elle venait de découvrir le corps de son frère. J’ai raccroché, car les pompiers et le Samu arrivaient. J’ai eu la confirmation de son décès trente minutes plus tard. Dès lors, je suis morte avec lui. J’aurais voulu hurler ma douleur, mais rien ne sortait de ma gorge, ni encore à l’heure où je vous écris. J’ai prévenu mes parents qui se sont effondrés…

 

Je n’aurais jamais pensé qu’Arthur puisse se suicider. Quelque temps auparavant, lors d’un dîner chez nous, il était en colère contre l’armée qui ne prenait aucune nouvelle de lui, le milieu civil qui ne lui correspondait pas et prononçait ce propos : “Cela serait bien mieux si je n’étais plus là”. Ce à quoi je lui avais répondu que la vie vaut le coup d’être vécue, qu’il faut qu’il s’accroche et que s’il se suicide il me tue avec lui. Ce qui est malheureusement arrivé. Ma vie s’est éteinte le 25 mai 2021 à 17 heures 35.

 

Nous ne savions pas qu’Arthur était dépressif : nous nous en sommes aperçus en réanalysant le cours de sa vie. Il n’aurait jamais accepté, militaire oblige, de consulter un professionnel.

 

Mon ex-mari a effacé le numéro de téléphone d’Arthur le jour même de sa mort. Il s’en veut, mais ne le dit pas, d’avoir gardé des armes dans sa maison. À présent, il continue sa vie en travaillant comme un forcené pour ne pas penser. Tandis que je reste cloîtrée chez moi par peur de sortir. J’ai attendu un signe, un appel d’Arthur pendant des mois…

 

Que dire à un jeune qui souhaite se suicider ? De parler, de se confier… De songer à la peine qu’il va obligatoirement infliger à ses proches. Nous, Arthur nous a condamnés à perpétuité dans la douleur.

Qu’il n’est pas seul, qu’on peut l’aider, mais par-dessus tout je lui dirai qu’il est aimé et qu’il y a toujours une solution. Même si à l’instant T, il ne la voit pas ; il y a toujours une solution. Et qu’il n’a pas le droit d’infliger une telle douleur à ses parents, frère(s) ou sœur(s).

 

Aux parents, je leur dirai de prendre leur temps dans le chemin du deuil, d’être soutenus, car on n’y arrive pas seuls. De laisser libre cours au chagrin, au désespoir et de ne surtout pas faire de bêtise comme j’ai eu envie d’en faire. Nos anges ne souhaitent pas notre mort, ils nous veulent heureux. Alors oui, c’est dur ; il y a des déferlantes de désespoir qui vous laissent anéantis, mais il y a des jours où cela va à peu près bien, où on pense, le sourire aux lèvres, à notre enfant. Il y a forcément majoritairement des jours sombres, mois fréquemment des jours heureux, mais je suis persuadée qu’au bout de ce chemin douloureux ; il y a de l’espoir. Je n’ai pas encore trouvé ce bout de chemin, c’est trop tôt, mais il viendra. Forcément, obligatoirement. Et qu’il faut regarder les signes que nos anges nous laissent… Moi, c’est un pigeon qui se pose sur l’arbre tous les jours devant la maison, un cœur qui s’est formé quand je moulais des savons, un jeune homme qui s’appelait Arthur lorsque j’ai passé mon permis fluvial. Tout cela représente des signes : ils font du bien dans les jours de détresse extrême ».

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                       Arthur Pigeon-Dubaillay s’est suicidé à 31 ans

 

Impact des violences sexuelles dans l’enfance

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                                Orchidée B., âgée de 35 ans

 

Orchidée B., Belge âgée de 35 ans à l’heure d’écrire ces lignes, confiait en juin 2016, avant le déferlement mondial d’octobre 2017 #MeToo (#BalanceTonPorc) : « À douze ans, j’ai abusé de paracétamol à la codéine et j’ai été hospitalisée pour la première fois. On m’a d’abord diagnostiqué une dépression. À aucun moment, ils ne m’ont demandé si j’avais été agressée sexuellement ! Bien plus tard, on m’a diagnostiquée bipolaire ». Elle ajoutait : « Crises d’angoisses, dépressions, reviviscences, flash-back, cauchemars, conduites dangereuses et tentatives de suicide sont les réalités de mon quotidien comme pour la majorité des victimes. Mais cela, je l’ai compris après ! J’ai tenté de me suicider à plusieurs reprises. Je me scarifiais aussi  ». Aujourd’hui, Orchidée sombre dans l’alcool et diverses drogues ; elle n’a toujours pas trouvé de sens à sa vie.

 

Françoise Mariotti, psychologue française, conclut : « Pourquoi le suicide apparaît-il comme tabou ? Revenons à la philosophie. Camus propose le suicide comme une réponse au fait que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, comme un ajout brutal, mais libre à la liste des façons d'apprendre à mourir puisque c'est le rôle dévolu à la philosophie.

Comme l'écrit Muriel Keuro « le suicide coupe irrémédiablement la parole à ceux qui restent ». Comment donner du sens à un acte dont on ne peut parler ? Dont on peut seulement s'épuiser à deviner le sens qu'y a mis la personne qui a réussi à quitter une vie trop douloureuse ? C'est le décès qui semble le moins facile à appréhender, celui qui devient souvent impardonnable et qui peut laisser longtemps les proches dans l'incompréhension, passant en revue, et en vain, toutes les bonnes raisons qu'avait la personne de trouver du prix à sa vie.

Vous êtes souvent qualifiée de « borderline » et cela vous paraît imprécis. Or c'est un concept qui est passé dans le langage commun pour qualifier une personne dont les comportements et les émotions changent rapidement, alors que la description du DSM 5 (manuel psychiatrique à vocation universelle désignant un vocabulaire commun sur les troubles mentaux) est plus détaillée et précise. Parmi les critères retenus figurent les actes suicidaires. Il manque aux taxonomies de ce manuel des hypothèses sur les origines possibles des troubles ; ainsi les violences sexuelles vécues dans l'enfance ne sont pas mentionnées, n'est mise en évidence que l'assignation du diagnostic. Comment dès lors prendre à son compte cette qualification si elle n'est pas complète et explicitée ?

Parmi les incompréhensions subsistant autour du suicide, il y a la façon dont le passage à l'acte est réalisé. Même si la décision est réfléchie, aussi quand elle ne l'est pas, il apparaît que chacune des personnes suicidaires a son moment personnel de déclenchement. Ainsi il est habituel d'entendre les proches s'étonner de la bonne santé mentale apparente de la personne quelques heures avant l'acte. Comme si cette apparence ne laissait en rien présager de l'état de souffrance intérieure qui justement va précipiter vers l'outil ou l'acte de mise à mort, rendant la précision de la prévention du moment ultime très difficile pour l'entourage ou même le professionnel. C'est une des incertitudes douloureuses qui entoure un acte qui n'en finira jamais d'être jugé… ».

 


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31 réactions à cet article    


  • Roberto Rastapopulos Kaa 10 mars 15:32

    Merci pour cet article.

    Le tabou sur le suicide en France est lié à l’idéologie dominante imposée par la religion dominante pendant plusieurs siècles et toujours très influente : le catholicisme. Dans d’autres pays, le tabou est moins fort, sinon inexistant : ce sont les pays où il est possible de demander à « mourir dans la dignité ».


    • Aurore Van Opstal Aurore Van Opstal 10 mars 15:50

      @Kaa
      De rien. Oui, les religions influent beaucoup sur ce tabou. De là à noter si faiblement mon article ... smiley 


    • Roberto Rastapopulos Kaa 10 mars 15:55

      @Aurore Van Opstal
      ... et mes commentaires !


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 11 mars 10:11

      @Aurore Van Opstal bonjour,
       Dernièrement je publiais un extrait de mon billet « La vie en contrastes dans les multitudes » qui contenait le nouvel album « Multitudes » de Stromae et qui sur cette antenne, est devenu « L’Effet Stromae ».
       Stromae qui était venu sur TF1 avec la chanson dont vous parlez.
       Les idéologies souvent religieuses n’apprennent pas à vivre, mais à mieux pouvoir mourir.
       Selon le billet « Le magasin des suicides », il est toujours ouvert et fait des affaires en or en se glissant entre les crises et les humeurs vagabondes.


    • ZenZoe ZenZoe 10 mars 16:04

      J’écoutais Cyrulnik un jour qui disait que beaucoup d’accidents mortels d’enfants sont en réalité des suicides, conscients ou pas. A l’autre bout, beaucoup de personnes âgées se laissent partir, il y a même un nom pour ça, le glissement. Entre les deux, des personnes enfermées dans leur douleur qui ne voient pas d’autre solution et soit décident d’en finir d’une façon radicale, soit adoptent des comportements suicidaires, avec un résultat plus lent et plus douloureux.

      Tristes sociétés que nous sommes, qui font semblant d’exalter la vie, et qui en font si peu de cas en vrai.


      • @ZenZoe c’est le cas avec la « mort subite » du nourrisson.. J’ai une vieille carte postale d’oeuf et un bébé sortant voyant le monde, Sur la 2ème carte il retourne dans sa coquille... Le mort, la mère commence avec le lettre « m » comme mort... Les curieux se suicident rarement. ILs veulent connaître la fin de l’histoire.... Ce qui cause paradoxalement la mort est l’excès de vie (cela s’appelle brûler la chandelle par les deux bouts, comme les nombreux artistes décédés à 27 ans).... 


      • ZenZoe ZenZoe 10 mars 16:24

        Au fait, sur la photo de Maxime Taquet : pourquoi les psychiatres ont toujours l’air barré ? smiley


        • Parrhesia Parrhesia 10 mars 17:28

          A quelques exceptions remarquables comme le Japon des Samouraïs , un taux important de suicides dans une société est souvent la marque d’un problème sociétal qu’il dénonce.

          C’est aussi un moyen d’échapper à une situation insoutenable devant laquelle le candidat au suicide s’estime impuissant. (Cf. : les nobles centurions du Bas-Empire Romain.)

          Toutes choses que les créateurs de situations insoutenables et les géniteurs de problèmes sociétaux ne souhaitent évidemment voir mises en exergue.

          A ces divers titres,il est donc normal que le suicide soit par principe occulté sinon tabou.

          Mais les choses pourraient bien changer.

          Par les temps inimaginables que le mondialisme nous prépare, certaines catégories d’êtres humains, considérées comme couteuses par certains pouvoirs de rongeurs, deviennent indésirables par les pouvoirs en question.

          Leur suicide, ou peut-être leur abandon du désir de survivre, ou sans doute leur penchant pour l’euthanasie, pourrait bien, dès lors, être sinon encouragés, du moins considérés d’un oeil bienveillant par ledit pouvoir.

          Ce sera toujours cela d’économisé sur le budget social !!!

          Sympa !!! Non ???


          • Pauline pas Bismutée 10 mars 19:53

            Effectivement, c’est un énorme tabou, la mort aussi d’ailleurs, et le sujet est si vaste (et insondable), bravo d’aborder le sujet.

            Quelques réflexions, pêle-mêle..

            Le suicide, la dernière vraie liberté ? Si on ne choisit pas sa naissance, et souvent pas sa vie non plus, (vu les nombreux accidents de parcours), nous « administrer » notre propre mort, un dernier choix ?

            Jusqu’à quel point cette société « nous suicide-t-elle ? » Pas la peine de faire la liste (chômage, solitude, pauvreté, galères de toutes sortes, et, sans plan B, c’est le glissement, avec souvent des obstacles insurmontables pour se relever…), et, sans soi-même en être « victime », ne pas vouloir rester ici, ou du moins décider de sa dernière heure paraîtrait plutôt comme un signe de santé mentale (oui je pousse un peu, quoique, si on y réfléchit…)

            Aussi, les suicides sont-ils inversement proportionnels aux « vraies » difficultés de vie (c’est-à-dire les personnes en danger de mourir – guerre, famine, maladie, etc..) se suicident-elles moins que les autres ? (il semble que oui). Les jeunes personnes (12 ans, ça brise l’âme…) mentionnées dans l’article avaient, comme on dit « tout pour eux », ce qui rend évidemment leur geste encore plus incompréhensible…

            Mais si justement, ils avaient « une dimension de trop » pour cette vie ici-bas, et avaient déjà appris tout ce que leurs vies leur auraient apportées (être en avance, en quelque sorte) ? (ce qui évidemment ne rend leur disparition en rien moins tragique ou douloureuse)

            Bon, c’est un peu fouillis autre remarque (un peu à côté ; les enfants n’ont pas peur de la mort, savent-ils quelque chose que l’on aurait oublié ?)


            • Louis Louis 10 mars 22:02

              @Pauline pas Bismutée
              Votre commentaire est de très haut niveau
              les enfants n’ont pas peur de la mort, savent-ils quelque chose que l’on aurait oublié ?
              Quand on lit les commentaires des poutinophobes (ou des vaccinolatres) agités on a vraiment envie de se tirer de ce monde de merde
              A moins d’attendre la phase finale qui sera grandiose
              *je quitte un secrétariat d’un grand hosto, ils n’ont jamais vu autant de cas de thromboses !
               smiley


            • velosolex velosolex 11 mars 02:35

              @Pauline pas Bismutée
              Difficile de parler de façon générale quand il n’y a que des cas singuliers. Il existe différentes formes de suicides, et on ne peut pas évoquer celui collectif qui menace la planète.
              Il y a toujours la raison qui l’emporte sur la passion, normalement ! Mais il arrive que des situations culturelles mettent la mort comme un choix possible, tenant à une rigidité paranoïaque de toute puissance, comme chez les psychopathes, emmenant volontiers les autres avec eux dans la mort.
              Cela pose problème quand le gars à la manette atomique à portée de main. Souvent traité au cinema mais en fait jamais envisagé sérieusement. Notre système de défense a déconnecté ce témoin sur le tableau électrique. Peut être regretterons nous bientôt d’avoir cru que tout cela n’était que de la science fiction. Le cerveau archaïque de grand mâle dominant continue à être le moteur de pas de dirigeants. Et rien de changé depuis l’âge de pierre, où nous n’avions que des gourdins...C’est cette dichotomie entre l’esprit et la technique qui est devenu psychotique. Il y a des prolongements qu’on peut faire entre maladie mentale, et santé d’une nation, voir du monde évidemment. 
              Les gamins ont des comportements ordaliques, où ils jouent avec la mort.
              Sont ils pour autant suicidaires ? Ou veulent ils sentir le frisson du risque et de la vie coulant en eux, quand ils roulent pied au plancher ?
              Je serais tenté de dire que dans la plupart des cas ils ne croient pas en la mort, mais veulent éprouver la sensation de sa rencontre, comme dans le jeu du foulard, ou de la roulette russe. Mais en ces temps étranges où la moitié des animaux ont disparu, il se pourrait bien que les enfants aient saisi ce qui se passe avec bien plus d’acuité que la plupart des adultes. 
              La mort d’un enfant est insupportable car bousculant nos représentations, notre possibilité de transmission, notre responsabilité propre. Tout ce que nous faisons en ce monde devrait s’articuler autour de la vie de nos petits princes et princesses. Je dis cela sans volonté de les protéger comme nous le faisons, mais en les protégeant là où nous le faisons pas. Un casque sur la tête pour faire du vélo est une bien prêtre protection, si nous leur donnons pas une image harmonieuse du monde. 


            • velosolex velosolex 11 mars 12:49

              @Pauline pas Bismutée
              Le terme « tout pour eux », pour ramener l’incompréhension totale qu’on peut avoir pour certains suicides n’est elle pas liée à notre incapacité de faire la différence entre l’essentiel et l’anecdotique.
              Une projection vaine de ce qui devrait être le bonheur, « clé en main », comme obéissant à la définition d’un publicité. Comment ne pas avoir gout à la vie quand on est jeune, beau, et riche ?...Fritz Zorn, , écrivit cette autobiographie étonnante « Mars » 

              « Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul... »

              C’est histoire de son cancer, de sa vie névrotique, de son impossibilité à aimer et à communiquer. Il y décrit également tout l’ennui de la Suisse, lui qui était issu de la grande bourgeoisie zurichoise.

              Le psychanalyste Jean-Claude Maleval considère que Mars constitue un exceptionnel document clinique sur ce que son auteur nomme « une maladie de l’âme ». Angst considère l’avoir traitée par son cancer, de sorte qu’il soutient un stupéfiant paradoxe : « la chose la plus intelligente que j’aie jamais faite, c’est d’attraper le cancer ». Il témoigne ainsi d’une logique subjective révélant que le phénomène psychosomatique peut avoir pour bénéfice de tempérer l’angoisse chez certains sujets.

              Avoir tout, ne protège pas du pire. C’est la parabole de Bouddah, cloitré enfant dans son chateau, et que ses parents ont défendu de quitter. Le prince s’évade et s’aperçoit qu’on lui ment, en voyant dans la rue un lépreux, et la misère. Dés lors il s’engage pour la recherche de la conscience de l’éveil.

              La Suisse a donné naissance aussi à .Annemarie Schwarzenbach.

              Cette jeune fille, héritière d’une famille d’industriels (ayant des relations avec les nazis) malgré sa beauté, sa richesse et son intelligence, est « mal dans sa peau ». Elle sera archéologue, journaliste s’intéressant aux exclus, au sort des femmes en Afghanistan, en 1939, qu’elle explore avec Ella Maillard, en proie souvent à la dépression, qu’elle soigne par la drogue. Eva Maillard en fera un roman, «  la voie cruelle », racontant sa relation avec la jeune femme. «  La vie peut s’accomplir sur deux chemins ; l’un est ordinaire, simple et direct, l’autre est pénible, il conduit au delà de la mort, et c’est la voix géniale ! » Dira t’elle, en commentant la personnalité de son amie. 

              Reste que cette forme de génie se paye très cher. Et Eva Maillard prendra elle aussi ses distances pour se protéger. Elle avait téléphoné à la mère de sa compagne, pour l’avertir comment Annemarie allait mal, et celle ci lui avait répondu : « Laissez là n’importe où. Je ne vous en voudrais pas. De toute façon, elle est perdue ! » Il existe pas mal de doc sur le sujet dont une pod cast sur france culture ; https://bit.ly/3J6kIsv



            • lephénix lephénix 10 mars 22:04

              merci pour cet article sensible, juste ce rappel quelque peu maladroit après vous avoir lu : la vie ne se réduit pas à ce qui nous est refusé, elle s’augmente de tout ce qui nous atteint du « Réel » et du « Vivant » si nous nous laissons atteindre...

              la douleur d’être est la première atteinte et la première condition de l’adhésion à la vie, surtout en cette période où beaucoup ressentent que l’accès à une vie bonne, digne et décente leur est refusé avec cette impression de mise sous écrou...

              raison de plus, justement, quand arrive cette expérience abyssale de l’absurdité fondamentale de l’existence, c’est déjà une irruption de cette « volonté de sens » comme diraient les philosophes... on n’en finit jamais avec cette attente de « sens » ou de « quelque chose » qui pourrait encore « changer la vie » et nous maintient en vie, après avoir tenté d’en finir avec la vie...

              c’est difficile de vivre à la fois « l’absurdité d’être là » sans raison et la nécessité de persévérer quand même dans cet être-là... 

              ce soir à la tv, il y a « au-delà » de Clint Estwood qui rappelle que tout est possible et se rejoue sans cesse dans l’immensité de l’instant, au-delà du tragique d’une « condamnation à soi »...c’est justement le moment de soutenir la dignité de ce qui n’appartient pas à « l’utile », ce qui n’est pas décrété « essentiel »... juste « pour rien » ?

              justement, Angelus Silesius disait que ’la rose fleurit sans pourquoi, sans souci d’elle-même"...


              • leguminator 10 mars 23:36

                Merci pour l’article et pour ces témoignages aussi poignants que différents.

                La seule chose dont je sois sûr est que les idées noires vous submergent quand on est seul. Quand on est accompagné ça va à peu près, voire on peut même passer de bons moments mais ça reste ponctuel avant d’être seul à nouveau laissant de l’espace au reflux.

                Une remarque de la mère d’Arthur m’a surpris : « Et qu’il n’a pas le droit d’infliger une telle douleur à ses parents, frère(s) ou sœur(s) ». C’est le genre de paroles qui ajoutent du poids sur les épaules, une charge mentale supplémentaire, à une personne au bord du gouffre qui n’en a surtout pas besoin. Enfin ce n’est que mon point de vue...

                Bon courage à toutes et à tous


                • velosolex velosolex 11 mars 02:05

                  Merci pour cette bouffée d’air frais. Ce n’est pas de l’humour noir. Car la mort parle de la vie, de sa fragilité. Dans l’ambiance crépusculaire où certains articles ici banalise la mort collective, et parviennent même pour certains à soutenir un paranoïaque tirant sur les enfants, rien de mieux que de revenir au niveau des destins individuels. Curieusement d’ailleurs, les gens se donnent moins la mort dans ce genre de drame. Les questions existentielles et les névroses disparaissent au bénéfice de l’instinct de survie. Ces expériences d’ailleurs peuvent sauver certains de la dépression. La guérison est un phénomène étonnant parfois et ne tient pas qu’aux soins, ou à des cures quelconques. Je me souviens d’une malade qui était sortie de sa dépression et de son alcoolisme, qui est parfois une forme de suicide, d’une curieuse façon. Amenée en gastro pour une cirrhose décompensée, elle s’en était tout de même sortie, à la surprise de tous, et tout autant de son mari, à qui on avait dit de se préparer au pire. En rentrant chez elle, elle rentra dans sa chambre, et vit le lit couvert d’un drap noir et entouré de catafalques mortuaires. 

                  « Ben oui, dit son mari. On m’avait dit de me préparer.... »...Sans doute se vit elle allongée et morte, d’une façon indiscutable, sans pouvoir esquisser que cette mort était admise chez les autres. Cela provoqua donc un catharsis, un bousculement de la représentation de la mort, qui la sortit de cette attraction névrotique pour l’alcool. Ceux qui s’en sont sortis, et c’est souvent malgré tout le cas, après une expérience de coma douloureuse, sont parfois transfigurés, même atteint d’un lourd handicap lié à la TS, et retrouvent gout à la vie mystérieusement, comme autant d’Orphée remontant des enfers vers la lumière. Les mythologies et les contes mettent les enfants et les grands au parfum de la mort par des constructions imagées. Quel est cet étrange coma au château de le belle au bois dormant ? 

                  Quand ils se réveillent, la plupart effectivement disent qu’ils n’ont pas voulu mourir, mais mettre un terme à quelque chose d’insupportable. Ils sont content de s’être ratés. C’était une erreur d’aiguillage. Le raptus n’est que cet instant de seconde, où n’importe qui peut sombrer, et faire un geste fatal, lié à une cause qui l’empêche de supporter l’épreuve de l’affrontement plus longtemps. C’est à tort qu’on lie un romantisme glauque à ce geste, qui serait de l’ordre d’une détermination mystérieuse, qui ne laisse que des orphelins, et qui peut entrainer des répliques en chaine chez les autres, et et les descendants, si on ne l’analyse pas pour ce qu’il est. Car c’est un phénomène de morbidité contagieuse qui atteint parfois certains se sentant condamnés d’avance à répliquer le modèle qui fut fatal à deux générations avant eux. « Virgin suicides » est un film américain fait sur ce thème

                  Un malaise qui peut être mortel comme un anévrisme si on le soigne pas à temps, de façon systémique. Je viens de lire le beau livre de Primo Levi « Si c’est un homme »...Un livre terrible sur les zones grises de l’humanité qu’il a parcourues. Primo Levi se serait suicidé en 87. Certains à l’époque ont vu cette mort comme une trahison de son œuvre, une vie résiliente située dans le combat après son expérience d’Auswitch. C’est à tort, car la vie n’a rien d’un fil linéaire, où un trébuchement n’est pas possible, et ne met pas une sorte de conclusion négative à une vie singulière, qui serait une forme de bilan.. Et d’autre part comme le révélera un livre enquête bien plus tard, parce qu’il est fort possible que Primo Levi, qui avait une santé physique chancelante soit simplement tombé, la rembarde étant très basse. 

                  Le plus insupportable, c’est le suicide des enfants. Nos défenses et nos analyses volent en éclat. 


                  • Pauline pas Bismutée 11 mars 06:37

                    A Velosolex

                    Je sais que vous avez voyagé et été soignant aussi, peut-être cela nous donne-t-il un intérêt et certaines perspectives sur le sujet..

                    Je me souviens d’une jeune fille de 22 ans que l’on avait récupérée après une énième tentative de suicide : en parfaite santé, son frère était mort et elle voulait le rejoindre. Et quelques lits plus loin un jeune mec de 25 ans qui n’avait plus que quelques mois à vivre à cause d’une saloperie de tumeur au cerveau. Elle me disait qu’un jour elle y arriverait, à mourir….

                    Comme j’aurais aimé les rapprocher, pour qui sait, justement un choc ? pour qu’elle comprenne ?

                    Et puis tous ces débats sur « mourir dans la dignité »…évidemment ! mais si on essayait « vivre dans la dignité » pour commencer ?

                    La guerre (les guerres), c’est encore autre chose…un peu comme la mort, quand on l’a vue de près, je passe.

                    Un sujet à l’infini, mais effectivement, le suicide (ou simplement la mort) d’un enfant, c’est un tremblement de terre, tout à l’envers…

                    PS n’arrive pas à répondre sous « répondre »..

                    c’est marrant les « moinsseurs pavloviens », y’en a qui s’emmerdent sec smiley !


                    • velosolex velosolex 11 mars 12:08

                      @Pauline pas Bismutée
                      Content de vous voir sur ce fil
                      Je suis maintenant en retraite, mais je continue à penser à tous ces patients que j’ai croisés, et avec lesquels j’ai tissé parfois au cours des années, une relation très forte, avec bien sûr la distance professionnelle indispensable, sans lequel le soin n’existerait pas. Certains que j’ai vu très jeune, avant de disparaitre, continuent à me hanter. Comme vous, des souvenirs difficiles sont présents, avec cette détermination froide que rien ne semble chez certains jeunes gens, ne rien arrêter. Il n’y a que des cas singuliers, et cette étrange alchimie qui existe pourtant entre certains soignants et patients, chez lesquels on sait instinctivement qu’on peut établir une liaison, ou non, une sorte de reconnaissance de language inconscient électif.
                      Je me suis souvent servi des livres, de la lecture. Mon casier était plein de livres que je distribuais, et qui me permettait d’aborder la souffrance par les marges. Je me souviens d’un jeune homme de vingt ans, « enfant du placard », que certains jugeait psychopathe, à la vue de ses comportements et de sa violence, qui obligeait à des séjours de rétention dans sa chambre, mais dont l’exercice sur lui même dans des raptus impressionnants ciblait le tableau bordeline. J’ai commencé à lui lire « les grandes espérances » de Dickens, en lui donnant son repas. Lui qui lisait à peine, et n’avait jamais lu de roman, m’a demandé le livre, dés le chapitre deux. Puis le tome 2... Il lisait lentement, avec le doigt, puis de plus en plus rapidement. Dickens a connu une enfance difficile lui aussi. Ses livres sont terriblement résilients, et distillent, comme d’autres chefs d’œuvre, cette part d’authenticité qui ne s’invente pas autrement que par ceux qui l’ont vécu, et s’en sont sortis résilients.

                      Le choix de Dickens n’était pas gratuit. A dix ans, en colonie de vacances. Un mono nous lisait chaque soir « Un conte de Noêl » de Dickens, lumière éteinte, avant de s’endormir. Comme beaucoup bordélisaient, il avait arrêté son récit. J’ai bravé ma timidité, pour lui demander le livre, dont je voulais absolument savoir la suite. Ce qui à ma grande surprise alors, l’a ravi....Un livre réellement extraordinaire, d’ailleurs, car basé sur la générosité qui s’oppose au cynisme et au calcul de Scrooge, homme qui se condamne ainsi, malgré son argent, sa puissance. Ou plutôt à cause de cela même.« Le conte de noël », écrit avant les découvertes de Freud, nous invite aussi à un voyage dans l’inconscient, l’exploration du mal et du bien, au travers trois voyages faites sur les ailes d’un ange, dans le passé, le présent, et le futur. Trois temps pour envisager d’où nous venons, et établir notre part de responsabilité sur les autres, et la trace que nous laissons.
                      « L’enfer c’est les autres » disait Sartre, Primo Levi ne dit pas autre chose. « Quoique je fasse, ou pense, je me construit en fonction de l’image que les autres ont de moi. ». D’où l’essentialité de renvoyer une image de confiance et de positivé, même à celui qui se fait menaçant. Nous nous jugeons suivant le regard de l’autre. 

                      Des livres meurent, ou n’ont jamais vécu autrement que comme des constructions factices, bien qu’élégantes. D’autres vivent au delà siècles. Je pense que l’art à sauvé plus d’une personne. Une fois sorti, ce patient est revenu un jour au pavillon, et m’a montré avec fierté sa carte d’abonné à la bibliothèque. Des actions minuscules mais qui aident à nous tenir debout, à nous sentir mieux. Je viens de finir deux bouquins de Primo Levi que je n’avais lu, et qui m’ont bouleversé, au diapason de ces temps difficiles. 


                    • Jean Keim Jean Keim 11 mars 08:06

                      La vie moderne ‘’à l’occidentale’’ est en qq. sorte en 2D mais notre conscience est faite pour s’exprimer au moins en 3D, alors quelle dimension au minimum fait défaut ?

                      Un enfant à la naissance est vide de tout contenu mental, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas des mémoires ataviques pas encore réactivées, il a ainsi la capacité d’oublier très vite et de vivre dans l’instant présent, ceci explique leur extraordinaire résilience, mais très vite l’éducation, principalement au contact des adultes, va le formater, sa personnalité se structurera et la plupart du temps dans un carcan bornant plus ou moins son horizon, la vie moderne avec ses écrans étouffe l’imagination, quel enfant moderne voit encore dans un morceau de bois tordu la baguette magie ou l’épée fabuleuse qui va lui permettre de vaincre les forces obscures ? Je me souviens de mon petit fils à qui on avait pour un Noel offert un gros cadeau qu’il a déballé avec enthousiasme, pour finalement jouer toute la matinée avec le carton.

                      La dimension qui fait défaut est la possibilité de s’ouvrir à ce que faute de mieux j’appelle l’altérité, elle ne s’enseigne pas, la religion, l’école, la technologie... nous gavent de savoirs inutiles et occupent le champ de notre conscience, il n’y a plus de place pour l’inconnu, on peut imaginer vivre ainsi, c’est d’ailleurs ce que nous faisons habituellement, seulement nous avons un manque et nous voulons à tout prix lui donner un nom, alors que le manque est inaccessible à un mode de pensée.

                      Pour certains il faut fuir le manque dans la mort, c’est d’une tristesse infinie, un échec absolu de notre communauté humaine.


                      • Albert123 11 mars 08:16

                        C’est compliqué le monde des collabos, d’un coté tout est fait pour favoriser la stérilisation des individus, l’avortement et l’euthanasie de l’autre on en fait des caisse sur le suicide, qui finalement est parfaitement raccord avec le nihilisme ambient.


                        • mmbbb 11 mars 09:31

                          @Albert123 C est assez vrai , il est aussi a noter que cette sociéte est tres individualiste et nous vivons aussi dans ce paradoxe , nous n avons jamais eu autant les moyens de communiquer et nous savons si peu nous ecouter .
                          Quant à moi ,par la force des choses n je suis devenu l etre que je voulais pas être , je suis devenue extrement individualiste et replie . J ai cree mon propre monde . 
                          Les relations humaines , ne m interesse guere . J ai essaye d aider des K SOSS , c est de la perte d energie Quant a ma compassion elle s est émoussée , notamment pour les suicides dans les familles de riche , je suis assez indifférent 


                        • Albert123 11 mars 10:53

                          @mmbbb

                          « Quant à moi ,par la force des choses n je suis devenu l etre que je voulais pas être , je suis devenue extrement individualiste et replie . J ai cree mon propre monde . »

                          en occident c’est ça ou être une pute à nazis désormais


                        • baliste 11 mars 08:38

                          Un tabou ? Pourtant il y a toute une « civilisation » qui se suicide en se moment même (obésité , drogues , pollutions , destruction de la famille etc ...) . Sinon individuellement c’est une erreur énorme (on est sur terre pour vivre une expérience et y mettre un terme n’a aucune logique ) , mais il y a suicide immédiat et suicide a moyen terme , et la plus par des gens sont dans l’un ou l’autre . Donc tabou ....Plutôt une autre inversion des valeurs , la vie ne vaut plus rien aujourd’hui . 


                          • De nombreux suicidé s’expliquent par un excès de haines et d’envie de revanche qui ne peuvent s’exprimer dans une société du politiquement correct. Remarquons à ce sujet que la guerre a souvent pour effet secondaire de diminuer les psychosomatiques. Pourquoi, parce que le besoin de vengenace peut se tourner vers l’extérieur (plutôt que ronger l’estomac). Oui, il est interdit de donner une giffle à Macron... Quelle décharge d’adrélanine pour celui qui la fait...... Lire ALEXANDER sur le sujet....Franz Gabriel Alexander, né le 22 janvier 1891 à Budapest et mort le 8 mars 1964 à Palm Springs, est un médecin et psychanalyste américain d’origine hongroise. 

                            • La Médecine psychosomatique, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2002, (ISBN 2-22889544-X)


                            • Hier d’aller voir un dentiste.... un gars rude, dominant... A ma question simple concernant ke plombage. L’homme de met répondre sur un ton sec : laissez-moi faire, je connais mon métier. J’avoue que ma main gauché a failli se lever... Mais bon ! comme on dit, j’ai gardé ma rancoeur en moi.... mais en sortant j’ai crié : sale type. Cela fait un bien fou...


                              • La meilleure réponse face à quelqu’un qui veut se suicider : ben qu’est-ce que tu attends.... Je vous assure que cela marche... Comme le dit bien Stromae. On pense au suicide pour ne pas y penser...


                                • Corrigé : 

                                  De nombreux suicides s’expliquent par un excès de haines et d’envie de revanche qui ne peuvent s’exprimer dans une société du politiquement correct. Remarquons à ce sujet que la guerre a souvent pour effet secondaire de diminuer le maladies les psychosomatique. Pourquoi, parce que le besoin de vengenace peut se tourner vers l’extérieur (plutôt que ronger l’estomac). Oui, il est interdit de donner une giffle à Macron... Quelle décharge d’adrélanine pour celui qui la fait...... Lire ALEXANDER sur le sujet....Franz Gabriel Alexander, né le 22 janvier 1891 à Budapest et mort le 8 mars 1964 à Palm Springs, est un médecin et psychanalyste américain d’origine hongroise. 

                                  • La Médecine psychosomatique, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2002, (ISBN 2-22889544-X)

                                  • Les « bien pensants » et autres féministes interdisent les enfants de jouer avec des armes factices. ARC et flèches ou autre. Grosse erreur.... 


                                    • Pauline pas Bismutée 11 mars 16:27

                                      A Velosolex

                                      Oui, bien d’accord, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai écrit « tout pour eux » entre guillemets et « comme on dit », car, comme on dit oui, mais aussi comme on ne sait pas..

                                      Et, oui, certains patients ‘remercient’ leur cancer (ou ‘autre’), comme une espèce d’évolution spirituelle (karmique ?) accélérée… Autre vaste sujet…

                                      Ah Ella Maillard…Nicolas Bouvier était allé la voir avant un de ses voyages et elle lui avait ‘conseillé’ : « eh bien allez-y et si ça ne vous plaît pas, rentrez chez vous ! » Je crois qu’ils étaient devenus amis par la suite.

                                      Ceci dit je lis très peu, et plus en français (involontairement) 

                                      Ce que vous écrivez sur certaines interactions entre soignant et patient est très juste. (cette étrange alchimie qui existe pourtant entre certains soignants et patients, chez lesquels on sait instinctivement qu’on peut établir une liaison, ou non, une sorte de reconnaissance de langage inconscient électif.)

                                      Mais si au contraire chacun était à ce moment précis en pleine conscience ? (ça se rapprocherait de ce qu’une ‘ nursing theorist’ appelle the ‘therapeutic use of self’)

                                      J’ai des histoires comme ça plein la tête, comme vous, et sûrement beaucoup d’autres…(et aussi des trucs moins sympas gravés dans la rétine, mais bon…) Quand je raconte ‘mes’ histoires (je suis sélective !) j’entends toujours : « il faut absolument que tu écrives ça ! ». Personne ne me croirait (parmi ceux qui devraient entendre, les autres n’en n’ont pas besoin..). Donc…

                                      PS moi aussi, bien des années après, je pense encore à ‘mes’ patients…..au moins ils vivent encore quelque part…


                                      • velosolex velosolex 12 mars 12:53

                                        @Pauline pas Bismutée
                                        Le soin, c’est comme la guerre, on n’en revient jamais tout à fait, et les rencontres qu’on fait ne sont pas toujours possibles à transmettre, car trop dérangeantes, pour les uns et les autres. Comme vous, je me dis que quand je penserais à eux, ils ne seront pas morts. Il faut suivre la voix irrationnelle de l’intuition pour rester vivant au monde. 


                                      • Pauline pas Bismutée 12 mars 17:08

                                        @velosolex

                                        ’Il faut suivre la voix irrationnelle de l’intuition pour rester vivant au monde’

                                        Oui. Belle phrase !


                                      • troletbuse troletbuse 11 mars 21:52

                                        Une personne vraiment décidée fera des tentatives jusqu’à la réussite. Il n’y a rien à faire car c’est devenu son but ultime et rien ne peut l’en détourner. 

                                        Je n’ai pu lire l’article car je le vis depuis 15 ans chaque jour et en parler m’étreint la vois et fait venir les larmes.

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Aurore Van Opstal

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